‹ Histoire de l'enseignement secondaire dans le Rhône de 1789 à 1900Chapitre 8 sur 51 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

I. — Création de l'Ecole centrale. — Son organisation par l'administration départementale. — Cérémonie d'inauguration. — Ouverture des cours (!«»• frimaire an V, 22 septembre 1796).

II — Le fonctionnement de l'Ecole. — Les résultats de la première année. — L'Ecole à partir de l'an VII. — Ses caractères essentiels. — Une nomination de professeurs par le jury d'instruction. — Fin de TEcole centrale.

La Constituante s'était séj)arée avant d'avoir organisé Tinstruction publique. Des comités d'Instruction publique travaillèrent assidûment à la Législative, puis à la Convention, à réaliser la réforme nécessaire et attendue. Ce n'est pourtant que le 27 brumaire an III qu'une première décision ferme fut prise. Encore ne concernait-elle que renseignement primaire. Puis,, le 7 ventôse an III (aS février 1795), sur la proposition de Lakanal, la Convention vota la création d'Ecoles centrales^ distribuées à raison d'une école par Soo.ooo habitants. Le 3 brumaire an IV (^5 octobre 1795) la proportion fut réduite : il n'y eut plus qu'une école par département ^ La loi

* La nouvelle loi changeait aussi les proj^rammes. La loi de Tan III en avait fait des écoles « secondes, mais non des écoles secondaires, en ce sens qu'elles ne conduisaient pas a un 3<' degré plus élevé d'enseignement », mais seulement à des écoles techniques et professionnelles. La loi de l'an IV élimina

de renseignement tout ce qui était a ou trop technique ou trop spéculatif

marquant ainsi que ces écoles ne devaient être ni des établissements profes-

36 LES RÉGIMES RÉVOLUTIOX^TAIRES, f789-f8(.»2

ne précisait que les grandes lignes de la création nouvelle. Chaque école aurait lo professeurs, renseignement serait réparti en trois sections : i^ dessin, histoire natui'elle, grec et latin, langues vivantes ; 2® mathématiques, physique, chimie.; 3® belles-lettres, histoire, législation. On s'en remettait aux administrations départementales du soin de choisir les locaux', d'organiser les cours et de nommer les professeurs.

L'administration du Rhône mit un an à élaborer un règlement *. Il s'inspirait des dispositions générales de la loi. La nomination des professeurs est confiée à un jury (finsir action^ composé de trois membres choisis par le département. Les professeurs réunis forment le Conseil de l'école et élisent un bureau de trois membres, chargé spécialement de la direction et de l'exécution des règlements. Les élèves sont admis à partir de douze ans. Ils peuvent concourir entre eux pour obtenir des prix. Ils paient une rétribution de 20 francs par cours, et par an. Les auditeurs libres ne peuvent suivre plus de trois cours par semaine. Ils doivent être âgés de dixhuit ans au moins ; renseignement a lieu tous les jours (sauf le quintidi, le décadi et les jours de fête nationale) de 9 heures à midi, et de 3 heures à 5 heures. Du i^*" fructidor au i®*" brumaire, l'Ecole est en vacances. — Le cours d'études, réparti en six classes, est réglé de la manière suivante :

slonncls, ni les derniers organes d'une éducation coniplèle »" (Liard, VEnseirjncmcnl supérieur I, 233-236).

* Comme les soldats habitaient encore le Grand Collège, l'école fut installée provisoirement au palais Saint-Pierre ; non sans difficultés, car les professeurs avaient droit au logement, et rien n'était prêt au. palais Saint-Pierre pour les recevoir. Le département sollicita en vain du ministre de la guerre l'évacuation du Grand Collège. 11 fallut, tant bien que mal, leur faire des chambres dans le palais.

C'est seulement à la fin de l'an VII que les locaux du Grand Collège furent rendus à TEcole centrale (Arch. départ.^ série L. T, carton 2. Ce carton renferme la plupart des pièces relatives ù l'Ecole centrale de Lyon qui nous sont parvenues).

2 Le règlement définitif ne fut achevé et présenté à l'approbation du ministre de l'Intérieur que le 29 thermidor an V, mais il a fonctionné dès le ic frimaire an V»

L'ÉCOLE CENTRALE, 1796-i80^ 37

Les élèves de la i" classe suivent le matin les cours de grammaire générale et particulière, de langues anciennes, de géographie, d'histoire, de mythologie ; le soir, les cours de dessin. — Même programme en 2® classe. -=- En 3® classe, cours de belles-lettres le matin ; le soir, dessin. — En 4* classe, cours de mathématiques, le matin ; histoire naturelle, le soir.

