II
gnalait la marque des fers^ Mais le peuple ne voyait que la somptuosité des distributions et la magnificence des fêtes dont ils se montraient si prodigues. Que si le parvenu était un esclave de Tempereur, alors il n*y avait point assez de formules de décret dans le sénat pour eialter la nouvelle idole. Sous Claude, on vit <cet ordre illustre solliciter avec ferveur et recevoir avec reconnaissance, comme une grâce insigne, Tautorisation de rendre des honneurs à Pallas ! L'affranchi fut supplié d'accepter quinze millions de sesterces et les ornements prétoriens (ce qui valait presque la dignité sous Tempire}. II prit les honneurs et refusa Targent, et il fallut que le sénat se résignât à ce refus. Mais ce corps avili voulut en perpétuer la mémoire. Il en fit graver Thistoire entière sur une table d'airain , qu'il déposa au lieu le plus apparent de Rome , près de la statue de Jules César : témoignage moins éclatant, sans doute, de la modération de l'affranchi que de sa propre bassesse 2. Avec un tel prince et une pareille assemblée, on comprend le rôle de Pallas et de ses émules
Ibencis pemste funibus lalus ,
Et crura dura compede , Licet superbus ambules pecunia ,
Fortuna non mutât genus, etc. .
(Horace, Epod. it, 3- 17.)
^ « Itaque quum . . . Pailantis spectatissima fides atque innocentia «exemplo provocare sludium tam honests asmulalionis possit, ea qux « IV kal. febr. in ampHssimo ordine optimus princeps recitasset, se- « natusque consulta de iis rébus facta in ses inciderentur, idque aes fi- «geretur ad statuam loricatam divi Julii.» — Pline ajoute : « Ut veileut «in ocuiis omnium figi Pallas insolentiam suam, patientiam Caesar, «humilitatem senatus. (Ep^, VIII, 6.)
dans lempire : pour gouverner ce peuple d^esclaves, le nouveau maître de Rome avait bien le droit de prendre parmi ses affranchis.
L'affranchissement, si lai^ quil parât être à Rome, vers le commencement de Tempire, ne fut donc pas un acheminement à la suppression de Tesclavage , mais une suite naturelle et forcée de Tinstitution même, une issue par où se déversait Texcédant d'une époque trop abondante en esclaves, un moyen de renouveler cette masse, gâtée, avant d'être usée, par l'influence délétère de cette condition. Comme une eau , détournée de son libre cours, se corrompt dans le bassin qui la retient captive : on l'en rejette alors... mais, rendue libre, elle ne sera pas autre que ce qu'elle était devenue, croupissante; et, de même, il ne faut pas attendre que ces instincts faussés par l'esclavage, ces habitudes dépravées dès l'enfance , se réforment et se redressent dans l'âme de l'affranchi, sous l'influence d'une tardive liberté. Jeté au sein d'une société viciée elle-même par le mélange de l'esclavage, il y devint plus librement mauvais, plus dangereusement encore. Ainsi l'aflranchissement ne remédiait point au dépérissement des citoyens ; il ne servit pas même à rendre meilleure la condition des esclaves. L'esclave, dans ses rêves de grandeur, convoitait, avec toutes les jouissances de la richesse, des serviteurs à lui ^ Affranchi et élevé en effet au pouvoir, il méprisait et accablait son ancien état : l'affranchi Pallas faisait des lois contre les esclaves ^l
1 Jam ubi liber ero, ig^tur demum instmam agmm , aedeis, mancipia.
(PUote, Ra4. IV, II, 837.)
^ Le sénatus-consulte Claudien, contre les mariages d'esclaves et de
Nous avons dit quelle fut Tinfluence de Tesclavage dans la famille et dans TEtat , et comment elle fut souvent continuée par rafiranchissement, loin d'être détruite. Il est une autre sphère encore où nous devons la suivre pour apprécier, d'une manière plus complète, les effets de l'institution ; je veux parler de l'intelligence et de ce domaine de la civilisation, cultivé par le travail de la pensée, et de ces fruits précieux qu'il y fait naître : les lettres , les sciences et les arts.
La Grèce en ferma l'accès aux esclaves. C'est pour se réserver les loisirs de cette vie supérieure des âmes, qu'elle prétendit leur imposer le travail grossier des mains; et nous avons vu si cette condition était indispensable au développement et au progrès des idées. Certes la carrière des lettres, des sciences et des arts, n'avait rien à redouter du voisinage de cette carrière plus large ouverte, au-dessous d'elle, au commun des hommes libres ; elle n'eût rien perdu de sa considération , si l'on eût pu descendre de l'artiste au manœuvre, ou remonter des degrés inférieurs aux degrés les plus hauts du travail, sans sortir de la liberté; et, d'ailleurs, les faits sont décisifs. EntreSparte, qui proscrivait absolument le travail manuel, et Athènes, qui le commanda quelquefois, qui le permit toujours à ses citoyens, l'histoire n'a jamais balancé; et l'on sait où il faut chercher la source la
femmes libres. — On sait quel mépris il témoignait pour eux dans son intérieur ; il dédaignait de leur adresser une parole de commandement; il n'usait que du geste, ou de Técritore , s'il fallait y joindre quelque explication : « Nutu aut manu, vel, si plura demonstranda essent, scripte «usum, ne vocem consociaret. » (Tac. Ann. XIII, 23.)
plus féconde de la pensée et le vrai foyer de la civilisation hellénique.
