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dans ce chadgeolent de vie, à passer de la famille rustique à la famille urbaine ; et le séjour de la campagne devint dans l'esclavage un lieu d'exil, de châtiment. C'était pour Tesdave urbain une perpétuelle menace^; et, comme la satire , le droit et l'histoire y font mille allusions 2. Cette place même de fermier, que l'esclave secondaire de k famille urbaine, au milieu des ennuis de son service, se prenait à envier, cette autorité de direction qu'il savait quelquefois, tout ignorant qu'il fût des choses de la campagne, arracher aux complaisances du maître, il la dédaignait ensuite et ne se rappelait déjà plus que les délices de la ville, et les jeux et les bains :
Tu medîastinus tacita prece rura petebas , Nunc urbem et ludos et balnea, villicus optas '.
Il ne faudrait pas croire pourtant qu'en opposition à la campagne le séjour des cités fût tout de loisir et de jouissance. La ville n'admettait guère l'esclave à ses plaisirs^,
^ Horace, Sat. II, vii,^/i. Cf. Plaute , Asin» II, 11, 325 :
. . . Atque iidem te hinc vexerunt vinctum rus. ' «A servitute urbana et feriata transiatus ad durum opus. » (Sën. Deira. III, 29, S 2. Cf. 1. 35, S 3 (Ulp.),D., XXVIIF, v, Dehœrcd. insiit, Colum. I, prœf. 10, et Pétrone, 69, p. 342.) ^ Horace, Epist. I, xiv, lA. Cf. Coluni. loc, land. ^ Les esclaves n étaient guère admis aux bains ou aux spectacles, que pour le service de leurs maîtres, et malheur à la fraude ! Servi ne obsideant , liberis ut sit locus , Vel aes pro capite dent. Si id facere non queunt , Domum abeant , vitent anq^piti infortunio , Ne et heic varientur virgis , et loris domi , Si minu' curassint , quum veniant heri domum.
(Piaule, P«pnu/. prol. a3.)
et elle avait aussi pour lui des geôles et des ouvrages de peine. Les esclaves employés par un spéculateur à quelque industrie, dans les forges, dans les boulangeries, dans un atelier quelconque, étaient-ils plus heureux que les esclaves rustiques? Ces vignerons, ces laboureurs, qui .portaient aux travaux des champs la gène des prisons, avaient au moins Tair libre et le soleil; mais, pour les autres, la prison ne s'élargissait pas : c'étaient toutes les rigueurs du travail dans les murs de Yergastalum, Dans cette enceinte, la surveillance était bien plus exacte; et, comme il y avait plus de contagion dans l'exemple , il y eut plus de rigueur dans la répression. L'âne des Métamorphoses n'eut guère à se louer de passer du moulin à la boulangerie. Dans ce réduit affreux quel spectacle s'offrit à sa vue : « Quels avortons d'hommes! toute la peau sillonnée de traces livides par le fouet, le dos meurtri, ombragé plutôt que recouvert par les lambeaux de leur casaque ! quelques-uns n'avaient qu'une étroite ceinture , mais tous se voyaient à nu à travers leurs haillons : le front marqué, la tête demi-rasée, les pieds étreints d'un anneau de fer; hideux de pâleur; les paupières rongées par cette atmosphère de fumée et de vapeur obscure, si bien qu'ils gardaient à peine l'usage des yeux^ » Il manque un trait au tableau de ces misères. On avait inventé une machine en forme de roue, que PoHux mentionne fort simplement parmi les instruments de ce métier (tarawo-wdbD/j^ et dont il explique ailleurs l'usage : on la passait au cou de ces esclaves pour les empêcher de porter la main à la
^ Apul. Met. IX, p. 198. — 2 PoUux, Onom.X, 112.
