III. — L'« Institut pour l'éducation publique
La loi du 18 août 1792 marque la fin de Tancien régime de renseignement secondaire à Lyon ; non que cette loi en ait établi un nouveau ou même ait formellement détruit l'ancien : c'est d'une manière indirecte, d'abord par la suppression de l'Oratoire, ensuite par des mesures relatives à la vente des biens des collèges, qu'elle mit Lyon dans l'obligation de transformer son régime. Mais la Législative n'ayant, pas plus que la Constituante, légiféré en matière d'enseignement, il fallut que la ville de Lyon trouvât toute seule la solution d\in problème que le pouvoir central posait sans le résoudre. Ainsi une organisation nouvelle de l'enseignement secondaire date de cette loi du 18 août; sa situation matérielle, ses programmes et son personnel furent radicalement transformés.
L'indépendance financière des collèges de Lyon disparut en même temps que leur ancien personnel. La loi du 18 août 1792 ordonna la vente des immeubles appartenant aux congrégations, aux séminaires et aux collèges; pour ces derniers elle
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ne réservait de Taliénation que les bâtiments et jardins utilisés pour l'enseignement. Le traitement des professeurs devait être constitué par « le revenu net du collège, l'entretien du bâtiment prélevé ». En conséquence, le Directoire du district de la campagne de Lyon (dans le ressort duquel se trouvaient les biens des collèges) ordonna la vente.
Mais cette loi, claire en apparence, prêtait en réalité à des équivoques, du moins à Lyon. Elle visait les congrégations qui administraient les collèges, et, les supprimant, traitait leurs immeubles comme biens nationaux. Or, à Lyon, les Oratoriens n'étaient ni propriétaires ni même administrateurs, mais simples fonctionnaires salariés de la commune. De plus, ces immeubles étaient administrés depuis 1763 par un Bureau que la loi du 23 octobre 1790 avait confirmé dans ses fonctions et que celle du 18 août ne supprimait pas. Enfin, le collège Notre- Dame et le Grand Collège avaient des biens indivis ; or, les maîtres du collège Notre-Dame n'appartenaient à «ucune congrégation ; ils n'étaient donc pas supprimés par la loi du 18 août, qui ne disait rien de cette seconde catégorie de collèges. II semblait donc que la loi du 18 août ne fut pas facilement applicable à Lyon.
Le Bureau des collèges ne savait que faire. Il demanda au Conseil général de la Commune s'il avait encore une existence légale*. Le Conseil le rassura, disant que ses attributions restaient provisoirement entières. Il conserverait l'inspection des études, la nomination des maîtres, la surveillance du musée, de la bibliothèque, et même l'administration des biens. Le Conseil semblait espérer qu'une loi plus précise interviendrait à leur sujet.
Mais le district de la campagne, conformément à la loi du 18 aoiU, avait déjà ordonné la vente ; il ne voulut pas se déjuger. Une polémique s'engagea : le Bureau et la Commune s'efforçaient d'établir avec des arguments historiques que les
* Reg, Bur, collèges^ i*' et 20 octobre (Arch, dép,, L. T.).
collèges de Lyon n'étaient pas dans le cas prévu par la loi, leur patrimoine étant municipal*. Ils représentaient aussi que la vente, faite au profit de TEtat, ruinait d'un seul coup les deux établissements lyonnais. Il était impossible d'assurer le service de l'instruction sans argent.
Cette raison était sans doute la meilleure, et il fallut bien en tenir compte. Le Département (probablement après en avoir référé au pouvoir exécutif) décida que le revenu net des capitaux résultant de la vente serait versé au bureau, qui, en attendant, était autorisé à percevoir les locations du Grand- Collège (17 décembre 1793). Le Bureau ne demandait pas autre chose. Il s'était maintes fois déclaré partisan de la vente, à la condition, bien entendu, que le produit lui en revînt. Aussi fut-il très désagréablement surpris quand la Convention, pour parer aux fâcheux résultats qu'aurait pu amener l'application des articles de la loi du 18 août relatifs aux immeubles, suspendit la vente par la ;loi du 14 décembre 1793. Il demanda Tautorisation de la continuer^. L'imbroglio menaçait de dévenir inextricable.
