‹ Histoire de l'enseignement secondaire dans le Rhône de 1789 à 1900Chapitre 36 sur 51 · IV. L'Enseignement · texte numérisé non relu

IV. L'Enseignement

Au point de vue de l'enseignement, Thistoire du lycée est celle d'un grand établissement où les programmes officiels sont intégralement appliqués, où aucune classe ne manque et où l'on travaille. On ne s'attend pas à trouver ici une histoire de ces programmes et des réformes officielles depuis i85o jusqu'à nos jours, car elle n'aurait rien qui fût propre à notre sujet. Que la vie du lycée en ait été à diverses reprises modifiée, cela est évident, mais c'est un fait tout général; mieux encore, les traditions et Tesprit local ont ici une grande force et n'ont pas été profondément entamés ; on a appliqué d'autres programmes, mais ce n'est pas ce qui a changé la physionomie morale du lycée. Nous relèverons néanmoins ce que les documents officiels, avec leurs lacunes regrettables, signalent d'intéressant. Rappelons d'abord les grands faits généraux: la suppression des agrégations spéciales (i85i)puis delà classe de philosophie (i852) choses suspectes à un régime d'autorité et d'étroit dogmatisme ; l'établissement de la bifurcation (1852), qui obligeait les élèves à choisir, au sortir de la troisième, entre la section des sciences et la section des lettres ; tout l'ensemble des mesures libérales du grand ministre Duruy rétablissant les agrégations spéciales et la classe de philosophie

( 1 863 ) , prescrivant renseignement de l'histoire dans cette classe , supprimant la bifurcation (1864), instituant le concours général des départements (1864) et des prix de langues vivantes, créant et organisant renseignement spécial (i 865- 1866) avec une agrégation particulière ; animant d'un souffle nouveau tous les enseignements y compris l'enseignement religieux (circulaires des 24-^5 mars, 7 octobre i865), et réclamant par son autorité et par son exemple le zèle de tous les professeurs ; puis les réformes de Jules Simon (1872), supprimant les vers latins, recommandant d'abondantes lectures et explications de textes, instituant renseignement de l'hygiène, relevant celui de la géographie ; les réformes de 1880-1 882-1 886-1 891, élargissant l'enseignement spécial et le transformant en enseignement classique moderne, où l'allemand et l'anglais prennent la place des langues anciennes; celle de 1880, faisant dans l'enseignement classique ancien la part plus large au français, aux langues vivantes, aux sciences, supprimant la composition latine et reportant à la sixième l'étude du latin, à la quatrième celle du grec, enfin les retouches de 1885-1890-1892-1895, achevant de déterminer les programmes actuels de cet enseignement.

Sur l'application à Lyon de ces différentes réformes, les Archives officielles ne nous renseignent que pour la première période ; les rapports d'inspection générale — ceux du moins que nous avons pu consulter — sont là-dessus presque muets depuis 1870.

La suppression du certificat d'études et le régime du baccalauréat désorganisèrent d'abord la classe de philosophie. « Le nombre des élèves, dit le Recteur en i852, y diminue tous les ans au commencement, au milieu et à la fin de Tannée ; à cette dernière époque la classe est pour ainsi dire abandonnée. La cause en est à la suppression du certificat d'études, à la liberté qu'ont les élèves de se présenter quand ils se croient suffisamment préparés à l'examen du baccalauréat, au succès qui encourage trop fréquemment leur présomption* )> Et cette préoccupation risque de compromettre tout l'enseignement littéraire <

Umv. dk Lyox. — Chauot kt Ghahlkty. 13

En i853, le nouveau plan créludes fonctionne bien. Les professeurs donnent un concours sincère aux réformes dont ils comprennent les avanUiges. On a organisé des conférences et répétitions qui sont fort utiles aux médiocres et même aux bons élèves; toutefois les internes en profitent seuls, la rétribution exigée pour les externes ayant paru excessive aux familles. « L'exclusion du latin en luiitième parait avoir été du goût des familles », mais il faudra en fortifier Tétude dans les classes de grammaire et supérieures. Et, déjà, on réclame pour les livres de grammaire un accord entre les professeurs « dont l'un suit Egger et l'autre non ».