Rome n était point dans de semblables conditions, et les différences qu^elle présente confirmeront le principe que nous avons établi.
Le peuple romain était un peuple d'action , et cette action fut tout entière de gouvernement et de conquête. L'art de la guerre, la science de Tadministration , voilà l'étude sérieuse de Rome : hœ tibi eriant artes; joignez-y les moyens qui peuvent concourir au même but, dans la méditation de la retraite ou dans les discussions du forum : la jurisprudence qui fait l'homme d'État , l'éloquence qui lui donne puissance sur le peuple assemblé , et l'histoire qui retrace les grands souvenirs de la patrie, pour former à l'exemple des ancêtres les nouvelles générations. Voilà les genres vraiment romains, les genres dignes de les occuper, voilà les arts civils. Ce sont des patriciens que vous trouvez aux sources mêmes de la jurisprudence et de l'histoire, dans les mystères des formules juridiques, dans la composition des grandes annales; ce sont les plus nobles de Rome qui continuent de développer le droit comme préteurs ou comme jurisconsultes : les Appius Claudius Caecus, les Tibérius Coruncanins, les Licinius Crassus, les deux Scœvola, l'augure et le pontife; ce sont des consulaires, des sénateurs, des prétoriens , qui tirent l'histoire de ces archives sacrées pour la rendre plus accessible à tous : Fabius Pictor, Caton le Censeur , Fulvius Nobilior , Calpurnius Pison Frugi, Sempronius Tuditanus; et le mouvement se continue après les Gracques par les préteurs Q. Claudins
Quadrigarius et Licinîus Macer, par les coDsals iËmilius Scaurus et Lutatius Gatalus, en un mot, par les plus grands noms de la république ou de l'empire. Le fond romain demeure sous ces formes que le génie grec est venu polir. Aussi , grâce à cette libre culture , Rome a-t-elle , dans chacun de ces genres , ses titres originaux. En histoire, si elle n'a point Hérodote et cette autre épopée, digne des guerres médiques, avec la grâce aimable de ses divagations, elle a, du moins. César et ce rédt rapide qui veut hâter ce que l'action réelle a de trop lent au gré de son génie; et, dans un genre plus analogue, à côté de Thucydide, inspiré du triste spectacle de ces guerres où s'évanouit le sentiment de la nationalité commune de la Grèce, elle peut placer, à une moindre distance. Tacite, en qui se réveillent, avec tant d'énergie, , avant de s éteindre, les dernières lueurs du génie de la liberté. En éloquence , Rome prend son rang au niveau de la Grèce, et oppose, à des titres divers, à Démosthène Cicéron; en jurisprudence, elle est sans égale.
Le reste fut moins national; mais pourtant, sous l'influence de la Grèce , le Romain de la société nouvelle put s y hasardei' aussi. Les écoles diverses de la philosophie grecque laissèrent leur trace, à Rome, dans les poèmes de Lucrèce , dans les élégantes discussions de Cicéron , dans les traités et dans les conversations familières de Sénèque. Quant à la poésie, dont les essais avaient dû précéder la prose, Nœvius, Ennius, avaient depuis longtemps introduit à Rome les formes nouvelles du théâtre et de l'épopée de la Grèce, deux genres qui, en se séparant, trouvèrent aussi leur génie propre : Plaute attaquant les
mœurs, nouvelles avec la verve du plébéien ; Virgile rattachant les traditions de sa patrie aux traditions d'Homère, sous rinvocation de la muse qui Tavait inspiré. Et toutes les variétés de la poésie eurent leurs imitations, quelquefois même davantage, dans cette brillante phalange du siècle dont Auguste tient le milieu et auquel est demeuré son nom ^
Mais, dans tout ce mouvement littéraire, quelle fut la part de l'esclavage ^ P
L'esclave fut repoussé des arts vraiment romains. A quel titre eàt-il pratiqué la science du droit? à quel propos Téloqueace ? et , pour Thistoire , qu avait-ii à chercher dans les ménooires des £umlles on dans le^ traditions du peuple de Romulus? Seulement, dans le dernier siècle de la république, un affranchi, Epicadus, reoaeille et achève les mémoires de son maître Sylla; un autre, Atteius Philo-: logus, rassemble des matériaux pour Thistoire de Sailuste^; un troisième, Otacilius Pilitus, aborde un peu plus directement la science -sous le patronage de Pompée, et pour raconter sa vie^. Ainsi firent plus tard Ti-
' ' NoDf 4evon8 ie foiKl de ces notions fur la littérature latine à Yencellent cours que nous faisait autrefois, à Técole^ normale , M. Rinn, aujourd'hui proviseur du ooUége royal de Lout8-l&-Grand.
^ Il y a sur cette question une tkèse4*lii8toire et de droit, sou^nne , devant l'université de Leyde, par M. Gevers, De servilis eonditionis hominibus, artes, litteras et scieMias RonuB colentihus (1816). Si Ion ny trouve que peu de chose , c'est un peu la faute du sujet.