Deux lois claires tirèrent tout le monde d'embarras. Celle du 8 mars 1793 décida que « les biens formant la dotation des collèges... et de tous autres établissements d'instruction publique français, sous quelque dénomination qu'ils existent, seraient vendus dans la môme forme et aux mêmes conditions que les autres domaines delà République;... que ces biens seraient administrés jusqu'à la vente par les préposés des domaines nationaux;... que les bâtiments ou jardins pouvant servira l'instruction seraient seuls exceptés de l'aliénation;... que le traitement des professeurs, les frais d'entretien des bâti-
*■ Lettre du Bureau des collèges au Conseil général de la Commune, non datée (Arch. mun , R^). — Délibération du Conseil général de la Commune, i«^ décembre 1792. — Délibérations du Bureau des collèges dos G novembre et i3 décembre 1792. — Le Bureau protestait également contre le Directoire de l'Ain, qui faisaitvendre les biens des collèges de Lyon situés dans son ressort administratif.
' Reg.Bur, collèges, 4 février 179.'^.
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ments seraient à la charge de la nalioii ». Sil subsistait une équivoque au sujet de la propriélé même des immeubles des collèges de Lyon, que la Commune considérait comme sienne, Tarticle 91 de» la loi du 24 <*^>id i7<)3 la supprima : « Tout l'actif des communes pour le compte desquelles la llépublique se charge d^acquitter les dettes (c'était le cas de Lyoni appartient dès ce jour à la nation*. >»
La loi du 8 mars avait supprimé les attributions linancières du Bureîiu des collèges. Il continua de végéter quelque temps, mais la crise politique qui commença avec Tinsurreclion lyonnaise du 29 mai réduisit le nombre des membres. Il remit le 4 juin ce qui lui restait de pouvoirs au (Conseil général de la Commune. A cette date, un régime nouveau d'enseignement commençait à fonctionner, qu'il avait lui-même fondé et où son rôle était presque insignifiant.
L'idée d'une réforme à opérer dans le système d'éducation et d'instruction publiques était fort populaire à Lyon, el depuis longtemps. Quand les Jésuites avaient quitté les collèges de la ville, Toccasion s'était présentée favorablement pour la faire. Le consulat avait, le 8 février 176!^, adressé au Parlement une criti(jue^ très vive des méthodes et des programmes en vigueur, avec un phui d'éducation nouveau et hardi. « Les éludes établies dans les collèges, disait-il, se ressentent fortement de la barbarie des temps où elles ont commencé. On exige des jeunes enfants que, dès l'âge le plus tendre, ils s'appliquent à l'étude sèche, aride, difficile, de deux langues mortes qui ne
*■ La loi continuait d'exceplor « les ohjols destinés pour les éta))lissemenls publics ». Les bâtiments des deux collèiçes restaient donc propriété municipale.
* Mémoires du prévtU des marchands et écJievins de Lyon,., suivi du plan
d'éducation pour les collèges de Lyon 8 février i7(>3, brochure imprimée.