Bientôt apparaissent les inconvénients de la bifurcation, qui affaiblit les études littéraires dans les classes supérieures: tous les élèves s'y trouvent réunis pour le français, mais les élèves de sciences y sont vite distancés et découragés , l'émulation faiblit, et avec elle s'abaisse le niveau des études (i854). En i838 c'est l'Inspecteur scientifique qui se plaint, remarquant que, à la bifurcation, les lettres ont attiré plus du tiers des élèves (ce qui était la proportion habituelle), et reprochant aux familles de ne pas consulter le proviseur, au proviseur de ne pas les avertir et de laisser les élèves décider de leur choix à la rentrée. En tous cas, le régime qui permet aux élèves de logique et même de rhétorique, ou même de seconde, de se présenter à leur guise au baccalauréat \ à trois sessions par an, est nettement condamné. Et on réclame le rétablissement du cours complet de philosophie. La classe logique-sciences, en particulier, est unpêle-mêle où se rencontrent les élèves les plus divers, souvent venus d'établissements étrangers.

Un règlement prescrivit en 1859, pour remédier aux défauts de la bifurcation, de séparer comj)lètement les classes littéraires des classes scientifiques ; cela ne se pouvait faire que dans les lycées nombreux,' et celui de Lyon fut le seul en pro-

^ Une lettre du Minislro invite le proviseur à user de son influence auprès des familles pour empêcher les élèves de se présenter trop tôt à Texamen. (Arch, nat. F ^7 H 8r)4(;8).

vince où le règlement fut appliqué. Mais les études de lettres étaient toujours gravement atteintes, et lamentables dans les classes de scieilces ; on choisissait les sciences et le baccalauréat scindé pour fuir le latin, et on se faisait gloire de mépriser les lettres comme en lettres on méprisait les sciences. Ajoutons à cela que les professeurs de lettres étaient envoyés dans ces classes à tour de rôle, et n'y venaient que de mauvaise grâce, souvent avec une sorte de « terreur ». Et pourtant, quelles qu'en soient les causes, les classes de lettres gagnent des élèves sur les classes de sciences; celles-ci, en iSSy, avaient 67 pour 100 du nombre total des élèves ; en 1862 elles n'ont plus que 49 pour 100, et l'avantage est passé aux lettres.

Le rapport de Duruy sur les études (1862) est remarquable; on y sent la clairvoyance et la fermeté du futur ministre et l'esprit de ses circulaires pédagogiques. Il propose de n'admettre aux conférences que les élèves trop faibles, car elles n'ont pas plus de succès ici qu'ailleurs ; les élèves sont tièdes à s'y rendre, les professeurs répugnent à les faire ^ ; et, en principe, sauf pour la préparation aux grandes écoles^ a la classe doit suffire à la classe ». Il faut être plus sévère aux examens de passage, « pour ne point embarrasser les classes d'une queue traînante qui arrête la marche de la tète ». Et pour l'enseignement même, il faut donner dans les petites classes plus d'importance à l'explication des auteurs français. Les maîtres dfevraient « ne jamais laisser sans commentaire un mot douteux ou à double sens.... lire de temps à autre une fable, une anecdote, un petit récit, puis demander aux élèves de raconter de vive voix ce qui vient de leur être lu ou dit, afin de les habituer à parler, et une autre fois, pourles exercer à écrire, de la raconter avec la plume sur une copie qui servirait à la fois de page d'écriture^ d'exercice d'orthographe et de style, Ces exercices, gradués suivant l'âge, mettraient de la variété et de l'intérêt dans les basses classes,

* Elles sont souvent faites, non par le professeur de la classe, mais par un professeur d'une classe inférieure ou un répétiteur.

