‹ Histoire de l'enseignement secondaire dans le Rhône de 1789 à 1900Chapitre 6 sur 51 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LA CIIUTK DK lAWClEX RKGIMK il7îMWI7Sni)

I. — Maintien prtivisoire Je l'ancien réïrime. — Honnes relations enlr** les

pouvoirs nouveaux et le personnel enseignant. — Manifestai ii»ns sympathiques à l'esprit révolutionnaire dans les oollèjres île Lyon.

II. — Le nouveau Bureau des collè::es entre en conflit avec les (.^raloriens

du Grand CoUè^'e. — Causes tinancières de ce conflit. — Les incidents : le serment civique du père Homan; TatTaire des scellés. — L'intervention de la municipalité hostile et du département favorable aux Oratotoriens. — Suppresîsion d* l'Oratoire i8 août 1792 .

L'Assemblée consliliiante,qiii dêlriiisit et reniplava Tancien régime politique el adininislralif, laissa subsislor, presque sans modification, les institutions d'instruction publique. Leur maintien fut, il est vrai, considéré comme provisoire, car l'Assemblée avait le projet de réorganiser renseignement sur un plan d'ensemble*. Mais elle se sépara sans Tavoir mis à exécution.

L'ancien régime de Tinslruction publique survécut donc à

* Il y eut même commencement d'enquole officielle sur la réforme de Tinstruction publique en septembre 1791. (Lettre de Mayeuvre, procureur général syndic du département, au Minisire de Tinlérieur. Arch. nai. K*" i3i7'.)

la première Révolution. Il disparut seulement au début de la seconde, quand des raisons d'ordre politique entraînèrent la Législative à des mesures de combat contre les congrégations qui avaient subsisté. Comme une partie d'entre elles avait encore l'enseignement, il résulta de leur suppression la nécessité de pourvoir immédiatement à leur remplacement, et de créer des institutions nouvelles (18 août 1792).

Les collèges de Lyon et de Villefranche subsistèrent sans modification. Le personnel enseignant, les programmes restèrent pareils. Toutefois, les sentiments nouveaux qui agitaient tous les hommes de ce temps y pénétrèrent, et s'y manifestèrent parfois. Le 6 juin 1789, quand les quatre échevins de Lyon, Imbert-Colomès, Steinmann, Bertholon et Degraix (le prévôt des marchands, ïholozan de Montfort, était absent) allèrent suivant l'antique usage, recevoir le cierge que les desservants du Grand Collège leur remettaient chaque année en grande cérémonie*, le père Roman, supérieur, les ayant conduits depuis la porte de la chapelle jusqu'à leurs places réservées, leur tint un langage tout empreint de Tesprit réformateur. « L'opinion a repris son empire; l'éducation doit reprendre le sien... Citoyen sur le trône, un roi, philosophe parce qu'il est bon, a lu dans son cœur les droits de ses sujets, et dans sa raison la nécessité de les en faire jouir, pour appuyer les siens sur une base inébranlable. L'ouvrage de la régénération a commencé ; l'éducation entre dans le plan de l'édifice que la nation est appelée à construire ; l'institution des citoyens par les lois ne sera plus qu'une suite dé l'institution

^ Cette cérémonie avait lieu le jour de la fête de la Trinité; elle était commémorative de la fondation du collège, et la remise du cierge était considérée par les échevins comme la reconnaissance de leur droit de propriété sur les bâtiments, et de leur titre de « fondateurs et prolecteurs du Collège ».

des enfants par les préceptes, afin que les lois forment les mœurs et que les mœurs conservent les lois. » Roman ne faisait pas difficulté d'avouer que si l'ancienne éducation méritait des critiques, c'est que lois et mœurs ne valaient rien. « Gomment des jeunes gens sans expérience auraient-ils osé régler leur conduite sur des principes qui n'obtenaient que le ridicule, dans un monde où le vice avait perdu sa difformité, la vertu ses charmes, la religion son empire?

