‹ Histoire de l'esclavage dan l'antiquitéChapitre 7 sur 35 · II · texte numérisé non relu

II

plus directement appliqué aux esclaves dans le texte de Sénèque : « Cest un esclave, il reçoit cinq boisseaux et 5 deniers^.» La déduction semble ici plus légitime; et pourtant, au lieu de Taccepter de M. Dureau de la Malle, nous aimons mieux lui emprunter un argument tiré d'un texte de Polybe^. Polybe dit que le fantassin recevait 2 oboles par jour et deux tiers de médimne par mois; le cavalier, 6 oboles par jour et deux médimnes de fixement: difTérence d'où Fauteur conclut que ce n'est pas leur ration (l'un ne mange pas trois fois plus que l'autre), mais simplement leur paye. C'était tout simplement une solde payée partie en argent, partie en nature, par jour et par mois. De même, lorsque Sénèque évoque cet Atrée de théâtre, vantant le royaume de ses pères, et qu'A ajoute: « c'est un esclave , il reçoit cinq modii et 5 deniers ; » c'est moins la nourriture mensuelle de l'acteur qu'une sorte de haute paye en argent et en nature, dont un esclave de prix, conmie ce personnage, peut vivre et faire son profit.

Ces textes n'affirment donc rien touchant la nourriture mensuelle de l'homme; et les nombres mêmes qu'ils donnent suffiraient pour les détourner de cette application. Nous en jugeons par le rapprochement des passages où (idton a exprimé dans la même mesure la quantité de blé attribuée aux hommes de travail , même à la campagne : aux ouvriers quatre modii (34*^*^,683), aux bergers trois modii (aô^^'^Soia); nous en jugeons par la comparaison qu'on peut en faire aux données modernes : et nous avons pour l'établir aujourd'hui une base lai^e et sûre dans ces observations faites sur tous les points de la

^ Sénèque, Ep. lxxx ,9. — * Polybe, VI, Sg, S i3.

France, qui, pour la région S. E., réduisent la consommation individuelle de blé et autres céréales à 2l>«<^-,42 par an , 20^^16 par mois, et pour le royaume entier, 2hectol.^y 1 , ou par mois, 2 2^*^,58 ^ M. Bureau de la Malle, qui, à défaut de ces observations toutes faites, a dû se £dre à lui-même un terme de comparaison par une enquête si péniblement et si consciencieusement accomplie, a constaté aussi une différence entre la consommation des modernes et celle des anciens , et il en cherche la raison dans le prc^ès de la mouture^ : elle tire aujourd'hui du

^ Stati8ti<{ue de la France, publiée par ie ministre de l'agriculture et du commerce (i8do], p. 6i4. H faut joindre à la consommation moderne la pomme de terre et le sarrasin ; mais nous ne les avons pas compris non plus dans les cultures , pour mesurer Tétendue des surfaces productives. Ainsi, dans tous les cas, il y aurait à peu près compensation. D'ailleurs, la pomme de terre n'entre guère que pour 1/8, comparativement au blé, dans la consommation générale. D'après un mémoire tout récent de M. de Gasparin , voici dans quel rapport se trouvent les différents produits qui forment l'approvisionnement de la France :

Les céréales en froment . . * 6A

Les pommes de terre 8

Les légmnes secs A

Les châtaignes 0,7

La nourriture animale de toute espèce , viande , poisson ,

laitage, ctc a3,3

(Mémoire lu à la séance publique de l'Académie des sciences, avril 1 847 •]

* Pour donner la preuve de ce progrès, M. D. de la Malle cite ce texte de Pline (XVIII, xx, 2) , selon lequel un modlasde froment rend , en général, ^ modivu de farine et 5 sextarii (^ de modius) de fleur; ce ([QÎ ferait -^ de déchet. Pline disait encore que le modius de farine des

grain , bien plus qu'on n'en pouvait obtenir par les procédés, grossiers encore, de l'antiquité romaine. Cela ex* plique pourquoi le prix de la farine s'élevait autant audessus du cours du blé. Mais pense-t-on qu'on ait fait un triage si délicat dans la nourriture du plébéien et de l'esclave? Le blé broyé était mêlé, son et farine, comme cela se fait en tant de lieux dans nos campagnes, pour composer le pain grossier du pauvre; et, par conséquent, il n'y a pas à réduire de beaucoup la mesure qui lui était donnée ^.

Nous ne craignons donc pas d'être au-dessous de la réalité en prenant pour la ration de l'homme 4 boisseaux [modii) par mois ou 2/3 de médimne : ce qu'on donnait au fantassin comme partie de sa solde, selon Polybe, ce qu'on donnait à l'homme de travail pour nourriture, selon un des deux textes de Caton. C'est un peu plus de i chénice par jour (32 chénices par mois), mesure qui était communément assignée à la nourriture de l'homme en Grèce. Mais ce nombre même est trop fort comme terme moyen. Il représente la nourriture de l'homme: or on ne peut en attribuer autant aux femmes, aux enfants et aux vieillards, surtout quand il s'agit, non pas seulement des esclaves, mais des hommes libres, dont la nourriture devait

Gaules (siligineœ farinœ modias gallicœ) rendait 22 livres de pain, et la même mesure d'Italie 2 ou 3 livres de pain de plus. M. Bureau de la Malle, dans une note [Écon, polit, t. I, p. 1 10 , n. 3) , confond le blé et la farine, et pose des conclusions qui, si elles sont justes, ne sont guère justifiées. Aujourdliui 100 kilogr. de farine 1'* qualité représentent i33 kilogr. de blé, et la même quantité donne i35 à i4o kilogr. de pain.

