‹ Histoire de l'esclavage dan l'antiquitéChapitre 4 sur 35 · II · texte numérisé non relu

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peaux ravis; et, pour satisfaire aux injustes exigences de Fimpôt, H avait emprunté de Targent. Sa dette, accumulée par r usure, lui avait d'abord dévoré le champ qu'il tenait de ses pères, puis d'autres héritages, puis, comme une plaie hideuse, avait gagné jusqu'à son corps; il s'était vu entraîné par son créancier, devenu son mdtre ou plutôt son bourreau, et, à côté de ses nobles cicatrices, il montrait la trace encore sanglante d'une infâme flagellation. Cette vue et ce récit soulevant le peuple, une foule de débiteurs, liés ou dégagés des mêmes nœuds, se répandaient dans la ville, ajoutant le péril de l'émeute au danger de l'invasion. En pareilles circonstances, le sénat se relâchait de sa rigueur et laissait aux consuls le soin de calmer la foule par quelque édit. On rendait aux détenus la liberté pour s'enrôler, avec toute garantie au sujet de leurs biens et de leurs enfants, pendant la campagne; et, au retour, ils étaient remis aux fers ^ ! Deux consuls furent ainsi compromis par la mauvaise foi du sénat ; mais Valérius, nommé dictateur, ne voulut point sacrifier à cette politique la popularité de son nom. Ne pouvant tenir sa parole , il la dégagea en abdiquant , et le peuple , n'attendant plus rien que de lui-même , se retira au mont Sacré d*où il revint avec le tribunat (AgS).

Le tribunat, ce fut le droit d'appel en cinq, en dix personnes , un asile toujours ouvert aux suppliants, une intervention toujours active en faveur de l'opprimé. Mais le tribun ne pouvait rien que contre l'abus, et la loi était assez dure pour accabler le peuple à elle seule. Aussi le

* Tite-Live, II, 23 et 27 : «Deinceps et qui anle nexi fuerant, cre- « ditoribus tradebantur, et nectebantur alii.»

mal ne cessa-t-il guère. Lorsque Licinius et Sextius comprenaient dans leurs propositions fameuses une loi sur les dettes, ils demandaient si Ton aimait mieux voir la plèbe circonvenue par Tusure, et la personne du débiteur, à défaut de payement, jetée dans les fers et dans les supplices; le créancier entraînant , chaque jour, du forum , les troupes d'hommes qu'on lui adjugeait {addictos), les plus nobles maisons remplies de citoyens enchaînés , et toute demeure de patricien contenant sa prison ^. Ces lois liciniennes qui subvenaient au passé , celles mêmes qui , par la réduction et par la suppression de Tusure (342), voulaient pourvoir à Tavenir, furent impuissantes ^. Il n'y eut plus de taux légal dans l'État; mais les membres souffrants de ce grand corps n'en étaient pas moins tributaires de Tordre supérieur, organe de la richesse et de la force publique, et ces rapports, pour n'être plus réglés, n'en furent pas moins rigoureux. Évidemment, pour remédier au mal, il fallait modifier la nature du gage et non pas les conditions de la créance ; laisser l'intérêt ordinaire à la chaîne de la dette, mais libérer de la garantie personnelle le débiteur. Comme il était arrivé de Lucrèce, de Virginie, une passion coupable d'un des oppresseurs, un abus de pouvoir, devint l'occasion de cet

' « An placeret fenere circumventam plebem potius quam sorle cre- «ditum soivat, corpus in nervum ac supplicia dare? et gregatim quo- • tidie de foro addictos duci, et repleri vinctis nobiies domos? et ubi- «cunque patricius habitet, ibi carcerem privatum esse.» (Tite-Live, VI.36. Cf. VI, 11. id.etc.)

' «Etsi unciario fenere facto levata usura erat, sorle ipsa obrue- «bantitr inopes, nexumque inibant. » (Tite-Live, VII, 19. Cf. 27 et A» )

évéoeinent qui fut, selon Tite-Live, pour la plèbe de Rome « une ère nouvelle de liberté ^ » Un patricien » un Papirius, avait reçu en gage le fils d'un plébéien nommé Poblicins. Il avait cru n'avoir qu'un esclave dans cet en> faut; mais, comme le sentiment d'une libre origine relevait au-dessus de sa condition présente, furieux, il le fit dépouiller et battre de verges. Le jeune honmie, déchiré, s'enfuit parmi le peuple, accusant l'infamie et la cruauté du créancier; et tous, émus par les misères d'un âge si tendre et Tindignité de son injure, par l'image de leurs propres périls et la pensée de leurs enfants, courent en masse au forum et de là à la curie* Ce soudain tumulte ayant forcé les consuls à convoquer les sénateurs, le peuple, à mesure qu'ils arrivaient, se jetait à leurs pieds, montrant le corps sanglant de la victime. « En ce jour, dit Tite*Live, la violence mal contenue d'un seul homme rompit la formidable chaîne du crédit, et les consuls eurent l'ordre de proposer au peuple ; « Qu'aucun ci- « toyen, s'il n'était prévenu d'un crime, ne pût, avant de « subir sa peine, être retenu dans les entraves ou les liens; • que les créanciers eussent pour garant les biens du débio teur et non sa personne. » (Loi Petilia, 325.) Par là, les citoyens, détenus pour dettes , furent délivrés , et on prenait soin qu'ils ne pussent être détenus à l'avenir ^. »

Ainsi l'inviolabilité que le tribun communiquait à l'opprimé par son intercession s'introduisait dans la loi même en faveur de tous. La même mesure qui garantissait la li-

^ « Eo anno plebi romanae velut aliud initium libertatis factum est «quod necti desierunt. » (Tite-Live, Vfll, 28.) * Ibid.

berté du débitear dut rendre plus rare la vente du fils par ié père ; et cette forme de servitude se trouva considérablement réduite: elle ne fut pourtant pas entièrement supprimée. Les intérêts du riche résistèrent à la loi. Trente-six ans plus tard , un attentat pareil entraînait sur TÂventin le peuple soulevé et menaçait Rome d'une guerre civile^; et, au temps des guerres puniques, il y avait encore des débiteurs adjugés et tenus dans les fers : après la bataille de Cannes, le dictateur, sacrifiant, dit Tite- Liive, rhonneur public à la nécessité, offrit la libération aux condamnés pour crime ou pour dettes, qui prendraient les armes; et il en arma six mille des dépouilles des Gaulois^. Quant à Tesclavage réel, rien ne devait le restreindre. Le droit pénal continua de firapper de cette d^ra&tion suprême qui ôtait avec la patrie la liberté , soit qu'il ftt vendre le réfiractaireau cens ou àFenrôlement, soit qu'il réservât le coupable aux travaux publics; et on trouve une nouvelle application de la servitude infligée directement comme peine," vers le commencement de Tempire, dans le sénatus*consulte Claudien : il frappait la femme libre mariée à un esclave et ne prévoyait pas moins de dix -huit cas différents*. Or c'était bien là un véritable

^ Stamaise, De modo usur, c. 18, cité par M. Naudet, Des secours pabUcs chez les Romains, Mém. de l'Àcad. des inser. nouY. série, t. XIII^ p. 3o-3i.

' «Qui capitalem frandem ausi, quiqae pecnnia judicati in viocu- « lis essent, qui eoriim apiid se milites fièrent, eos noxa pecuniaque se «exsolvi passurum.» (Tite-Live, XXIII, i4, ibid.)

' « Ut îgnaro domino ad id proiapsae, in servitute ; sin consensisset, pro • libertis haberentur. » ( Tac. Ann. XII , 53. ) L*afiranchi Pallas était l'auteur de cette loi, qui fa l renouvelée par Vespasien. (Snéi.Vesp. 1 1.) Amen-

et complet esclavage. Le condamné qui parvenait à s*y soustraire et se faisait soldat était, comme Tesclave, puni de mort^; Tenfant d'une femme esclave de la peine naissait et demeurait lui-même esclave de la peine, servus pœnœ^.

Mais c*est surtout du dehors que vinrent plus abondamment les esclaves. On sait avec quelle rigueur les Romains pratiquaient le droit de la guerre ; ils le respectaient jusque contre eux-mêmes : le citoyen , comme Tennemi foît prisonnier , était mis hors la cité , hors la loi , et cessait d'être , en quelque sorte, une personne. Plus d'une fois le sénat appliqua ces maximes sévères qui frappaient de mort civile ceux qui avaient sauvé leur vie au prix de la liberté. On les laissait à l'esclavage qu'ils avaient préféré à la mort. On refusait de les reprendre à rançon^: après la bataille de Cannes , on aima mieux racheter et armer huit mille esclaves ; et , si l'ennemi , comme le fit Pyrrhus , les renvoyait de lui-même, si les besoins de l'État faisaient une nécessité de les recevoir et de les employer encore, ce n'était plus au même rang. Abaissés d'un degré, le cavalier parmi les fantassins, le fantassin parmi les auxiliaires, ils devaient servir et porter la marque de leur humiliation jusqu'au jour où ils la rachèteraient par la dé-

dée plus tard par Théodose le Jeune (1. 179 C. Th. XII, i), elle iiit supprimée par Justinien (1. un. C. J. , VII, xxiv). Voyez Blair, Inquiry, etc. , et le chapitre x du volume suivant.

» L. 4 D., XLIX, XVI, De re militari. — » L. 4 (Anton.) C. J., IX, XLVii , De pœnis.