— En 5® classe, le matin, physique ; le soir, histoire naturelle,

— En 6« classe, le matin, cours de législation ; le soir, provisoirement, et en attendant l'ouverture d'un cours de <( sciences intellectuelles », les élèves assistent, à leur volonté, aux leçons d'histoire naturelle ou de dessin.

Le jury d'instruction nomma les professeurs le i5 frimaire an IV. Il les prit dans le personnel de l'Institut et des collèges disparus. Cogell, ancien professeur à l'Ecole de dessin fut chargé du cours de dessin ; Gilibert reprit celui d'histoire naturelle ; Besson, ancien professeur du ci-devant collège Notre-Dame, eut les langues anciennes; ïabard, du collège Notre-Dame, les mathématiques ; Mollet, ancien professeur à la Trinité, la physique et la chimie ; Brun, ancien principal du collège Notre- Dame, la grammaire générale ; Béranger, ancien professeur d^éloquence au Grand Collège, les belles-lettres; Roux, ancien professeur au collège Notre-Dame, l'histoire; Delandine, homme de loi, .la législation *.

La cérémonie de l'inauguration ^ eut lieu dans la grande salle de la Bibliothèque du Grand Collège, le troisième jour complémentaire de l'an IV, sous la présidence de l'Administration départementale, en présence des Administrations des cantons et des corps judiciaires. Lecture fut faite de la loi du 3 brumaire an IV, puis, les orateurs parlèrent. « On vit avec satisfac-

* Arch, départ. y L. T., 2, procrii-verhal du Jury d'insîrucHon. Il y eut des modifications dans le personnel avant même qu'il fîit entré en fonctions. Tabard devint l)il)liothécaire. Roux abandonna Thistoiro pour les mathématiques, et Servan prit Tliistoire.

'-* Le procès- verbal on fut imprimé (l)rochure de 20 pagres : Bibliothèque de Lyon^ 363. 022). Le discours de Gilibert y est imprimé en entier.

lion repar«iître dans le temple des arts le c'itf>yen Héren^^er, cet orateur brillant qui déjà avait illustré l'Institut national de Lyon par ses leçons riches de i^énie et (rimai^ination. » Il résuma le rapport de Kourcroy, Ht un tableau du « vandalisme »> terroriste, exhorta ses concitoyens à l'oubli des injures, et annonça qu'il étudierait dans ses leçons « l'éloquence dans ses rapports avec la Constitution républicaine ». Il n'expliquera « des Déinosthène et des Cicéron que les harangues où ces grands maîtres foudroient les ennemis de la liberté de Rome et d'Athènes ». (iilibert exposa après lui combien les sciences et les arts peuvent contribuer au bonheur et à la sûreté d'un Etat républicain. Son discours, plein d'allusions aux troubles passés dont il avait personnellement beaucoup soulïert, montrait pourtant qu'il avait conservé intacte sa confiance dans la valeur du régime démocratique. Mais la nécessité de faire l'éducation de la démocratie apparaissait plus urgente après les malheurs des luttes civiles. Les fautes commises, les excès, les violences, étaient le résultat de l'ignorance du peuple, dont des <( hommes pervers avaient, par hypocrisie, surpris la bonne foi ».

Deux jours après cette cérémonie, le i*^*" frimail*e an V, les professeurs de THcole cenlrale firent l'ouverture solennelle de leurs cours* « dans le local provisoirement assigné du ci-devant claustral de Saint-Pierre >», en présence du jury d'instruction, de TAdministration du département, des autorités civiles, judiciaires et militaires, et d'un grand nombre de citoyens. Gollomb, président du jury d'instruction, ouvrit la séance. Puis, successivement, chaque professeur exposa le programme de son enseignement.