^ « Pal te non pane longo tempore vixisse Romanos manifestum. » (Pline, Hist nat XVIII, xix, 2.)

être plus variée ; et Ton doit s'étonner que M. Dureau de la Malle ait négligé une observation donc MM. Bœckh et Letronne ont eu si grand soin de tenir compte dans des évaluations pareilles^. M. Letronne, dont la méthode est la plus simple, réduit la chénice aux 3/4 comme ration commune en Âttique. Prenons aussi pour la moyenne générale de la consommation en Italie les 3/4 du nombre accepté pour Fhonmie de travail, et nous aurons 24 cbéoices ou 3 modii par mois, mesure que Gaton assignait même directement à toute une catégorie d'esclaves (5). C'est l'amphore romaine de 26^*^,01 a , et, par an, 1 2 amphores ou 6 médimnes ( 3^^oï-, 1 2 1 48) 2.

L'Italie romaine (la presqu'île moins la Cisalpine) donnait à la consommation, semence déduite, à raison de 1 1 hectolitres par hectare, environ vingt-cinq millions d'hect. (25,329,357). A raison de 3^«^<^-,i2348 par tête, elle nourrissait donc un peu plus de huit millions d'habitants (8,ii4,534)'*Ce serait 52 habitants par kilomètre carré,

' L'ordonnance qui règle la nourriture des esclaves dans nos colonies, citée plus haut, assigne, aux enfants de 8 à id ans, la moitié, et, aox enfants de moins de 8 ans, le tiers de la ration fixée pour les adultes.

* Voyez la table viii de M. Dureau de la Malle, 1. 1, p. 444.

' M. Dureau de la Malle, avec un territoire cultivé beaucoup plus étendu (le tiers du pays au lieu du cinquième) n^obtient qu^un nombre dliabitants inférieur de près de moitié (4,978,484). En réduisant, dans Tensemble de ces cdculs, la moyenne de la semence rigoureusement au nombre donné par Varron , sans élever le rapport de la semence au produit ; en bornant ainsi le produit brut à vingt-cinq millions environ , et la quantité livrée à la consommation à vingt millions (19,745,547), on aurait encore plus de six millions d'habitants (6,3a5,70o), c'està-dire \ 1 par kilomètre carré.

proportion inférieure à œlle que présente lltalie moderne et fort au-dessous du nombre donné par le dernier recensement pour la France ( 65 habitajots par kilomètre carré).

Ce nombre trouvé, quelle part faut-il en faire aux hoDunes libres et quelle part aux esclaves?

Le recensement se renouvelait à Rome tous les dnq ans, et les résultats nous en sont restés pour les principales époques de rhistoire. Mais nous avons de plus un texte de Polybe, qui s'applique à toute TltaUe romaine, pour le conmiencement de la période où nous entrons. C'est à la veille de la seconde guerre punique , lorsque Rome, déjà inquiète des progrès des Carthaginois vers les Pyrénées, cherche à gagner les Alpes et veut soumettre les belliqueuses populations de la Gaule Cisalpine. On s'enquit des forces dont on pourrait disposer, au* besoin, tant parmi les citoyens que parmi les alliés; et Polybe, dans une évaluation générale, en porte le chiffre à 700,000 hommes d'infanterie et 70,000 de cavalerie, en tout 770,000, dans les limites de Tâge militaire, de dixsept à soixante ans^. Si Ton en retranche 20,000 Vénètes comme appartenant à la Cisalpine, on aura 760,000 hommes pour toute l'Italie comprise en deçà du Rubicon et de la Macra.

Sur ce nombre, Polybe donnait 260,000 hommes d'infanterie, et 2 3,000 de cavalerie aux Romains et aux Campaniens qui, depuis l'adjonction de leurs pays à Rome étaient comptés parmi les citoyens, quoique sans suffrage^; le reste se répartit entre les différents alliés, et l'auteur justifie à peu près complètement par le détail le nombre total

' Polybe, II, 9, S 16. — « Tilc-Live, VIII, i4.

auquel il s*était arrêté (6). Ce sont les hommes dans f âge militaire: mais les tables donnent la population corres* pondante de tout âge et de tout sexe. Sur 10,000,000 de personnes, ily en a 5,626,819 de dix-sept à soixante ans; quelle population supposent 750,000 hommes de cet âge? La proportion nous donne 1,332,902 ;et, en doublant pour les femmes, nous avons un nombre de 2,665,8o4 habitants.

Retranchons-le du nombre que nous avons trouvé pour la population totale de cette région de lltalie (8,1 1^,53^), le reste (5,â48,73o) exprimera toute la population non recensée ^.

Mais plus d*un élément doit encore en être retranché avant qu*on n'arrive aux esclaves.

Il faut en retrancher d'abord les affinanchis; et M.Dureau de la Malle, par un rapprochement fort ingénieux, a essayé d'en calculer le nombre pour Tannée 225 avant Tère chrétienne. En Tan 398 de Rome (355 av. J. C), fut établi l'impôt du 20" sur les affranchissements; et, en Tan 543 (210 av. J. C), le sénat, épuisé de ressources , tira du fond du trésor l'argent qu'il avait produit. Il y trouva 4i000 livres d'or^ faisant 4,496,200 fr. valeur intrinsèque. Est-ce la première fois qu'il y ait touché depuis l'étaUissement de l'impôt? Cela parait probable, au silence de Tite-Live ailleurs , et à la manière dont il parie ici; en a-t-il tiré tout ce qu'il renfermait î Peut-être, quoique ce

* Avec le second nombre calculé sur une moindre production (6,3a5,70o), la différence se réduirait à 3,659,896.