^ Tite-Live, XXII, 59-61. Ânnihal irrité vendit les uns et tua les autres. (App. De heUo Ann. 38.) Dans le cours de cette guerre, il y avait en échange de captifs entre les deux partis. Fabius même vendit

pouille de deux ennemis ^ Ces mêmes rigueurs du régime militaire se maintenaient dans les principes du droit civil. Le prisonnier était mort, son mariage dissous, sa succession ouverte, ses biens vacants. Seulement, là aussi, la fic^ tien vint de bonne heure tempérer la dureté de la loi. Quand le captif revenait, libéré par le rachat ou par la fuite, il était censé n'avoir jamais été captif^, et rentrait en possession de tous les droits dont la prescription , cette gardienne de la sécurité publique , ne lavait point dépouillé ^.

Ce droit de la guerre, Rome l'appliquait aux ennemis, moins les fictions qui , pour les citoyens , en affaiblissaient

son champ pour parfaire le compte d^^échange au taux convenu de 2 livres 1/2 d argent par tête. (Tite-Live, XXII, 28. Cf. Dion Gass. Fragm, p. 33, 1. 87, et p. 64» 1> 64.) De même, on avait traité de la rançon des captifs avec Pyrrhus. (App. De reb. Samn. x, 4*)

^ Valère Maxime, II, vu, i5. Les compagnons de Varus , rachetés par leurs parents, furent tenus hors de Tltalie. (Dion Gass. LVI, 33, p. 833, 1. 36.)

* Voyez le titre De captivis et de postliminio reversis, D., XLIX, xv. — Gette fiction n*était point étendue au transfuge (1. 19,84 (Paul), eod.), et, d autre part, elle n'était point nécessaire à celui qui avait été pris , en dehors du droit de la guerre , par des pirates ou des brigands. (L. 19, S 3 (Paul). Cf. 1. 34 (Ulpien), eod.) La guerre civile n'étant pas reconnue légale, les jurisconsultes ne regardaient pas non plus comme déchus de Tingénuité ceux qui avaient été pris, vendus et affranchis, en semblahle rencontre. (L. 21 , S 1 (Ulpien), eod.)

' La femme, même quand elle n'avait point quitté la maison de son mari , pendant sa captivité, n'était plus censée en mariage. (L. 12, S 4 (Tryphonius), D. , XLIX, xv, De capt et postl.) Le mariage, dissous de droit, ne se rétablissait que par un acte nouveau de consentement; seulement, la femme, si elle était libre encore, pouvait y être forcée sout peine de perdre sa dot : • pœnis dissidio tenebitur. » (L. 8 (Paul), et 1. i4,S 1 (Pomponius), eod,)

ou en détournaient l'atteinte. Les vaincus étaient faits prisonniers, et les prisonniers n'étaient pas encore assurés de vivre : plusieurs, après le triomphe, étaient régulièrement mis à mort ^ ; d'autres fois, ils étaient égorgés dans le camp ^, ou encore, on les faisait s'entr'égorger eux-mêmes dans des luttes qui servaient à Tamusement du soldat^. Le reste, quand il n y avait pas lieu d'en faire l'échange , subissait l'esclavage. Des exemples s'en trouvent dès les premiers temps de Rome ^; ils se multiplient dans toute la suite de ces guerres italiennes où la république eut à soutenir une lutte si vive contre les tribus voisines^. Pendant les guerres d'Annibal, où elle combattit encore dans les mêmes lieux, pour son salut, elle eut aussi, après tant de funèbres jour-

^ AppieD dit que Pompée, après la guerre de Mithridate, ne se conforma point à cet usage : UaptXQèv i* it là JLaeEnékutv, Ménta lëv aixj^ak&nnf iKxuvtP, éi ëxtptH rSv Q-ptéfiSwg m^^vyôvxwt, (Bell. MUhr.wj.)

^ Dion Cassius, XLVII, 48, p. SaS , 1. 8 (dans le camp de Brutus).

^ Annibal avait ainsi fait combattre des soldats gaulois, mais en offrant la liberté aux vainqueurs. (Tite-Liive, XXI, ia.) Seitus Pompée donna un combat naval de captifs près de Rbegium. (Dion Gassius, XLVIII, 19, p. 539, 1. 45.) Sous Auguste, on fit ainsi coftibattre des troupes de Daces et de Suèves. (Jibi<£. LI, aa , p. 655 , 1. 95. Cf. LUI, I, p. 696, 1. av, et LV, 5, p. 775. 1. 6a.)

* Malgré la loi de Romulus dont Denys d'Halicarnasse a évidemment eiagéré la portée. Tullus Hostilius a de nombreux esclaves, et Ion voit que Tarquin TAncien avait fait vendre tous les habitants de Comiculum. (Denys d'Haï. III, 5o.)

' Trois mille huit cent smxante-dix à la bataille d'Aquilonie, trois mille, puis deux mille autres dans la suite de la guerre, etc., etc. (Tite-Live, X, 4a, 46.) Dans lappareil du triomphe qui suivit, était portée une somme de 3,533,ooo as, que Ton disait provenir de la vente des prisonniers. [ïbid.)

nées, ses jours de victoire et ses captifs. Plusieurs, avant la bataille de Cannes, avaient fait Tobj et d'un échange; plus tard, quinze mille furent vendus au profit de TEtat, et, quand la défaite de Carthage, en 202, étendit la lutte au monde entier, tous les champs de bataille donnèrent à Teselavage ses victimes. Déjà , la Sicile avait vu sa populatioa, comme ses terres, décimée ; la Sàrdaigue, par ses continuelles révoltes, renouvelait ses défaites et les gêné* rations de ses captifs ; la Gaule Cisalpine , TEspagne , payèrent aussi en troupes d'esclaves les légions romaines qui s'usaient à les réduire \ et plus tard la Transalpine eut son tour dans cette rude guerre que lui fit César. Si Ton en croyait Plutarque et Appien , il y aurait fait un million de captif^, avant d'atteindre à cette victoire complète qui dewt ouvrir à la Gaule, dans un avenir assez prochain, les portes de )a cité et du séaat^. Jlien de plus difficile à prendre que ces esdaves, rien de phis difficile à garder; les Espagnols étaient trop dangereux, Içs Sardes trop indociles : i}s ont la gloire d'avoir, à ce titre, donné iieii au proverbe « Sardes à vendre^. » Q n'y avait donc rien de

* Tite-I^ive, 3(^LI, a8; App. Bell. hisp. 99, etc.

* App. De reh. Gall, 2; Plut. Cœs. i5. Le texte de Reiske (t. IV, p. 1 96) porte, sur trois millions d^ennemis , le nombre des morts à un million , et celui des captifs à deux fois autant : d(XXa$ Se Sis rotrwÔTag Hèyim^^' p9iFay a supprimé Tadverbe êU^ comme le voulaient I9. bon sens eVun aptr^ texte de Plutarque. (Pomp, 67, t. III, p. 845.) Veileius Fat/erculus en estime le nombre à plu9 de quatre c<yat mille (cité par M. Blair). — Tite-Live p^e «ncore de cinq miU« «ix ceat vingt captifs Istriens vendus sub corona, (XLI, 11.)

^ ^Sardi veiuikf, alins alio nfsqoior, etc. • (Feati Fragm. e cod. Farnes. 1. XVIII, p. 33 3, éd. C. O. Mûller.) Festus fait dériver le prov9rbe

bon à tirer de là pour les besoins du service. Quand Cicéron voyait César porter plus loin la guerre, jùsqu'e» Bretagne, il s'apitoyait sur le triste butin qu'il en devait ramener : des esclaves probablement bien peu instruits dans la musique et les belles-lettres ^ !

Mais, en même temps que Rome soutenait en Occident ces guerres opiniâtres et obscures , en Orient de faciles et éclatants triomphes lui donnaient, à moins de frais, des populations mieux façonnées aux arts et aux habitudes de Tesclavage. Les nations helléniques , si malheureusement divisées dès le conunencement de la lutte de la Macédoine contre les Romains, TÉpire, qui, d'abord alliée de Rome, se tourna contre elle sans entraîner de l'autre côté la victoire; rillyrie, qui vint s'unir à l'Épire et à la Macédoine à la veille de la défaite, tous ces peuples du nord de la Grèce payèrent un bien lourd tribut à l'esclavage, quand Paul-Emile eut consommé la ruine de Persée. A la suite du roi macédonien figuraient , dans la solennité du triomphe, l'image des nations vaincues : c'était presque des nations , en effet, qui furent alors ravies à la liberté et dispersées en esclavage. Seulement en Epire, on vendit cent cinquante mille hommes ^. La Grèce méridionale restait encore intacte; mais la dépendance politique où elle s'était

d une coutume étrusque , sous prétexte que les Étrusques sont originaires de Lydie , de Sardes. Cela n^a aucune vraisemblance.

^ «Neque ullam spem praedae nisi ex mancipiis, ex quibus nuUos t puto te litterîs aut musicis eruditos exspectare. » ( Cic. ad Att. IV, 1 6, p. 527.)

' «Ut centum quinquaginta millîa capitum humanorum abduce- «rentur.» (T. Liv. XLV, 34.)

placée était comme un achemioement à une condition ^ plus dure. Cette dégradation politique affaiblissait le pays en même temps qu'elle surexcitait dans les âmes la haine du joug. Quand on voulut le rompre, on Taggrava; la Grèce aussi fut définitivement soumise , et les derniers champions de sa liberté allèrent à Rome grossir le nombre des esclaves.