(Arch. mun,, GG., XX., o.^'X),
L'ÉTABLISSE MEirr D'UN RÉcJlME NOUVEAU, 1792-1793 25
sant presque plus d'aucun usage dans plusieurs étals considérables de la société civile ; des maîtres durs abaissent leur courage naissant et souvent dégradent leur tempérament par des peines sévères et une application forcée à des choses abstraites, tristes, dont leurs jeunes élèves ne peuvent voir l'objet : et, après avoir essuyé ces maux qui commencent leur vie, les jeunes gens sortent des collèges en plus grand nombre sans rien savoir du tout, les plus appliqués ayant à peine quelques notions de la langue latine, sachant tout au plus lire les caractères de la langue grecque, et n'ayant le cœur et Tesprit formés que par quelques notions des absurdités de la mythologie, les termes barbares, les entités^ les formalités et les autres idées des bancs de l'école qu'on honore du nom de philosophie, et dont l'effet le plus naturel doit être de joindre Tobstination et l'opiniâtreté à la minutie et à la subtilité. »
L'absence de caractère pratique et de valeur sociale, le formalisme des programmes, la médiocrité des résultats, dans les limites mêmes où ce système d'éducation se préoccupe d'en obtenir, leurs inconvénients funestes, la rigueur d'une discipline qui n'a même pas l'excuse d'un but utile à atteindre, on a pu dire tout cela avec plus d'élégance, mais non avec plus de brièveté. Les échevins lyonnais se proposaient de remplacer cette éducation, qui leur semblait surannée et « barbare » en 1763, par une autre qui formerait « un homme de bien, un bon chrétien, un fidèle sujet du roi, un bon Français », et qui entrerait \< en particulier dans le caractère et le goût national de la ville de Lyon » .
On recevra dans les collèges les élèves de quatorze ans, sachant lire, écrire et compter. Ils y resteront cinq ans. La première année sera consacrée à la géométrie et aux mathématiques (deux classes de deux heures par jour). Un cours de grammaire « raisonnée et générale » (une heure par jour) sera fait en français pour ceux « qui voudront se former dans les langues savantes )). Les principes en seront appliqués « à la langue latine, et progressivement, dans la suite de l'année et
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de celle qui suivra, à la langue grecque et même hébraïque ». La deuxième année, les études scientifiques seront complétées par la physique, la chimie, Tastronomie, Tart de la navigation; les cours de langues savantes continueront. La troisième année, en même temps'que se poursuit renseignement des sciences, commence l'étude de l'histoire universelle : les heures consacrées aux langues mortes sont affectées aux langues vivantes, allemand, italien, espagnol. L*arabe même serait enseigné si (( Ton ne parlait français dans le Levant ». La quatrième aiînée, même programme ; mais l'histoire universelle est remplacée par l'histoire de France et l'histoire de Lyon. Enfin, en cinquième et dernière année, l'histoire ecclésiastique est enseignée : « Il y aura un traité particulier de l'histoire des libertés de l'Eglise gallicane. Cette étude formera des chrétiens ; elle fera connaître, aimer et respecter la religion, et préservera les Français de toute contagion étrangère. » — Ainsi, concluent les échevins, « en cinq années d'études sérieuses, subrogées aux anciennes inepties, un jeune homme sera formé à toutes les belles connaissances convenables à la Robe, à l'Epée, au Commerce et aux Arts ».
Ils prévoient toutefois, et non sans finesse peut-être ironique, une objection possible. « Que fera-t-on des enfants jusqu'à quatorze ans? » Grave question, en effet. Car une partie du système d'éducation semble bien n'avoir été imaginée que pour tuerie temps jusqu'au jour où l'enfant est à même de comprendre ce qu'on lui enseigne, et aussi pour débarrasser les familles du souci de leur présence. Eh bien, « on laissera d'abord former le corps sans arrêter ses progrès en accablant l'esprit par un travail précoce ; on apprendra à ces enfants les éléments de la religion ; on les appliquera à la lecture, l'écriture, l'arithmétique ». Et si l'on y tient beaucoup, on pourra « leur donner quelque idée des fables de la mythologie... En voilà assez, sans doute, pour occuper un enfant jusqu'à quatorze ans ».
Les échevins proposaient de faire l'expérience de leur système au collège de la Trinité, en laissant l'autre en proie à
l'ancienne méthode. Mais les circonstances ne permirent pas cet essai. La crise municipale de 1764 et les démêlés du consulat avec la sénéchaussée favorisèrent la cause des Oraloriens, heureux de recueillir l'héritage des Jésuites.