» Titc-Tîve, VII, 16, et XX VU. 10, cité par M. D. de la Malle. (Écon, poL I, p. 390.)

dernier point soit moins facile à établir. Quoi qu'il en soit, cette somme, à elle seule, produite par le 3o* de la Taleur des esclaves affranchis, en prenant pour leur prix moyen Aôy fr. 38c., suppose Taffranchissement d'environ 200,000 esclaves dans un intervalle de i45 ans, c'est-àdire i,38ô affranchissements par an ; et M. Dureau de la Malle, appliquant à ce nombre la loi de la mortalité, arrive, pour l'an 225, au total d'environ 5o,ooo affiranchis vivant encore : nombre qu'on peut élever un peu plus haut, si, comme nous le verrons plus loin, le prix de l'esclave, tel qu'il le suppose , parait un peu trop fort pour cette première période de la République.

Il faut en retrancher encore les étrangers. Leur nombre, peu considérable à Rome, l'était beaucoup plus dans les villes de la Gampanie et de la grande Grèce, où le commerce les attirait sans les faire admettre parmi les citoyens ; et, rien n'aidant à le préciser, c'est une première cause d'incertitude pour le nombre qui restera aux esclaves. Mais il en est une autre; c'est toute une portion d'habitants que M. Dureau de la Malle a négligé de faire entrer dans ses cdculs : je veux dire la population indigène non recensée. Toute l'Italie, il est vrai, dans les limites du Rubicon et de la Macra, était soumise à Rome; cependant ni la vraisemblance, ni le texte de Polybe ne permettent de croire qu'elle ait figuré tout entière dans le recensement. Le recensement devait comprendre, selon la formule ordinaire , « le nom latin et les alliés » {socii nomen qae laiinam) : mais bien des populations de l'Italie y restaient étrangères, soient qu'elles y aient échappé grâce à leur dispersion au milieu des montagnes, soient qu'elles aient été tenues en

dehors et réduites à la condition de déditices, qui imposait le tribut, non en soldats, mais en argent; et, chez les peuples sounusau dénombrement, croit-on que tous les hommes en âge de servir aient pu y être comptés ? Quand cette opération devait se faire, non dans une même ville et parmi des citoyens portés parleur intérêt même à se faire inscrire, mais dans toutes les campagnes et entre des hommes qui voyaient, dans ce service , une charge sans compensation , peut-on admettre que le résultat en ait été si exact ? Or toute erreur dans ce nombre se quadruple quand on le donne pour base au calcul de la population entière. Il y a donc trop d'incertitude dans la valeur de ces divers éléments, pour que nous puissions , avec quelque assurance, les formuler en chiffres et trouver par une simple soustraction le nombre des esclaves. Cette méthode , tout en éclairant le chemin, ne mène pas jusqu'au but; et cependant elle n'est pas sans résultat. On peut affirmer que la population servile est loin d'égaler encore la population libre; mais on ne peut, sans témérité, avancer un chiffre même approximatif (7). La statistique nous fait défaut : — faisons nous-même du recensement. En retraçant le tableau de l'esclavage, tel qu'il commence dès lors à se constituer, nous verrons s'il n'y a pas quelque autre moyen d'arrêter nos idées soit sur la masse totale, soit, du moins, sur certaines catégories d'esclaves, dans la période où leur nombre parait atteindre aux limites les plus élevées.

Les esclaves se divisaient naturellement en deux classes, selon qu^ils appartenaient à l'Étal ou aux particuliers : senn puhlici, servi privati.

Autrefois la population libre de Rome suffisait à peu près à tous les besoios de la cité , au service des magistratures commeaux travaux de la ville^ Les métiers, réunis en corps par Numa, se prêtaient à ces travaux ; et la constitution de Servius TuUius nous a montré, associées aux classes, des centuries d'ouvriers {fàbri tignarii), et des centuries de trompettes et de joueurs de flûte (comicines, tihicines). Mais, lorsque les besoins grandirent avec le territoire , et que les citoyens , plus régulièrement tenus à Tarmée, purent moins se livrera ces fonctions subalternes, Tesclavage, plus abondant, dut y suppléera Scipion, après la prise de Carthagène, réserva 2,000 captifs pour le peuple romain; et, après la retraite d'Annibal, les Brutiens et d'autres encore furent réduits à cette condition , en châtiment de leur révolte ^. Ils se partageaient dans les deux sections que nous avons marquées : travaux ou services publics.

Dans la première, on les voit chargés de Fentretien des routes ou des aqueducs, des soins les plus rebutants conmie des plus durs travaux, jusqu'à ces travaux des carrières et des mines où Ton reléguait communément les esclaves de la peine ^. Dans la deuxième, les uns étaient employés au service des assemblées ^, aux distributions publiques, à la

' « Sed is privatum servitutem servit 31ei an publicam.»

(Plante, Gapt. II, ii, a68.)