bouche et de goûter, dans leur travail, à la farine *. . . et la loi de Moïse disait : « Tu ne muselleras pas le bœuf qui broie le grain dans ton aire^! »
Ce n'était point encore la pire des conditions de Tesclavage. Le maître avait tout droit sur son esclave, jusqu'au droit de le livrer, par spéculation, à Tinfamie, aux mutilations, à la mort même. Sénèque le père, dans ses Controverses, met en scène un mendiant accusé d'avoir estropié, de diverses manières, des enfants qu'il avait recueillis , pour étaler en public le spectacle de leurs misères et les faire mendier avec plus de bénéfice. U cite un assez grand nombre de rhéteurs et de jurisconsultes, qui s'étaient exercés sur cette matière , avec les arguments qu'ils avaient trouvés, même pour la défense^; et ces arguments, il faut le dire, ne manquaient pas entièrement de vérité , quand, abandonnant le fait méme> ils se bornaient à citer d'autres faits , passés en quelque sorte en habitude et laissés impunis : les riches , et les jeunes enfants mutilés aussi au service de leur luxure; le leno, et ses filles livrées, malgré elles, au déshonneur^; le laniste,
^ T6 ye fiév roïs otxérais toÎj èvSov èpyaiofiévois vvèp rov firi xâitretp Tùûv dX^heûv iseptTtdéftevov 'aavfTtxditv ovofidierat, rpo/oetSès itnx,dvrifia èv T^ Tpap^ifXqtf largpiajOfio^dficyov , œ$ dëvvaretv r^ (rràfiart ràç X^ipaç ^pofféyeiv. (Poli. VII, 20.) Hésychius en parie aussi, et Suidas dit quelle était commune aux animaux et aux hommes [s. v".)
^ Le philosophe Ânaxarque muselait aussi l'esclave qui lui faisait le pain ; mais ce n était pas avec cette pensée d'économie : il craignait qui! ne souillât la pâte de son haleine. (Athén. XII, p. 5d8 6. )
' Controv. V, xxxiii , p. 435-dd9.
* Nam nisi p«nus animus hodie convenit , cras populo prostituam vos.
(Plante, Psendol. I, n, 174.)
el ses gladiateurs engraissés (saginaii) pour le meurtre ^ On sait par quel redoutable serment ils s'engageaient à leur maître 2, et comment ils laccomplissaient. Que, si le combat n y avait point suffi , Mercure et Pluton allaient y venir en aide : le Mercure s'approchait du corps étendu dans larène, s'assurant, au moyen d'une verge ardente, s'il était bien mort; et le Pluton entraînait le cadavre: que , s'il donnait encore signe de vie , il l'achevait de son lourd marteau ^.
* « Âttamen crudelem rem facit et ianista Et leno qui cogit
«invitas paii stuprum, nec laedit rempublicam. . . Principes.. . exciso- «nim grèges habent; exolelos suos amputant. His nemo succurrit «delicatis et formosis debilibus^i (Sén. Controv, V, xxxiii, p. 44 1 et 443.) Le dernier argument était de Labiénus, qui avait plaidé la défense mieux que personne ne fit jamais laccusation.
* « In verba Eumolpi sacramcntum juravimus , uri , vinciri , verbe- «rari ferroque necari, et quidquid aliud Eumolpusjussisset, tanquam « legitimi gladiatores domino corpora animasque religiosissime addici- «mus.» (Pétrone, SaL 117, p. 54o. Cf. Sén. Ep, xxxvii, 1.) C'est à quoi Horace faisait aussi allusion (Sat II, vu, 58) :
Quid refert , uri yirgis ferroque necari Âuctoratus eas ?
^ « Risimus et inter iudicras meridianorum crudelitates , Mercurium « mortuos canterio examinantem. Vidimus et Jovis fratrem, gladiatorum «cadavera cum malleo deducentem. » (Tertull. Adv. gentes^ i5, p. d5, c.) Ce texte, dans sa terrible réalité, semble n'être que le commentaire de ce serment rappelé par Horace ( uri virgis ferroque necari). Le dernier trait est expliqué et confirmé par le témoignage deSénèque, auquel nous faisions allusion plus baut : « Numquid aliquem tam stulte cu- « pidum esse vitae putas , ut jugulari in spoliario quam in arena malit? » (£/). xciii, 10.) Quant aux verges ardentes, elles ne servaient point seulement pour constater la mort; on en usait aussi pour pousser au combat le» récalcilranls, s'il s'en trouvait. (Cf. Onint. Declani. ix , 6.)
