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dans de plus vastes proportions tout cet appareil de la famille urbaine, avait dû Faccepter avec tous ses vices. Ce furent les mêmes habitudes de paresse, de gourmandise, d'ivrognerie, de vol, parmi ce nombreux domestique^; même curiosité à Tintérieur, même indiscrétion au dehors^, même corruption. Voyez ce personnage nouvellement amené dans la ville et qui deviendra si important, le cuisinier; il y arrive tel que l'avaient fait déjà les raffinements d'une civilisation blasée qui a démesurément exagéré sa valeur, bavard insipide et glorieux : c'est déjà le cuisinier fanfaron^; ce qui ne lui ôte rien de son esprit rapace : « Où trouver un cuisinier qui n'ait des serres d*aigle et de vautour'^ ?» Ce n'est pas seulement l'avare de Plaute qui se désolait d'avoir introduit dans sa demeure, si près de sa chère marmite (la marmite où il a caché son trésor), « ces Rapacides, ces hommes à six niains , vraie race de Géryon, qui défieraient l'homme tout œil, Argus !^ » Partout
* At nunc cibi quoque ac potus annulo vindicantur a rapina. Hoc pro- « fecere mancipiorum legiones, et in domo turba externa, ac servorum «causa nomeDciator adbibendus. » (Pline, XXXIIl, vi, 9. Cf. Horace, Sat. I, III, 80, et II, IV, 79.)
' Vivendum recte. . . ut linguas mancipiorum
Contemnas; nam Hngiia, mali pars pessima servi. ( Juvén. IX, 118. )
^ À'Xaiovtxdv êé èart -orâv t6 rœv fiayeipeov ^vXop. (Athén. Vil, p. 290, b et suiv. et les diverses citations d'Hégésippe, de Nicomachus. (Voir ia note 18, à la fin du volume.)
" An invenire postulas quemquam cocum ,
Nisi milvinis aut aquilinis ungulis.^
(Piaule, Pieud. îîl, ii , 84 1) ' Quasi negoti nil sicl ,
Rapacidarum ubi tanlum siel in aedibus.
{AulnL II, Ti, Sa/).)
on se récrie contre leurs habitudes de vol; et, au fond, c'était comme le caractère essentiel de la ciasse servile. Le mot /or, qui passa au voleur, appartint d'abord à l'esclave. Virgile le lui donne encore par un archaïsme qui ne convient pas mal à ses églogues, dans le langage de ces bergers comme on n'en voyait plus :
Quid domini faciant, audent quum talia furcs^ P
Mais depuis longtemps les esclaves ne le retenaient plus que comme qualité. C'est à ce titre que Plaute voudrait le reporter spécialement à la gent culinaire ; il voudrait qu'on nommât place/arm« le marché où on la louait, le forum coquinum, la place coquine^: le changement se fit, non pas dans le nom du lieu , mais dans la valeur du nom ; et notre langue , en le prenant au latin vulgaire , ne lui connaît plus d'autre sens.
La joueuse de flûte, la courtisane, autres accompagnements d'un festin à la grecque , sont des personnages pris aux mêmes sources; et nous avons pu, afin de les replacer sur leur théâtre originaire, emprunter à Plaute quelques-uns de ses traits. Mais ces physionomies, quoi-
Cf. II , IV, 278 , 284 et 3oo , et III , vi , 009 :
Intromisisti in œdes quingcntos cocos , Cum senis manibus , génère Geryonaceo :
Quos si Argus servet , qui oculeus totus fuit , Is nunquam servet.
» Ed. m, 16.
^ Forum coquinum qui vocanl, stulte vocant :
Nam non coquinum 'si , verum furinum 'st forum.