* Tite-Live, XXVI, 47; A. Gelle, X, 3, et App. B. onn. 6 1 . Ce fut aussi , au rapport de Strabon (V, p. aSi), le sort des PicentinB et des Lucanieus. Cf. Popma , De operis servor,

3 SiUcarii, aqnarii, metaUarii, etc. ( Voy. Pignori, De servis.)

* Par exemple les curiones, appelés aussi servi cariamm. Le nom finit par s^appliquer aux simples crieurs publics : « Epigrammata cu- (f rione non egent. » (Mart., Ëp. prœf, Ub. If.)

police des jeux; peut-être auBsi aux soins des funérailies^ ou à tout au^ service d'utilité publique (8). Les autres , en plus grand nombre, étaient attachés à la personne des généraux ou des magistrats, pour les servir dans l'exercice de leui* charge, soit à Romje^, soit dans les provinces, comme courriers ou porteurs de dépêches^, appariteurs dans les tribunaux^, gardiens dans les prisons ^ exécuteurs des sentences^, ou de toute autre manière*^. Plusieurs,

^ Les vespUbnes, ainsi appelés parce qu ils remplissaient leurs foncdoos ie soir. (Ser?. ad» JEnM, XI, id3.) Les riches étaient emportés dans mie litière, d*où lecticarii: les pauvres sur un brancard, d*où sondapilonet. (Voyez Greuzer, Âhriss der Rom, Aniiq. S agS et agA. )

* Tite-Live,XLIII, i6,etc.

' kvTÏ êè &7peneias HitepoSpoiteîv xeù ypaititarofbpeîv dveSei^dritrap ip T^ Tore ht\/LO(jl(p. ( Strabon , Y , p. a 5 1 . ) « Magistratibus in provincias « enntibns parère et praBministrare servorum vicem jusserunt. Itaque lii < sequebantur magistratus, tanquam in scenicis fabulis qui dicebantur «lorarii, et quos erant jussi vinciebant aut verberabant. » (Aul. Gell. X, 3. Cf. App. B. coin. 6i.]

* Apparitores,stratores. (Gruter, p. io3i, n**3. Cf. Reines. Jnscr. cLI,n''i9,p. 43-U.)

' IHine ie Jeune demandait à Trajan : cUtrom per pubiicos civi- «tatom servot , qnodmqne adhaofactnm, an per milites asseverare eus- « todias debeamus. » Trajan se prononce pour l'ancien usage. ( Ep. X , 3oet3i.)

® Cet emploi leur était déjà réservé, dès les premiers temps de la. république, à plus forte raison aux temps postérieurs. On se rappelle Tesclave cimbre envoyé pour tuer Marins. (Val. Maxime, II, x, 6.) Le. mot tinûnnacalos, dans Plante ( Traçai. IV, m, 73i] , est généralement entendu du bourreau et du bruit qu il faisait en agitant devant le condamné des sonnettes. . . ou en lui faisant craquer les os. (Voyez la note deM. Naudet.)

' Tite-Live, XUII, i6; Aulu-Gelle. XIII, i3; Juvén.X, /ii-43, (pour la cérémonie du triomphe), et Orelli, Inscr. n" 2853.

enfin , étaient consacrés au service des temples ^ et quelquefois ils y remplirent certaines fonctions religieuses. Servius TuUius, nom cher aux esclaves, les avait choisis de préférence aux honmies libres pour la célébration des fêtes des carrefours (compitalia)^, La gens Potitia se déchargea sur eux du culte d'Hercule , héréditaire dans sa postérité: négligence dont elle fut punie, dit-on, sans que le sacerdoce en fut pour cela retiré aux esdaves^. Mais le dieu Mars lui-même ne les dédaignait pas : à Larinum , dans le pays samnite, il avait pour ministres des esclaves appelés martiales larini'^; et Caton reconnaissait encore que les rites de Mars Sylvanus se pouvaient indifféremment accomplir par un homme libre ou par un esclave *. Cette classe était en quelque sorte privilégiée au sein de l'esclavage. Les liens de leur dépendance devaient être moins rigoureux; ils avaient pour leur entretien une paye annuelle (annua) ; pour leur usage ou pour leur habitation.

' Tacite, //i5«. 1,43.

* kXXà TOUS So^Xovs étOL^t 'Oapétvai Te xai avvtepovpyéîv , es Key^aptaftépTifs tdîs Ijpeaeri tUs tcûv Q-epavépIcûP vm^peaios. (Denys d'Halic. IV, i4.) Par ijpûùesy il faut entendre les lares compitales, selon Tancien glossaire.

« T. Live, IX, 29 et 34; Val. Maxime, I, i, 17; Den. d'Haï. I, 4o.