En dehors de ces spéculations détestables, dans ie service même d'une grande maison, toutes les fonctions n'étaient point supérieures à celles de la vie rustique , ni tous les rôles désirables, à commencer par celui du portier, substitué au chien dont on lui avait laissé la chaîne, de peur qu'il ne s'enfuît de son poste pendant la nuit ( la nuit, le chien est souvent détaché); et il fallait, pour s'apitoyer à ses destinées , toute la sensibilité d'un amant morfondu ^ La porte , selon l'énergique expression du poëte, était sa compagne d'esclavage^; et si, un jour, la promesse de quelque autre plus heureux venait à s'accomplir, si, grâce à cette influence, il cessait de boire l'eau amère de l'esclavage, s'il voyait tomber ses fers*, il pouvait, plus justement qu'Ovide, lui adresser cet adieu:
Duraque, conservae, ligna, valete, fores*.
Franchissez-en le seuil. A l'intérieur vous ne trouverez pas toujours plus de bien-être , si vous descendez à tous les degrés de l'esclavage, depuis l'intendant et les familiers du maître jusqu'aux chefs de travaux et aux tra-
* Janitor , indignum î dura religate catena,
Diffialem , moto cardinc , pande forem.
(Ovide, Amor. I, vi, i.)
' Nolo ego meas conservas
A le verberarier.
dit Liban dans VAsinaria (II, m, 370]. La plaisanterie que fait le personnage dans cette scène n'ôte rien à la force de l'expression.
* Excute ; sic unquam louga rclevere catcnu ,
Nec tibi^' perpétue serva^bibatur aqua.
(Ovide, Amor. I, vi , a5.]
' Ovide, ibid. 7/1.
vailleurs ordinaires [mediastini), jnsqu h. celte lie d'esclaves sans nom, d esclaves tels quels, comme dit le jurisconsuile {qualis qualis) ^ jusqu'à ces vicarii, qui portaient comme un double fardeau d'esclavage, esclaves d'un esclave sous le joug du maitre commun. Pour la masse de ces gens, le traitement qui leur était appliqué n'avait ni d'autre principe, ni d'autre mesure qu'à la campagne : vivres à la journée (urbana diaria rodere)^^ ](^ement étroit dans de basses soupentes^, moins de mariage peut-être (rien ici n'est recommandé ) et pas beaucoup plus de pécule. Ils retrouvaient d'ailleurs le villicus dans l'intendant; et le dédain du maitre, quoique présent, pouvait avoir les mêmes effets que l'incurie qui l'éloignait de sa terre. Voyez combien l'esclave Léonidas prend d'insolence et de dureté avec ce rôle d'intendant qu'il est convenu de remplir à l'égard de Liban, son confrère : comme il s'irrite de ses retards, comme il est sourd à ses excuses! Le grand Jupiter viendrait intercéder pour lui qu'il ne l'écouterait pas] Ce ne sont que bâtons et que verges. . . , et il l'avait prévenu à l'avance : « Si je te frappe d'un coup de poing la mâchoire, quand tout à l'heure j'imiterai Sauréas, garde-toi bien de t'en fâcher*! »
A la ville ainsi qu'à la campagne , certaines fonctions échappaient à ces rigueurs du joug perpétuel. Comme
^ « Etenim multuni interest qualis servus sit, bonas frugi , ordinarius ; « dispensator; an vero vulgaris, vel mediastinus, an qualis qualis; et «quid si compeditus, etc?t (L. i5, S d4 (Ulp.), D., XLVII, x, De injnriis.)