D en fut de même de FAsie. Partout, les armées, en se retirant, enmienaient avec elles Télite des populations vaincues; partout la conquête, avant de réduire un pays, honmies et fenmies, à des conditions uniformes de dépendance, prélevait encore un tribut d'esclaves parmi les plus dévoués de ses défenseurs. C'est la suite forcée de toute bataille et la condusion de toute campagne ; et, quand nous aurions recueilli tous les textes des anciens, nous serions encore au-dessous de la réalité. Tout n'est pas dit, en effet, sur cette matière; on énumère encore les prisonniers dans les premières guerres d'Italie, danis les guerres du Samnium, quand, la lutte ayant des chances égales, on comptait avec une ardente sollicitude, comme deux joueurs qui jouent leur fortune et leur vie , les pertes subies de part et d'autre; et Tite-Live a conservé avec le reste ces données de l'ancienne histoire romaine. Mais, depuis, Rome ne connaissait plus guère que la victoire, et, n'ayant rien à craindre, même d'unreverç, elle ne portait plus le même intérêt à ce calcul. L'habitude fit donc souvent négliger une mention qui se supplée naturellement. Cicéron lui-même, au retour du siège de Pindénisse et de sa campagne d'Issus, ne compte pas ses prisonniers; il se borne à dire à Atticus qu'on les vendait, au moment où

38 PARTIE II. CHAPITRE il.

il écrit, le troisième jour des saturnales M On n'en parie donc plus, même d'une manière générale, excepté dans des occasions éclatantes ou en d'autres cas signalés par quelque particularité. On citait (le danger avait été grand cette fois) les prisonniers de Marins à Aix et à Verceil , quatre-vingt dix mille Teutons , soixante mille Gimbres ^. On citait l'immense butin que Lucullus avait fait dans le Pont, comme dans un pays riche et depuis longtemps étranger aux ravages de la guerre ; butin si considérable , qu'un esdave se vendait 4 drachmes (environ 3^% 50*"), un bœuf, 1 drachme (90''), et tout le reste en proportion^. On pariait aussi de ces nombreux captifs ramenés par Gaton d'un pays dont l'occupation ne lui avait coûté qu'un voyages de l'Ile de Chypre. On en pariait, parce que Clodius, qui avait décrété l'expédition, disputait à Caton, qui l'avait faite, l'honneur de nommer les esclaves ; ballottés entre ces deux noms fameux des Clodii et des Porcii, ils finirent par ne porter ni l'un ni l'autre : ils furent Cypriens comme devante On mentionnait encore ces quarante quatre mille captifs qu'Auguste avait pu faire dans les montagnes des Salasses ^; et, vers la fin du premier siècle

* • Mandpia veoibant salurnaiibus tertiis. Quum hsc scribebam, in «tribunal! res erat ad H-S. cxx.i (Ad AU, V, 30.)

» Liv. Epit LXVIII.

^ App. Bell, Miihr, 78* Il doit j atdir là beaucoup d^exagération , surtout pour les bœufs : le boBuf se mange.

^ Plut. CaU Min, 39 et suiv. Il fallut qu*il demandât au sénat la liberté de Nicias, intendant du roi de Chypre, qui Tavait très-fidèlement secondé dans la prise de possession de ce royaume.

^ Dion Cassius, XXXIX, s 3, p. 301.

* Strsbon , IV, p. 3o5. Le nombre des hommes capables de porter

de l'empire , nous trouvons cette dernière page de Thistoire des Juifs où Josèphe a pu inscrire tous les accidents de la captivité : les plus jeunes et les plus robustes des captifs réservés au triomphe ; et, parmi le reste» les enfants vendus, ies plus âgés envoyés aux carrières d'Egypte, le plus grand nombre distribua aux provinces , pour aller périr dans les cirques par les bétes ou par le fer. Pendant ce triage confié à Fronton, Tami de Titus, douze mille déjà étaient morts de faim; sur deux millions sept cent mille honmies, un million cent mille avaient péri, quatre-vingt-dix-sept mille restaient esclaves ^

C'était peu au jugement de plusieurs. Autant d'ennenus, autant d'esclaves, telle était la forme nouvelle que Siseiinius Capiton donnait, en le retournant, au proverbe « autant d'esclaves, autant d'ennemis « (900^ servi, toi hostes)^^. Il semblait que ce fût là ce droit de domination que le poète plaçait si fièrement dans les destinées de Bome,

Tu regere imperio populos, Romane, mémento.

Toutes les races avaient comparu devant le peuple romain dans ces solennelles revues de la victoire , toutes avaient envoyé au Capitole les victimes ordinaires du triomphe, toutes laissaient lignée dans l'esclavage. Mais l'habitude de ces spectacles en émoussaît le sentiment. La poésie elle-

les armes, évalué à huit mille, ne parait pas en proportion avec le reste, compté pour trente-six mill%; mais on sort dune guerre où beaucoup d^hommes en âge de combattre ont dû périr.

> FI. ;os%>be , Bdl jud. VI , u , a.

> Comm, ad Apul. lib. IV, t. I, p. 3is, éd. i6o4.

même se tait, en générai, sur ces scènes de désolation que le Romain ne partageait plus. Seule , la muse de Virgile s^émeut en décrivant ces images étrangères ; et encore est-ce à la Grèce qu'elle va demander comme un écho des plaintes d'Euripide, dans les touchantes paroles d'Andromaque devant Énée^.

La guerre produisit ces effets dans tous les pays où Rome porta ses armes et sa domination ; et, aux points où elle s'arrêta, elle continua d'entretenir un foyer perpétuel d'esclava ge, particulièrement sur le Danube. Les sables de l'Afrique , les montagnes de l'Asie , purent être un obstacle à l'envahissement et une protection pour les indigènes; mais cette large vdlée du Danube et cette grande plaine qui s*incline du nord au sud vers la mer Noire, semblent, à toutes les époques, vouées à la servitude : le nom de Scythe était presque synonyme d'esclave avant que le nom de Slave devint, parmi les peuples modernes, le nom générique de cette condition^. Et en attendant les Daves, les Gètes figurent communément parmi les esclaves de la

' O felix una ante alias Priameia virgo ,

HostSem ad tumulvun Trojœ sub mœnibus altis Jiusa mon, qu» sortitus non pertulit uHos , Nec vicions heri tetigit captiva cubile. Nos patria inoensa, diversa per œquora vectae , Stirpis Achifleœ fastus juvenemque superbum Servitio enix» , tolimus ; qui deinde secutus Ledœam Hennionen Lacedaemoniosque hymenœos , Me famulo fiunulamqae Heleno transmisit habendam.

(iEneuI. III , 3ao et suiv. )

* Strab. VII, p. 3o4, et Plaute et Térence passim, L* esclave se nomme schiavo en italien , esclave en espagnol , shîave en allemand , slave en anglais, en danois, sklabu en valaque, etc.

scène. U semblait que Tesclavage dut s'en tenir là, et que la domination de Rome, en se portant ainsi au loin, promit sécurité aux pays rangés dès lors dans son obéissance. Il n'en fut rien. Ce n'était pas quand Rome recevait, par le contact permanent de la Grèce et de TAsie , tous les goûts d'une civilisation plus raffinée, quelle pouvait se réduire à des esclaves barbares. La Syrie, la Cilicie, la Cappadoce, donnent plus souvent que jamais leur nom aux esclaves de la comédie (3) : origine fort médiocrement estimée alors, comparativement à ces autres esclaves que les villes florissantes de Ilonie et les plus nobles régions de la Grèce envoyaient au service des grands de Rome'.

Ainsi les pays placés dans la dépendance ou sous la protection de Rome continuaient' d'être frappés par l'esclavage, et l'autorité même qui devait les en défendre en fut trop souvent la cause ou la complice. Ces consulaires, chaînés de gouverner une province avec quelques légions, ne pouvaient pas se croire dépouillés par la paix du droit de la guerre ; et ils n'avaient plus besoin de bataille pour envoyer à l'esclavage , comme à la mort , des sujets dans lesquels ils voyaient toujours des ennemis^. Quant aux

* Sed si parva tui mtmuscula quœris amici

Commendare, ferat carmina nostra puer:

Non qualis Geticœ satiatus lacté juvencae

Sarmatica rigido ludit in amne rota ; Sed Mitylenœi roseus mangonis ephebus ,

Vel non cœsus adhuc matre jubente Laoon. At tibi captivo fiimulus mittetur ab Istro Qui Tiburtinas pascere possit oves.

(Martial. Epigr. VII, lxxx, 5.)

' Sers. Galba, en Ëspague , réunit les Lusitaniens, choisit sept luilie

chevaliers, hommes de finances, sous leur titre militaire, ils en trouvaient des occasions plus communes et plus légales dans leur métier de publicain et dans Tadministration même de Timpôt. Ces peuples, en effet, souvent ruinés par les suites de la guerre, et qui devaient ajouter à leurs charges anciennes un tribut envers les Romains, ne se trouvaient pas toujours, au terme fixé, en mesure de payer. Mais il y avait avec les publicains des accommodements. Us offraient des avances, malgré la loi Gabinia qui Tavait défendu ; ils ouvraient un compte au débiteur du trésor, ils en faisaient leur débiteur à eux. Une loi de Rome avait jadis supprimé le taux de l'intérêt: on le réglait donc à Tamiable. Le stoïque Brutus prêtait au sénat de Salamineà k pour loo par mois, 48 pour loo par an. Il avait obtenu deux décrets du sénat afin de cou* vrir ee que cet emprunt, fait pour acquitter le tribut, avait d'illégal dans son origine; et, pour se faire payer les intérêts, Scaptius, son homme de paUïe , avait obtenu d'Appius, gouverneur de Cilicie, un commandement et des troupes; avec elles , il assiégea le sénat, ou, si Ton veut, il le bloqua seulement, mais si bien, que plusieurs sénateurs moururent de faim ^. Les Salaminiens voulurent à tout prix se libérer de leur dette; ils réunirent, pour la payer, intérêt et capital ; mais ce n'était point le compte de Brutus. Son homme d'affaires refusa le capital : il ne voulait que les intérêts et faisait demander à Cicéron, successeur

jeunes gens, et, après les avoir désarmés, tae les uns et vend les autres. (Val. Max. IX, vi, a.)