Aussi nous proposerons-nous de préparer à la patrie des

fils respectueux, des époux fidèles, des pères tendres, des chrétiens également éloignés du fanatisme et de la superstition, des

citoyens généreux, des magistrats vigilants » A quoi

Imbert-Colomès, premier échevin, répondit que, si jusque-là l'habitude était « de porter une attention plus particulière aux élèves privilégiés par le hasard de la naissance », il fallait aujourd'hui que <( l'égalité fût le principe des leçons... Tout respire aujourd'hui le patriotisme, et c'est surtout vers ce sentiment sublime que vous dirigerez les premiers mouvements de vos jeunes élèves*. »

La distribution des prix de 1790 (2 5 août) fut une occasion de prouver que les maîtres avaient profité de ces conseils. Un « exercice littéraire » sur la poésie lyrique, par les élèves de seconde, ouvrit la fête. L'un d'eux, s'adressant au maire et aux officiers municipaux qui avaient remplacé l'ancien Consulat, lut la pièce qui leur était dédiée ; on y célébrait les bienfaits de la Révolution :

Mais du sein ténébreux de ce triste esclav€i«;^e

S'échappe tout à coup un rayon de clarté.

J.a Raison triomphante a percé le nuajje

Qui dérobait la vérité. * I/homme alors, déployant sa puissante énerj^^ie, Contre l'oppression fait éclater ses droits; Sa noble fermeté lui donne une patrie

Kt des chefs dijî^nes de son choix.

* Actes consulaires, procrs-verl)al du G juin ijHj). (Arch, mun. BB. 3/|8, p. 233.)

Titres présomptueux, vaines prérogatives, Vous n'êtes désormais que des noms superflus, Et, pour régner enfin sur des âmes actives.

Il faut aujourd'hui des vertus.

Les Oratoriens vivaient en bonne harmonie avec les pouvoirs nouveaux, et Tesprit dont ils faisaient preuve, au moins en public, était fait pour la maintenir. Quant aux professeurs du Collège Notre-Dame, rien n'indique que leurs opinions ne fussent point conformes à celles des patriotes. Ils étaient d'ailleurs trop directement soumis à la municipalité pour lui être hostiles. L'entente semblait donc durable. Elle n'eût pas été troublée si les Oratoriens n'eussent été dérangés dans l'indépendance pratique que leur laissait l'ancien régime pour ce qui concernait l'administration financière du Grand Collège. En effet, la loi du 5 novembre 1790, en réorganisant le Bureau des collèges^ les obligea de subir une surveillance qui leur parut pénible, qui amena des froissements et finalement un conflit.

Celte loi supprimait l'ancien Bureau, qui d'ailleurs ne fonctionnait plus depuis un an, et donnait à la Commune la nomination des administrateurs du nouveau. Celui-ci, placé sous la surveillance d'im officier municipal, composé en partie de notables*, agissait comme représentant des droits et des intérêts de la ville, propriétaire des biens des collèges. Or, les Oratoriens, dont l'usufruit était illimité, avaient une tendance à se croire les maîtres dans le Collège de la Trinité. Cette

* Le Conseil général de la Commune désigna, le i3 janvier 1791, pour faire partie du Bureau des collrges : Etienne le Camus, Alexis-Jean Millanois de la Salle, Marc-Antoine-Louis Claret de la Tounlto, Benjamin-Sigismond Frossard, Jean-Emmanuel Gilibert, Louis Henri (notable), Pierre Mairet (notable), Nicolas Joliclerc (bénédictin), François Billemaz (notable), Pierre Davallon. C'est rofficier municipal Pressavin qui, le plus souvent, dirigea ses délibérations.

LA CHUTE DE L'ANCIEN RÉGIME, 1789-1792 l.î

prétention avait déjà provoqué, avant 178g, des querelles avec le Consulat, d'où celui-ci n'était pas toujours sorti vainqueur. Elle en provoqua d'autres en 1791 et 1792, où les Oratoriens furent moins heureux.

Le Bureau se mit au travail avec ardeur, et lit une enquête sur la situation des collèges. Celle du Collège Noire-Dame lui parut satisfaisante. Il donnait Tinstruction à 180 externes et ne coûtait que 10.200 livres (enseignement) et à peu près un millier de livres pour les frais de distributions de prix et le service de la chapelle. Les professeurs réclamaient une augmentation de salaires, et le Bureau ne s'y montrait pas hostile*.