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et poursuivis pendant tout le cours des études auraient certainement une très heureuse influence sur le développement moral, intellectuel et littéraire des enfants. »

Il conviendrait aussi de mettre plus de variété dans les leçons de français. « Il y a telle classe où les élèves ont appris toute Tannée Ksther et les Mœurs des Hébreux de Fleury. » De même pour l'explication des auteurs. « Depuis huit ou dix ans on explique dans chaque classe les mêmes auteurs. Le professeur s'endort sur un sujet trop connu et les élèves se transmettent leurs cahiers pour les copiera »

Sur les études et le régime général de renseignement, nous ne trouvons plus guère d'indications dans les Rapports des inspecteurs généraux : ils apprécient individuellement les classes et les maîtres, et nous ne pouvons entrer dans ce détail. Toutefois en 1873, au lendemain des réformes de J. Simon (circulaire du 27 septembre 1872), le rapport du proviseur expose comment elles sont appliquées à Lyon, avec la « prudente réserve » qui était recommandée. « En rhétorique nous avons conservé le Conciones que certains croyaient menacé, en troisième et quatrième nous avons fait dfes thèmes latins en supprimant les compositions, en seconde donné une grande importance à la narration latine... Avant la circulaire nous avions déjà des classes de géographie proprement dite, mais nous ne donnions pas de prix. » Les progrès sont déjà marqués pour les langues vivantes (commencées en huitième); « à la fin de la cinquième des enfants de onze à douze ans commencent à parler ». Bref tout est pour le mieux, y compris ces réunions de professeurs que le proviseur pouvait redouter en principe. Et pourtant voici les vœux communs que Ton demande la permission de formuler « comme membres de TUniversité sur le maintien, la modification ou le retrait de ces réformes ». On demande le rétablissement de la composition en thème latin, et des vers latins que Ton pourrait rendre facultatifs en

* Archives nalioiialêf, F <7 H 86468.

rhétorique ; la suppression de la narration française en quatrième, oiiles élèves sont trop jeunes pour la faire utilement ; pour le grec, on voudrait le thème dans les classes de grammaire, les explications préparées en troisième et en seconde. Pour la géographie on propose ce programme : en troisième la France, en seconde l'Europe, en rhétorique le monde. En philosophie on réclame des interrogations hedomadaires générales ; et ceci répond à cette observation, souvent rencontrée, que les élèves du lycée écrivent mieux et plus volontiers qu'ils ne parlent. Enfin on voudrait être dispensé des promenades topographiques^ difficiles à organiser, surcroît de travail pour les professeurs.

Il est facile de voir ici comment le corps des professeurs de Lyon avait accueilli cette première réforme des programmes classiques. Les suivantes ont rencontré la même résistance déférente et inquiète. Sans compter l'ennui d'être dérangé dans des habitudes et des méthodes établies, le malaise provoqué par la multiplicité de ces réformes, le regret pour les maîtres de l'enseignement classique de voir s'abaisser le niveau des études anciennes et s'en affaiblir le goût ont été à Lyon vivement éprouvés. Mais c'est là un fait assez général, commun tout au moins à tous les grands lycées classiques ; nous ne nous y arrêterons pas davantage, parce que nos documents n'ajoutent désormais rien de précis sur ce point aux témoignages ou souvenirs personnels.