^ «Breviario reruna omnium romanarùm, ex quibus, qua9 vellel, «eligeret.» (Suét. De dL Grantm. 10.)
* • Primus omnium iibertinorura , ut Corn. Nepos opinatur, scribere « historiam orsus, non nisi ab honestissimo quoque seribi soArtaai. »
kkO PARTIE II, CHAPITRE X.
magène, Marathus, affranchis d'Auguste ^ iElius Maurus et peut-être quelques autres encore , d'où furent tirées plus tard ces pauvres biographies qui nous restent des empereurs, sous le nom commun d* Histoire Augaste^,
Ces genres étaient donc réservés aux citoyens. Il y en avait un autre réservé aux esclaves, la grammaire; et il n'est pas étonnant qu'ils y aient été nombreux et habiles: la Grèce était captive, et les Romains, tout en dédaignant encore la pratique de cet art , commençaient à payer fort cher non-seulement des maîtres pour leurs enfants, mais des savants pour eux. Cet art, né aussi dans la liberté parmi les libres produits du génie grec, se développa donc à Rome par Tesclavage et dans l'esclavage (58). Si les hasards de la guerre ne livraient point assez d'hommes instruits aux marchands, pour les vendre comme grammairiens ou philologues, ils en faisaient faire : on en dressait sur commande. Mais, de tous ceux qui se distinguèrent, un seul est dit positivement né dans l'esclavage [vema), Remmius Palémon, et il en retint, dans ses mœurs, la marque dégradante^. Plusieurs, nés libres, n'étaient de-
(Suét. De clar. rhei, 3.) Tiron, l'affranchi de Gicéron, composa aussi la vie de son ancien maître.
* Timagène, fait esclave par le sort des armes, était devenu cuisinier, puis porteur d'Auguste , qui le prit en amitié -, mais il en abusa , et, chassé pour des insolences, il brûla les histoires qu'il avait composées sur lui. (Sénèque le père, Conirov. V, 34, p. 459.) Cf. Sén. De ira, Ilï, 23.
* Voy. Bœhr, GescL der Rômisck, Utter. S 22b et suiv.
^ Suét. De m. yramm. 9 3. On a, sur ce Remmius Palémon, une inscription tumulaire dont on suspecte d'ailleurs l'authenticité. (Voy. Muratori, p. 974, n" 1.)
venus esclaves que par Tabandon de leurs parents, comme M. Ântonius Gniphon, natif de la Gaule, G. Melissus,de Spolète^; les autres, presque tous d'origine grecque, ne firent que traverser l'esclavage, et retrouvèrent, par Taffranchissement, Tair natal de la liberté : Atteins Pbilologus et Cornélius Épicadus, Tafifrancbi de Sylla, dont nous avons parlé ; Valérius Caton , Strabérius Éros , qui fut le maître deBrutus et de Cassius; Lenœus, affranchi de Pompée; Tiron, qui recueillit et publia les lettres de Gicéroo, son maître; G. Julius Hyginus , conseiTateur de la bibliothèque d'Auguste; VerriusFIaccus, choisi par ce prince pour l'éducation de ses petits-fils; L. Grassitius de Tarente, Scribonius Aphrodisius, affranchi de la première femme d'Auguste^. Mais, libres, ils ne retrouvèrent point ce libre essor du génie littéraire : le mot litteratus , quand il ne signifie pas grammairien, s'applique, sans équivoque, au mauvais esclave marqué au front. Us continuèrent de réciter ou de commenter leurs poètes , y associant timidement quelques petits poëmes à eux (ôg); ou, s'ils firent quelque autre usage de la prose, ce fut, comme nous l'avons dit, pour dresser lés généalogies ou écrire l'histoire de leurs patrons : c'était encore une œuvre domestique*.
^ «Ingenuus... expositas.» (Suét. De iU. gramm, 7 et si.) Gevers, par une singulière inadvertance, lui attribue la dignité de préteur, dont Suétone dit que Gicéron était revêtu quand i) suivait encore ses leçons.
> Ibid. 5-2 a.
^ Nous avons signalé des exceptions dans Té^cation de ces esclaves: on ne doit donc pas sétonner d'en retrouver la trace parmi les affranchis. Ainsi la maison d'Aliicus pourrait bien avoir produit ce Q. Cas-