* Horace, Ep. I. xiv, 4o. — * Vitruve, VI, 4, cite par Bôtligcr, Sahina, — * Plautc, Asin. Il, ii, 354; cf. ibid. H, iv.
ie pâtre promenant, sans entraves, dans les montagnes et les clairières, les troupeaux confiés à sa garde , les esclaves patrons d'une boutique ou d'un bateau, chefs d'atelier ou commis à quelque autre négoce , auraient pu se croire libres, si ce mariage doi]\t on leur laissait la jouissance, cette propriété dont ils avaient l'administration , tous ces actes par lesquels ils se mêlaient à la vie civile, n!eussent été de pures fictions, sans autre réalité que la tolérance, sans autre principe que la personnalité du maître. Us n'en trouvaient pas moins certaines libertés dans les fonctions qui les éloignaient de sa présence; d'autres, au contraire, tenaient certains privilèges des soins mêmes qui les en rapprochaient. Dans l'habitude de cette intimité, ils pouvaient prendre sur son esprit quelque empire : et alors c'était pour eux qu'étaient les prévenances de ces nobles ambitieux qui briguaient son suffrage ^ , ou encore les petits présents de ces pauvres clients qui sollicitaient sa faveur 2. Mais, même aux degrés les plus élevés.
^ César lui-même flattait ainsi les affranchis et les esclaves de ceux qu'il voulait gagner. (Suét. Cœs, 27.)
' Praestare tributa clientes
Cogimur et cultis augere pecidia servis.
(Juv^D. m, 188.)
Citons aussi ce texte de Lucien , que nous avons réservé pour Rome , où il doit avoir principalement son application : « Le premier valet qui aura entendu le maître délibérer sur le présent qu il se propose de vous faire, accourt aussitôt vous apprendre cette bonne nouvelle, et reçoit de vous une honnête récompense de son zèle. Le lendemaiu treize autres valets viennent vous apporter le présent; chacun fait valoir ce qu'il a dit en votre faveur, les conseils qu'il a donnés , le soin qu'il a pris de choisir ce qu'il y avait de plus beau. Ils ne se retirent ([u'après avoir reçu quelque gratification ; encore ont-ils l'insolence de
de l'esclavage, il ne faut plus rien chercher de celte familiarité qui jadis put régner dans Fisolement de la vie rustique. Le maître, à la ville, se trouvait parmi ses égaux, et ce niveau de la cité, élevé si haut au-dessus de la foule des étrangers et des clients, laissait bien bas les esclaves : il dut garder dans ses rapports avec eux quelque chose de cette hauteur et du mépris qu'elle inspirait; et d'ailleurs, si la distance fut quelquefois franchie, elle ne le fut jamais, on le comprend, que par l'aristocratie de la maison, par la classe qui s'élevait, conmie dans toute société, au-dessus des autres, par le talent, quelquefois, et, le plus souvent, par la faveur. Or, dans cette faveur, que de mélange !
C'est généralement à cette classe que se rapportent les personnages de la comédie ; et les auteurs latins , auxquels nous avons dû revendiquer, dans le livre précédent, la part qu'ils ont ravie à la Grèce, sont encore assez riches de leur propre fonds pour prêter à la peinture de l'esclavage à Rome des traits et des couleurs où respire la vérité.
Sans doute, cette intrigue quelle qu'elle soit, ces relations qu'elle suppose ou qu'elle amène, tout ce fond des comédies enfin n'était pas encore bien romain , au temps
Dïurmurer sur ce que vous ne leur donnez pas davantage. » ( De merc.