Pour les langues vivantes, il faut signaler le renversement de la proportion entre l'anglais et Tallemand. En i865 il y a 4oo élèves pour l'anglais, 249 pour l'allemand. Les chiffres sont aujourd'hui pour les classes où le choix est possible 104 et 569*

Ce qui est caractéristique aussi, c'est la défaveur relative où est resté longtemps au lycée de Lyon l'enseignement commercial, spécial, puis moderne. Déjà en i85o on signale les cours de commerce comme une partie faible. « On a été trop facile jusqu'à présent sur les connaissances acquises des élèves admis à ces cours, parce que l'on songeait avant tout à remplir les classes (depuis i85o on n'exigeait plus que les élèves eussent

198 LA LIBERTÉ DE L'ENSEIGIfEMENT

fait leur quatrième). Le njveaii des études a été abaissé. Les cours de troisième année sont abandonnés » ; et l'on demande un examen et un diplôme qui servirait de titre auprès des maisons de commerce. Cependant les élèves sont relativement nombreux, et on réclame le maintien de cet enseignement qui n'a pas de place dans le nouveau plan d'études.

En i8()o, les résultais paraissent à Lyon plus faibles que partout ailleurs, sans doute parce que l'enseignement des sciences n'est pas assez orienté vers la pratique, note que Ton retrouve jusqu'en 1878. Les rapports suivants, non moins pesmistes, ajoutent qu'on a tort aussi de confier la plupart de ces cours annexes à des répétiteurs, et sans toujours tenir compte des aptitudes ou des titres, car on impose parfois un enseignement littéraire à un professeur de sciences*. L'organisation de l'enseignement spécial améliore cette situation ; néanmoins la clientèle n'est pas, en 1869, beaucoup plus nombreuse (196 élèves) que celle des cours préparatoires de ï85o. Elle se relève, en même temps que la population totale du lycée, de 1875 a 1880; mais des réformes sont toujours réclamées, l'enseignement même est regardé alors comme bien insuffisant ^. Une lettre du Recteur au Préfet (3o avril 1879) le constate en ces termes : « Cet enseignement, qui paraissait devoir prospérer dans une ville industrielle et commerçante, n'y a jamais été organisé de manière à pouvoir prendre le développement qu'on en attendait^. Il compte à peine 3oo élèves sur les 1600 qui peuplent notre grand lycée et sa succursale de Saint-Rambert. Aussi de bons esprits, inquiets de l'avenir, ont-ils proposé depuis longtemps la création d'un établissement qui rendît k Lyon les services que Paris reçoit de diverses écoles, dont le

A 1864, Arch. nat., F '7 » 86482.

^ Rapport de 1878, Arch. nat., F «7 " 8(>456.

3 On oubliait, ce semble, que renseignement préparatoire au commerce et à rindustrie était organisé à Lyon, en dehors du lycée, soit à la Marlinière, soit à l'Ecole centrale lyonnaise, soit aux cours de l'Enseignement professionnel, et que c'était la principale cause du mal dont on se plaignait.

modèle est resté le collège Chaptal. Le Conseil municipal, dans une délibération du 2 1 février 1878, a admis l'opportunité de cette institution *. » Et le Recteur ajoute qu'on serait heureux de voir le Conseil municipal créer un collège communal d'enseignement spécial, mais préférerait la création d'un second lycée où l'on adapterait l'enseignement spécial aux besoins de Lyon. Il insiste sur l'inconvénient de la réunion des deux enseignements dans un même lycée, sur le discrédit où reste l'enseignement spécial et sur la nécessité de l'affranchir.

De 1880 à 1890 cette clientèle reste au-dessous de 3oo (278 en 1 89 1 ) malgré la constitution de l'enseignement moderne. Mais le mouvement d'opinion de ces dernières années tend à relever le chiffre, qui est aujourd'hui de 35o.

L'organisation du travail, la distribution des heures d'études et de classes, fixée avec plus ou moins de précision par les programmes et règlements, n'a rien d'original. Le tableau de service de 1862 est assez semblable à celui de 1900, quoique moins chargé. La vie de chaque classe dépend du plan d'études officiel et de la méthode personnelle du maître. Signalons, parmi les institutions disparues, Vexamen du cinquième mois^ présidé en principe par le recteur et dirigé pendant longtemps (de i855 à 1877) par des professeurs des Facultés, et Vexamen religieux que venait faire un délégué de l'archevêque.