442 PARTIE Il/CHAPITRE X.
Entre les genres exclusivement propres aux hommes libres et ceux qu'on rejetait sur les classes serviles , plusieurs furent cultivés par les Romains , à Timitation dçs Grecs, sans que les esclaves en fussent écartés. Dans le nombre, il en est un où Ton trouve quelques noms célèbres.: le théâtre. La comédie, importation étrangère, put se produire devant le peuple sous des noms étrangers à la cité, ou par des hommes de petite condition , comme furent Nœvius et Plante; déplus, pour se produire, elle demandait , à Rome , l'intermédiaire des esclaves ; elle avait fait de Tesclave' son principal agent, elle put avoir aussi des esclaves, des affranchis du moins, pour auteurs. Te} fut, dit-on, Livius Andronicus (affranchi de LiviusSelinator), qui le premier apporta la comédie sur le^théàtre de Rome; tel, le poète Cœcilius, qui substitua le nom de son patron à son nom d'esclave, S^tius^; tel enéorê. Térence, si toutefois on doit laisser à l'esclavage ces génies que la piraterie ou la guerre avait ravis à la liberté. Il dut en être de même, à plus forte raison, du mime, genre nouveau que Publius Syrus, enmieaé captif , introduisît, dit-on, le premier, sur la scène de Rome (60) ; c'était comme un monologue à partie double que l'auteur débitait lui-même : rôle serviie , que César imposa au chevalier
ciiius Ëpirota , aé à Tosculum , qui )e premier,' dit*oa , ût a9age dé la iangue iacîae daos les déciamations de Técele. Du veste, mêiBa pour loi , il ne faudrait pas examiner de trop près sa moralité «t sa délicatesse. (Suét. De m. gramm. 16.)
^ Aul. Gell. ly, 20. Caecilius était originaire de la Gaule cisalpine, Livius, de la Grande.Grèce : c^étaient aussi, le dernier au moins, des hommes libres faits prisonniers; Voy. Cic. Bratus, 18; il conteste la date, non le fait.
romain Labéi ius pour Tavilir, et dont il ne lui laissa pas même les honneurs, quand il Teat dégradé L De même encore la fable, avec son enseignement indirect et sa morale voilée sous des formes étrangères, prit naissance dans les pays de despotisme, et put se propager dans la condition servile : Ésope, dit-on, était esdave ; Phèdre, affranchi. Mais, dans les autres genres de poésie où domine la délicatesse du sentiment ou Taudacede la pensée, élégie ou satire, dans les autres genres de prose qui veulent la méditation ou l'action, vous chercheriez vainement un nom d'esclave digne d'être cité. Rappelons pourtant Épietète; et encore, cette philosophie qu'il enseignait affranchi, qu'il pratiquait esclave, lui aussi n'avait-il pu l'apprendre libre? Rien ne le dit: rien n'empêche, d'ailleurs, que, par exception , un philosophe ne se soit élevé parmi les corruptions de l'esclavage, comme un autre parmi les souillures ordinaires de la pourpre impériale.
Nous retrouverons des caractères analogues dans le développement des sciences et des arts.
Ici les Romains ne réclamaient rieii pour eux; et il est certains genres qu'ils attribuaient particulièrement aux esclaves : telle fut la médecine.. Elle eut à Rome les mêmes vicissitudes que la grammaire. Dédaignée à l'origine par la grossière ignorance du Romain, elle fut bientôt recherchée de toutes les riches familles. On voulut avoir
* On sait que César, blessé des allusions de Labérius, trop bien saisies par le peuple romain , donna le prix à raffîranchi Publins Syrus , et à Labérius un anneau d or et une somme d'argent, comme pour lui rappeler sa double condition de chevalier et de mercenaire. ( Macrob. Sat. Il, 7, p. 369-372. Cf. A. Celle, XVÏÏ, i4.)
des médecins pour leutretien du corps, comme des grammairiens ou des esclaves rapsodes pour Tinstruction ou le délassement de l'esprit. La Grèce dut continuer, esclave, ce qu'elle pratiquait, libre, ce que, chez elle, elle avait réservé aux hommes libres exclusivement. Le médecin esclave n'abandonnait point son art, une fois affranchi; plusieurs même arrivèrent, par la confiance des grandes familles, à se faire des fortunes considérables; et ce taux élevé des salaires leur associa des. hommes libres de la Grèce ou de Rome, dans l'exercice de leur profession ^ : mais elle garda toujours comme une tache d'origine, jusque dans les honneurs que l'empire voulut y ajouter ^,
Pour les autres sciences, les Romains, sans les imposer aux esclaves, les dédaignaient pour eux, et il put s'y trouver, avec des étrangers, des honmies de condition servile. Le captif Manilius Antiochus enseigna l'astrologie; Hyginus^, affranchi de l'empereur (de Trajan sans doute), faisait quelque application de la géométrie à la science militaire dans son livre Gromaticus, sea de castris metandis. Il en fut de même des beaux-arts. Rome, dans ses premiers rapports avec la Grèce , fut frappée de l'éclat que tant de brillants génies et les libres produits de leur
' Les empereurs donnaient à leurs médecins un traitement annuel de 260,000 sesterces. Stertinius faisait valoir qu'il- se contentait de 5oo,ooo sesterces, quand il pouvait s'en faire 600,000 par différentes maisons, etc. (Voy. Plin. Hist. Rat. XXIX, v, 2.)