( Plaute , r$cudol. III , n , 779. }
que étrangères, n'étaient pas non plus inconnues à Rome. C'étaient ces courtisanes de bonne compagnie, si pleines de mépris pour la foule immonde des prostituées de bas étage, qu'elles trouvent à peine, pour l'exprimer, assez de termes dans les deux langues :
Servolorum sordidulorum , scorla diobolaria , etc. *
C'était surtout contre la jeunesse de Rome, plus novice à leurs manèges, que ces femmes, suivantes ou maitresses, également détestables dans leurs conseils ou dans leurs commandements, leur inspiraient cette tactique sans pitié sous prétexte d'amour ^i et les peintures de Plante, calquées sur le grec, peuvent, en effet , se comparer à celles qu'en font, bien longtemps après lui, et l'élégie et la satire, Ovide et Properce, Juvénal et Lucien. Voyez à côté d'elles cette figure d'enfant où se marque l'empreinte d'une corruption précoce ; écoutez celte parole sans respect et sans pudeur, qui exhale, pour ainsi dire, à chaque saillie, les indices d'une initiation hâtive à tous les mystères du libertinage. Ce petit personnage appartient sans doute à la Grèce : il y est né pour le tourment des vieilles courtisanes et pour la rage des prosti-
* Pœnul I, II, 263 et suiv. Cf. Ir. ii, 12, ex CliteUaria :
Non quasi ul haec sunt heic limaceis lividap , Diobolareis , scopnicolae , miracuiae , Ciim extorlis talis , cum crotilis crusculis , Capillo scisso, atque excissatis auribus , ScratiaR , scrupedap , strictiWIiae , edentiilap.
' Piaule, Tracul II, i, 196 et suiv. Mostell. I, m, 190; Cisteli f, I, 44 : C'est une mère! comme dans les Courtisanes de Lucien.
tueurs^ ; mais il est venu à Rome : c'est ce jeune étranger, acheté pour sa pétulance et son babil, et formé, sous un maitre spécial, à lancer des traits d'insolence aiguisés à loisir^. Bien plus, il est aussi de Rome : c'est le vema, Tenfantde la maison, avec son espièglerie licencieuse et sa grâce déjà flétrie ; c'est ce type de la malice et de l'impertinence (vemilitas)^, qui égayé, qui bien plus souvent souille les pages de la satire et de la poésie légère, depuis Catulle et Horace jusqu'à Martial et au delà.
Nous avons dit les vertus qu'on demandait à l'esclave, et les vices où il fut entraîné, par la connivence ou contre la volonté du maitre, mais toujours par l'influence de son état. En effet , cette morale qu'on faisait tout exprès pour lui, comme elle péchait par le principe, manquait aussi d'une sanction suffisante. C'était dans l'intérêt du maitre qu'elle avait cherché le fondement du devoir, et
' «Scelus tupueri es.» (Plaute, Pers, II, ii, iQi») La réplique de Pégnion le prouve. Voyez principalement une scène de ce jeune drôle avec Sophoclidisque, II, ii, et une autre avec Dordalus, V, ii. ' ... Mixtus phariis venalis merdbus infans ,
Compoâtosqiie sales, meditataque verba locutns.
(SUc«,5^/v. II. I, 7a.)
€f. Sénèque, De const, sap, 11 , i3 : iPueros quidem in hoc mercantur «procaces, et eorum impudentiam acuunt, et sub magistro habent , « qui probra meditate effundant : nec bas contumelias vocamus , sed * argutias. »
^ «Urbanitas in dominos contumeliosa. » (Sén. ibid.) «Vernacula « urbanitas.» (Tacite, II, 88.) Martial (I, xui, 1) exprime la même chose , en opposant les nuances de ces deux expressions :
Urbanus tibi , Gœcili , videris :
Non es , crede mihi. Quid crgo ! verna es. . .
Quod viles pueri salariorum.
c'était dans l'intérêt de Tesclave qu'elle avait cru en trouver la garantie, en lui proposant, comme modérateur suprême, la peur des coups. On sait avec quelle complaisance ce thème est développé par les bons esclaves de Plante : « U songera, continuait Messénion, déjà cité, dans les Ménechmes , il songera plutôt à son dos qu'à sa bouche , à ses jambes qu'à son ventre, s'il est d'un tempérament tant soit peu raisonnable. U doit considérer quelles récompenses les maîtres donnent aux vauriens, aux mauvais sujets, aux fripons : les étrivières, les fers aux pieds, les travaux du moulin, les excès de fatigue, les douleurs de la faim et du frod, voilà le salaire de la mauvaise conduite. J'ai grande peur de pareils maux , et cette peur salutaire me met à l'abri du mal et sur la voie du bien. Mieux vaut recevoir des ordres que des coups : l'un est trop dur ; pour l'autre , la patience est plus facile. J'aime beaucoup mieux manger la mouture que de suer au moulin; aussi, mon inaitre a-t-il en moi un serviteur exact et sage, et je m'en trouve bien. Que d'autres fassent ce qui leur semble bon ; moi, je fais mon devoir. Je suis toujours en crainte pour n'être jamais en faute, et mon maître me voit toujours prêt à obéir. Un esclave ne vaut quelque chose qu'autant qu'il craint son maître et qu'il évite les fautes. Ceux que ne retient pas la crainte, commencent par mal faire, et craignent ensuite le mal. Pour moi, je n'aurai pas longtemps à craindre ; le temps approche où mon maître me donnera le prix de mon zèle. Je m'acquitte de mon service de manière à prouver que mon dos m'est cher^ »
^ Piaule, Menwchm. V, vi, 87/1 (trad. de M. Naudet).