Ce qui appartient en propre au lycée, ce sont les traditions de travail qui se maintiennent à travers les changements de programmes et de régimes. Sauf les accidents de discipline, on travaille au lycée de Lyon, c'est-à-dire que la moyenne des élèves ne refuse pas sa bonne volonté au professeur consciencieux et avisé, et on retrouve dans cette application le caractère sérieux de l'esprit lyonnais. On leur a parfois reproché de manquer de brillant et d'imagination, expliquant ainsi, pour certaines années, l'insuffisance de leurs succès aux écoles et au concours général ; mais tout le monde n'était pas de cet

*■ Arch. acad,y 1878.

avis, et avec raison, car le lycée a eu, quelques années plus tôt ou plus tard, des succès éclatants qui feraient juger tout autrement Tesprit lyonnais ou Tesprit de la région lyonnaise. Il est vrai que ces élèves ont plus de sérieux et de réflexion que d'exubérance expansive ou de fougueuse imagination ; mais, sans parler de belles exceptions, Tesprit lyonnais, aussi bien mystique que pratique, ne manque d'ima- ' gination ni pour les lettres ni pour les sciences. Il semble seulement qu'il demande à être excité et entraîné plutôt que retenu, mais les élèves suivent avec plaisir le maître qui les entraîne. « Les élèves sont indolents, dit l'inspection de 1877 ; ce qui demande un eff'ort les rebute. » Et cela pouvait être vrai en 1877 ; mais ce n'est pas la vérité moyenne, et la note de 1867, pourtant pessimiste, me paraît plus juste. <i II n'y a pas d^élèves d'élite, mais la moyenne est supérieure à celle des autres lycées... Si on ne trouve pas d'intelligences hors ligne, c'est quW ne sait pas les amener à se produire. On se contente trop facilement de ce qu'ils veulent bien donner. Avec les éléments qu'offre le lycée, on devrait obtenir des résultats plus brillants. Il est impossible qu'il n'y ait pas de jeunes gens de talent. Il s'agit de les faire éclore en leur montrant plus haut le but où on veut les conduire*. » Enfin, comme nous le disions tout à l'heure, le succès des études dépend aussi de la discipline, soit au lycée, soit à la maison. L'inspection de 1869 nous surprend, en déclarant qu'il y a trop de récréations et en reprochant au petit lycée de Saint-Rambert ce « préjugé que le travail doit être subordonné à la santé (et au contentement) des élèves ». Mais elle ajoute avec raison, pour expliquer les échecs qu'elle constate; que « le travail est du haut en bas subordonné aux convenances des élèves, surtout des externes, dont les parents ne surveillent pas les devoirs... Les internes même peuvent, à leur aise, négliger les devoirs écrits^. » La crise fat semblable, et plus grave, en 1 873-1 874.

1 Archives nationales, V »7 " 86456 et 86468. * Archives nationales. F »7 II 86482.

Mais le travail dépend aussi et surtout du professeur et de la direction de la classe. Nous ne saurions insérer ici une série de monographies ou de portraits de professeurs dans leurs chaires, nous n'en avons ni les moyens, ni le droit ni le désir. Nous ne pourrions que relever, à travers les variations souvent surprenantes des jugements d'inspecteurs, quelques traits plus décisifs sur le talent et le suQpès des plus distingués, sur la faiblesse de la discipline chez quelques autres. Gela ne suffit pas à faire revivre, avec leur originalité propre, les classes et les maîtres. En revanche, de ces rapports se dégage, plus d'une fois exprimée, ime impression générale qui a chance d'être juste, qui correspond à une tradition et dont voici l'essentiel. Le corps des professeurs est, à Lyon, particulièrement consciencieux, digne d'estime, de respect et de confiance, plus stable que partout ailleurs et fixé à la maison, sans doute aussi trop stable en ses traditions de commodités pratiques et de procédés pédagogiques. Voici quelques textes : « L'ensemble des professeurs et fonctionnaires présente un personnel d'élite... Ce sont généralement des hommes graves et dignes, estimés et estimables », dit le recteur Vincent, en i85o et i853^ « Les études sont aussi fortes que dans aucun autre lycée de province et plus fortes que dans la plupart » (inspection de iSSy^). Duruy dit, en 1 862 : Il y a ici un « ensemble remarquable de dévouement et d'intelligence qu'on trouverait difficilement ailleurs. Il y a un maître ou deux fatigués par l'âge, il n'y en a pas un seul dont on souhaiterait l'éloignement. Aussi, tous traveillent de concert et avec bonne volonté : les élèves sont entraînés et la maison marche... Sans professeur éminent, c'est le lycée le mieux équilibré sous le rapport du personnel que nous ayons rencontré^ ». Et, à d'autres dates. Ton

