‹ Histoire de l'esclavage dan l'antiquitéChapitre 28 sur 35 · II · texte numérisé non relu

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et, en général , sa personne n'avait guère de prix que pour lui-même, quand il avait passé plusieurs années dans cette condition. Si le maître faisait un semblable emploi de cet argent, il n'avait pas un esclave de moins, et il avait un affranchi de plus. Comme esclave, il avait pu trouver quelque novice au lieu de son veterator; comme affranchi, cet ancien esclave lui procurait de nouveaux avantages: car, nous Tavons vu , l'affranchi , par l'effet de ses obligations générales de déférence et d'assistance envers son patron, devenait pour lui une ressource dans la vie privée, un auxiliaire dans la vie publique. C'était un homme qui lui devait son vote dans les élections ou, quelquefois, sa part dans les distributions publiques (plusieurs maîtres en avaient fait pour leurs esclaves la condition de l'affranchissement^] ; et, par d'autres stipulations encore, le patron savait ajouter aux devoirs ordinaires de l'affranchi : il pouvait, on l'a vu, se réserver une part dans ses bénéfices, il en avait régulièrement une dans sa succession. Avec tant de profits pour des avances souvent remboursées dès le premier jour, on comprend que l'habitude d'affranchir se soit tant répandue, sans que cet effort d'hu. manité ait demandé beaucoup au désintéressement du maître; et, à défaut de semblables motifs, il y pouvait avoir des raisons de vanité. Ainsi on vit des citoyens don.

^ Oi Se tva Tov êti^iofficùs êiS6iievov aîrov 'kanÊdvovreg xavà (ir}va, Hoi et 7ts dfXXr; 'stapà tùSv iiyov(Uvù}v yiyvoito toîs ivàpots rœv ^oXtrâv ^tXapdpeùvia,^épû)(rt toîs SeSûiH6<rtriiviXevQepiap,(Den.d'ïiaïicAW^2h») Il en parle comme d'une chose commune en son temps. Cf., en effet* Dion, XXXIX, 24, p. 201 , 1. 48 (ce fait se rapporte à Tan 698 de Rome, 55 avant J. C.) etSuét. j4ug. 42.

ner la liberté en mourant à la masse de leurs esclaves, afin de traîner à leurs funérailles un plus nombreux cortège de nouveaux affranchis ^ Les manumissions se multipliaient donc, en ces temps de guerre et de domination, où se renouvelait facilement, sur le marché, cette denrée humaine que Taffranchissement enlevait à la consommation et au commerce. Gicéron dit qu'en six ans un bon esclave pouvait racheter sa liberté ^.

Ce mouvement libéral, dont s'arrangeait si bien l'intérêt privé, n'avait rien non plus qui parût contraire à l'intérêt de l'État, ou du moins à l'intérêt de la classe qui, vers la un de la république, tenait en main le pouvoir. L'esclave avait expulsé l'homme libre du travail, l'affranchi prenait sa place dans la cité; et l'aristocratie romaine s'effrayait peu de ce changement. Elle s'était fait une sphère à part, une cité supérieure de gens de bien. Le peuple restait en dehors ; et l'esclavage, qui le transformait par l'affranchissement, semblait le lui faire selon ses voeux, en renouvelant dans son patronage la race depuis longtemps éteinte des anciens clients. On touchait presque

^ Denys d'Haï. IV, 2 4. On lit celte inscription mutilée d'un marchand d'onguents ou de parfums: «cl. fil. argtro (Philargyro) UN-

«6ENTARI0 I ISQDE FAMILIAM SDAM MANU | MISIT PBGUNIAMQUE »

(Murât, p. 938, n' a.)

* t Etenim , patres conscripti , quum in spem libertatis biennio post « simus ingressi , diutiusque servitium perpessi , quam captivi frugi et « diligentes soient. » ( PhiL VIII , 1 1 . ) H n'en fut pas ainsi de ce pauvre coureur, « qui courut avec tant de zèle , qui courut six ans et quatre mois, » etn'arriva à raffranchissement... que le jour de sa mort: • zonisus

« CDRSOR I QUI CUCDR | RIT OPERE MAXIME | QUI GUCUR | BIT ANNIS ç ET «MENSIS IIII I QUI VIXIT IN JUVENTPTE | SUA ANNIS XXI ET POST MORTE

à l'état de choses qu'Appius proposait au sénat quand le peuple se retirait de la ville : au lieu d'une plèbe indocile , des clients à Rome , des esclaves à l'armée ^. Le changement s'était accompli de lui-même; et il ne restait de ces mouvements du peuple et des menaces du mont sacré, que l'ombre du tribunat. Mais l'institution du patronage, utile dans une société imparfaite, où le faible, à défaut de la protection de la loi , a besoin de la protection du plus fort, était plus que superflue sous un régime d'égalité; elle troublait l'équilibre, elle devenait dangereuse, lorsqu'elle se continuait, en se resserrant même par des liens nécessaires. C'était créer à quelques grandes familles une force extralégale au sein même de la constitution de l'État; force servile et aveugle, et que bientôt elles ne domineront'plus : car, à la troisième génération, cette race de clients leur échappe; son contrat est rompu, elle n'en retient que ses habitudes de servilité. Libre de se porter ailleurs, elle se vendra à la prodigalité des ambitieux : et ainsi nous retrouvons, sous une forme nouvelle, cette force qui renversa, avec l'aristocratie, les libertés dont elle s'était réservé la défense (54).

Lorsque l'ordre se rétablit et qu'on put méditer à loisir sur cette décadence de l'État, on en trouva la cause dans la ruine de l'esprit public, et tout d'abord dans le dépérissement de la classe libre , dans la multiplication sans

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