^ « Martiales quidam larini appellabantur ministri publici Martis , « atque ei deo veteribus institutis religionibusque Larinatium conse- «crati. Quorum quum satis magnus numerus esset, quumque item , ut «in Sicilia permulti Venerei sunt, sic illi Larini in familia numera- «rentur, repens Oppianicus eos omnes liberos esse civesque romanes « cœpit defendere. » (Gic. pro Cluentio, i5. )

* «Eam rem divinam vel servus vel liber liccbit Faciat. » (Caton, De re rust. iiXWiii. )

quelque lieu du domaine public ^ ; et ils devaient avoir, dans Texercice de leurs chaînes, une certaine liberté, ils jouissaient même de quelque considération. On eût cru les flétrir en laissant s'introduire, parmi eux, des criminels condamnés, soit aux mines, soit aux combats de Tarène, soit à tout autre châtiment, en un mot, des esclaves de la peine. Le cas se présenta dans la province de Pline. Quelques-uns de ces condamnés s'étaient frauduleusement glissés parmi les esclaves publics^. Us furent découverts; mais leur bonne conduite faisait que Pline hésitait : il était bien dur de les ramener à leur châtiment, et bien peu séant de les laisser dans un office de TÉtat^. Trajan répond : « Rendez à leur supplice ceux qui ont été condamnés dans les dix dernières années, et, pour les autres, s'il s'en trouve de trop vieux, distribuons-les dans les travaux qui touchent de plus près à la peine : comme le service des bains , le nettoyage des égouts , la construction des routes ou des forts*. »

De même qu'il y avait des esclaves de l'Etat, il y eut

^ c Quae loca servis publicis ab censore habitandi , utendi causa ad- «tributa sunt, ei quo minus eis locis utantur, ex bac lege nibil ro- «gatur.v (Tab. Herad. ap, M. Blondeau, Mon.juris antejust p. 84.)

* c Vel in opus damnati vel in iudum simiiiaque bis gênera pœnarum, cpublicorum servorum officioministerioquefunguntur, atque etiam, ut « publici servi, annua accipiunt. • (Pline ie Jeune, Ep. X, 4o. )

' « In pubiicb offîciis retinere damnatos non satis honestum pu- • tabam.* (Ibid,)

* t Si qui vetustiores invenientur et senes ante annos dccem dam- « nati , distribuamus iilos in ea ministeria quae non longe a pœna sint. «Soient enim ad balineam, ad purgationes cloacamm, item mumtioncs 4. viarum et vicorum, dari. » (Ibid. E^. X, A i ■)

des esclaves des villes. Images de Rome par leur magistrature » les municipes lui ressemblaient encore par cette organisation du service inférieur, plus ou moins nombreux selon leurs ressources; et, dans leur sein, les collées et les corporations diverses, les associations légales comme les associations libres , eurent à leur usage des esclaves de communauté^ : c'est ainsi que les compagnies de pnblicains envoyaient partout des serviteurs à elles, dressés au man^ede kurs rapines. Mais, par le derûier degré de cette hiérarchie, nous touchons à la classe des esclaves privés, la plus considérable et de beaucoup la plus curieuse. Cest là que nous allons étudier l'esclavage dans la variété infinie des espèces qui le composent, là surtout, nous pourrons apprécier Tétendue des accroissements qu'il vient de recevoir.

Autrefois le même esclave servait le maître à la ville et à la campagne : à la campagne plus souvent qu'à la ville, car c'était là que se passait la vie laborieuse du vieux Romain. Mais son domaine s'accrut, les mœurs changèrent, et le développement de l'esclavage amena le par-

^ «Servus municipum coilegii decuriae servus fisci. t (L. s5, S i et 2 , D., XXIX, II, De acquir, hœred,) cQui manumittitur a corpore ali- «quo vel collegio vel civitate.» (L. lo, S 4, D., II, iv, De in jus wh cando.) «Stator civitatis (Gruter,p. 63 1, n° 3); servus societatîs (des publicains) (Cic. Phil VIII, 8); esclave de colonie. (Orelli, n** s85S.) Il est question , dans une inscription de Stratonicëe, de AHMO- 2I0I IIAIACKDTAAKES, qui doivent , sous la direction dun magistrat nommé IIAIAONOMOS , accompagner au temple 3o jeunes enfants pour une cérémonie sacrée. (Boeckh. Corf). inscr. P. XIII, sect. m, n* 2715.) Elle est du temps de Tibère.

tage de la maison romaine en deux iamilles : la famille rastique et la famille urbaine, /amilia mstica,famiUaur' bana^. Cette distinction passa de Tusage dans la loi ellemême ; et pourtant il arriva qu*elle se confondit souvent dans Tusage» et rendit par là fort difficile l'application de la loi. Le luxe qui Tavait introduite parut devoir Teffacer par un progrès de plus, quand la noblesse de Rome revint à la campagne, devenue la résidence non plus du travail, mais de la mollesse et du loisir. Le séjour de la ville ou des champs, qui ne distinguait plus parmi les maîtres, ne répondait donc plus à la division légale des esclaves ; et, dans le cas où il fallait la constater en justice, on en était réduit à rechercher les intentions, à consulter les registres des pères de famille 2. Toutefois, les généralités de la théorie soufirent peu des difficultés de la pratique; et il n'y a point d'inconvénient à renfermer la description de l'esclavage privé dans ce double cadre adopté par la loi. C'est ce qu'ont fait la plupart des auteurs qui ont traité de cette matière. En les suivant dans ce partage , nous emprunterons aussi plusieurs détails à leur expo-

* Voyez le titre du Digeste, XXXIII, vu, De instr. et instrum, légat. Ces désignations générales se retrouvent dans les inscriptions. Sur le revers d'un monument consacré à un membre de la maison des Symmaque, on lit ces mots consacrés à sa fille : tNiERiiE cerelli^ | sa-

• BTHM PRUOENTIS | SIME PUELLE | SYMMACHI V. P. | FILTA | FAMILIA

«DBBANA I iBRB GONLATO | MERiT. » (Ang.Mai. Collect. Vatic, in-4*i t. V, p. 391, n* 3.) Voyex aussi OrelH, Inscr, n* 2862, etc.