Toutefois, ridée de créer un enseignement moins « barbare », plus adapté aux besoins des Français du xviii" siècle en général, et des Lyonnais en particulier, était restée vivante. Elle apparaît, après 1789, au premier rang des préoccupations des pouvoirs locaux. Le Conseil général du district de la ville de Lyon émit, le 25 septembre 1790, le vœu qu'un plan d'études « régénéré » fût appliqué dans les collèges. Outre le latin et « surtout le français », l'étude de deux langues vivantes et des sciences était indispensable. Des cours publics de physique, de chimie, de mathématiques, de droit français, d'histoire, de dessin, de commerce, d'arts et métiers seraient annexés aux collèges. Un vœu analogue fut émis, le 17 janvier 1791, par le Comité d'utilité publique ^ Une délibération (28 avril 1791) du Bureau des collèges insista sur cette opinion, que «les localités exigent quelques différences dans l'enseignement public, qu'il est nécessaire, par exemple, qu'il y ait dans cette ville, soit à cause de l'étendue de son commerce, soit à cause de la fabrique qui exige des voyages fréquents, des chaires qui ne seraient d'aucune utilité dans d'autres villes ». Ainsi, l'idée d'une réorganisation complète du système d'éducation publique était comme à l'ordre du jour, et les réformes radicales faites en d'autres matières activaient le désir de réaliser celle-ci au plus vite. La suppression de l'Oratoire en fournit une occasion facile. On fit au Grand Collège l'expérience des idées nouvelles, en créant VInstitut pour Véducation publique.
* Arch, dép., L, T. i. Rapport sur renseignement public du district par le Comité d'utilité publique.
* Reg, du Bur. des collèges, délibération du 28 avril 1791.
C'est au Bureau des collèges que la création de l'Institut fut décidée et l'organisation arrêtée. Sa décision (i 3 octobre 1792) s'appuyait sur Topinion générale des Comités « qui désapprouvent et annulent la fastidieuse éducation des premières écoles appelées 6®, 5*, 4*? 3®, humanités, rhétorique, dans lesquelles on enseignait uniquement une langue morte, très inutile pour le bonheur de la société, tandis qu'on négligeait les sciences préliminaires applicables à toutes les conditions » . Il constatait « que ses moyens pécuniaires lui permettaient de conserver provisoirement le plan de Fancienne éducation dans un des collèges qui lui sont confiés, celui de Notre-Dame », et décidait que le Grand Collège serait seul réorganisé pour la rentrée prochaine. Les frais de la réforme seraient couverts par la location du bâtiment du pensionnat, maintenant supprimé, des Oratoriens.
On enseignait à l'Institut :
i^ La haute latinité : « Le professeur de haute latinité fera connaître les beautés des auteurs les plus difficiles, les traduira et expliquera en forme de commentaires les endroits scabreux. »
7.^ La géographie : <( Le professeur de géographie fera connaître la géographie physique..., les productions utiles au commerce de chaque province, l'histoire de ces provinces, la nature de leur gouvernement, les vices de chacun, leurs relation politiques et commerciales avec leurs voisins. »
3^ La théorie de la langue française : « Le professeur de belles-lettres exposera la théorie de la langue française, son plan de syntaxe, ses avantages, ses désavantages, le mécanisme de la poésie, ses différents genres, l'application de la langue pour l'histoire, les discours, etc. »
^^ Les mathématiques élémentaires: « Le professeur
enseignera le calcul, l'algèbre, la géométrie. »
5" Les mathématiques appliquées à la navigation, fortification, artillerie, mécanique, hydraulique, architecture, astronomie : « Le professeur donner^ exclusivement des leçons sur les arts qui peuvent être utilement dirigés par le mathématicien. »
6® La physique expérimentale et la chimie : a Le professeur emploiera les instruments déjà rassemblés dans le cabinet, et continuera à les compléter. »