* « Inclusum in cnria senatum habuerunt Salaminium ita multos «dies ut interierint nonnuUi famé.» [Àd Ait, VI, 2, p. 616%)

d'Appius , de nouvelles troupes , rien que 5o cavaliers ^ . . . Après quoi Brutus n'àvait-il pas le droit de s'écrier à Philippes : • Vertu, tu n*es qu'un nom? ! »

Les exigences fiscales, grossies par de tels accessoires, constituaient pour les provinces une dette énorme. La province d'Asie, imposée par Syllaet abandonnée aux ressources des publicains, avait payé deux fois la valeur de l'impôt, et il s'en fallait du quadruple encore qu'elle fût quitte'. Les chevaliers avaient donc le secret de se faire un revenu des revenus de TËtat sans en rien diminuer, un art vraiment unique de nourrir et de féconder une créance ; et, quand elle avait rendu tout ce qu'il était possible d'en tirer, quand les débiteurs étaient au bout de leurs ressource*, alors ils recouraient à la loi sur les dettes, qui n'avait point été abolie pour les provinces, et, après avoir prift l'aident, ils prenaient les hommes. On verrait vo-

' • Non ampiius, inquis, quinquaginta. . . Sed jam qaid opus equi- • tatu ? Solvunt enim Salaminiî. Nisi forte id volumus armis efficere ut «fenus quaternis centesimis ducantlt (Ad Ait, Vî, a.) Cicéron refusa donc les CàTaliers à Scaptins; mais il refusait aux Salatniniens de recevoir l'aigent en consignation, de sorte que l'intérêt courait toujours, à 48 pour loo. [Ad Aitic, V, ai.)

' Dans toute cette affaire , Scaptius ne fut que l'homme de Brutus. Brutus lavait avoué , il avait déclaré que la créance était à lui , il avait écrit à Cicéron plusieurs lettres obstinées , aigres , arrogantes , pour quUl donnât à ScaptiuS un commandement militaire dans le lieu où étaient ses débiteurs. (Ad AUic VI, i , p. 696, éd. Lemaire.) Voyei, sur ces actes de prévarication et autres semblables, un très-bon chapitre de M. Dumont. (Histoire romaine, t. II, p. 289 et suiv.)

^ Plut. Luc, 20. La contribution imposée par Sylla était de 20,000 talents. L^Âsie en avait payé 4o,ooo, et il lui en restait 80,000 à payer encore, pour s'acquitter des intérêts et du principal.

iootiers, dans ce tableau, une amplification faite à plaisir d'une donnée, possible d^ailleurs, si Ton n'avait, pour la confirmer, un grave témoignage prouvé par un grand événement. Quand Marins, en vertu des ordres du sénat, demanda à Nicomède, roi deBithynie, san contingent de troupes auxiliaires , Nicomède répondit qu'il n'avait plus de sujets valides, qu'ils avaient été presque tous enlevés et conduits comme esclaves en diverses provinces par les fermiers chargés de la levée de l'impôt ^ Le sénat s'émut d'une déclaration qui, sous cette humble forme, . portait contre l'administration romaine une accusation si grave. Il voulut rassurer le monde en lui donnant une sorte de réparation pour le passé, d'engagement pour l'avenir, et il fit en ce sens un décret qu'il ne sut pas accomplir : mais ce ne fut pas impunément. Ces instincts de liberté, réveillés par l'espérance, ne se pouvaient plus aussi facilement comprimer ; ils éclatèrent en un vaste soulèvement : la seconde et la plus grave des guerres dont la Sicile fut le théâtre.

Au mal que l'administration romaine fit dans le monde par ses exigences ou par ses abus , joignez celui qu elle laissa faire par son indifférence. Rome n'avait jamais prétendu tenir la mer; il lui suffisait qu'aucune autre nation n'y parût^ capable de lui faire ombrage. Elle détruisait les flottes ennemies, et, victorieuse , laissait périr les siennes. Cette domination , qu'elle refusait aux autres, sans la vouloir pour elle , échut aux mains des pirates. La destruction de la marine carthaginoise après la bataille de Zama, et la ruine des flottes d'Antiochus, furent un pre-

» Diod. Fraym. XXXVI, m, i.

SOlJRCES DE ^ESCLAVAGE. 45

mîer acheminement 1i leur puissance. Enhardis par la négligence des Romains , ils recevaient un autre encouragement des progrès du iuxe parmi eux. Seuls , ils pouvaient livrer à leur usage ces hommes d'élite que la guerre ne rencontrait plus sur les champs de bataille; et ils étaient servis en cela par Tambition rivale de ces princes dégénérés qui se partageaient les débris de la succession d'Alexandre : les royaumes maritimes de Chypre et d'Egypte les regardaient comme des auxiliaires contre l'empire des Séleucides. Us naviguaient donc en liberté, prenaient et venaient vendre leurs prisonniers, soit à Sida où ils ne se donnaient guère la peine de cacher leur origine ^ , soit à ce vaste marché de Délos, placé au centre de leurs excursion^, marché si riche, qu'on pouvait, dit Strabon, en exporter chaque jour des myriades d'esclaves^.

La piraterie, ainsi transformée en traite des blancs, était devenue lé commerce le plus lucratif et le plus suivi. Des chevaliers, les plus grands noms de Rome , équipaient des vaisseaux, et allaient servir sous ce pavillon. C'était donc bientôt un métier honorable; c'était déjà comme une puissance oi^nisée, ayant ses arsenaux, ses ports, ses flottes, ses points d'observation. Elle ne s'attaquait plus seulement aux vaisseaux perdus sur l'étendue des mers, mais aux

* "txd XTJpvxd Te êxélXovp ixet roùç dXàvrat iXevdépovt éiioXoyoûP' res, (Strab. XIV, p. 664. )

' Kai yàp i^X/ffxovTo pq^Siaç * xai rà èfiifopeTov ot/x dnœdep "aavréX&s ^p fJtéya xeù tgdXv^T^itarop ij ^rfXos, êvpoitépii ^vptdSas àpipaiféSuv caSBufUpdp xai Sé^aaScu xai dvoiféiiitfat, (Strabon, XIV, p. 668-9.) Nous n'avons pas besoin de dire que ce nombre, pris à la lettre, ne soutiendrait pas Texamen. — C'est au nnême passage de Strabon que sont empruntés les détails qui précèdent.

villes : plus de quatre cents avaient été occupées par les pirates^; et le jftomain lui-même n'était plus en sûreté en Italie. Autrefois on avait vu des chefs de pirates descendre au rivage de Literne et renvoyer leurs gens pour aller saluer dans sa retraite le grand Sçipion^ : c'est un hommage qu'ils lui devaient peut-être après l'incendie des flottes carthaginoises. Mais, depuis la ruine de Mithridate, leur insolence ne connaissait plus de bornes , et, s'ils des* cendaient en Italie , c'était pour y ravir des préteurs avec leur robe de pourpre , leurs licteurs et leurs faisceaux; ils avaient enlevé ainsi la ûlle d'Antonius, leur principal ennemi, sur le chemin de sa campagne^. Ces coups de main pouvaient se tenter par forme d'insulte ou dans l'espoir de quelque rançon ; car le citoyen de Rome n'était pas une marchandise facile à placer dans le conotmerce. Ils s'en dédommageaient d'une ^lutre manière ; et, si, parmi leurs captifs, il s'en trouvait un qui alléguât ce titre si , redouté, ils feignaient l'étonnement, la crainte, se jetaient à genoux, imploraient leur pardon; ils le revêtaient de la toge de peur qu'il ne fût encore méconnu, puis, avec mille protestations de regrets, ib mettaient une échelle à la

* Plut. Pomp. 24. — ' Val. Max. II, x, 2.

^ IHut. ibid. Cicéron {pro leg, Manil 1 2) retrace avec un vif sentiment de rhonnear national insulté Taudace des pirates : • Mercatori- « bus tutum mare non fuisse dîcam , quum duodecim secures io pnc- « dooum potestatem pervenerint? . . portum Gaieté celeberrimum atque «plenisaimum navium, inspectante prstore a prsedonihus esse direp- « tum ; ex Miseno autem ejns ipsius liberos, qui cum prsdonibus aotea «ihi bellum gesserat, a prœdonibus esse sublatos; . . . quum prope i^- « spectantibus vobis classis ea cui consul populi romani praepositus « e^set a praedonibus capta atque oppressa est ! »

mer et Tinvitaient à s*en aller librement : au besoin , on l'y forçait^

Pompée, avec les moyens étendus qu'on mit entre ses mains et les ménagements infinis dont il usa, supprima la piraterie, coname puissance, mais non pas comme métier. Elle continua , après comme avant cette époque d'inscdence , plus obscure, et, dans les limites qu elle accepta, non moins efficace^. Les mêmes nécessités du luxe en stimulaient l'activité et désarmaient la répression. Sur. ce grand marché de Délos , dans cette confusion de toutes le} langues, en achetant en gros la marchandise, pourvu qu'elle ne recelât point un citoyen, on ne s'informait pas trop, auprès du marchand, d'où elle venait; et, en Sicile, on avait fait l'expérience qu'il n'était pas prudent d'inviter les esclaves à le dire. La piraterie, en se dissimulant davantage, avait même étendu son domaine; elle s'était essayée sur terre comme sur mer, non par des descentes passagères et rapides, mais par un séjour plus continu. A la faveur des guerres civiles, elle put se démasquer; et depuis, au sein même de la paix, elle osait plus ouvertement se produire. Des hommes , qui allaient armés comme pour se défendre, tombaient sur les voyageurs au milieu des champs, et les entraînaient, libres ou esclaves, dans les ergastales, où ils les supprimaient ^. Auguste fit visiter

> HatPos^. si.