^ Tibère garda esclave son médecin oculiste : « illyaids Ti.CiESARis|
« ADG. SER. CELADIAN. | MEDICOS OGOLARIUS | PlUS PARENTUM SOORCM |
«vixiT ANNOs XXX...» (Murat. p. 967, n" 5*.) ' Pline, XXXV, lviii, 1.
travail répandaient autour d'elle. Il y eut un commencement d'émulation dans quelques âmes d'élite. Un membre de l'illustre famille Fahia se fitcomme un titre de gloire, pour lui et pour sa race, du surnom de pictor; et quelques patriciens, après lui, laissèrent aussi des témoignages de leur habileté en peinture dans les temples des dieux ^ Mais, quand la Grèce fut asservie, on s'accoutuma à considérer ces occupations comme serviles, et toute main honnête s'en éloigna. Les grands prétendirent posséder l'art comme la science , au moyen d'hommes à eux. Us em*ent donc des architectes pour tracer et remanier le plan de leurs villœ, des peintres, des statuaires, des artistes en mosaïque, pour concourir à l'ornement de leurs demeures. Les jurisconsultes y font allusion en parlant des autres affranchis; et, dans un autre ordre de documents, on trouve des inscriptions tumulaires d'architectes affranchis; il y a un statuaire parmi les esclaves d'Auguste, un peintre et quelques artistes secondaires dans le tombeau des esclaves de Livie (61). Mais n'y cherchez pas un seul nom connu, un seul qui ait mérité d'être signalé parmi les anciens. Ces nobles arts n'obéissent point à une main servile; ils veulent une inspiration que la volonté du maître ne donne point : et, si l'empire vit se renouveler une période belle encore, sans avoir l'éclat du grand siècle, c'est parce que Rome avait bien dû s'a-
' « Apad Romanos quoque honos mature huic arti contigit. Siqui- • dem cognomina ex ea Pictorum traxerunt Fabii , clarissima; gentis , «princepsque ejus cognominis ipse asdem Salutis piaxit, anno urbis «ccccL. . . Postea non estBpectata honestis manibus. ^ (Pline, XXXV, vil, 1-2.) ïl signale pourtant quelques exceptions.
dresser au travail libre et reconnaître , qu'en pareille matière , on achète Toeuvre et non pas l'ouvrier.
Ainsi, quand on embrasse tout ce mouvement de la civilisation en Itâdie, on voit que l'esclavage fut toujours exclu des arts où Rome porta la force de son génie, et qui marquent sa place à côté de la Grèce, quelquefois même au-dessus d'elle, dans le développement de l'esprit humain : droit, éloquence, histoire. Il apparut en philosophie par accident; et, à part la comédie et la fable, pour les raisons que nous avons dites et sous les réserves que nous avons faites, il ne figure pas davantage dans le domaine de la poésie. Accueilli, avec la Grèce captive, dans l'enseignement, dans les sciences et dans les arts, il eo éloigna les citoyens, il en arrêta l'essor parmi eux; et il fallut que ces genres, si longtemps méprisés, reçussent de Jules César droit de bourgeoisie dans Rome, pour sortir de l'îndiflFérence et de la torpeur où les eût étoufiTés l'esclavage, pour former enfin quelques disciples, et produire, par un dernier effort, ces monuments de toute sorte, image affaiblie, sans doute, et déjà trop mutilée, de la civilisation antique en Occident (62). Ces faits incontestables confirment donc les conclusions où déjà nous avait mené la Grèce. De même que l'esclavage a moins sauvé les races qu'il ne les a décimées, moins poli que corrompu les mœurs, moins servi que ruiné partout la famille et l'Etat, de même il a moins aidé que nui au progrès du travail, au développement de l'intelligence. H y eut du bien , du mal , dans la civilisation ancienne : le mal , nous l'avons montré, revient de droit à l'esclavage, le bien , à la liberté.
On a, pour l'esclavage à Rome, plus de ressources que pour l'esclavage en Grèce. Nommons en première ligne Touvrage assez récent de M. Blair, An inquiry into th6 state of slavery amongst the Romans, ouvrage qui réunit un asse? grand nombre de textes sur l'ensemble de la question. 0 faut y joindre les anciens traités relatiÊs à plusieurs points particuliers : Pignori, De servis, et Popma, De operis servorum, l'un et l'autre sur les fonctions des esclaves; ap. Polénus, sappl. à Greevius, t. III, p. 789 et iag4; Jugier^ De nundinatione servorum; les Saturnales de Juste-Lipse, principalement sur les gladiateurs; deux dissertations de Burignj Sur la condition des esclaves à Rome, et Sur les affranchis (Mém. de V Académie des inscriptions, tomes XXXy et XXXVII); celles de M. Bureau de la Malle, dans son Economie politique des Romains; Creuzer, Programme d'an" tiquités romaines (en allemand), avec quelques observations supplémentaires dans ses nouveaux opuscules allemands, 4' partie (i836); et plusieurs autres que nous citerons en leur lieu.
NOTE 2t, PAGE 12.
Denys d'Haiicamasse (VI, 53) nous montre, dès le commencement de la république, les métiers pratiqués par les étrangers libres , au grand mépris , il est vrai , des citoyens de race noble. Mais , bien qu'il prête ces sentiments au défenseur des plébéiens , à Ménénius Agrippa , il paraît difficile que plu-
hkS NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS.
sieurs de ces familles, déjà comprises dans la plèbe et rangées dans les tribus urbaines, n'aient pas continué de vivre de ce travail. Un peu avant Tinslitution du tribunat, on voit Rome faire la dédicace d*ùn temple à Mercure, el instituer, sous son patronage, un collège de marchands. (T. Live, II, 27.) Évidemment cela se faisait pour des citoyens. Denys, qui, contrairement à la tradition de Tite-Live, tradition beaucoup plus vraie, au fond, quoique plus merveilleuse dans la forme, nous montre Rome fondée et organisée, pour ainsi dire, tout d*une pièce , par une colonie d*Albe , attribue à toute la population romaine ce qui n'est vrai que des citoyens primitifs, des patriciens.