7*^ L'histoire naturelle : « Le professeur s'attachera à bien faire connaître les productions des trois règnes de la nature, les minéraux, animaux et végétaux du département^ »
8^ La morale appliquée au droit naturel : « La plus nécessaire des chaires a été jugée celle de la morale appliquée au droit naturel. Le professeur sera tenu, dans ime suite de leçons, de développer les motifs qui ont déterminé les législateurs de promulguer telle loi ; surtout, il expliquera les fondedements de tout contrat social, qui repose essentiellement sur la souveraineté du peuple. »
« Toutes les leçons seront publiques, professées dans des salles spacieuses. Celles de la morale appliquée au droit naturel seront données dans Téglise attenante au collège, parce qu'elles conviennent à tous les citoyens^. »
Les professeurs choisis par le bureau furent : Bourdon (haute latinité), Imbert (géographie), Domergue (langue française). Allier (mathématiques élémentaires), Mollet (mathématitiques appliquées), Devillers (physique)^, Gilibert (histoire naturelle), Frossard (droit naturel). Joly clerc fut chargé de la surveillance générale. Six oratoriens, entre autres Tex-supérieur
* Le Conseil général de la Commune décida le 2 novembre le transfert au Grand Collège des instruments de physique et d'histoire naturelle du séminaire de Saint-Irénée, et de ceux qui pouvaient être ailleurs. Le département approuva cette délibération le 17 décembre.
* Registre du Bureau des collèges j i3 octobre 1792. Le Conseil de la Commune approuva la délibération du Bureau le 17 octobre ; le département Thomologua le 9 novembre.
3 Devillers refusa à cause de son âge, et fut provisoirement remplacé par Mollet.
Blain, étaient venus faire leur soumission et avaient demandé d'être utilisés dans le nouvel Institut. On leur répondit simplement que leurs fonctions étaient supprimées. Un seul ci-devant oratorien, Lefèvre, fut autorisé à continuer ses travaux à l'Observatoire (i8 octobre). Les appointements des professeurs furent fixés à i5oo livres^ Ils étaient logés dans la maison^.
L'organisation de l'Institut avait été si rapide, qu'on putl'inaugurer solennellement le 1 2 novembre, dans l'église du Grand- Collège. Les administrateurs du Bureau, une délégation du District et du Département, deux députés à la Convention, Vitet et Boissy-d'Anglas, alors en mission à Lyon, étaient présents. Gilibert prononça un important discours, où il résumait la pensée des organisateurs et leurs espérances. L'ancienne éducation était destinée à former des hommes d'une culture distinguée, aristocratique; la nouvelle ferait des citoyens utiles. La première n'avait aucun souci des vertus sociales, et, de fait, elles sont de peu de valeur sous un régime despotique. La seconde doit préparer des hommes que le régime républicain appelle à une collaboration incessante au bonheur commun. La nouveauté essentielle du système, c'est l'enseignement de la morale. Elle est le fondement de la vie sociale. L'histoire, avec ses deux « compagnes fidèles, la géographie et la chronologie», la. soutient par l'autorité de ses leçons, ce Tous les citoyens de la République, devenus tout à coup portion active du souverain, doivent puiser dans l'histoire les modèles des bons et des mauvais gouvernements. » La même raison les oblige à savoir c( rendre avec énergie leurs idées » ; car chacun peut devenir « représentant du peuple à quelque titre que ce soit ». Us trouveront dans les leçons de littérature latine et française « tous les modèles de diction ». Mais, quelle que soit la profession de chaque citoyen, (f il doit connaître les sub-
^ Jolyclerc, Frossard, et Gilibert refusèrent tout traitement. 2 Les célibataires avaient 3 pièces ; les mariés, 5. Il leur était interdit de sous-louer (procès-verbal i5 novembre 9a du Bureau des collèges).