Le châtiment, tel était le dernier mot de cette morale. 11 planait sur toutes les têtes, et il eût fallu qu'il entrât dans tous les esprits :
«L'esclave qui, sans être en faute, redoute néanmoins le châtiment, est le seul qui serve bien son maître. Ceux qui né redoutent rien, une fois qu'ils ont mérité d'être châtiés; ont recours à de sots expédients. Us s'exercent à la course , ils fuient: mais, lorsqu'ils viennent à être arrêtés, ils ont amassé un pécule de douleurs, ne sachant pas en amasser d'autre par leurs économies. Ils le grossissent peu à peu, et ils se font, en ce genre, un trésor. Mais, moi, qui ai du bon sens, j'aime mieux me garder du mal à l'avance, que d'exposer mon dos à être barbouillé. Ma peau s'est conservée pure et nette jusqu'aujourd'hui; il faut la garantir encore des étrivières. Tant que je saurai me gouverner , elle sera parfaitement à labri des coups qui pleuvent sur les autres, sans pleuvoir sur moi. En effet, le maître est ce que les esclaves veulent qu'il soit : bon avec les bons, méchant avec les méchants. Voyez chez nous: ce ne sont que de mauvais garnements, prodigues de leur pécule, porteurs de bastonnade. Quand on les demande pour aller chercher le maître en ville : « Je • ne veux pas , tu m'ennuies, je sais ce qui te presse : il te « tarde de faire un tour en certain lieu. Par Hercule ! tu « peux sortir , bonne mule , pour aller pâturer. • Voilà ce que j'ai remboursé pour mon zèle, et je suis parti, avec cela. Maintenant, je suis seul, d'une foule d'esclaves, qui vienne chercher le maître. Demain , lorsqu'il apprendra ce qui s'est passé, il les corrigera, dès le matin, avec la dépouille des bœufs. En somme, je ne donnerais pas au-
tant de leur dos que du mien. Ils deviendront tailleurs de cuir avant que je sois co^dier^ »
La morale n était donc plus pour eux que de la politique et du calcul. Les plus sages pesaient les inconvénients et choisissaient le moindre mal \ et le maitre ne pouvait qu*ajouter de plus en plus au châtiment pour rélever au-dessus de Taudace de ces rebelles; mais, si grand qu'il le fît, il n'était pas toujours capable d'y atteindre, ni de contenir cette force d'instinct qui les poussait hors des gênes de l'esclavage. Cet entraînement au mal , supérieur à tous les obstacles, est un des traits de caractère les plus rudement marqués dans Plaute; et ici il n'avait rien à demander ni à la Grèce , ni aux imitations romaines de la Grèce : il pouvait s'inspirer du fond même des usages romains. C'est à Rome surtout que la dureté de la coutume dut amener cet endurcissement de l'esclave. Là, plus que partout ailleurs, il put étaler ce mépris du danger qu'il empruntait aux habitudes belliqueuses de ses maîtres, pour l'appliquer, dans sa sphère, au seul danger dont il fût menacé , au châtiment ; et cet héroïsme du mal , et cette
* MostelL IV, 1, 876 (trad. de M. Naudet). Le poète prête ce langage à Phanisque, l'esclave vertueux du débauché Callidamate. Ainsi encore il fait dire à Strobyle, dans YAulularia, IV, i, 567 :
Qui ea curabit , abstinebit censione bubuia ;
Nec su^ opéra rediget unquam in splendorem conpedes.