Bérenger, qui était un orateur « pathétique >>, exposa d'abord au nom de tous n l'objet de l'institution par rapport à son

* Le procès-verbal eu fut imprimé sous le litre de « Ouverture des cours de l'Ecole centrale », brochure de 76 pages (Bibliothèque de Lyon, 363o23). Les discours des professeurs y sont analysés. La brochure fut faite par le Bureau de l'École, Giliberl, (loj^ell, Tabard.

but général ». Il dit aux jeunes gens des « vérités fortes, d'un ton paternel, d'un style plein d'entrailles »• Il annonça qu'il dicterait pendant les premiers mois un précis de grammaire générale d'après le célèbre Arnaud, et un précis de logique, d'après du Marsais. Puis il enseignerait le style, Téloquence et la poésie d'après les grands modèles, et « par l'exercice répété de la composition ». Les leçons seraient publiques un jour par décade, l'octidi ^ « Ce jour-là, on offrira le précis des trois leçons précédentes, et la séance sera terminée par la lecture et le commentaire de quelques fables de Lafontaine. »

Cogell déclara que le dessin était depuis longtemps négligé à Lyon, qu'il commencerait par l'étude des premiers éléments, qu'il travaillerait avec ses élèves, « comme un père au milieu de ses enfants » .

Brun, professeur de grammaire générale, comparera les principes et les procédés fondamentaux des diverses langues, anciennes et modernes. Cette étude ne permettra pas de les parler, mais mettra à même de les comprendre plus vite. « Je m'estimerai amplement dédommagé de mon travail, dit-il en finissant, si, entre autres choses, ce que je dirai de l'orthographe en amenait la réforme partielle, aisée, et indispensable pour mettre enfin l'art de la lecture à la portée de tous. »

Roux se contenta de célébrer la beauté et l'utilité des mathématiques. Besson, qui avait les langues anciennes, justifia leur utilité : i® les termes scientifiques leur sont empruntés ; 2** elles sont nécessaires pour l'étude des langues modernes ; 3° les littératures anciennes renferment des « pensées belles, des images brillantes, des tours fins et délicats, des expression riches et harmonieuses » dont aucune traduction ne peut donner l'idée. Il mettait en garde les jeunes

* Les leçons seront faites à huis clos les autres jours « parce que l'enseignement suppose l'ignorance, et que l'ignorance n*aime pas à multiplier les confidents de sa honte ».

iO LRS RÉGIMES hÉVOLUTIONNAIRES 178^1802

gens contre Topinion de Tif^norance « qui, voiilanl délourner de cette étude, affecte de publier qu'elle est inutile ».

Mollet fit le plan de son cours de physique et chimie. Gilibert promit de s'en tenir aux principes «généraux de Thistoire naturelle, sans tomber dans « une nomenclalure stérile». Enfin Delandine, professeur de léffislation, ra])pela que cet enseignement était « en Suède, en Danemark, à ^'enise, en Angleterre, en Allemagne, un objet commun d'éducation pour toutes les professions », et annonça (jue son cours comprendrait l'étude : i** du droit naturel; '2° du droit des gens ; 3° du droit positif, qui se divise en droit public el en droit privé.

Le bibliothécaire Tabard résuma l'histoire de la bibliothèque du Grand Collège, et y montra le complément indispensable du nouveau système d'éducation. Malgré les dévastations qu'elle avait subies (en g.l) elle restait le dépôt universel de la science acquise ; elle offrait à côté de l'Ecole, qui donne « l'instruction vivifiée par la parole », les ressources de « l'instruction muette et individuelle ». Le public y serait admis tous les jours.

Le professeur d'histoire, Servan, protesta que l'histoire n'était point une science spéculative. Elle renferme tous Ites objets utiles à la société civile. Le professeur décrira sommairement la terre, puis au cours de l'antiquité, du moyen âge, des temps modernes, montrera pour chaque peuple quels furent: I** son gouvernement politique, îi"* sa législation, 3® son commerce et son industrie, >î**ses arts et sciences, 5® ses mœurs et usages.

L'Ecole centrale du Rhône était, à la date chi 1*'' frimaire anV, entièrement constituée. Elle avatt un local, un règlement, un programme, des méthodes, un corps de |)rofesseurs. Elle était, pratiquement, à peu près indé[)eiidante. L'Etat avait ordonné la création et dénommé les matières d'enseignement ; l'administration départementale avait fourni le local et choisi le jury d'instruction qui avait nommé les professeurs. Mais ceux-ci étaient maîtres chez eux: le bureau de trois membres

(Gilibertj Tabard, Gogell), qu'ils avaient élu, administrait Técole. Chacun d'eux avait librement formulé sa méthode d'enseignement, et pouvait l'appliquer à sa guise. Le sort de l'œuvre tentée était remis entre leurs mains. Il leur fallait conquérir l'opinion, attirer un public et le retenir; mission difficile toujours, et dans ce cas particulièrement lourde, puisque c'était une mission de confiance.