* « Urbani intelligendi sunt quos paterfamilias inter urbanos adnu- « merare solitus sit, quod maxime ex libellis familiae, item cibariis de- «prehendi poterit. » (l. 99, D., XXXII, 1, De légat.)

sition , non sans y joindre les traits divers que nos propres lectures nous auront fournis ^

La campagne était, nous lavons vu, le séjour habituel du Romain de lage primitif; c était là que les vieilles mœurs devaient naturellement se réfugier et se défendre avec le plus de force ; et ce fut là aussi que les mœurs nouvelles étalèrent avec le plus d'orgueil leur triomphe , quand elles élevèrent, sur les ruines de ces antiques et médiocres fermes, leurs fastueuses villœ^. Mais, longtemps avant que cette révolution se fût accomplie, elle se préparait; et, sans attendre Tavénement des mœurs étrangères, le vieil esprit romain y travailla par cet instinct d*avidité qui , sous rinfluence du goût inné à Rome pour la vie rustique, le portait surtout vers la possession du sol. On avait vu le noble, dès le commencement, joindre à son patrimoine les terres du domaine public, et travailler, dès lors, à convertir ces possessions prolongées en propriété véri- " table, à prescrire contre Timprescriptible droit de FEtat; puis, grand propriétaire, poursuivre son œuvre en absorbant tous ces petits héritages que la misère , Fusure aidant, faisait tomber dans ses mains : grave changement, dont le contre-coup se fit sentir de la campagne à la ville, et dont les fatales influences seront appréciées plus tard. Dès ce moment, il en est qui se manifestent d'ellesmêmes dans le travail rustique. Le riche, qui avait chassé

* Pignori, De servis; Popma, De operis servorum, ap, Polen, suppl. àGrœvius, t. III, p. 769 el 1294; Greuzer, Abrîss der Rômischen Antiqultàten; Blair , an inquiry into the State of Slavery, etc.

^ M. Dczobry a présenté, avec de grands détails, le tableau de ces vUlœ dans la lxxxi* letlrc de Rome au siècle d'Auguste, t. NI, p. 271.

le pauvre de la propriété, lui substitua bientôt l'esclave, jugeant meilleur d'avoir l'ouvrier que de le louer. Ce changement dans la nature de la propriété, qui altéra les rapports des classes libres et serviles, modifia considérable* ment aussi l'organisation du travail. Le travail se divisa; les soins divers de l'exploitation se répartirent entre diverses espèces de travailleurs, et ils commencèrent à se classer sdon l'importance et la nature de leur emploi.

Les fermes , devenues plus vastes , eurent ainsi leur appareil complet. En tête de la hiérarchie est le fermier {viUicm) , et la femme qui lui a été donnée comme épouse pour l'aider, dit Columelle, et aussi pour le tenir dans ses fonctions^ ; puis le sous-fermier {subvillictts) ^, les surveillants de second ordre {monitores), les gardes des champs (saltaarii, circitores), et les conducteurs de travaux {magistri operum)^.

Ces travaux comprenaient tout ce qui se rattachait à l'exploitation de la ferme. Là se rangeaient les laboureurs qu'on choisissait parmi les plus grands; les vignerons, parmi les plus robustes*; les esclaves employés à la culture de l'olivier, et ceux qui se partageaient les autres soins secondaires du travail rustique^, des hommes à tout faire : on les désignait par le nom vague de mediastini^.

* Caton, cxLii et cxliii; Vairon, I, xviî, 4-7; Colum. I, viii, 1-19. ' Orelli, irucr. n** aSSg. Il y a beaucoup d autres inscriptions pour

les vUUci. (Yoyei n*^ 2875 et 2858. )

» L. 8,1. 12, S i5, et 1. i5, S uZe. D., XXXIII, VII, De mrfrucfo et instram, legaio : Colum. I, ix, i-3, etc.

* Colum. ihid, 3 et 4- — * •Sartor, occaior, rancator, messor, etc.»

* Colum. i6iJ.6. Cf.II, xii (xiii), 7. Il y a dans Gruter trois inscrip-

La préparation de ces différents produits » la fabrication de rhuile, du vin, occupait autant de catégories différentes d'esclaves ^ Outre les travaux appliqués à la terre ou à ses fruits, Félève et Fentretien du bétail, soins auxiliaires de Tagriculture, qui, en Italie, finirent parla ruiner. Des esclaves spéciaux avaient dans leurs attributions Técurie: chevaux, âoes, mulets (agasones pu equiiii, superjumentarii) ; les étables : bœufs, chèvres, brebis et porcs (6a(ii/ci, opiliones, caprarii, subulci); la basse cour (aviarii, alitarii)^, La ferme comptait encore un assez nombreux personnel réclamé par Tentretien des honmies ou des choses qui étaient de son domaine : le sommelier {cellarius)^; le meunier et le boulanger^; les femmes employées à la préparation delà nourriture {pulmentariœ,focariœ) ; des tisserands et des fileuses pour la confection des vêtements {textore$, lanijicœ); en outre, des médecins, des infirmiers (voietodinarii) pour le soin des malades; des artisans de diverses

lions de mediastini, p. 677, n** 3 , 4 et 5 ; dans Orelli l'inscription

d*an jardinier, n* 286 1 .