<^ond, 37; trad. t. II, p. 182.) Aussi le législateur des Saturnales,
"«os Lucien , a-t-il soin de prescrire , pour les présents de ce temps-là ,
"<iu'ils ne seront portés cjue par trois ou quatre serviteurs des plus fi-
«èles et déjà avancés en âge , et qu'ils retourneront à leur demeure
^près avoir bu seulement une coupe de vin , sans rien demander de
P'Us.i (Cronosolon, i5, t. V, p. 68.) Ammien Marcellin parle encore
"® ces nomenclateurs qui vendaient, à prix d'argent, la faveur d'être
^^Hii» daps les distributions de leurs maîtres. (XIV, 6, p. 2 4-2 5.)
où elles furent représentées; et la preuve, c'est que le peuple désertait, pour le cirque, le théâtre de Térence, où il ne trouvait plus cet esprit national , cette verve grossière de Plante qu admiraient tant les anciens Romains. Mais on ne peut douter que les Romains n'aient fait, dès lors, un premier pas vers ces mœurs étrangères, surtout ces riches, grands propriétaires d'esclaves, qui composaient l'aristocratie. L'introduction du théâtre grec parmi eux prouve au moins un commencement de sympathie et de communauté d'habitudes : sous cette forme romaine de Plante et de Térence, il put hâter leur éducation. Ainsi il y avait à Rome , moins généralement qu'en Grèce , mais il y avait pourtant déjà, au temps de Plante , déjeunes dissipateurs qui, pour mettre l'habileté de leurs esclaves au service de leurs passions , s'asservissaient à eux , prêts à acheter leur concours par les plus viles complaisances , comme Argyrippe auprès de Liban et de Léonidas, dans cette scène de l'Asinaire que nous avons déjà citée. Il y avait de ces vieillards , qui souillaient par de honteuses passions la dignité de l'âge et des plus hautes magistratures ; qui , pour les satisfaire, se mettaient à la discrétion de leurs esclaves, leur commandaient le vol, leur permettaient l'insulte contre eux-mêmes : « Te voler^ quelle plaisanterie! tu veux que je dépouille un corps nu : à moins que tu ne commences par voler ta femme ^ ! » ignominies et bassesses trop souvent impuissantes à les tirer d'embarras.
' Maxumas nugas agis :
Nudo detraherc vestimenta me jubés. . . Nisi quid lu porro uxorem defnidaveris.
(Piaule, A$in. I, i, 76.)
C'est bien la matrone romaine qui vient surprendre le vieil impudique aux pieds de sa maîtresse et le flagelle quatre fois de ces retentissantes paroles : « Debout, amoureux , à la maison , sarge, amator, i domam ^; » et c'est un peu au peuple romain que Haute prétend adresser sa leçon par le chef de la troupe : « Si ce vieillard , à l'insu de sa femme, est allé satisfaire sa fantaisie, il n'a rien fait de nouveau ni d'étonnant, ni autrement que ne font les autres ^. » Leçons dures à recevoir et données pourtant : il suffisait d'en voiler la forme. Le peuple romain voulait bien qu'on le jouât, mais seulement sous le costume grec; et il ne se fâchait pas de voir soulever un coin du manteau , quand le rideau allait couvrir la scène.
Ces libertés, que les esclaves savaient prendre sur certains maîtres, leur étaient données à tous et par tous les maîtres, en de certaines occasions, en ces fêtes où l'on se plaisait à oublier leur état, et que la coutume des peuples jetait, à de rares intervalles, dans le cours de la vie servile. Nous en avons montré le principe en Orient, en Grèce; mais c'est à Rome qu'on en retrouve la plus célèbre application , aux fêtes de Saturne qui avait ramené l'âge d'or dans le vieux Latium, et aussi aux fêtes de Servius Tullius , qui avait ramené dans Rome les jours sacrés de Saturne: roi esclave lui-même, par son origine, ou, du moins, par son nom^. Les fêtes de Serviusse cé-
^ Plaute,>45w. V, 2, 898.
' Hic sencx , si quid clam uxorem sno animo fecit volup ,
Neque novum, neque mirum fccit, nec secus qaam aiii soient. [Ibid.fii.a.Baeckid.JtH.)