Il semble que l'École centrale était toute désignée pour hériter du personnel d'élèves qui fréquentaient les anciens collèges fermés depuis trois ans. Elle fut loin toutefois de les avoir, du moins à ses débuts, et les raisons en sont, sans doute, faciles à déterminer. La nouveauté de l'institution excitait certainement des méfiances ; de plus, la disparition des collèges avait étendu l'industrie des professeurs libres, qui conservèrent, avec une entière indépendance, une grande partie de leur clientèle. Enfin, il est probable que les crises politiques et économiques subies par la ville, avaient diminué le nombre de ceux qui, par goût ou par intérêt, désiraient pour leurs enfants une culture élevée.

Les résultats de la première année, l'an V, furent médiocres^ Si les cours de dessin du citoyen Gogell furent très suivis, et « par un grand nombre d'élèves de tout âge », il n'en fut pas de même des autres. Besson attribuait à la concurrence de nombreux professeurs particuliers de latinité, et à l'utilité peu présente aujourd'hui « des langues anciennes, le petit nombre de ses élèves : son cours avait été presque désert ». Brun,

* Compte rendu de l'état des cours de V Ecole centrale du département du Rhône^ dans la séance publique du 29 thermidor an V, pour la proclamation solennelle des prix.,, rédigé d'après les notes des professeurs, Lyon, 1797, brochure de 38 pages. (Bibliothèque de Lyon^ 363o24.)

professeur de grammaire générale, et Gilibert, professeur d'his^ toire naturelle* paraissaient plus satisfaits, sans l'être beaucoup. Roux enseigna les mathématiques devant quelques « géomètres déjà très instruits » dont l'assiduité fut parfaite ; quant aux élèves, s'il louait chez trois d'entre eux « le talent et le goût », il blâmait chez les autres « la frivolité et la dissipation ». Mollet déplorait la pauvreté du cabinet de physique et le manque de laboratoire pour la chimie ; son cours public avait un auditoire « nombreux et choisi », mais les leçons particulier res (probablement conférences d'exercices pratiques] n'avaient été suivies que par quelques élèves de l'Ecole de médecine. Il se plaignait de n'avoir pu former véritablement des élèves. « L'Ecole centrale a été affligée, disait Delandine, de ne trouver au nombre des auditeurs du cours de législation, aucun élève se destinant spécialement à la défense judiciaire ou à remplir un jour les honorables fonctions de notaires et de juges. Nous avons été dédommagés de rindifférence des étudiants en lois par le zèle, l'assiduité et les progrès de ceux des élèves qui se destinent au commerce .» Enfin, Bérenger lui-même, l'orateur si goûté, se plaignait que l'utilité « pour ainsi dire reculée » de son cours de littérature n'eiit pas assez frappé les esprits. Et pourtant, quoi de plusa utile » que de savoir bien parler et bien écrire? Si le commerçant fait mieux sa correspondance, ses « affaires en profiteront » . Un jeune homme qui aspire à « éclairer sa patrie » dans les postes « éminents et suprêmes » de la vie publique, doit avoir appris à parler. « Rassurez-vous donc, pères de famille, qui ne croyez devoir songer qu'à la fortune et à l'avancement de vos enfants. Ils feront aussi leur chemin par la route fleurie des beaux-cirts^. »

Il y eut pourtant des élèves en nombre suffisant pour qu'il fût possible de faire une solennelle distribution des récom-

^ Un jardin botanique, situé à la Déserte, était à la disposition des élèves de l'Ecole. Ce jardin était une ancienne propriété des collèges de Lyon.

* Le compte rendu du professeur d'histoire, Servan, ne figure pas. Peutêtre le cours n'a-t-il pas eu lieu. Servan démissionna en Tan V. — Un rapport

penses. Elles furent données, non pas d'après les résultats d*un concours, mais d'après Topinion que le professeur s'était faite dans le courant de l'année. Dans certaines classes, les condisciples furent appelés à donner leur avis et désignèrent les plus méritants, a II faut, avait dit Bérenger, que tout ce qui est mieux, tout ce qui est plus utile, soit désormais à l'abri de l'indifférence et de l'oubli. Mais cette première récompense du talent doit être simple, pure, modeste comme lui : une branche, une inscription, une médaille, un livre qui puisse l'éclairer sur sa l'oute, tout ce qui annonce qu'on n'a pas cru le payer, tout ce qui, respectant sa délicatesse... semble laisser à l'estime et à la confiance individuelle le droit et le devoir d'acquitter chaque jour davantage la dette de la nation... »

La constatation publique et très franche, malgré le voile des périphrases, du médiocre succès de la première année, produisit de bons résultats.