stances matérielles qu'il traite et qu'il emploie » ; d'où, nécessité de savoir Thistoire naturelle, la physique, la chimie... Toutes lés parties de l'éducation se tiennent donc par un lien logique. Elles sont dominées et déterminées par la préoccupation de faire des citoyens utiles et d'en faire beaucoup. Aussi, les instruments de connaissance sont-ils mis à la portée de tous. « Depuis l'artisan jusqu'à l'administrateur, tous peuvent développer leurs talents naturels, et acquérir les moyens de se procurer un sort honnête et une existence utile et agréable. » Tous seront éclairés, en état de se faire une opinion sur les hommes et les choses. Le peuple a ne sera plus le jouet de cette foule d'intrigants de toute espèce, qui font servir son ignorance pour l'égarer... Citoyens, nous sommes républicains : que signifie ce mot? la réunion de toutes les forces, de tous les talents pour la félicité publique*. »
Le programme de l'Institut fut immédiatement appliqué, et peu à peu élargi. La vente des biens des collèges, qui augmentait fort heureusement leurs revenus, permit la création de chaires nouvelles. Le dessin et la géométrie appliqués aux arts (i5 nov.) furent confiés à l'architecte Boulard; la médecine àDumas, de l'université de Montpellier (i5 nov.); l'agriculture à Rozier, curé de Saint-Poly carpe (17 janv. lygS); puis, furent institués l'enseignement de la chirurgie et de l'anatomie, de l'espagnol, de l'italien, de l'allemand ; de « l'art de penser et de raisonner », et enfin du commerce^ (7 février).
Il n'est pas aisé de savoir si l'Institut réussit à attirer un grand nombre d'élèves. Ses organisateurs s'étaient, au début, peu préoccupés des conditions pratiques matérielles dans
^ Procès-verbal du la novembre 1702, Reg. Bur. collèges.
2 L'ex-oratorien Bérenger, qui avait professé la sixième au collège de Lyon, puis la rhétorique h Troyes et à Orléans, professa un cours de morale à l'Institut, mais j'ignore la date de son entrée en fonction. « H est l'auteur du livre si connu la Morale en action, et fut plus tard Tami de M'"*' de Kriidener et même le correspondant de M™« de Staël. » (Clair Tisseur, Histoire du Grand Collège, dans Coupons d'un atelier lyonnais, Lyon, 1898, in-8). Nous retrouyerons Bérenger à l'Ecole centrale et au Lycée.
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lesquelles renseignemenl devait être donné. Les professeurs faisaient des cours publics, ils n'entraient jamais en rapport direct avec Tclève ; celui-ci, par conséquent, n'était astreint à aucune oblii;ation stricte, même ])as à celle de la présence: il n'avait ni leçons ni devoirs. I^es jeunes gens affranchis de toute discipline travaillaient sans doute fort peu, et les familles hésitaient à les envoyer à Tlnslilut. Il risquait ainsi de n'avoir plus qu'un public d'amateurs, et de ne pas remplir le proj^^ramme qu'il s'était proposé. Le Bureau fut certainement frappé de ces inconvénients. Car, le 21 mai»s 179^, il annonça. i)ar circulaire aux « pères de famille »>, des réformes destinées à y porter remède.
Les élèves seront à l'avenir soigneusement distingués des auditeurs. Ceux-ci, libres d'assister aux leçons, auront une place spéciale. Les élèves inscrits obligatoirement auront des bancs et des tables, où ils pourront prendre des notes. Le professeur les interrogera, et ils lui remettront régulièrement une rédaction de la leçon entendue. De cette manière, l'enseignement sera profitable et laissera des traces. Le Bureau ne doute pas que les pères de famille, qui jusqu'ici ont hésité à confier leurs enfants à l'Institut, ne se rendent à l'appel chaleureux qu'il renouvelle.