' Cicéron (De êff, II, 16) compte parmi les œuvres d*ane vraie libéralité le rachat des hommes pris par les pirates; et ce que Strabon iliaait des peuplades des rivages de TËuxin voisins du Caucase, (Achéens, Zyges, Héuiochieiis) s'appliquait encore au temps où il vivait. (Strabon , XI , p. 495-496.)

^ c Pleraque pessimi exempli correxit, quae in pemiciem publicam ^

kS PARTIE H, CHAPITRE II.

les prisons domestiques, et mit au jour bien des abus. Mais, en plus d*un lieu, ils restèrent cachés ou se renouvelèrent. Sous le règne suivant, Fannius Cspion fut chargé de faire, dans toute lltalie, Tinspection de ces geôles d'esclaves, où les maîtres avaient la réputation de garder, par force, des voyageurs et des malheureux que la crainte du service militaire avait jetés dans cette retraite^. Et Sénèque le rhéteur, dans ses déclamations, faisait allusion aux mêmes faits désormais impunis ^.

Le conmierce était la voie naturelle qui mettait à la disposition de chacun ceux que la guerre ou la piraterie avait réduits en esclavage '. Il se faisait à la suite des

«aut ex consuetudine iicentiaque beHoram civilium doravorant, « aut per pàcem etiam exstiterant. Nam et grassatonim plurimi palam «se ferebant, succincti ferro, quasi tuendi sui causa: et rapti per «agros viatores sine discrimine, liberi servique, ergastolis sopprime- «bantur. . . Ei^astula recognovit. > (Snét. Aag, Sa.) Beaucoup de prisonniers de la guerre civile y avaient été jetés. (Cic. pro Chunt 7.)

^ «... repurgandorum tota Itaiia ergastulorom , quorum domini in «tinvidiam vénérant, quasi exceptos supprimèrent, non solum viato- «res, sed et quos sacramenti metus ad hujnsmodi iatebras compu- «lisset.» (Suét. Tih S.)

* c Non curatis quod isti beati solitudines suas ingenuorum er- «gastulis excolunt, et miserrimorum juvenum simplicitate decepta, « speciosissimum quemque, ac maxime idoneum castris, in ludum de- «trudunt.» (X, 4.) Le fait peut être vrai, quoique produit ici pour la défense d'un misérable. La loi est obligée de prévoir presque toujours le cas où iliomme libre sert comme esclave. (L. 1 a , S 2 , D. , XXXIX, IV, De public, et vectig,)

^ Il y a, sur le commerce et la vente des esclaves, un traité fort savant de Jugler, de nandinatione servoram. Nous lui avons pris un bon nombre de textes, nous lui en avons laissé beaucoup plus encore, pour nous réduire aux faits les plus importants de la question.

armées ^ dans les camps, où le général convoquait parfois les marchands pour traiter en masse de Tachât des captifs^. A défaut de ces occasions, les marchands parcouraient les pays étrangers d*où Thomme se pouvait exporter avec profit. Garthage, qui avait des esclaves comme Tyr, pour les besoins divers de son industrie et de sa marine, en faisait aussi le commerce. Elle en tirait des tribus intérieures, pour Tapprovisionnement de son marché ; et, quand elle fut vaincue, on ne cessa pas de venir demandée le Gétule et le Maure à l'Afrique. L'Espagne, la Gaule aussi, avaient leurs esclaves^; et Ton sait avec quel entrdnement le Germain , quand il avait tout perdu au jeu, jouait, sur un dernier coup, sa liberté^. Mais les marchands visitaient moins ces régions barbares que les royaumes asiatiques placés sur la lisière des possessions romaines, pays où, grâce à la misère sociale, l'esclavage était de-

» Denys d'Haï. IV, 24; César, Bell, gali ITI, 16 etc. Cf. Piaute, dapt, prol. 3d :

Emit hosce de pneda ambos de quiestoribus.

* Tile-Live, XXXIX, 42; XLI, 11, etc. et Jugler, c. 5. Ce» marchands, appelés par les Grecs âv ^pairo Joxfl^vnXoi , se nomment à Rome mangones (maquignons) vena/ittt (Cic. Orat, 70); mangonici venalitii ( Pline, XXI, xcyii, 1) ; venalidarii dans la plupart des textes du Digeste, etc. Voyez Jugler, ibid, c. 4.

» César, BeW. gall I, 11 ; VI, 1 3, et Festus (P. Diac. exe. v' amhaetus. p. 4). Cf. Athén. VI, p. i52, d.

* «. . . Servos conditionis hujus per commercia tradunt ut se quo- «qae podore victoriae exsolvant.» (Tac. De mor. German. 24 et 25.) Quelquefois aussi la misère les contraignit de vendre lenrs femmes, comme Tacite le dit aussi des Frisons. (Ann. IV, 72.) Pour l'esclavage chez les Germains, on cite Potgieser, De statu servorum apud Ger-

les prisons domestiques, et mit au jour bien des abus. Mais, en plus d'un iieu, iis restèrent cachés ou se renouvelèrent. Sous le règne suivant, Fannius Caepion fut chargé de faire, dans toute Tltalie, l'inspection de ces geôles d'esclaves, où les maîtres avaient la réputation de garder, par force, des voyageurs et des malheureux que la crainte du service militaire avait jetés dans cette retraite ^ Et Sénèque le rhéteur, dans ses déclamations, faisait allusion aux mêmes faits désormais impunis ^.

Le commerce était la voie naturelle qui mettait à la disposition de chacun ceux que la guerre ou la piraterie avait réduits en esclavage ^. Il se faisait à la suite des

«aui ex consuetudine licentiaque bellorum civilium diiraverant, A aut per pàcem etiam exsiiterant. Nam et grassatorum plurimi palam «ise ferebant, succincti ferro, quasi tuendi soi causa: et rapti per « agros viatores sine discrimiue , liberi servique , ergasiulis supprime- «baotur. . . Ergastula recognovit. » (Suét. Aag, Sa.) Beaucoup de prisonniers de la guerre civile y avaient été jetés. (Cic. pro Cluent 7.)

^ «... repurgandorum tota Italia ergastulorum « quorum domini in «invidiam vénérant, quasi exceptos supprimèrent, non solum viato- «res, sed et quos sacramenti metus ad bujusmodi iatebras compu- «lisset.» (Suét. TO 8.)

' c Non curatis quod istl beati solitudines suas ingenuorum er- «gastulîs excolunt, et miserritnorum juvenum simplicitate decepta, « speciosissimum quemque, ac maxime idoneum castris, in ludum de- «trndunt.» (X, H.) Le fait peut être vrai , quoique produit ici pour la défense d'un misérable. La loi est obligée de prévoir presque toujours le cas où l'homme libre sert comme esclave. (L. 1 3 , S 2 , D. , XXXIX, IV, De public, et vectig.)

^ Il y a, sur le commerce et la vente des esclaves, un traité fort savant de Jugler, de nandinaiione servoram. Nous lui avons pris un bon nombre de textes, nous lui en avons laissé beaucoup plus encore, poumons réduire aux faits les plus importants de la question.

armées ^ dans les camps, où le général convoquait parfois les marchands pour traiter en masse de Tachai des captifs^. A défaut de ces occasions, les marchands parcouraient les pays étrangers d*où Thomme se pouvait exporter avec profit. Garthage, qui avait des esclaves comme Tyr, pour les besoins divers de son industrie et de sa marine, en faisait aussi le commerce. Elle en tirait des tribus intérieures, pour Tapprovisionnement de son marché ; et, quand elle fut vaincue, on ne cessa pas de venir demandée le Gétule et le Maure à T Afrique. L'Espagne, la Gaule aussi , avaient leurs esclaves^; et Ton sait avec quel entrdnement le Germain , quand il avait tout perdu au jeu, jouait, sur un dernier coup, sa liberté^. Mais les marchands visitaient moins ces régions barbares que les royaumes asiatiques placés sur la lisière des possessions romaines, pays où, grâce à la misère sociale, Tesclavage était de-

> Denys d'Haï. IV, 24; César, Bell, gali HT, 16 etc. Cf. Piaule, €apt, prol. 3d :

Emit hosce de prœda ambos de quiestoribus.

' Tite-Live, XXXIX, 43; XLI, 11, etc. et Jugier, c. 5. Ces marchands, appelés par les Grecs dvèpavoêoxdwnXot^se nomment à Rome mangones (maquignons) venaiitti (Cic. Orat. 79); mangonici venaUtii (Pline, XXI,xcyii, 1) ; venalitiarii dans la plupart des textes du Digeste, etc. Voyez Jugier, ibid, c. 4.