Il y eut plus de 200 élèves en l'an VF. Mais on dut renoncer à exiger d'eux la rétribution scolaire prescrite par la loi. Le jury d'instruction constata la bonne tenue et le succès croissant de toutes les classes*. Un seul enseignement, celui de l'histoire, restait en souffrance : Servan avait donné sa démission dans le courant de l'an V. On. eut de la peine à lui trouver un

fait au département parle jury de l'Ecole, apprécie ainsi les professeurs : Brun : bon; Besson : bon; Bérenger : célèbre; Delandine : bon; Mollet : bon; Gilibert : excellent ; Gogell : bon, — Le même rapport exprime le vœu qu'on paie les professeurs régulièrement, car ils sont très pauvres (Arch. nai. F**^ 1344**^), 3 prairial an VI.

* D'après un rapport (^Arc/i. départ. y L. T., 2). Les amateurs ne sont pas compris.

* Son rapport (3 prairial an VI) ne donne pas de chiffres précis sur le nombre des élèves de chaque coui's. Il y eut pourtant des statistiques fournies par chaque professeur. Une seule nous est parvenue, celle du cours de législation. Delandine dit avoir (le 18 nivôse an VI) 10 élèves inscrits (de 17 à 3o ans) et une dizaine d'auditeurs libres (Arch. départ., L. T., 2). Le même Delandine donna, le 20 germinal an XI, une statistique d'ensemble : An V, 7 élèves; an VI, i5; an VII, 27; an VIII, 29; an IX, 34; an X, 37 (Arch. nat, BB* 148).

»ijccf:-.'*iMir. On ne trouvait pa* cl liomiiu-'i ci»mptrlenls pour ^îiM«'igrir-r 1 liiTitriire. Scrvan t-tail mathi-inaticîeii. Après lui, ce fui un '* ci-rlevant proffrir-ciir rie phv-iqutr t'vpt-rinientalf ;> du Lan;,' M or! oc. Jicrilirilon. qui en tut char:it' N frimaire an VI\ lierlfiolon mourut dans le courant de l'an VIII et ne fut |)as remplacé ^

Les professeurs purent, à la distribution des prix de Tan VI î'/îî thermidor . rlire toute leur satisfaction, toute leur confiance dans l'avenir rie leur école. Gilibert. président du Bureau, qui défendait rhqmissi lon^^tempsà Lyon les idées de réforme en matière d'éducation ]>ublique. affirma que désormais aucune réaction n'était à craindre. On avait enfin réussi à mettre d'accord les institutions et les principes politiques. La pratique en usa^^(f avait sans doute besoin d améliorations de détail, mais le maintien du système était assuré: car le système était logique. coliér(*nt. On était dans la voie de la vérité, il n'en fallait plus sortir. D'autres parlèrent après lui, qui philosophèrent sur leur enseif^nemcnt. lîéreuf^er, à qui la prose ne suffisait plus, lui une pièce de vers sur Témulation. On les applaudit beaucoup. Knfin, le président du Département, Dechavanes, rappela aux élèves <' la detle qu'ils avaient contractée avec la classe la plus utile (le leurs concitoyens ». C'était le labeur des paysans, d(^s ouvriers qui fournissait « le denier qui sert à leur instruction »». f^apati'ie était en droit decliercheretde trouver parmi eux " les (]icér()ns, les Démosthènes, les Mirabeaux, qui sauraient arm(»r les (»itoyens contre les Philippes et faire rentrer dans la poussière les tyrans, les ennemis de la République, sous quel- (pu' nuis(puî qu'ils osassent se présenter >». Tous devaient, quelle <pie fut plus tard leur profession, se rappeler leurs devoirs et devenir des citoyens utiles. Le président termina en donnant aux professeurs et au jury d'instruction le témoignage soU^imel di» la reconnaissance publique.

' Dans le roui'jinl de l'an Vlll, un cours sptW'ial de dessin pour la fleur fut fivô. (Aimnnnrh dv /.i/<>;i, an IX.)