"^ Plutarque, dans la comparaison de Lycurguc et de Numa, rap-
lébraieul aux ides de mars, jour de sa naissance, et aux ides d'août, jour où il avait inauguré le temple de Diane, refuge des cerfs; et les grammairiens (sinon les maîtres) étendaient par métaphore ce nom aux fugitifs^! Les saturnales tombaient vers la fin de décembre. En ces jours, les maîtres admettaient les esclaves à leur table et leur en faisaient même les honneurs , comme les matrones aux ides de mars. Les esclaves prenaient le bonnet d affranchi et tous les dehors des hommes libres; ils se partageaient les magistratures, ils tranchaient du droit, eux qui en étaient exclus^. Ces fétqs, si peu en harmonie d'ailporte rinstitution des Saturnales au dernier ; mais Denys d*Haiicarnasse et Macrôbe l'attribuent à Servius. Nous nous bornerons, du reste , à de rapides indications sur ce sujet, renvoyant aux dissertations qui en ont traité ex professa, et à la source de presque toutes les autres, Juste Lipse, Saiumal, ap, Graev. t. IX, p. 1171 et suiv.
^ Macrob. Salurn. I, 7, p. 287; Festus, De sign. verb: Le dernier trait se trouve dans les fragments e cod. fam. 1. xix : « In Aventino «cujus tutelae sint cervi, a quo[rum] celeritate fugitivos vocent servos (p. 343,éd. Mûller).
* Tè T&v Seaitor&v (T)(rifia fierakafiSàvovres. (Dion Cass. LX, 19, p. 957.) « Instiluerunt diem festum, non qno cum servis domini vesce- « rentur, sed quo utique honores illis in domo gerere, jus dicere per- « miserunt. » (Sén. Ep, xlvii , 1 2 , et le vieux poète L. Accrus, cité par Macrobe, I, 7, p. 242):
£t mos traditus iilinc Iste , ut cum dominis famuli epulentur ibidem.
Lucien dit, dans sa législation des Saturnales [ Cronosolon , 18) : «Quand le patron régalera ses esclaves, il les servira lui-même, secondé de ses amis. » II parait cependant, par le passage de Sénèque, que l'on se bornait à les recevoir à table et à tolérer leurs, libertés. (Cf. Horace, Sat. II, vu, 4.)
leurs avec Taustère gravité du père de famille, paraissent avoir subi quelques interruptions*. Elles étaient oubliées avant la bataille du lac Rhégille; elles le furent de nouveau après un rétablissement passager : car on les voit remises en honneur, au milieu des revers de la seconde guerre punique et des tristes présages qui en faisaient craindre de plus sanglants, après les batailles du Tésin et de la Trébie, sous le consulat de Flaminius et de Serviiius, nom favorable aux esclaves^; et sans doute elles seraient tombées encore, si elles n'avaient eu d'intérêt que pour eux. La philosophie des maîtres serait venue en aide au sentiment delà dignité du citoyen, pour dissiper cette vaine superstition populaire : « comme si les dieux s'occupaient des esclaves ^. » Mais elles se continuèrent dès lors, d autant plus licencieuses, que le joug ordinaire s appesantit davantage, d'autant moins exposées à des interruptions nouvelles, qu'elles avaient pris racine au cœur même du peuple romain. Ce peuple, en efifet, issu de l'esclavage, avait fait des Saturnales sa fête de prédilection*; et les nouveaux maîtres qu'il se donna durent en
* «Saturnalia institutus festus dies. » (T. Live, II, 21.) Il est probable que ce fut un renouvellement de l'ancien usage.
^ « Per urbem Saturnalia die ac nocte clamatum , populusque eum «diem festum habere ac servare in perpetuum jussus. » (Tite-Live, XXII, 1.)
' « Quasi vero curent divina de servis. » C'est ce que dit un des adversaires de cette institution dans Macrobe. (Sat, T, 1 1, p. 2 53.)
