CHAPITRE IV
Ce que nous avons dit, dans les deux chapitres qui précèdent, de la vente et de l'emploi des esclaves, appelle un complément : je veux parler de leur prix, sujet aride, mais sur lequel les recherches connues de M. Bureau de la Malle nous permettront d'être bref.
Le prix des esclaves varia selon le temps; il dut aussi varier selon leur nombre, leur usage, leur mérite et les circonstances diverses exposées ci-dessus : les preuves en sont éparses dans l'histoire et dans les lois.
Nous n'avons point de données sur la valeur des esclaves dans la première période; avant la deuxième guerre punique; et, depuis cette époque, elle, dut se rapprocher des prix de la Grèce, par l'influence des rapports établis plus régulièrement entre les deux peuples. C'est ainsi que les douze cents captifs , vendus en Achaïe par Annibal, furent rachetés (probablement ce qu'ils avaient coûté) un talent, ou, par tête, 5 mines (environ 435^'), prix assez fort autrefois en Grèce, mais devenu commun pour les esclaves, depuis les successeurs d'Alexandre^. Après
' (( Multitudinis eorum argumentum est, quod Polybius scribit u centum talentis eam rem Âchaeis stetisse ; quum quingentos denarios a pretium in capita . quod redderelur dominis , statuissent. Mille enim «ducentos ea ratione Achaia habuit. » (T. Live, XXXIV, 5o. ) On se rappelle que le talent vaut 6o mines ou 6,ooo drachmes. Tite-Live
la bataille de Cannes, Annibal , adouci par la victoire ou, peut-être , embarrassé de ses captifs , leur offrait la liberté à des conditions bien meilleures encore. Pour le chevalier, 5oo écus au quadrige (388^'-, si, conmieon le doit croire, ils répondent aux deniers); pour le légionnaire, 3oo (233 ^''j, et pour l'esclave loo (78''') : c'était évidemment un prix, même pour l'homme libre, au-dessous de la valeur commune des esclaves. Car Tite-Live dit que le Sénat, dédaignant ces captifs, acheta, pour en faire des soldats, huit mille esclaves, plus cher que les autres ne lui auraient coûté ^
Pour les temps qui suivirent, on a d'abord cette donnée de Plutarque : que jamais Caton n'avait acheté d'esclaves au-dessus de i,5oo drachmes (i3o4^'', 16)2, et il parlait d'Aommes robustes et propres au travail, capables de mener les bœufs et de panser les chevaux. Mais Plutarque aura sans doute substitué la drachme au denier,
attribuait au denier la valeur de la drachme , quoiqu il valût moins alors; mais, en admettant que Ton ait donné 100 talents pour les 1 ,200 captifs, ou 5 mines par tête, on peut encore regarder ce prix comme peu élevé pour la rançon d'hommes libres.
^ Tite-Live, XXII, 67 et 58. Pendant les hostilités qui précédèrent la bataille de Cannes, il avait été convenu, entre Fabius et Annibal, dans un cartel d'échange, que le surplus des prisonniers, de part ou d*autre, se reprendrait à raison de 2 livres et demie d'argent par tête : Argenti pondo bina et selibras in militem, (Ibid, 23.) Plutarque, en reproduisant ce passage dans la vie de Fahius (7) , parle de 260 drachmes, donnant ainsi .à la livre d'argent la valeur de la mine grecque. Âulu-Gelle (mais son autorité ne doit pas prévaloir contre le texte de Tite-Live cité plus haut) prétend même qu'après la bataille il se serait contenté de 1 livre et demie d'argent. (Vil, 18.)
« Plut. Cat. Maj. 4.