L*ÉCOLE CÊNTRALK, 1796-1802 45

La prospérité de TEcole centrale ne semble pas avoir été moins grande en Tan VII. Le commissaire du gouvernement qui la visita le 26 floréal fil pari de sa satisfaction au ministre de rintérieur. Les élèves répondirent brillamment à des questions tirées au sort. Le cours de législation Tenchanta. « C'est ainsi, citoyen Ministre, que la vraie philosophie prépare à notre constitution des défenseurs éclairés, tandis qu'une jeunesse non moins ardente, mais plus forte, repousse les derniers efforts d'une coalition monstrueuse et insensée*. »

Le dévouement des fondateurs et des maîtres de TEcole centrale était, en eflet, digne d'éloges. Chacun avait à cœur de mener l'œuvre à bien, et l'entourait de soins minutieux. Les professeurs, dont le traitement était minime et la tâche rude, travaillaient avec ardeur à la réussite d'un établissement confié à leurs soins, qu'ils administraient eux-mêmes, et dont ils étaient responsables. Ils avaient fait à leurs frais la distribution des prix. La conviction où ils étaient de fonder l'éducation de la France nouvelle les animait et les soutenait. Le jury d'instruction, dont les fonctions étaient, semble-t-il, gratuites, ne les remplissait pas avec moins de zèle. La principale était de choisir les professeurs. Brun, professeur de grammaire générale, étant mort vers la fin de l'an VII, le jury ^ décida de faire

* Arch,dép.j L.T.,2. — Ce rapport esl en conlradicLion avec celui du commissaire exécutif Allard, i)rès rAdministration du département. 11 écrivait au ministère de Tintéçieur, le 2 brumaire an Vil, au sujet de la cérémonie de rentrée de l'Ecole centrale : « Je vous avoue que cette cérémonie m'a profondément affligé. Elle m'a convaincu ({ue les professeurs del' -.cole centrale sont en général bien éloignés de sentir le but constitutionnel de cet établissement sublime. Trois d'entre eux ont prononcé des discours longs et monotones... C'était h des Lyonnais qu'il fallait parler, à des hommes ignorants et froids pour la plupart, et non à des hommes érudits et profonds... [Il faut que l'administration centrale fasse comprendre aux professeurs] que ce n'est pas en faisant un vain étalage d'érudition (ju'on détruit l'erreur et qu'on inspire rameur de la liberté. » Une note marginale, écrite à Paris, ajoute ces simples mots : « Ce commissaire était de mauvaise humeur. » (Arch. nat, F^" 134/1''^''.)

2 Les trois membres du jury étaient alors l'architecte Loyer, le médecin Petitot et le libraire Périsse-Duluc.

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un concours pour la nomination de son successeur. Les détails en furent réglés avec un grand souci de trouver un bon grammairien et un bon citoyen.

Les candidats furent priés d'envoyer un mémoire « contenant un exposé précis des rapports sous lesquels ils considèrent la chaire de grammaire générale, et le plan qu'ils se proposent de suivre dans leur enseignement » , et d y joindre des attestations de moralité et de civisme. Cinq, ayant rempli ces conditions, se présentèrent au concours. Il consistait en deux compositions de grammaire générale tirées au sort entre plusieurs, et une composition sur les rapports de la morale à la constitution de Tan III.

Les sujets de la composition de grammaire furent : i^ Existet'il des principes de grammaire que Von puisse appliquer à toutes les langues? Sont-ils immuables? 2* En quoi consiste la différence essentielle que l'on observe entre le langage pro^ saïque et le poétique par rapport à la grammaire^ et (foù tire-t-elle sa source ?

Le sujet de morale : La constitution française inspire-^t-elle l'amour de la patrie^ et pourquoi^"! Le professeur classé premier après la correction des copies, fut nommé. Et pourtant plusieurs de ses concurrents étaient accompagnés de lettres de recommandation très pressantes.

L'Ecole centrale du Rhône était donc une institution très indépendante de tout contrôle effectif du pouvoir central. Il l'avait confiée au jury et aux maîtres ; et ceux-ci ne perdirent pas le sentiment de leur responsabilité. Le ministre de l'in-

^ Les sujets de grammaire qui ne sortiront pas de Turne étaient les suivants :

i^ Les principes des grammaires particulières dérivent-ils des principes de la grammaire générale? Ont-ils d'autres causes? Il faut en expliquer les principales ;

2" Quelle est Tinfluence des terminaisons des mots, dans toutes les langues, sur les idées? Il faut la motiver par le raisonnement et les exemples;

3» Y a-t-il dans les diverses langues des expressions naturelles et imitatives? 11 faut en choisir des exemples, spécialement dans la langue française.