* Archives de r Académie. Rapports des Recteurs.

•^ Cf. 1856-1867-1875-1877.

3 Je relève dans le même rapport ces détails pédagogiques : telle classe « serait très bonne si le professeur, qui est distingué, faisait faire moins d'écritures inutiles, moins de grammaire théoVique... On n'exerce pas assez les élèves à parler » (Arch. nat,, F «7 H 86468).

signale des hommes crélile en donnant des éloges semblables au corps des professeurs.

Plus d'une fois aussi on reproche aux maîtres de Lyon de borner trop facilement leur ambition à y rester. Le rapport de i863 est sévère, il est vrai qu'il est de M. Lemaire. « Ils critiquent sans montrer à faire mieux... songent à leurs intérêts pécuniaires, préparent peu ou point leurs classes, vivent sur leurs premières études... ne cherchent pas à progresser et aiment mieux se plaindre des élèves ^ » Un autre — il est vrai qu'il est de M. Rollier — parle de la a mauvaise école des professeurs lyonnais ». Ces boutades ou ces accidents ne sauraient détruire le jugement de Duruy ; s'il y a des habitudes, il n'y a pas d'école, et les reproches même mérités doivent rester individuels ; car bn ne saurait faire un reproche aux professeurs du lycée de s'y trouver bien et de s'attacher à la maison et à la ville. Et, en 1878, les inspecteurs, renouvelant la demande de décoration pour M. Taulier; expriment le regret qu'il n'y ait pas une décoration dans tout ce personnel très méritant^. Les décorations sont venues depuis : cinq ou six professeurs dans ces vingt dernières années ont eu le ruban rouge.

Pour les maîtres d'études ou répétiteurs, on sait que leur collaboration à l'enseignement a été longtemps et reste encore fort limitée. Ils étaient d'abord nommés par le proviseur sous sa responsabilité; à partir de i855, ils furent nommés parle Ministre sur la présentation du proviseur, et avec l'obligation d'un stage d'aspirant-répétiteur; aujourd'hui, il n'y a plus de présentation ; le stage se fait dans des collèges ou des lycées qui ne sont pas voisins de Facultés; les répétiteurs sont divisionnti/re^, c'est-à-dire chargés des études et dortoirs, ou généraux^ c'est-à-dire chargés des services généraux ou de suppléances. Dans la première période, les notes les plus sympathiques les signalent comme zélés et intelligents, mais « pas toujours assez instruits » (inspection de i852). « Le plus grand nombre sortent

*■ Archives nationales, F «7 II 86468.