Mais au Grand Collège, le Bureau constata « avec douleur les empiétements des Oratoriens ». Il calcula qu'ils coûtaient

* Voici rétal des dépenses du collège N.-D. dressé sur la demande de la municipalité, par Brun, principal du Collège, daté du 12 janvier 1792 C^irc/t. mun. Ri, pièce ms.)

Le principal, Sébastien Brun, prêtre, 4»^ ai^^? ^^ année d^cxorcice, louchait 2000 livres.

Le préfet des études, Délavai, prêtre, 44 ^^^t '8® année d'exercice, louchait i3oo livres.

Le professeur de rhétorique, Roux, prêtre, 4^ ans, 23« année d'exercice, touchait 1600 livres.

Le professeur de seconde, Besson, prêtre, 4^ ans, 16*^ année d'exercice, louchait 1200 livres.

Le professeur de troisième, Tabard, laïc, 46 ans, 25e année d'exercice, touchait iioo livres.

Le professeur de quatrième, Vifard, prêtre, 34 ans, 12® année d*exercice, touchait 1000 livres.

Le professeur de cinquième, Perrin, laïc, 3o ans, 4® année d'exercice, touchait 1000 livres.

Le professeur de sixième, Riondcl, laïc, 22 ans, 2® année d'exercice, touchait 1000 livres.

Les professeurs étaient logés au collège; mais chacun d'eux vivait à part. Ils demandèrent une augmentation de salaire (la pièce n'est pas datve, Arch. mun., série R^), à cause du renchérissement des denrées et de la perte sur les assignats. On y fit droit probablement, car. en 1792, les dépenses totales du collège ont augmenté do 400 livres (registre du bureau des collèges, séance du 22 avril 92. Arch, dép., L. T.^

Les dépenses des deux distributions de prix (avril et août 1791) et du service journalier de la chapelle pour Tannée 1791 sont évaluées à 962 1. 19 sols 6 d.

14 LES RÉGIMES RÉVOLUTIONNAIBES, i789-1S02

cher, et rendaient peu de services. Le Bureau, en effet, leur versait sur les revenus des collèges 16.000 livres ; ils retiraient environ 19 000 livres de locations dans les bâtiments mêmes du Grand Collège ; ils occupaient gratuitement un pensionnat qui valait bien une rente annuelle de 6000 livres; enfin, la ville leur payait un suisse et les exemptait de Tentrée du vin, coût : 900 livres. En tout, près de /\'2,ooo livres. Pour cette somme ils donnaient l'instruction à lao externes. L'externe du Collège Notre-Dame coiitait environ 65 livres, celui du Grand Collège 345. Il est vrai que les Oratoriens élevaient en outre aSo pensionnaires. Mais le Bureau ne les faisait pas entrer en ligne de compte, car le pensionnat était une entreprise privée, nullement imposée aux desservants du Collège, et qui leur valait des bénéfices. Le Bureau, ces constatations faites, concluait qu'il y aurait avantage à se débarrasser des Oratoriens, et il demanda à l'Assemblée nationale de casser leur baiP. Il sollicitait en même temps l'autorisation de vendre tous les biens des collèges pour procéder avec le capital ainsi réalisé à une réorganisation complète de l'enseignement*. Mais l'Assemblée, qui avait décidé de remettre à plus tard le règlement des affaires concernant l'instruction publique, refusa de prendre une décision spéciale pour les collèges de Lyon.

Les relations, déjà difficiles entre le Bureau et l'Oratoire, le devinrent davantage quand le père Roman, sommé de prêter le serment civique, demanda à réfléchir. Le Bureau décida aussitôt qu'il serait remplacé dans ses fonctions de supérieur. La municipalité le révoqua, et lui enjoignit de quitter le collège (20 avril).

^ Le Bureau écrit à rAsscmblée nationale « à l'effet d'obtenir la révocation des arrêts, lettres patentes ou traités qui ont accordé à la congrégation de l'Oratoire la jouissance de tous les bâtiments claustraux du collège de la Trinité et du pensionnat, 10 mars 1791 (Arch. dép.j L. T. Registre du Bur. des coll.)

2 Lettre du Bureau des collèges à l'Assemblée nationale (i5 mars 1791) (Arch. dép.y L.T., carton i). Les administrateurs du déparlement appuyèrent cette demande (même date).