* « Cellaolearia, ceîlavinana; prœlatores, servi dolearet ou doliwii, eie, 9 ^ On retrouve, dans les inscriptions, plusieurs de ces fonctions

SUPHAJDMENTA (Orelli , U** 2870); AVIARIUS ALTILIARIUS (2866). NoUS

ne citons , pour ces catégories , aucun autre texte ; on en trouve surabondamment dans Pignori et Popma : textes de Gaton , de Varron et de Golumelle ; lois du Digeste , au titre cité i et passages des poètes.

^ «SIBI ET RUTYCHO CON (scrvo) CELLARIO ET FDRNARIO. » (Orelli,

n-'aSeS.) '

* C'était le double sens du mot pisior autrefois (Martial, VIII, XVI , 5 ) :

Et panem facis et facis iàrinam.

sortes pour la réparation des bâtiments ou des ustensiles ^ Une villa bien montée comptait aussi des esclaves de chasse pour le plaisir du maître : les oiseleurs, ceux qui dépistaient, ou quelquefois, lorsqu'elle était prise, apprivoisaient la béte^. Elle avait, en outre, pour le châtiment de ce nombreux domestique, ses esclaves bourreaux'. Vergaslulum était lappendice naturel et comme le comr plément de la ferme , et ce n'était pas seulement un lieu de supplice pour les coupables , mais un lieu de repos pour les travailleurs !

Quelques-unes de ces fonctions pouvaient se cumuler par le même esclave. Beaucoup, au contraire, se partageaient entre plusieurs en même temps. Sur les domaines étendus, le travail ne se divisait pas seulement ; il y avait des groupes d'esclaves pour les principales divisions du travail : groupes de dix hommes , nommés décuries, et dirigés par un esclave ou un affranchi, appelé décurion'^. Les anciens approuvaient fort cet usage qui , sans présenter le danger d'un concert bien redoutable^ offrait des avantages pour la surveillance comme pour la bonne culture^; et

* « Fahri architecti, tlgnarii,ferrarii. » ( Voy. \. 1 3, S 5*9 ; D. , XXXIII, vil , De instr, et instram. leg. Cf. Coium. XI , i , 5 , etc. ; et Vairon , I , XTii, etc.)

* f Aucapes, vestigatores , mansuetarii » (L. 1 2 , S 1 2 et i3, D., eod,) C*était aussi selon les intentions du père de famille qu on devait juger si ces esclaves appartenaient à ia famille rustique ou à la famille urbaine. (L. 99, S I D. , XXXII, i,De Ugal.)

* t Ergasialarii, loraru, etc. » (Plaute , Capt II , i , et A. Celle , X, 3. )

* Gruter, i/i5cr. p. 1 i5i, n. ^ (suppL).

^ « Quas decurias appellaverunt antiqui et maxime probaverunt, etc. » (Colum. I, IX, 7.)

c'est encore ce qui se pratique aux colonies : les décuries se retrouvent dans ces bandes de nègres conduites au travail, et le décnrion esclave, dans le commandeur.

Tels étaient le partage et les attributions diverses de la famille rustique. Elle doit paraître, par ce tableau, fort nombreuse; mais peut-on arriver à quelque chose de précis ou du moins de probable sur ce point?

Toutes les fermes, sans doute, ne ressemblaient point à cette ferme idéale où nous avons réuni, à dessein, les détails divers de Texploitation agricole. Mais on a, dans Caton,desdonnée» précises sur Tappareil nécessaire à des cultures d'un genre et d'une étendue déterminés. Il compte, pour 24o arpents {jugera) (60 ^«c'^^jÔSq), plantés en olivier, le fermier, la fermière, cinq travailleurs (operarii), trois hommes pour les bœufs, un pour l'âne, un pour les porcs, un pour les brebis: en tout treize. Pour 100 arpents de vignoble il demande, avec le fermier et la fermière « dix travailleurs, un bouvier, un ânier, un porcher, un homme occupé à faire les liens de la vigne, etc. [salictarius] : en tout seize ^ Varron fait la critique de ce passage. Il voudrait que Caton eût pris une mesure plus normale et des nombres plus ronds afin que sa formule se prêtât plus facilement aux proportions des domaines plus ou moins étendus ; il trouve aussi que le fermier et la fermière devraient être mis à part, puisque leur nombre ne varie pas avec l'extension ou la réduction de la ferme: mais, en définitive, il ne prescrit d'autres règles que d'étudier la nature du terrain, l'usage suivi aux alentours, et

' De re rastica, x , 1 , et xi , 1 .

de prendre 1 expérience des autres pour point de départ de tout nouvel essai ^.

Quoi qu*il en soit des innovations que Varron conseillait d'une manière si discrète, sa critique n'ôte pas aux nombres de Gaton Tautorité de Texpérience ; et sous la réserve des modifications qu'ils devaient recevoir dans telle application particulière, on peut les faire servir de base au calcul général de la population occupée à ces travaux. Or si , à défaut de semblables données pour l'Italie moderne, nous continuons de prendre, comme terme de comparaison, la région S. E. de la France, nous trouvons que sur 13,287,463 hectares, elle en a 116,798 en olivier; ritalie, dans la partie en deçà du Rubicon et de la Macra, sur i5,356,i09 hectares, en aurait proportionnellement 134*981 consacrés à la même culture. La culture de Tolivier demandait i3 hommes pour 24o jugères ou gol>ectare8^6g2 : lesi34»98i hectares que nous venons de trouver en auraient donc employé 28,917.