^ « Les enfants couraient dans les rues , criant : Voici aujourd'hui les bonnes Saturnales!» (Épict. Diss, I, xxix, 3i.) Dans les Épîtres à Saturne de Lucien , les pauvres se plaignent aux dieux de la fraude et de l'épargne des riches sur les vins qu'ils leur servent; les riches ré-
prolonger ie temps. César les fit de trois jours ; Auguste , ' probablement de quatre; Caligula, de cinq, et elles se trouvaient de sept, grâce à la réunion des fêtes sigillaires que Ton venait d'atteindre par ce progrès ^ Les excès s'en accrurent dans la même proportion, et Tbabitude en était devenue si générale, que Tertullien devait faire honte aux chrétiens de son temps de se mêler encore à ces désordres sacrilèges 2.
Le peuple pouvait s'y abandonner sans retenue ; les esclaves avaient plus d'un souci parmi ces entrsunements : carie maître pouvait bien ne pas toujours rire de leurs impertinences; sa colère était prompte , et, dans tous les cas, le réveil pouvait être dur : les Saturnales , fussent-elles de sept jours, avaient leur lendemain^. Quant à l'ordinaire de la vie, ces libertés de l'esdavage, quel qu'en fut le motif, eurent toujours pour frein la brutalité du maître. Nous l'avons vu pour la Grèce, et ces compensations
pondent, en se plaignant des excès des pauvres dans ces festins. (C. 32 et 38.)
^ Macrob. Sat, I, 10, p. 249-253. Cf. Dion, LIX , 6, p. 906 , i. 87, et Suét. Calig, 17. Voyez J. Lipse, Sat. i5.
* TertuJl. De idolol. i4, p. 243. Indépendamment de ces fêtes solennelles, ils purent, en certains lieux, avoir aussi leur part aux réjouissances ou aux distributions publiques. Une inscription de Tile de Syros , au temps de Marc-Aurèle, est consacrée à un arcbonte qui avait distribué du vin et de l'argent aux citoyens et aux esclaves de la ville d'Hermopolis. (Bœckh, Corp. inscr. supplém. n° 23^7 ^ b.)
^ Témoin Horace à la fin de la satire citée (II, vu , 1 1 5) :
Unde mihi lapidcm ? — Qaorsum est opus ? — Unde sagittas ? — Aut insanit homo , aut versus facit. — Ocyus bine te Ni rapis, accèdes opéra agro^nona Sabino.
se trouvaieat, sans aucun doute, plus communes à Rome que partout ailleurs. Si Plante imite quelquefois la comédie grecque dans les scènes de familiarité, il a avait, sur ce dernier sujet, rien à chercher hors. de Rome. Il a toute la verve de l'originalité (et, au théâtre, Toriginalité , cest rimitation vraie de la nature ) dans ces peintures de supplices, dont les maîtres menacent les esclaves, et que les esclaves prennent plaisir à braver. C'est une abondance d'expressions, une richesse de formes , une fécondité d'imagination qui ne parait plus grande nulle part ailleurs. Par la nouveauté de ses tournures de phrase et la hardiesse de ses alliances de mots , il anime en quelque sorte les instruments de torture , et identifie les esclaves avec le supplice : ils sont les délices et le désespoir des verges ;\h les feront mourir sur leur dos, où eux-mêmes tourneront en ormes (ulmeos), tant leur substance doit en être pénétrée ^ . . mais comment, sans la langue de Plaute , reproduire toute l'énergie de ses images et la vigoureuse précision de sa pensée? On pourrait faire un traité complet de tous les genres de supplices usités à Rome , avec les allusions que le poëte prodigue çà et là, par forme de menaces ou de plaisanteries. D'abord, les verges, le bâton, l'aiguillon, les étrivières, etc. ^; c'était le revenu
* «Virgarum ô lascivia. » (Asin. 282.) Ulmitriba (Pcri. 276). «Plagiapatidoî ferritribaceis viri.i (MostelL 262), et dans les Captifs (III, IV, 583) :
Vae illis virgis quae hodie in tergo morientur meo !
ou encore dans YAsinaire (II, 11, 346] :
Mihi tibique interminatus 'st nos futures ulmeos.