Ce fut le signal de la guerre ouverte. Roman protesta violemment. Ses fonctions, disait-il, ne rol)ligeaient pas au serment. Il demanda au Directoire de district de casser la décision municipale. Le District se rangea à Tavisde la Commune, et transmit TafTaire au département. Elle y resta en suspens. Roman comptait sur l'hostilité politique qui existait alors entre la Municipalité et le Directoire du département pour obtenir satisfaction. <( Les lettres de cachet sont supprimées, et je suis exilé, écrivait-il encore le 5 novembre ; TAssemblée nationale constituante n'a pas confié à la municipalité de Lyon, elle a laissé au Régime de l'Oratoire le soin de distribuer dans les différentes maisons de cette congrégation tous les membres qui la composent, suivant ses intérêts, ses engagements, ses besoins *. » La prétention de Roman et des Oratoriens de Lyon était, en effet, que, installés à Lyon en vertu de lettres patentes non abrogées par l'Assemblée, ils n'avaient pas à souffrir d'intervention municipale dans le régime intérieur de leur maison. La Ville n'avait à leur égard que le devoir de remplir les engagements pécuniaires qu'elle avait pris. — Au contraire, la théorie de la Municipalité était que, d'une part, propriétaire des bâtiments, d'autre part, investie par la loi du 5 novembre 1790, de la surveillance des collèges, elle avait le droit d'agir à sa guise sur un terrain et en une matière où elle était chez elle : les Oratoriens n'étaient que des locataires de la Ville et des fonctionnaires publics soumis à son contrôle permanent.

Le Bureau avait cessé de payer en 1791 l'annuité, alors fixée à 16.000 livres (prélevée sur les revenus des biens des collèges), destinée au traitement des professeurs du Grand Collège. Il alléguait, avec la Municipalité, l'état déplorable des finances communales, et représentait que la perception^ indûment exigée à son avis, des locations faites à des par-

* Arch. dép.,L, T., cari, i, lettre du père Roman au Directoire de district au Directoire du département (21 et 28 avril, 5 nov. 1791).

ticuliers dans les bâtiments du (irand Gollèf^e, indemnisait largement les Oratoriens de cette perte*. Ceux-ci faisaient état de ce non paiement pour se déclarer hors d'étal de remplir leurs obligations ordinaires. Ils renvoyèrent à leurs familles deux pensionnaires élevés graluitemenl. I/affaire lit un certain bruit ; ce qui déplut à la Municipalité et provoqua, au moins autant que le refus de serment, la révocation du père Roman-.

Les Oratoriens ne s'en tinrent pas là. Ils sentaient leur situation de plus en plus menacée, à Lyon, à cause de Thostilité municipale ; et, d'autre part, l'Assemblée nationale discutait (septembre) un plan d'instruction publique. On croyait qu'il allait vite aboutir et que les Oratoriens ne feraient pas la rentrée d'octobre. La crise passa alors à Tétat aigu.

Le bruit courut dans le public que les Oratoriens « voyant qu'il n'y avait pas de temps à perdre, en voulaient profiter ». Ils l'employèrent à « dévaster » le collège, c'est-à-dire à vendre une partie du mobilier. Ce fut un grand émoi. Le Bureau du collège et des commissaires spéciaux désignés par la municipalité se rendirent au collège (29 septembre) et posèrent des scellés sur la bibliothèque, le cabinet de physique, le médailler et l'observatoire. Un corps de garde fut placé à la porte du collège^.

Les Oratoriens prétendaient n'avoir vendu que des hardes

^ Le Bureau évaluait le total des loyers perçus à 19.000 livres et non plus a 10.000 comme en 1789.

2 Arch. dép.^ L.T. i. Affaire des deux enfants de M™* Beuchot, avril 1791. Le Bureau fît pourtant payer à l'Oratoire, le 19 mai 1791, 2400 livres, mais « à titre de secours, sans tirer à conséquence, attendu les jouissances qu'il a » (Arch. d('p., L.T., registre du Bureau des collèges, 19 mai 1791).

Le P. Roman émigra, puis, en 1802, fut nommé proviseur du lycée de Marseille; en i8o5, inspecteur général; en i8i5, recteur de l'Académie de Lyon.