2 Ibid. 86456.

des petits séminaires ou des collèges communaux ; leur instruction est médiocre. On aura du mal à appliquer le règlement qui veut qu'ils soient licenciés avant la cinquième année d'exercice. » (Inspection de i856.) Ils ne travaillent pas assez, faute de zèle plus encore que de temps (1855-1860-1875). Depuis vingt ou vingt-cinq ans les choses ont changé, et les répétiteurs sont beaucoup plus «instruits » ; un grand nombre sont licenciés. Mais s'ils collaborent à l'enseignement, c'est plutôt en assurant la discipline qu'en dirigeant le travail des élèves à Tétude ; les suppléances qu'ils font dans les classes sont tout accidentelles*. Si les succès aux examens et concours ne sont qu'une mesure bien insuffisante de la valeur de l'enseignement, du mérite des maîtres et du travail des élèves, ils en sont du moins un témoignage manifeste. Les palmarès n'ont donné pendant longtemps, pour le baccalauréat, que les mentions bien ou très bien et ne permettent pas d'établir une statistique des résultats. C'est du moins un fait que ces résultats sont bons et qu'un élève moyen du lycée en sort bachelier '^ Les succès aux concours, général ou académique^, sont plus variables; cependant le lycée de I^yon y tient ordinairement sa place, je veux dire la première, parmi les lycées de province ou parmi les établissements de l'Académie. Je relève souvent i prix et 3 ou 4 accessits, ou bien 4i 5. ou six accessits; pour les années brillantes 3 ou 4 prix et 5 ou 6 accessits. Ces chiffres sont en particulier ceux des dix dernières années. Au concours académique, je note i5 prix pour l'année 1867, au lendemain « d'années maigres» qui avaient inquiété les inspecteurs généraux (v. note de ï866).

* Je relève dans la note d'inspection de 1802 (Arch, nat, F n ^ 78491) ces phrases qui semblent écrites d'hier: « 11 y a quelque chose à faire pour et sur les maîtres d'étude : relever leur état pour leur en inspirer l'esprit et l'amour ; rapprocher la distance trop grande qui les sépare des professeurs... attacher aux qualités qu'on exige d'eux une estime et une considération qui leur manque dans Tesprit des élèves et des familles... Pourquoi les services de maîtres d'études ne seraient-ils pas un stage forcé pour le professorat? »

2 La statistique donne pour 1872, 1873, 1874, cinq échecs seulement en moyenne pour 80 ou 90 candidats aux baccalauréats.

^ Le concours académique, institué en 1867 par Duruy, a été supprimé en 1875.

Le lycée de Lyon a toujours fourni des élèves aux grandes écoles de TEtat, surtout aux écoles militaires, mais plus régulièrement à TEcole polytechnique. De i85o à 1870, sauf trois ou quatre exceptions, la moyenne des élèves reçus à TEcole polytechnique est de 7, tandis que ce chiffre est rarement atteint pour Saint-Cyr où l'on ne comptç souvent que 2 ou 3 succès. Après 1870, une série exceptionnellement brillante (professeur M. Painvin), donne pour TEcole polytechnique 14 succès en 1872, i5 en 1878, i/f en 1874. Depuis lors, sauf accidents, la moyenne est de 7 à 8. Toutefois, il convient de remarquer que si le nombre total des polytechniciens reçus chaque année a été augmenté, on a créé aussi beaucoup de classes de mathématiques spéciales.

En revanche, les succès du lycée à Saint-Cyr, dont le chiffre oscillait entre 4 et 8 et n'atteignait presque jamais 10 sont, depuis une dizaine d'années, de 22 en moyenne. Le plus haut chiffre, 26, a été celui de 1898. Les normaliens sont bien plus rares, cela va sans dire. On sait que, depuis longtemps, aucun élève, sauf une ou deux exceptions, n'est entré directement d'un lycée de province à l'Ecole normale, section des lettres. La rhétorique supérieure de Lyon n'a pas eu le recrutement qu'il aurait fallu pour affronter la concurrence des rhétoriques supérieures de Paris. Mais le lycée a eu sa bonne part de succès à la section des sciences de l'Ecole normale. Les succès ont été aussi assez réguliers à l'Ecole centrale, et, depuis huit ans, une classe spécialement organisée reçoit les candidats à cette école.

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