* Non a me scibas pistrinum in mundo tibi ,
Quom ea mussitabas? — Scibam. — Cur non dictum 'st mihi ^ — Quia illud malum aderat, istuc aberat iongius ; Illud erai praesens, huic erant dieculœ.
(Plaute, Pseudol. I, y, 48?)
humeur railleuse qui, en se jouant du supplice, en amortit l'atteinte et en détruit la sanction. Les coups de bâton sont comme une mojonaie qu'ils escomptent volontiers pour la moindre affaire. N'est-ce pas le pécule du mauvais esclave ^ ? Mais ce ne sont encore que bagatelles : qui s'amuse à tenir registre de cela ^ ? C'est dans les bagnes de la discipline domestique qu'ils vont chercher leurs états de service ; ils comptent, en quelque sorte, comme autant de campagnes leur envoi au moulin , et conmie des grades les charges qu'on leur y imposait : attaché aa ministère des meules, huissier à verge^. A l'exemple de ces maîtres si fiers d'ajouter à leurs noms un nom tiré de leurs conquêtes, c'est aux supplices qu'ils demandent leurs titres de noblesse; et il semble, en effet, qu'il y ait plus d'honneur que d'outrage dans ces noms dont ils aiment à se saluer, comme en cette rencontre de Liban et de Léonidas , dans YAsinaire : «Gymnase de houssines, salut! — Comment t'en va? pilier de prisons ! — Conservateur des chaioes I — Délices des étrivières^! » Et avec quel orgueil ils triomphent, quand leur courage a vaincu ! Comme ils déroulent volontiers dans leurs actions de grâce le tableau des dangers
' Largitar peculium , omnexn m tergo thesaarum gerit.
(Pliute, Asin. II, ii , aSg.)
- Tax tax tergo meo erit : npn euro.
( PUute, Ptrs. II , III, a6i.)
' Plosculum annam
Fui prseferralus apud molas, tribunus vapularis.
[Ihid. I,II. 31.)
* Plaute, Asin, 11, ii, 381 (trad. de M. Naudet). Voyez la note 19 la fin de ce volume.
qu'ils ont traversés ^ I Comme ils se rappellent l'un à l'autre leurs anciens exploits : < Des abus de confiance , des infidélités envers ton maître, de faux serments jurés; à bon escient, dans les termes les plus solennels, des effractions de murailles, des vols manifestes, et tant d'élo^ quentes défenses plaidées en haut lieu contre huit madrés, intrépides et forts licteurs. — Tu dis vrai, ... et toi-même que de fois tu as récompensé les procédés honnêtes par rinfidélité;. . . que de parjures, que de vols sacrilèges, que de dommages, d'ennui , de scandale causés à tes maîtres ! Que de dettes et de dépôts reniés ! . . . Que de luttes où tu as mis sur les dents , par la dureté de ta peau , huit grands estafiers armés de bouleaux pliants ! T'ai-je rendu galamment la pareille ? Comme j'ai loué mon collègue. — Oh ! d'une manière tout à fait digne de toi , de moi , de notre génie ^. » Ils ne se bornent pas à se vanter du passé; ils plaisanteront à l'approche même du supplice : « Quel est l'homme, dit Tranion dans la Mosiellaria, qui veut gagner un peu d'argent en se laissant aujourd'hui conduire au supplice à ma place? Où sont ces roués, ces useurs de fers ? Je donne un talent au premier qui courra sur cette croix, mais à la condition qu'on l'attache doublement et
' Perfidiœ laudes gratiasque habemus merito magnas,
Quom nostris sycophantiis , dolis, astutiisqae, Scapularum coniidentia , virtute ulmorum freti , Qui advorsum stimulos , laminas , crucesque , conpedesque » Nervos , catenas , carceres , numelias , pedicas , boias Indoctoresque acerrumos , gnarosque nostri tergi , Qui saepe aute in nostras scapulas cicatrices indidenint. (Plante, Asin, lU, ii, ôay.)
* Ihid. 5/40-555 (tiad. de M. Naudel).