On peut penser que cette réforme ne produisit pas les résultats attendus. Car le Bureau parlait quelques temps après de rouvrir au Grand Collège, à côté de l'Institut, une « Ecole secondaire» pour la rentrée de novembre ^ Bien qu'il n'exprime pas clairement ce qu'il entend par là, il semble bien que ce projet soit inspiré, comme la circulaire du 21 mars, par le désir d'attirer au Grand Collège les enfants qui ne le fréquentaient plus.
Mais l'Institut ne vécut pas assez longtemps pour que ses organisat(;îurs pussent y apporter les modifications utiles à son
* Archives municipales^ série R*, la pièce émane du Bureau des collèges, mais elle n'est pas datée.
bon fonctionnement. Les incidents de la lutte entre les deux grandes fractions du parti républicain lyonnais, compromirent son existence dès le mois de février lygS. Gilibert, qui en était l'âme, ayant été élu maire après la démission de Nivière-Chol, appartenait à la fraction modérée. Le Conseil général de la commune, en majorité hostile à Giliberl comme il l'avait été à Nivière-Chol, le fit emprisonner sur une dénonciation du procureur général Laussel, pour provoquer une nouvelle élection. Gilibert, après quelque résistance, donna sa démission et fut rendu à la liberté ; mais il dut cesser tout rôle actif. Les agitations de plus en plus graves d'avril et de mai, achevèrent de désorganiser l'Institut. Frossard se retira le 2 mai. Il ne fut pas remplacé. Enfin l'insurrection girondine du 29 mai, qui renversa la municipalité montagnarde, fut le premier acte qui aboutit à la rupture, puis à la guerre ouverte avec la Convention. Le Bureau des collèges disparut. La vie normale de Lyon fut arrêtée par les préparatifs du siège. Le Grand Collège servit à la défense de la ville. L'artillerie lyonnaise qui répondait au tir de l'armée du conventionnel Laporte postée à la Ferrandière, occupait la plate-forme de son observatoire. Quand Lyon eut capitulé, ses bâtiments servirent de caserne à un détachement de l'armée victorieuse ; on y installa aussi l'agence d'habillement.
Le collège Notre-Dame, auquel on n'avait pas touché, dura peut-être davantage. Il ne paraît pas cependant avoir survécu aux représailles qui suivirent la reddition de la ville ^ Il n'y eut donc plus d'établissements publics d'enseignement secon* daire à Lyon depuis le milieu de 1793 jusqu'au jour où fut organisée, conformément au décret de la Convention, l'Ecole centrale, c'est-à-dire jusqu'au 19 septembre 1796.
Ainsi, VInstitut d'Education publique ne réussit guère et dura peu. C'était pourtant une tentative fort intéressante. Elle
* « Pères de famille, s'écriait Gilibert dans le discours d'inauguration do l'Ecole centrale (3" jour compl. de l'an IV), vous gémissiez depuis trois ans en voyant tous les collèges fermés... »
Umv. DB Lyon* — Chabot et Gharléty 3
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était purement lyonnaise, et elle avait marqué un effort pour donner à une population industrielle, qui la désirait depuis longtemps, une instruction scientifique appropriée à ses besoins. Les sciences y remplaçaient presque complètement les langues anciennes alors discréditées dans Topinion générale. L'Institut était aussi fortement pénétré de l'esprit révolutionnaire : on y avait clairement posé ce principe que l'éducation, dans un régime démocratique, doit avoir pour but essentiel de former des citoyens, que l'école y doit être un noviciat préparatoire à la vie civique. Instruire les jeunes gens des conditions politiques nouvelles où leur patrie s'était volontairement placée, cultiver leur esprit, préparer leur volonté et leur cœur en vue des devoirs que ces conditions leur imposeraient dans l'avenir, leur montrer que la satisfaction individuelle s'obtiendrait désormais dans la mesure où l'individu s'emploierait au bonheur commun, toutes ces ambitions étaient inscrites au programme de l'Institut. Ses créateurs ne se soucièrent pas assez des moyens pratiques de l'appliquer. Ils y songeaient quand vint l'orage, qui, subitement, balaya tout.