NOTE 3, PAGE 4i*
On a remarqué que » sur les vingt comédies de Plante , une seule compte parmi ses personnages une esclave nommée Syra, tandis que , dans les six pièces de Térence , ce nom se retrouve trois fois (Andrienne, Adelphes, Heautontimorumenos)^ ce qui marquerait un plus fréquent usage d'esclaves syriens à la seconde époque. Toutefois il est question d'esclaves de ce nom ou de ce pays en plusieurs passages de Plante : dans le Afarchand (où cette esclave Syra figure parmi les personnages), dans le Pseudoîus (II, 11, 622, etc.), dans le Trinummus (II, IV, 599), dans leStichus (III, i, A27), dans le Carculio (III, i, 45 1), dans un fragment d'une pièce perdue, appelée la Valise, Vidularia (Fragm. II , 1 1 5). Les Syriens avaient leur réputation comme esclaves dès le temps d'Aristophane. — Dans une autre pièce de Plante , on trouvait le nom de Ciliûo ( Fr. III , 4^ ) ; dans VAmpliytrion, une jeune esclave appelée Thessala (II, 11, 616). Quant aux Cappadociens , ils avaient à Rome à peu près le même renom que les Paphlagoniens à Athènes. (Voy. Pétrone, Safyr. 6g, p. 3^2, etCic. inPison,, 1.) Le Pont, au contraire, au jugement de Polybe , était la source la plus abondante eu bons esclaves, el Byzance en était le marché. (Polybe, IV, 38.)
— Les Lyciens avaient été asservis en détail par les Rhodiens , auxquels ils avaient été donnés par le sénat, après le traité de Magnésie. Rome intervint cette fois pour les faire libérer. (T. Live, XLI, 6.)
On cite beaucoup une dissertation de Heyne sur les pays d*où venaienties esclaves dans le monde ancien. ( Opasc, acad. IV, p. lao.) C*est un discours d*apparat, où Ton trouve de fort bons sentiments , mais peu de faits.
On pourrait entendre que Fesclave, et non le héraut, était sur la pierre; les textes se prêtent aux deux sens: Empti de lapide trihuni, dit Cicéron (m Pison, i5), par allusion à ces ventes; et un passage de Plante (Bacch. IV, vu, 765) semble même les admettre tous les deux à la fois :
0 stulte , stuite , nescis nunc venire te ,
Àtque in eo Ipso adstas lapide, ubi praeco praedîcat.
U ne serait pas impossible de concilier les deux choses, comme ce texte paraît y inviter. Le 'héraut pouvait descendre de la pierre, et y faire monter Tesclave pour le faire mieux examiner.
* Vopilio y à qui on assignait une ration de 3 modii ( a61it.,o i a ) par mois , était ^ris parmi les enfants les plus forts : • Ad « majores pecudes setate superiores, ad minores etiam pueros et « utroque horum firmiores , qui in callibus versentur, quam eos , « qui infundoquotidie ad villam redeant. » (Varron , De re rust. II, X, 1.) Il fallait qu il pût suivre, sans fatigue, les troupeaux dans les plus rudes escarpements; non pas seulement les suivre, mais les défendre contre les brigands et les bêtes féroces. (Ibid, 3.) De tels enfants sont, au moins, adolescents, et ne peu vent être nourris a la demi-mesure. — Rappelons- nous , d'ailleurs, que ces évaluait. 29
lions portent non pas seulement sur les esclaves, mais sur les hommes libres , dont la nourriture était plus variée , et qui devaient ainsi faire une moindre consommation de blé.
Les registres envoyés au sénat portaient, pour les Latins, 80,000 hommes d'infanterie et 5«ooo cavaliers ; pour les Samnites, 70,000 hommes d'infanterie et 7,000 de cavalerie; pour les Nlarses , les Marrucins , les Vestins , les Frentanes , a 0,000 hommes de Tune de ces deux armes , et 4iOOO de l'autre ; pour les lapyges et les Messapyges ( Apulie et Messapie) , 5o,ooo et 16,000; pour les Lucaniens, 3o,ooo et 3,ooo. C'est, pour toute cette partie de l'Italie centrale et méridionale , en y comprenant les 378,000 Romains et Campaniens, 5oo,oooo hommes d'in* fanterie et 18,000 cavaliers. Reste, pour la partie de l'Italie qui , au nord , étendait le territoire romain jusqu'au Rnbicon et à la Macra, 200,000 hommes d'infanterie et ia,ooo de cavalerie , que Polybe ne comprend pas dans ce détail du recensement. Mais il a nommé 5o,ooo hommes de pied , et 4«ooo cavaliers , accourus de la Sabine et de la Toscane au secours de Rome, au seul bruit de la guerre gauloise, et ao,ooo Ombriens et Sarsinates, venus de l'Apennin. Ces 74,000 hommes (auxquels se joignaient les 20,000 Vénètes), formant un corps d'armée active, étaient probablement les plus jeunes (7 aniores, de 1 7 à 45 ans), selon l'usage romain : ce qui permet de porter à environ 100,000 hommes le contingent normal de leur pays. Resterait donc une centaine de mille pour une partie des Ombriens, pour les Picentins et peut-être quelques autres peuples, les Brutiens , par exemple , qui n'ont pas été énumérés. ( Voy. Polybe , II, 23 et 24, et, pour la somme totale , Pline , III, xxiv, 5.)