» César, BeW. gall I, 11; VI, i3, et Festus (P. Diac. exe. v' amhactas, p. 4). Cf. Athén. VI, p. iSa, d,

* «. . . Servos conditionis hujus per commercia tradunt ut se quo- «qoe podore victorîae exsolvant.» (Tac. De mor. German. a 4 et aS.) Quelquefois aussi la misère les contraignit de vendre leurs femmes, comme Tacite le dit aussi des Frisons. (Ann. IV, 79.) Pour Tesclavage chez les Germains, on cite Potgieser, De statu servorum apud Ger-

Nous disons d'abord Tintérêt de l'Etat, car ce commerce était soumis à deux sortes d'impôt : droit d'importation et d'exportation [portorium) , droit de vente [vectigai). Le premier était affermé aux publicains. On devait leur faire déclaration de tous les esclaves qu'on amenait: esclaves à vendre ou esclaves usuels , novices ou vétérans. On payait pour les esclaves à vendre, pour les esclaves de luxe et pour ceux des esclaves d'usage qui étaient novices encore , c'est-à-dire depuis moins d'un an au service ^. Cet impôt parait avoir été du 1/8 pour les eunuques, du i/4o pour les autres, et constituait par conséquent ce que nous appelons une taxe ad valorem^; l'estimation en était faite par les publicains. On devine combien les marchands devaient chercher alors à dissimuler le prix de leurs esclaves, combien ils devaient s'efforcer de les faire comprendre dans la catégorie exempte du droit ; quelquefois même ils essayèrent de les faire passes pour libres. Parmi les thèses de controverse, on citait l'exemple d'un jeune esclave qu'ils avaient ainsi soustrait à l'impôt, en le parant de la robe prétexte et de la bulle : l'enfant est vendu à Rome, mais, la chose découverte, il est revendiqué en liberté, comme affranchi par la volonté de son maître 2.

L'impôt sur la vente ne fut établi que par Auguste , et il était du cinquantième selon Dion , du vingt-cinquième selon Tacite. Cet impôt, mis à la charge de l'acheteur

' L. 16, S d, 7 et 9 (Marcien), D., XXXIX, iv. De pubUcan, Une loi de Tempereur Léon (i. 3, C. J. , IV, xlii. De eunuchis) fait aussi allusion au droit d'entrée des eunuques, droit qui était fort ancien.

* Quintil. Declam. cccxl.

d abord, puis du vendeur, fut reporté au premier, quand on vit qu'il n'avait retiré du changement aucun bénéfice, le marchand ayant élevé ses prix de toute la somme qu'il devait payer comme redevance au trésor ^ Sur ce point donc Tintérêt des citoyens se trouvait seul en cause, et la loi s'appliquait uniquement aie protéger contre les fraudes qui pouvaient se glisser parmi les usages de ces ventes*.

Nous avons dit, en parlant de la Grèce, quelque chose de ces usages; ils étaient les mêmes à Rome, et, seulement, ici nous les connaissons avec plus de détails, grâce aux monuments plus récents et plus nombreux qui nous en sont restés ^

Les esclaves étaient amenés au marché les pieds enduits de blanc : c'était le signe de la servitude ; et quelquefois les généraux emportaient de la craie pour en marquer leurs captifs^. Ils étaient communément exposés en public sur un échafaudage, ou, au contraire, s'ils étaient

' TéXog rris 'aevmixoalris êvi tif rœv dvSpair6èa>y 'Opouret eiaifyaye. (Dion, LV, 3i, p. Sod^Lôs.) «Vectigal quintae et vicesimae venaiium ■« mancipiorom (aNerone) remissum specie magis quam vi. Quiaquum

• venditor pendere juberetur in partem pretii emptoribus adcresce- • bat.» (Tac. Ann. XUl, 3i.)

^ « Ubique enim curant aediles ne emptores a venditoribus circum- «veniantur.» (L. 37 (Ulp.), D., XXI, 1, De œdii edicîo.)

^ Nous avons déjà cité le traité spécial de Jugier De nundincUione senoram. M. Dezobry, dans son curieux et savant tableau de Rome au siècle d'Auguste j a mis en scène avec beaucoup d^habileté les traits divers de ces sortes de vente. (Lettre xxiii, t. I, p. 423.)

* « Est et vilissima (creta) qua circum praeducere ad victoriae notam , «pedesque venaiium trans mare advectorum denotare instituerunt

• majores.» (Pline, XXXV, lviii, 1.) Cf. Properce, IV, v, Sa; Tibulle, II, XI , hi\ Juvéoal, F , 1 1 1 *, Ovide, Amor, I, viii, 6d.

5k PARTIE II, CHAPITRE II.

d*un plus grand prix , retenus dans une sorte de cage qui attirait par le mystère les amateurs sérieux :

Non hos quos primae prostituera cassô, Sed quos arcanse servant tabulata catastae^

Le même mot catasta, proprement lieu d'exhibition, s'appliquait à ces deux choses; et, à la rigueur, on concevrait que la chose elle-même servit aux deux usages, cage au dedans et plate-forme au-dessus^. Ceux qui étaient sur cette plate-forme, livrés aux regards de tous, portaient qnelques emblèmes généraux : une couronne (c'étaient les prisonniers de guerre que désignait ce symbole de la victoire); ou un bonnet (il signifiait qu'on ne les garantissait pas^]. Quelquefois un écritcau, pendu au cou, énonçait ce qui était propre à chacun d'eux : leur origine , leurs qualités, leur aptitude, et jadis (c'est le préteur qui le

' Martial, IX,lx,3.

s Voyez les textes réunis et commentés par Jugler, loc. laud. Perse , VI, 77; Martial, VI, xux, 1 ; X, lxxvi, 3; Stace; Sylv, II, i, 71 ; Tib. II, III, 59. Nous avons cité les vers qui lui donnent positivement le sens d'un réduit secret. D'autre part, le scholiaste de Perse dit que les gladiateurs y étaient exposés, pour qu'on pût mieux examiner leurs membres; et Gicéron fait allusion an même sens, quand il dit : «de machinis émit.» (De petit, cons. 2.)

^ « Pileatos setvos venum solitos ire quorum nomine venditor nihil apriestaret C. Sabinus scriptum reiiquit. » (Aulu-Gelle, N. Âtt. VII, 4.) « . . .Mancipia jure belli capta coronis induta venibant. » (Ihid,) Il rapporte la double interprétation que Ton donnait aux mots vendere sab corona, et appuie celle qui précède de ces paroles de Gaton : « Utpopulus • sua opéra potius ob rem bene gestam coronatus supplicatum eat, «quam de re maie gesta coronatus vencat (vulg, vcniat). »

commandait ici) leurs défauts ^ Après Texposition, la vente; elle se faisait aux enchères ou de gré à gré, en masse ou en détail, et, dans le cas des enchères publi* ques, l'annonce s'en faisait ordinairement à Favance^. Quand on vendait toute une partie d'esclaves, aux esclaves de travail, aux esclaves de plaisir, on ajoutait quelques vieillards qui n'avaient plus que la peau et les

* Sénèque , Ep, xlvii , 7 ; Suét. De illustr, gramm. 4 ; Philostr. Fît. Apoll. III, a5, et le fragment de Tancien édit dans Aulu-Gelle, IV, 11: « Tîtulus . servonim . singulorum . uteî. (uti) . scriptus.sit.csrato. (curato) . « ita.utei . intelligi . recte . possit . quid . morbi . vi tiîve . quoique . sit . quis . « fugitivns . errove . sit . noxave . solutus . non . sit. » L*édit de ShIy. Julianus se contentait d'une simple déclaration. (Voy. Bouchaud, Sur les édits des magUirais romains, Mém. Acad. des Inscr. XLII, p. 209.)

' Âuctio fiet MenaBchmi mane sane septimL

Venibunt servi, subpellex, fundi, œdeis; omnia Venibunt , quiqui licebunt , prœsenti pecunia. Venibit axer qnoqoe etiam , si quis emtor venerit. (Plant. MentBchm. fin.)

Sauf ce dernier trait (qui ne serait vrai quen Angleterre], le reste pourrait appartenir (sauf la langue et le rbytLme] aux publications judiciaires des journaux de nos colonies , où les esclaves se vendent aussi aux criées et enchères publiques , par lots ou séparément. Il y a même cette particularité que, chez nous, on ne fait point ordinairement à lesclave Thonneur de le vendre à part. Citons encore un de ces exemples que la loi du 18 juillet i845, tout en prétendant faire de Tesclave une personne, n^empêche pas de se renouveler tous les jours :

m Par autorisation de M. le juge royal. . . le commissaire-priseur vendra, le samedi 17 courant (septembre 18A6), à midi, en son magasin, des meubles, effets , linge , Tesdave Christine , négresse , âgée de 38 ans , et un cheval sous poil noir, âgé d^environ 8 ans, le tout provenant de la succession de ... »

(M. Scœlcher, Histoire de l'esclavage dans les deux dernières années (1847), p. 426.)

os : c'étaient, qu on nous pardonne la trivialité de Texpression, les esclaves* de réjouissance » (coemptionales) ^ Dans les ventes au détail , tandis que le marchand produisait les esclaves Tun après Tautre, les faisait tourner, sauter^ ou accomplir quelque autre épreuve « de gymnastique ou de littérature^, » le héraut, monté sur une pierre, proclamait leur provenance et leurs noms , renchérissait sur leur mérite, et, autant que possible, sur leur prix (4). On a vu , dans les Vies aux encjières de Lucien , une image de ces formes de ventes et un échantillon de Thabileté du héraut^. Dans les transactions particulières, où le marchand seul était en présence de l'acheteur, il ne montrait pas moins de savoir-faire. On sait comment ces hommes avaient le secret de donner aux membres plus de poli, de rondeur et d'éclat , de prolonger Tenfance ou du moins de retarder les premières apparences de la puberté : le verbe mangonizare, tiré de leur nom, résumait tous ces artifices^.

^ Nttnc, Priamo nostro si quis est emtor, coemtionaiem senem Vendam ego, venalem quem habeo , extemplo ubi oppidum expugnavero.

(naat. Baeehid. IV, ix, 936.)