3 Les incidents de celte querelle sont racontés dans plusieurs brochui^s, qu'on trouve soit aux Archives municipales, série R*» soit à la bibliothèque de Lyon, Fonds Goste.

F. Goste ii4, 4^2. Réponse des PP» de l'Oratoire auœ observ. de la municipalilé^ broch. t(\ p., s. d.

F. Goste 114, 484. Mémoire Justificatif pour les PP, de l Oratoire desservant

sans valeur pour s'indemniser de la perte de leurs honoraires. Mauvaise raison, au dire des municipaux; car leur encaisse était de i3.ooo livres au 19 avril et, depuis, ils avaient retiré plus de io.5oo livres de locations. Mais les Oratoriens, voyant qu'ils n'auraient pas gain de cause « avec des municipaux turbulents qui les avaient dépouillés de leurs propriétés les plus légitimes, rendus suspects à la multitude, dégradés aux yeux de leurs élèves, déshonorés auprès des parents », s'adressèrent au Directoire du département, « contre une municipalité acharnée à leur destruction » . Ils demandèrent la levée des scellés, le paiement des honoraires en retard, une réparation de la « démarche illégale, injuste, indécente delà municipalité,... l'honneur des P. P. de l'oratoire ayant été compromis dans le public^ ». Le Directoire du département était déjà saisi de l'affaire Roman. Il ne fît pas droit aux plaintes de l'ex-supérieur, dont d'ailleurs ses confrères paraissaient s'être désintéressés ; car ils lui avaient désigné un successeur, le père Blain^. Mais l'affaire des scellés lui fournit une occasion de contrecarrer la municipalité, ce qui ne lui déplaisait pas. Il décida que les scellés seraient levés, le mobilier inventorié, les honoraires dus par le bureau, payés. Et il invita le Bureau des collèges « à restreindre son zèle dans les bornes prescrites par les lettres patentes du 29 avril 1768^ ». C'était entrer en plein dans les

le collège de la Trinité de Lyon, contre les prétentions et imputations des offi* ciers municipaux de la même ville, broch. 42 p.

F. Gostc 114, 480. Observ. de la municip, de Lyon sur un mémoire présenté au direct, du départ,, par les RR. PP. de VOrat., broch. 28 p.

F. Cosle 114» 486. Réponses des admin. du Rureau des collèges de Lyon^ au mémoire prétendu justificatif des PP. de VOratoire, broch. 12 p.

^ Arch. dép., L.T. i. Lettre des pères de TOratoire au directoire du département, 3 oct. 1791.

* Roman s'obstina encore dans ses réclamations ; car un procès-verbal du Bureau des collèges parle encore de lui à la date du 26 janvier 1792. « L'éloignement, y est-il dit, qu'a toujours manifesté le père Roman pour les principes adoptés par PAssemblée nationale ne paraissent pas désigner en lui la personne qui doit présider à la direction d'une jeunesse dans le cœur de laquelle il est important, pour le salul de l'Empire, de faire germer ces principes. »

3 Arch. dép., L. T. i. Extrait des délibérations du directoire du département^ 24 déc. 1791.

Univ. de Lyon, — Chabot et Chaiiléty. 2

18 LES REGIMES REVOLUTIONNAIRES 1789- I80i

vues de TOraloire, qui demandait (lettre du 3 octobre) que le Bureau « se bornât exactement à Tinspection subalterne que lui permet d'exercer la nature de sa constitution ».

Les Oratoriens sortaient victorieux de ce premier conflit. Ils firent, sans difficulté, la rentrée de novembre 1791 *. Mais Tannée 1792 fut encore troublée par des incidents tout pareils à ceux de Tannée précédente : vente de mobilier par les Oratoriens, apposition de scellés par le Bureau des collèges, arrêtés des directoires de district et de département donnant Tordre de lever les scellés (16 avril -9 mai 1792^). Toute cette agitation n'allait pas sans troubler les études' Ajoutez que Ton parlait à chaque instant et de plus en plus d'une réforme radicale à faire dans Tinstruction publique. La guerre ne cessa que lorsque la suppression de TOratoire devint certaine. Les dernières relations entre le Bureau des^ collèges et la Congrégation furent calmes : la municipalité vota la subvention ordinaire pour la distribution des prix, et décida d'y assister. Ce fui la dernière. L'histoire du Grand Collège est terminée quand la loi du 18 août 179*2 supprime TOratoire.