* « Supplicium stimuleum. » (Mil. Glor. 5 1 2. ) « Stimulorum seges, • épithèle de l'esclave. [AuluL 7.)
commua de Tesclavage: «Si tu espères recueillir une bonne vendange de verges sur les ormes ; si tu comptes que lannée le donnera une bonne moisson de coups^. C'était pour le maître le rudiment de la discipline domestique, discipline qui faisait de l'homme un âne * par cette abrutissante éducation du fouet^. Anes pour leur endurcissement aux coups, les esclaves sont de la race des chèvres ou des panthères pour les traces dont ils sont bigarrés^. Bien peu, en effet, qui n'en portent les marques : Trachalion, dans le Rudens, se prétendant moins fripon qu'un autre, demande qu'on en juge par l'inspection des épaules ; il donnerait sa peau , en toute garantie , à un fabricant d'outrés , pour les ouvrages de son métier*. Puis les gènes de toute sorte, menottes aux mains, entraves aux pieds, fourche au cou, chaînes aux reins ^; et la fatigue, et la faim et le froid si dur® : car tous ces accessoires de la pri-
' Si tibi ulmeam ubercm esse speras virgidemiam,
Et tibi esse eventuram hoc anno uberem messem mali.
{Ruden$, III, ii . 5^4.)
'^ Neque ego homines magis asinos unquam vidi, ita plagis costae cailenl.
(Psend. I, n, i33.)
^ Caprigenum hominem non placet mihi , neque pantherinum.
[Epid. 1,1, i5.)
* Poslea adspicito meum , quando ego tuum inspeclavero ; Nisi erit tain sincerum , ut quivis dicat ampullarius Optumum esse opère faciundo corium, et sincerissumum.
{Rndens. III, ii , 664.)
^ «PraBpeditus latera forti ferro» (Pœnul. 828); compedes (Captiv. 584 ) etc. ; collaris (Captiv, 292). Cf. Plut. Quœst. rom/70, p. 280. Voy. aussi le traité de Nie. Calliachus, De sappliciis servor. ap. Polen. Snpplem à Grœvius, t. III, p. 348.
' ... Verbera , conpedes , molœ , magna
son entraient comme éléments dans un système de châtiment où l'intérêt du maitre prétendait compter encore. Il faisait sa part jusque dans le supplice de Tesclave , lui diminuant le nécessaire et doublant le travail. Le premier degré, dans cette hiérarchie de peines, était de l'envoyer à la campagne où il était appliqué à Tagricultnre, la bêche aux mains, les fers aux pieds ^ ; mais il y avait encore , nous Tavons vu , soit à la ville , soit à la campagne, des degrés inférieurs : le moulin ou pistrinum, dont le nom revient le plus fréquemment dans les menaces des maîtres, car c'était aussi le lieu de supplice le plus commun, sur chaque terre 2; les carrières et les mines, mais particulièrement, dans Plaute, les carrières : «Emmenez-le, dit Hégion, dans les Captifs, qu'on lui donne de lourdes et épaisses entraves; et de là, tu iras aux carrières de pierres, et quand les autres auront à tailler huit pierres dans la journée, si tu n'en fais la moitié en sus, on ne t'appellera plus que l'homme aux mille coups; » et la délivrance du jeune captif lui donne occasion de peindre, par un mot, ce lieu de tourment, c'était l'enfer de l'esclavage : « J'ai vu bien souvent en peinture les supplices nombreux de l'Achéron ; mais il n'y a point d'Achéron comparable à ces carrières d'où je
Lassitudo , famés , firigus dunim :
Haec pretia sunt ignaviae.
(jrenffeAm, V, Ti, 878.}
* Asin. II, II, 32 5, etc.
^ Ferratusque in pistrino œtatem conteras.
[Bacch. IV, VI, 732.) Cf. Epidic. I, II, i35.