Une considération empêche qu'on ne laisse tomber le chiffre
de la population servile aussi bas que la simplicité des mœurs romaines semblerait le demander pour cette époque : c*est que cette population ne comprend pas seulement les esclaves de Rome, mais ceux de toute Fltalie alliée; et si Rome, à Tintérieur, si les peuplades des montagnes et celles des rivages de TAdriatique conservent encore des habitudes de frugalité, à côté d'elles il y a d*autres peuples qui, au contraire, étaient allés assez avant dans la richesse et le luxe, et qui doivent, sans aucun doute, en retenir quelque chose sous la domination de Rome : TEtrurie, la (]ampanie, la Grande-Grèce. C'est avec ces peuples, et non pas seulement avec Rome, qu'il faut établir la balance entre la population libre et la population servile.
M. Naudet, dans un article du Journal des Savants sur l'ouvrage de IM. de Saint-Paul (De Vesclavage en Occident), a rapproché les textes divers relatifs aux vigiles, Tite-Live (XXXIX , iZi) parie des vigiliœ, sans dire si ceux qui les composaient étaient libres ou esclaves ; mais un passage de Paul affirme que les esclaves étaient jadis employés au guet. Ce sont aussi des esclaves, au nombre de 600, qu'Auguste donna aux édiles (2 1 av. J. C), pour porter secours dans les incendies (D. Cass. LIV, 2 , p. 761, 1. 5A); un peu plus tard (ibid. LV, 26, p. 800, 1. 80), il créa, pour la garde nocturne, sept ^compagnies d'affranchis , et y joignit des soldats.
NOTE 9, PAGE i33.
Tibère restreignit le nombre des gladiateurs dans les jeux publics (Suél. Tib. 34)« et il eut une autre occasion de réduire les jeux mêmes. Des spéculateurs exploitaient l'avidité de la multitude, sevrée de ces plaisirs par la parcimonie, et, sans doute aussi, parles ombrages du soupçonneux empereur. (Suét. Tib. 47. ) Qui eût osé, Tibère régnant, effacer, par trop de ma-
gnificence , les lai^esses impériales , et solliciter du peuple une faveur que le prince n avait pas ? La foule s'était portée à des jeux de ce genre , donnés , à Fidènes , par un homme peu suspect par son origine comme par sa position, un obscur affranchi , quand Tamphithéâtre , construit à la hâte , s^écroula , ensevelissant 5o,ooo hommes dans ses ruines. (Tacite Ann. IV, 63; Suétone (Tib, 4o) porte le nombre des morts à a 0,000.) Si des spectacles célébrés en de telles conditions n'avaient rien d'inquiétant pour l'empereur, ils menaçaient trop la sûreté publique, pour ne point appeler des mesures préventives. Un sénatus-consulte défendit d'offrir des combats de gladiateurs, si l'on n'avait le cens équestre. (Tacite, Ann. IV, 63.)
L'inscription que nous avons citée présente un de ces noms dérivés, par lesquels l'esclave, transféré dans une maison nouvelle, gardait la trace de celle d'où il élait sorti. On en trouve vingt autres exemples dans les divers recueils : agrip-
PIANUS , MOEGENATIANUS , EPAPHBOOITIANUS , FABIANUS , DBU-
siANUS, etc., etc. Voyez Muratori, Inscr, p. 926, n* 6; gSi, 3; ggS, 3; ggg, 7; 1000, 3; ioo3, a et 5; ioo4f 3; 1006, 5; 1010, 1, a et 8; 1011, 10; 101a, 4- Nous en avons donné deux ou trois autres, p. 17g de ce volume.
Un autre columbarium de Livie, trouvé de i55o à i56o et décrit par Ligori, présente un ensemble de fonctions analogue : garde d'entrée (ab cabdine) (Muratori, p. gaS, n* 8); valet de pied (pedisequus) (ibid, ga6, la); porteur de litière (lecticabius) (ifciVi.gaA, a); baigneur (uNCtOB) (ibid. g^i'j^ 10); conservateur des vêtements ordinaires ou des habits d'apparat ( a veste ; A veste magn. ] (ibid, ga7, 1 6 ; ga3, 1 ) ; des vases de Corinthe (a cobinthiis), (ibid, ga5, i4) ; ordonnateur ou ministre des festins (tricliniabgha, ministratob) (ibid. ga4* iTgaB, 10
et 937, 17]; préposé aux maisons (insularius) (ibid. 925, 12). Nous ne parlons ici que des esclaves.