MœURS DES ESCLAVES. 283
des pieds et des bras^ » Ainsi la mort n'a plus pour eux de terreur; ils la bravent quand ils semblent la fuir, et avec quel dédain ils lattendent : « Je sais que la croix sera ma dernière demeure. C'est là que reposent mes ancêtres, mon père , mon aïeul , mon bisaïeul , mon trisaïeul ^ ! »
Sans doute, il faut faire, dans ces plaisanteries, la part du poète et des habitudes du théâtre. Il a beau jeu de railler de ces supplices et d'en faire rire les spectateurs : c'est la loi de la comédie ^ ; mais on ne peut méconnaître que de telles mœurs ne soient aussi dans la nature , et ajoutons même que c'est le résultat le plus net des mau* vais traitements. Gomment, en effet, eût-on réussi à conduire l'esclave vers la vertu, quand, par un régime tout bestial, on le poussait hors de ia nature de l'homme P Et comment, sur cette pente de la vie animale où il ne pouvait trouver de bien que dans la satisfaction des sens, la crainte du mal physique eût-elle pu avoir assez de force
^ Uhi siint isti plagipatidœ , £erritribaceis viri P
Ego dabo ci talentum , primus qui in crucem cxcucurrerit : Sed ea lege , ut adfigaatur bis pedes , bis brachia.
( PUute , Mosull II , 1 , 351-357. }
' Sdo crucem futiiram mihi sepdchram :
Ibi mei majores sunt siti , pater, avos , proavos, abavos.
(PUttte, MU. gîor. II, it. 37a.)
Il y a dans l'histoire plus d'un exemple de ce mépris de la mort chez les esclaves. L'un d'eux, accusé d'un meurtre, s'avoua constamment coupable à la torture, et fut puni du dernier supplice; le prétendu mort revint. (Val. Max. VIII, v, a.)
^ < La comédie regarde le ridicule de ses personnages comme la partie principale du plaisir quelle procure; les rôles des Daves, des Tibius et des cuisiniers, en sont la preuve. « (Lucien, Saltat. 39.)
pour retenir ses instincts déréglés ? Plus on le ravalait vers la bête, plus on l'enfonçait dans le vice, et il fallait bien qu'on le reconnût, même au théâtre : « On se fait tort à battre certains esclaves; car ils sont ainsi faits, ces fléaux de veines, et tel est leur système. Dès qu'une occasion se présente : prends, pille, tiens, happe, bois, mange, fuis, voilà leur affaire *. » — « Des chaînes , des verges , des meules, la cruauté, les supplices, et il en devient plus mauvais ^. » Et le mal ne comportait guère de remède', car c'étaient là les vraies et légitimes influences de l'esclavage. Or que fallait'il pour qu'elles eussent porté leur fruit ? Une année. Une année de service : voilà ce qui était jugé suflisant pour corrompre la nature de l'homme. Au bout d'un an , l'esclave devenait veterator, et il y avait action rédhibitoire contre celui qui l'aurait vendu comme novice... Et qu'on parle encore de l'éducation de l'esclavage, devant ce texte de la loi * !
Mais les mauvais traitements n'eurent pas seulement pour effet d'endurcir l'esclave ; ils pouvaient, loin d'amortir en lui le sentiment, le surexciter jusqu'à l'impatience
' Quos dum ferias , tibi plus noceas ; eo enim ingenio hi sunt flagriiribœ : Qui hœc habent consilia, ubi data obcasio 'st , râpe , depe, tene , harpaga . Bibe , es , fuge , hoc est eornm opus.
(Plante, Psendol. I, ii, i34.)
'^ Vincia, virgœ, molae, saevitudo, mala :
Fit pejor.
(Plante, Fr. i , 37, e Bacckid. )
' Fui ego bellus , lepidus , bonus vir nunquam , neque frugi bons ,
Ncque ero unquam : ne tu spem ponas me bonae frugi fore.
( Captiv, V, II , 890. )
* L. 37, I)., XXI, 1, De œdil. riL (Voir ci-dessus, p. G5.)
du joug, et, parmi tant de passions mauvaises, provoquer la plus terrible , celle de la haine et de la vengeance.
Ces réactions tiennent par leurs causes aux influences de Tesclavage sur les classes serviles , et par leurs effets à celles qu'il put avoir sur les classes libres elles-mêmes. Leur histoire abrégée fera la transition naturelle de Tun à l'autre de ces deux sujets.