Cf. Gic. ad Div. Vif, 29 : «Si inter senes coemptionales (vénale) pro- « scripserit. »

' Aut quorum titulus per barbara colla pependit

Cretati medio cum saluere foro.

(Prop. IV, V. 6a.)

' Fac periculum in Htteris

Fac in psdœstra , in musicis.

(Tërence, Ean, III, 11, 476.)

* Lucien , Vit aactio, 1 et suiv. Il s y rompait la gorge : « Quum prsco « disruptis faucibus et rauca voce saucius , etc. » ( Apul . Met. VIII, p- 7 09. )

* « Mangonizat corpora. . , pueros (Pline, XXXIf, xlvh, i). Illinitur

L'acheteur le savait aussi, et comment l'eût-ii ignoré? C'était l*objet des recommandations les plus sérieuses des livres agronomiques, le texte des comparaisons les plus fréquentes de la philosophie : Varron et Sénèque se rencontraient sur ce même sujet ^ ; Pline, nous venons de le voir, y donnait place dans son histoire naturelle, et Quintilien', dans ses leçons d'éloquence. Mais le marchand avait lui-' * même tant de fiiconde , pour vanter ces autres mérites dont Tœil n'était pas juge, les qualités et les vertus intérieures ! Qu'il prenne garde cependant : s'il sort des formes générales d'une vague louange , si ses éloges s'appliquent à des qualités certaines, à une aptitude particulière, il s'oblige ; et, la fausseté de son dire reconnue, l'acheteur aura action contre lui. Son silence même , en certaines circonstances, pourra faire résilier la vente. L'édit des édiles, inspiré tout entier par une pensée de défiance envers cette sorte d'hommes, établissait les cas principaux

« (résina caiida) et totis corporibus, mangonum maxime cura, ad gra- «cilitatem emendandam. i (Pline, XXIY, xxii, 3.) Autre procédé :

• Ut lanugo tardior sit pubescentium. » (Ibid. XXX, xiii, i, et XXXI, XGVii, 1 .) • . .mangonum qui coiorem fuco et verum robur inani sagina « mentiantur. • (Quintii. Inst orai. II, xv, 35; Y, xii, 17.)

^ «Mangones quidquid est quod dispHceat, aiiquo lenocinio abs- «condunt; itaque ementibus omamenta ipsa suspecta sunt; sive crus «alligatom, sive brachium aspiceres, nudari juberes, et ipsum tibi « corpus ostendi. Vides illumScythiae Sarmatiœve regem, insigni capitis

• décorum? Si vis illum sestimare totumque scire quaiis sit, fasciam « solve; multum mali sub iiia iàtet. » (Sén. Ep. lxxx, 9.) Varron (II, X, 5) insiste surtout pour qu'on s'assure du droit de propriété du vendeur, et qu'on n omette, dans le marcbé, aucune des stipulations qui en gaiantissent les effets et donnent action en cas de fraude.

de Taction rédhihitoire ; et les jurisconsultes en développèrent à Tenvi Tesprit et le sens dans leurs commentaires.

«Ceux qui vendent des esclaves, disaient les édiles, doivent avertir les acheteurs des maladies ou des vices de chacun, déclarer le fugitif, le vagabond (erro), celui qui 'ne serait pas dégagé de toute obligation judiciaire (noxa non solutm). Toutes ces déclarations doivent être faites haut et publiquement lors de la vente. Si un esclave est vendu contrairement à ces stipulations générales, ou s'il ne répond pas aux choses afiBrmées ou promises quand il a été vendu, nous donnerons jugement à Tacheteur ou à tout autre ayant cause, pour qu'il soit repris (redhileatur),.. De même, si un esclave s'est rendu coupable de quelque crime capital, s'il a tenté de se donner la mort, s'il est descendu dans l'arène pour combattre les bêtes, qu'on le déclare dans la vente; car, pour ces faits, nous donnerons jugement. En outre, si quelqu'un est accusé d'avoir vendu , en connaissance de cause > et par fraude contre ces prescriptions, nous donnerons jugement^. »

On le voit, il reste bien peu de place à la fraude, puisque, après avoir défini les cas particuliers et les cas généraux , la loi promet encore action pour tout acte frauduleux qu'elle n'aurait pas prévu. Le mutisme, la surdité, la myopie, ou cette infirmité d'une vue qui fait défaut à la lueur

^ Édit des édiles, i. i, D., XXI, i, De œdil, edicto, et le coimnencement du commentaire d'Uipien : « Causa hujus edicti proponendi «est ut occurratur fallaciis vendentium , et emptoribns succurratur, «quicunque decepti a venditoribus fuerint. »

douteuse du matin ou du soir {lascitiosasy , la fièvre tierce ou quarte, la goutte, Tépiiepsie^, un polype, des clous, des varices^; un vice de conformation dans les jambes et dans les hanches^; une haleine qui dénonce une maladie de poumons on de foie^; et, pour les femmes, la stérilité, 1 avortement par vice d'organe ou quelques autres défauts dans leur constitution particulière^ : tels étaient ]es accidents divers compris par les jurisconsultes parmi les vices rédhibitoires. Ils croyaient, par conséquent, pouvoir ici limiter le sens trop absolu de la loi : une maladie, si visible qu'elle ne pouvait échapper à l'acheteur, était comme suf* fisamment déclarée ''. Il eût fallu être aveugle soi-même pour acheter comme valide un esclave aveugle; et le corps tout entier de l'esclave n'était-il pas livré nu à la vue et au toucher de l'acheteur^? Quelque difformité légère qui

» L. 9, L lo. S 3 et 4 (Ulp.) , D., XXI, i. Horace (Sat. II, m, 284) nous offre une des formules de garantie :

sanus utrisqae Auribas atqae oculis.

' L. 53 ( Javoienos). On se servait, dans le marché, d^une certaine pierre (gagates) , sorte de pierre de touche pour cette maladie. (Apul. ÂpoL p. ôo.) (Deux-Ponts.)

^ « Qui ciavum habet morbosus est. . . sed et polyposus. » (L. 1 3, pr.) • Varicosus sanus non est.» (L. 5o (Julianus); D., XXI, i.)

* L. i2,Si,etl. i3eod. — »L. la, S4, «?od. — • L. i4(Ulp.)et 1. i5 (Paul), eod.

^ L. I, S 6; 1. i4, S 10 (Uip.), eod. Gaius exceptait, pour cette raison, les muets et les sourds, n^accordant pour eux que l'action eœ anpio (1. 3*). Selon Pomponius (1. 48, S 3, eo(£.), des chaînes aux pieds de Tesclave vendu étaient une déclaration suffisante qu'il avait mérité la peine des fers.

' c Qui denudarent atque perspicerent , tanquam Toranio mangone

aurait pu échapper au premier examen : une poitrine un peu trop large , une épaule un peu trop forte , la taille voûtée, les jambes peu droites, une peau médiocrement saine ^, quelque disparité dans les yeux ou dans les mâchoires, si cela n'empêchait pas de voir ou de manger 2, quelque difficulté à parler ou à entendre^, une insignifiante mutilation, plus on moins de dix doigts aux mains ou aux pieds (sans inconvénient dans Tusage)^, n'étaient pas des raisonssuffîsantes pour obtenir la résiliation du marché; il n'était pas rompu davantage pour quelque dent de moins^. Mais, cependant, l'acheteur n'était point sans recours; à défaut de l'action rédhibitoire , il avait une action dérivant de l'achat même (ex empto) pour se faire indemniser de tout dommage. De même, les jurisconsultes n'entendaient pas d'une manière absolue les maladies et les vices dontparle la loi : ils en retranchaient les affections morales^, à moins qu'elles ne provinssent d'une cause physique , ou

«vendente. » (5uét. Aug. 69.] « Detrahis vestimenta venalibus, ne qua « vitia corporis lateant. » (Sén. Ep. lxxx, 8.) Cf. Lucien, Eun. 12.

* « Vel protervi vel gibberosi vel curvi vel pruriginosi vel scabiosi. » L. 3 (Gains). « Et varus et vatius. » (L. 10, $5 (Ulp.), D., XXI, i.)

^ « Qui alterum ocuium aut alteram maxiliam majorera habet » (L. 12, Si (Ulp.),«)d.)

^ « Quaesitum est an balbus et blaesus et atypus et qui tardius lo- , «quitur. ..» (L. 10, S 5 (Ulp), etl. 9 (id.)y cod.)

* L. 10, S 2, eod.

^ cGui dens abest non est morbosus. » (L. 1 1 (Paul), eod,) Leju> risconsulte en demande ia preuve à toutes les conditions et à tous ies âges : « Pnesertim cum sine dentibus nascimur. . . Àiioquin nullus « senex sanus esset ! »

^ «Verum est morbum esse iemporalem corporis imbeciilitatem • «vitiuni vero perpetuum corporis impedimentum. » (L. 107, S 2 (Mo-

qu elles ne produisissent une véritable incapacité, comme certains cas de divagation ou de folie ^; et il y avait des folies qui pouvaient y donner lieu dans un tout autre sens, témoin Martial : « On me Tavait dit fou , je Tai acheté 20,000 écus; rends -moi mon argent, Gargilianus, c'est un sage^! > L'amour du jeu, du vin, de la bonne chère, l'esprit de ruse, de mensonge, de querelle, de vol, étaient choses trop vulgaires chez l'esclave pour qa'on imposât au vendeur l'obligation légale de les déclarer sous peine de résiliation^. Mais ces vices et d'autres qui sembleraient n'être que des nuances de caractère , un excès de timidité, de cupidité, d'avarice, des habitudes de colère ou de mélancolie^, pouvaient, dans le simple cas du silence, donner^

dest.); D., L, XVI, De verb. signif. Cf. 1. 1, S 7, et 1. 4, S 4; D. , XXI, i, De œdil. edicio.)