D* autres inscriptions éparses se rattachent au même service par le nom même de Livie : le porlier de la maison de ville (osT. URBAN.) (Murât, p. 910, n'A) ; la gardienne des vêtements (a'VESTe) (iiiV/. 921,7); une ravaudeuse encore {ibid, 917, 12) ; un homme, chose bizarre, chargé de distribuer la laine aux ouvrières (auctds lanipeno. auguste l.) (Murât. 889, 6); une sage-femme (obstetrix) (ibid. 918, 7); une garde-malade (ad.valetudinar.) (Spon, Miscell. antiq,,p, i44i n** i5); une baigneuse (Murât, p. 891, 3, et 896, 8).
Ailleurs on trouve encore le cuisinier de Marcella la jeune , mère de Messaline (Spon, p. 221); le maître d^hôtel (obsonator) de Poppée (ibid. p. 224); le dépensier et les trésoriers d'Agrippine, avant quelle ait épousé Claude (Murât, p. 916, 5) , etc. , etc. , et surtout pour la famille des premiers empei:eurs (ibid. p. 889-900).
Pour le lixa , Métellus , en Afrique , avait dû défendre : • Ne « greganus miles in castris, neve in agmine servum aut jumen- « tum haberet. » (Sali. Jag. 45.) Cf. pour cette sorte d*esclaves, Dion Cassius. LVI, 20, p. 820, 1. 67. -rr- Sur les açuarioK, Festus, s. V.; — pour le vicarias. Plante, Asin. Il, iv, 417» et presque tout le titre: De peculio legato, D., XXXIIl, viii. Un des esclaves de Caton avait acheté, en Espagne, trois prisonniers. (Plut. Apophth (Caton.), et Cat. Maj. 10.) Beaucoup d'inscriptions parlent de ces esclaves d*esclaves (Orelli, n" 2820-2825, etc. Cf. Murât. Inscr. p. 892, n° 1 ; 935, 2 ; 977, 8 ; 1 535, 1 ; 2o48, 8 ; Sj^on , Miscell. antiq. p. 212, 2i3 et 218, etc.); et de même pour des femmes (Orelli, n" 2826). Une autre inscription (n*" 3209) nous montre le vicarius d'un vicarius; et le cas est généralisé dans la loi 25 , D. , XXXVIII, viii , De pecul. leaato :
• Si servus liber esse jussus sit, eique peculium legatum sii, « vicariorum ejus vicarii iegato continentur. » Combien , à ce troisième degré de Tesclavage, n avait-il pas plus de raison encore de dire avec le poète :
^ Esse sat est servuoi ; jam noio vicarius esse.
(Martial. Ep. II, zyih, 7.) NOTE 12 , PAGE l55.
il y a un texte d'Apulée, où on avait cru trouver une moyenne et même une limite inférieure de Ia famille du citoyen de Rome. Il dit dans son apologie (p 5a , Deux-Ponts) : « Quindecim liberi
• homines populus est, totidem servi familia, totidem vincti er- « gastulum. • Texte bizarre : car, si, à ]a rigueur, on peut exiger quinze esclaves pour une famille, quinze hommes libres pour un peuple , c*est bien peu. Mais les jurisconsultes paraissaient moins difficiles quant à Inapplication du moi familia. Ulpien se borne à dire qu'un esclave ne constitue pas une famille, ni même deux esclaves, 1. 4o, S 3 , D. , L, xvi , De verbor. signif,; et encore cela n*empêchera-t-il pas d'appliquer parfois à deux et même à un esclave ce que la loi disait de la famille. ( L. i , S 1 7 D. , XLIII , XVI , De vi et vi arm.; Paul, Sent V, vi , 3, etc.) U y eu avait plus d'un, en effet, dont on pouvait dire ce que Phèdre ( Fahnov. III, 19 ), disait d'Esope et de son maître :
^sopus domino solus quum esset familia.
Pour ne pas laisser le lecteur sous l'impression de ce vers, nous citerons quelques monuments encore d'où résulte la preuve du grand nombre des esclaves possédés par les riches. Ces mausolées communs ou colambaria , dont nous avons vu plusieurs pour le seul palais de Livie , étaient comme l'appendice naturel d'une grande maison. Indépendamment de ceux que nous avons nommés, on cite encore celui de Lucius Ar runtius, qui fut consul sous Auguste et périt sous Tibère; ce
monument, découvert en 1733, à Ventrée de la voie Prénestine, avait son titre sur le frontispice : libert. et | familiae | L. ARRUNTii L. F. TER. et plusieurs inscriptions à Tintérieur. (Murât, p. 1609, n* 4 et suiv. ) On a le titre d*un tombeau semblable de la famille et des affranchis de Vitellius ( Murât, p. 1607, ^^ 12 ) ; de Munatius, de Sabînus; etc. (Voy. Fabretti ch. 1 et surtout p. 4a •) Une table, consacrée à une autre famille, porte quatre-vingts noms, dont treize avec la qualification d*affranchis, plusieurs avec des prénoms qui indiquent le même état, et un assez grand nombre avec la désignation de leur office. (Murât, p. 986, n° 5, à Rome.) Ceux qui ne pouvaient avoir un monument entier pour eux, en achetaient quelque portion, exemple : c. avillio zescho | t. glaudius buggio |