* Voici la liste des professeurs dressée par le père Biain, supérieur, le 26 octobre 1791 (Arch, mun, R*).

Supérieur : P. Paul Blain. Seconde: le C. Decujis.

Préfet des classes : P. Vincent Laf- 3« : le C. Sévère Pages.

fite.. 4* ' le G. Alhanase Royer.

ler théologien : P. Antoine Guyotte. 5* : le G. Loriol.

2e théologien : D. Guigou. 6« : le G. Robert.

Mathématicien : le clerc tonsuré, Suppléant des classes : le G. Benja-

J. Mollet. min Robert.

Physicien: le G. Gourju. Bibliothécaire :1e G.Lazare Roubier.

Logicien : le G. Thyrse Imbert. Econome : le P. Boichol. Rhétoricien : le G. Antoine Billet.

Dans un mémoire adressé à la municipalité le 14 janvier 1792, Blain compte, en dehors des professeurs, 22 frères occupés par le pensionnat, l'église, etc.; ce qui a fait un total de 38 personnes pour le service du Grand Collège.

* Les pièces sont aux Archives municipales, série R*.

3 La délibération du Bureau (22 mars 1792) mentionne des actes d'insubordination des élèves de philosophie, qui nécessitèrent une intervention du Bureau.

Il avait péniblement survécu à la chute de Tancien régime. Les droits mal définis de la municipalité, propriétaire des bâtiments et chargée, par Tintermédiairedu Bureau, de contrôler les Oratoriens qui se considéraient comme usufruitiers perpétuels et comme indépendants dans leurs fonctions de professeurs, avaient provoqué une série de conflits. Malgré l'appui que TOratoire avait trouvé à plusieurs reprises dans le Directoire du département, Topinion moyenne du parti patriote se montrait hostile à une congrégation qui avait le double défaut d'être suspecte en tant que telle, et d'apparaître comme un obstacle à une réforme du svstème ancien d'éducation.

Cette réforme, le Bureau des collèges était impatient de la faire. Il n'avait jamais cessé de regarder comme provisoire le régime existant. Ses délibérations sont pleines de Tespoir que l'on sortira vite et définitivement des errements anciens. L'éducation des citoyens d'un Etat libre ne doit pas ressembler à celle des sujets d'un monarque. Ses moyens et son but sont autres. A une situation nouvelle il faut des hommes nouveaux. Les vieux noms et les vieilles choses sont un obstacle au progrès.

Le Bureau des collèges, renouvelé en partie le i6 décembre 1792^ rêvait de faire vite et de faire grand. La vente des biens des collèges était, dans sa pensée, une opération préalable indispensable. Ces biens, qui représentaient un capital énorme, ne rapportaient que peu d'intérêts. Il y aurait tout profit à les vendre. Et l'argent ainsi réalisé permettrait d'exécuter la loi d'établissement nouveau tant attendue de l'Assemblée. « Puisse bientôt l'Assemblée nationale, disait l'administrateur Frossard dans son rapport au Bureau, le 22 mars 1792, organisant définitivement l'instruction publique, mettre sous la sauvegarde de la propriété individuelle, des domaines qui ne

A Les membres nouveaux étaient Morenas, Emery aîné, Carret, Aurès, Gérando.

peuvent plus que dépérir en nos mains ! Puisse-l-elle bientôt, sur les ruines de Tédifice chancelant d'une scolastique qui a si retardé les progrès de Tesprit humain, malgré les réparations partielles que le temps et la raison y ont faites, établir le temple auguste et vraiment national d'une éducation destinée à former des hommes et des citoyens, des hommes à tous les talents d'un esprit éclairé, à tous les privilèges d'une raison bien ordonnée, à toutes les jouissances d'une conduite fondée sur la plus pure morale, et des citoyens aux devoirs de la liberté, aux bienfaits de la constitution, aux brillantes destinées d'un empire régénéré, puissant, comblé de toutes les bénédictions de la Providence et enrichi de tous les avantages de l'état social ! »

Page 1