(Arch. dép, L.T.,2*. Procès-verbaux du jury d' instruction ^ 7, 21 thermidor, 9 fructidor an VII.) Le professeur choisi fut Hugues-Toussaint Ménétrier.

térieur, qui avait rinstruction publique dans ses attributions, ne leur imposait aucun programme et s'en remettait entièrement au département du soin de surveiller leur civisme. Il avait comme eux, mais pas à un plus haut degré, le souci d'assurer l'avenir de la République par l'éducation républicaine ; mais il n'avait à vrai dire que ce souci. Il lui importait peu que ce résultat fût assuré par les Ecoles centrales ou par d'autres, car elles n'avaient aucun monopole. A côté d'elles continuaient de «vivre les maisons particulières d'éducation. « Je vous recommande de les surveiller, écrivait le Ministre aux administralions centrales le ag frimaire an VII ; encouragez par tous les moyens qui sont en votre pouvoir celles qui professeront l'amour de la République, et réprimez celles qui s'en déclareront ouvertement les ennemies. Vous y êtes autorisés par Tarticle 356 delà Constitution, qui porte que la loi surveille particulièrement les professions qui intéressent les mœurs publiques. » Il ajoutait de « repousser les mesures inquisitoriales, dignes seulement de ces hommes turbulents qui ne veulent écouter que les délateurs, parce qu'ils ne cherchent que des coupables * ».

Une doctrine et des pratiques aussi libérales en matière ' d'éducation avaient peu de chances de survivre à la chute de

^ Cette circulaire fut complétée par un arrêté du Directoire, du 7 pluviôse. Elle fut affichée dans toutes les maisons d'éducation. Je n'ai rencontré que trois arrêtés fermant des institutions privées, celles de. Caille, Reydelet et Préfold. Encore faut-il remarquer que Lyon était alors en état de siège. L'arrêté est signé du commandant de place, en même temps que du Bureau du canton (ai fructidor an VI). L'incivisme était d'ailleurs fréquent dans ces maisons privées. Le commissaire exécutif se plaignait, en floréal an VII, au ministre de l'intérieur qu'on ne les surveillât pas d'assez près. II ajoutait que le républicanisme même des professeurs de l'École centrale n'égalait pas leur zèle. On avait eu de la peine à leur faire adopter le mot de. citoyen (Arch. nat. F*'' 13442').

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la liberté. Les Kcoles centrales se prêtaient mal, par leur organisation et par leurs programmes, au désir qu'avait le Premier Consul de faire de Tinstruction publique un « instrument de règne ». Elles méritaient d'ailleurs des critiques fondées d'où on pouvait conclure à une condamnation. On signalait dans la distribution des matières d'enseignement quelques erreurs pédagogiques. La loi de Tan VII, en créant trois groupes de cours superposés, morcelait les études et les coordonnait peu. On avait évidemment trop compté sur la durée des résultats obtenus chez des enfants de quatorze ou seize ans, en éliminant radicalement certains objets d'études dans le second et le troisième groupe. Il y avait utilité à faire marcher de front certaines études, et à en conserver d'autres pendant toute la durée des classes. Mais la pratique avait déjà, au moins à Lyon, corrigé en partie les défectuosités du plan primitif. Une réforme était en tout cas bien facile. On ne pouvait en cinq années, avoir atteint la perfection.

Mais les objections et les critiques d'ordre pédagogique — si fondées qu'elles fussent — dissimulaient le désir d'un changement plus profond, celui d'un retour plus ou moins avoué à l'ancien régime. On aperçoit ce désir même dans le livre qu'écrivit, pour défendre les Kcoles centrales, Destutt de Tracy, ancien membre du Conseil de l'instruction publique sous François (de Neufchâteau). Il s'y proclame leur admirateur, les trouve excellentes de tous points, déclare qu'elles n'ont produit que « de bons effets, et pas un mauvais », puis il leur trouve tant de défauts, il indique tant de réformes à faire, qu'en vérité ce singulier avocat, qui est pourtant sincère, se trouve avoir dressé contre elles un réquisitoire.

Il ne parle d'abord que de refondre la distribution du cours d'études et dresse le tableau suivant, où il a, dit-il, conservé les bases du système en vigueur :

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