^ L. 1, S 9, et 1. 4, S 1 et 3 (Ulp.), eod. : «Si ita fatuum vel mo- «rionem vendiderit, ut in eo nullus usus sit. ■

Morio dictas erat , viginti mUlibus emi. Redde mihi nummos, Gargiiiane, sapit.

(MarUal, Vin.xin.)

Il en coûta plus à saint Paul pour avoir guéri cette jeune fanatique d^un md dont ses maîtres tiraient tant de profits. {AcL apostol. xvi, 16 etsuiv.)

^ « Item aleatores et vinarios non contineri edicto quosdam respon- I disse Pomponius ait , quemadmodum nec gulosos nec impostores aut «mendaces aut litigiosos. » (L. 4, S 2 (Ulp.); D., XXI, i.) Gicéron, dans son traité Des devoirs (III, a3), parle déjà de ces vices dont la déclaration n^était pas légalement exigée : « In mancipio vendendo di- « cenda ne non ea vitia, quae nisi dixeris, redhibeatur mancipium jure f civili ; sed hoc, mendacem esse , aleatorem , furacem , ebriosum ? »

* t Qui praeter modum timidi , cupidi , avarique sunt aut iracundi. »

lieu à Taction en indemnité (ex empto) ; et il y avait action rédhibitoire en cas d'affirmation contraire. Le vendeur, en effet , aux termes même de Tédit des édiles, était tenu de ce qu^il avait affirmé ou promis. & donc il livre son esclave comme n*étant pas voleur, quand il Test, comme artisan quand il ne Test pas^ , s'il appelle témérairement lettré un simple littérateur^, s'il s'aventure à lui attribuer de la patience, de l'ardeur au travail , de l'agilité, de la vigilance, une parcimonie qui tourne au profit de son pécule , quand on ne trouve en Inique légèreté, insolence, amour de la flânerie et du sommeil, paresse, lenteur, gourmandise, on a contre le marchand l'action rédhibitoire ou l'action de moins* value (mstimatoria, quanto minoris)^ : (il n'y a guère que le titre d'honnête homme qui n'engage à rien)^; seulement, dit le jurisconsulte, «il ne faut point trop presser la valeur des termes, demander pour l'es-

(L. i,S 11 (Ulp.); D, XXI, 1.) - Velmelancholici.» (L. 2 (Paul). Cf. pour le cas général ,1. 4, S d , eod. )

^ « Si dixerit furem esse et fur sit , si dixerit ariificem esse et non «sit. V (L. 17, S 10 (Ulp.). Cf 1. ig, S 4, etl. Sa (Marcien.) , eod.)

* « Apud majores (ait Orbilius) quum familia alicujus venalis pro- « duceretur , non teinere quem literatum in tîtuio sed literatorem ins- « cribi solitum esse : quasi non perfunctum literis sed imbutum. » (Suétone , De gramm, iU. à-)

^ « . . Aut redhibitorio aut aestimatorio, id est, quanto minons judicio «agere potest, verbi gratia, si constantem aut laboriosum aut curracem, nvigihicem esse aut exfrugatilate saapecalium adquirentem affinnaverit, «et is ex diverso levis, protervus, desidiosus, somniculosus, piger, «tardus, comesor inveniatur. » (L. 18 (Gaius), D., XXf, 1.)

^ «Veluti si dixerit /ra^i, probum, dicta aadienlem... praîstare eum <u non debei-e. » (L. 19 (Ulp.), fod.)

clave, donné comme constant, une constance philosophique, etc. ^ »

Parmi les faits qui tiennent aux dispositions morales , il en était plusieurs qui, faute de déclaration , donnaient lieu à Taction rédhibitoire. Quelques-uns sont contenus dans redit, d'autres étaient suppléés parles jurisconsultes, redit signalait d'abord le fugitif; et les jurisconsultes mettaient toute leur subtilité à préciser les cas où se trouvait ce caractère. L'esclave qui sort de la maison de son maître, dans la pensée de ne pas y revenir, est fugitif^; s'il se cache ayec l'idée de fuir, même avant d'en avoir trouvé le moyen , sans sortir de la maison de son maître , il est fugitif^. L'intention seule suffisait pour lui infliger cette flétrissure (anirnam enim fagitivam facere) ^ le repentir, même suivi d'eflet, ne suffisait point pour l'eflacer; le retour ne couvrait point la fuite ^ : la trace en demeurait indélébile en sa personne, comme cette marque infamante qu'on lui imprimait au front. Puis le vagabond {erro), sorte de fugitif au petit pied, comme disait Labéon {pusillus fugUivas)^, qui s'amuse en chemin et rentre tard: le ser-

' «Ut si forte corutantem ease affînnaverit, non exacta gravitas et « constantia quasi a philosophe. » ( L. 1 8, D., XXI , i'.)

* «Coalius antem fagitiviim esse ait eum qui ea mente discedat, ne t ad dominum redeat. » (L. 17, S 1, eod.)

^ tldem interrogatus Procuias de eo qui domi iatuisset, in hoc

• scilicet, ut fugas nactus occasionem se subtraheret, ait: tametsi fuc gère non posset videri qui domi mansisset , tamen eum fîigitiTam

• fui8»c.»(L. 17, S4;cf.S8eti5,D.,XXI,i.)

* « Tametsi mutato consiiio ad eum revertatur ; nemo enim taii pec- ■ cato (inquit) pœnitentia sua nocens esse desinit. » (L- 17,$ 1, eod.)

* t Qui non quidem fugit , sed fréquenter sine causa vagatur el lem-

viteur dont parle Véauleius , trop passionné pour les tableaux^, avait biqp aussi ce caractère; Tesclave tenu de quelque délit (noxa)^ ou coupable de quelque grand crime ; et le commentateur étendait la portée de laction à Tesclave déjà frappé d*une peine qui ne laissait plus l'acheteur aussi entièrement maître de sa personne^. Le préteur ordonnait enfin de faire connaître si par hasard il était descendu dans Tarène (c'était l'indice d'une dangereuse audace), ou s'il avait quelquefois voulu se donner la mort, comme capable de tout contre les autres, après un tel attentat sur lui-même ^.

A ces prescriptions formelles de l'édit , les jurisconsultes en joignaient quelques autres. Le marchand devait, sous la même peine, déclarer le pays originaire de l'esclave ; c'était une présomption pour ou contre son caractère, et un indice capable de détourner ou d'attirer l'acheteur^. Certaines nations, en effet, étaient plus ou moins mal famées quant aux mœurs et aux habitudes de leurs

«poribus in res nugatorias consumptis serius domum redit.» (L. 17, Si4,D., XXI,i.)

* Vénuleius y voyait un défaut de l'âme , comme le mensonge et autres vices: •Anind potius quam corporis vitium est, veluti si ludos c assidue velit spectare aut tabulas pictas staâiose intueahvr, sive etiam « mendax aut similibus vitiis teneatur. » (L. 65 , pr. eod. )

^ «Si quis talis sit servus qui omnino manumitti non possit ex

■ constitutionibus, vel si sub pœna vinculorum distractuS'sit a domino,

■ vel ab aiiqua potestate damnatus, vel si exportandus, aequissimum «erit etiam hoc praedici. » (L. 17, S 19, D., XXI, i.)

^ « Tanquam nonnihil in alium ausurus qui hoc adversus se ausus «est.» (L. 23, S 3 (Ulp.) y eod.)

* L. 3i,S 21 ({}\p.),eod.

indigènes : on disait le Phrygien timide, le Maure vain, le Cretois mentènr, le Sarde rebelle au joug , le Corse cruel et indocile au travail , le Dalmate féroce ; le Cilicien et le Cappadocien n'avaient guère, à des titres difiërents, meilleure réputation que les Cretoise On estimait, au contraire, le Syrien pour sa force, TAsiatique, Tlonien surtout, pour sa beauté, TAlexandrin comme le type accompli de ces jeunes chanteurs habiles et dépravés qui figuraient dans les fétes^. C'était encore une obligation de faire savoir si l'esclave était novice ou vétéran. On se partageait, il est vrai, sur l'application de ces mots. Quelques-uns croyaient qu'on devait les définir moins par le temps que par le genre et la nature du service ; de ce nombre était Cœlius, et il en donnait quelques raisons assez plausibles^. Mais c'était chercher la définition, pour ainsi dire, hors des limites naturelles du mot. D'autres prétendaient s'y tenir. Selon eux, le veterator était celui qui avait été une année entière au service , dans la ville ^. Il semble que cet apprentissage ait dû don-

* C'était, disait-on, par allusion à la lettre initiale de leurs noms, les trois mauvais K.

' Voyez Jugler, l. îaad. et les textes qu'il a réunis : pour les Syriens , Plaate, Trinum, II, iv, 600; les lourds Cappadociens , Perse, VI, 77 ; les enfants d'Alexandrie, Si&ce^JSylo. V, t, 66.

^ « Servus tam veterator quam novitius dici potest. Sed veteratorem «non spatio serviendi sed génère et causa aestimandum, Cœlius ait : « nam quicunque ex venalitio novitiorum emptus , alicui ministerio pro- « positus sit, statim eum veteratorem numéro esse; novitium autem non « (tantum) tyronicio animi, sed conditione servitutis intelligi. Nec ad « rem pertinere , latine sciât, necne : nam nec ob id veteratorem esse si «liberalibus studiis eruditus sit. v (L. 65, S a (VenuJeius), D., XXI, i )

* « Sunt autem veterana quaB anno continuo in urbe servierint -, no-

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