La vigne, dans la région S. Ë. de la France , occupe , sur 13,287,463 hectares, 618, 7o3; enitalie, sur i5,356,i09, elle en aurait occupé 715,0 2 5, et, à raison de 16 hommes par 100 jugères ou 25 ^«^tares^ 2840, ces 7i5,o25 hectares représenteraient 452,475 travailleurs^.

Une culture bien plus étendue que celle de Tolivier et de la vigne, c'est la culture du blé, et Gaton n'a rien dit de l'appareil d'une ferme destinée à cet usage. On a vu qu*à l'origne la part du citoyen fut de deux, puis de sept arpents. G'était la mesure plébéienne, et c'est à propos de

* Varron, I, xvni, 1-8.

^ Statistique de ia France (i84o) , tableaux récapitulatifs A et O.

cette mesure que Columelle rappelait la maxime carthaginoise : « Il faut que le père de famille puisse dompter lui-même la terre. » La substitution de la grande culture à la petite réduit nécessairement toujours le nombre des bras. Mais, dans le commencement, avant que les patrimoines «grandis se fussent étendus aux proportions des latifundia, la force de l'habitude retint encore les Romains dans des formes analogues d'exploitation , et, par conséquent, dans des limites de nombre plus rapprochées^. On en a vu la preuve dans les préceptes de Caton sur Tolivier et sur la vigne. Les agronomes qui ont cité et commenté son texte ne remplissent point la lacune pour les terres en blé; mais Saferna, au rapport de Varron, semble donner conuue mesure générale de travail 8 jugères par honame; mettons-en lo pour laisser de côté les considérations d'hnmanité qu'il prétendait par là respecter encore^, et donnons à une exploitation de loo jugères un personnel de 10 hommes, fermier, valets ou laboureurs, comme dans les exemples proposés par Caton. LTtalie, comme nous Tavons limitée , avait 2,878,336 hectares cultivés annuellement (jachères non comprises): à raison d'un homme par 10 jugères ou 2 ^ectar«^5284, elle y aurait occupé i,i38,4oo travailleurs. C'est, pour les trois genres de culture et l'entretien du bétail correspondant , environ i,5oo,ooo hommes.

Ce ne sont pas i,5oo,ooo esdaves. Le mot operarii,

' Pline compte toute une famille d'esclaves dans on fort petit champ admirablement tenu : In parvo admodum agelh. (Hist naf. XVIII, VIII, 3 et 4.)

^ < . . .valetudini, tempestati, inertiie, indulgentia;, * (Varron, I,xyiii, a .)

dont se servent les agronomes, veut dire, indépendam« ment de toute condition libre ou servile, travailleur^. Or il y avait encore de petits cultivateurs libres , travaillant avec leurs enfants, comme le disent Varron et Golumelle, dans quelque ferme éloignée ; il y avait ces journaliers qu'on employait de préférence aux terres malsaines et aux rudes et pressants travaux de la moisson ou de la vendange^, pauvres gens qui venaient, sans doute, des plaines populeuses de la Cisalpine, ou descendaient de TApennin, comme nous voyons, aux mêmes époques de Tannée, venir de la Belgique ou de l'Auvergne ces nombreuses émigrations d'hommes de peine. Mais les exceptions confirment la règle ; et, parmi ces travailleurs, la masse , si elle n'était esclave , tendait de plus en plus à le devenir , de Caton à Varron et à Columelle. Tout l'indique, dans la distribution de Idivûla, dans l'énumération même des gens employés et dans l'exécution des travaux. Pourquoi , dans la ferme , ces cases mentionnées par Caton, le premier, par Varron, ensuite, et par Columelle^? ces détails sur le coucher, le vêtement et la nourriture de la famille? A quoi bon ces recommandations au fermier, ces soins de tout genre, cette surveillance qu'ils lui prescrivent à l'envi, si la grande masse des ouvriers ne reste pas, n'appartient pas à la maison? Qu'on le remarque bien d'ailleurs : les nombres de Caton, dont nous nous sommes servis afin de

* Caton , Varron et Golamelie , passim ; Winc , XVIII , lxvii , 3 et i o.

* Vairon, I, xvn, 2; Goiam. I, vii, 5-7. Caton parle aussi de ces joamaliers loués par le villicas. Il recommande de ne pas les garder au delà du temps convenu. (De re mst v, 4- )

* Caton, XIV, a ; Varron, I, xin, i-3; Colum. I, vi, 6-9.

calculer, pour toute ITtalie, la somme des travailleurs de chaque sorte, comprennent nécessairement, pour le plant d'olivier, huit esclaves sur treize; pour la vigne, six esclaves sur seize: en tout quatorze sur vingt-neuf: on ne louait pas plus le bouvier que le bœuf; et les operarii qui complètent ces nombres, c'est-à-dire les hommes employés à la culture même de la vigne ou deTolivier, sont, selon toute apparence, aussi des esclaves, l'homme libre étant employé non pour l'ordinaire, mais pour les cas exceptionnels dans ces travaux. Qu'était-ce, en effet, que ces hommes enchaînés {compediti) dont il est parié dans Gaton? Ce n'étaient pas sans doute les esclaves commis à l'entretieil des bestiaux ou au transport des produits, mais bien les honmies qui travaillaient en plein champ , les laboureurs, ces fossores, qui avaient pour se reposer, pendant la nuit, l'humide pierre de ïergastulam;ei les vignerons, qui sont, en si grand nombre , désignés par le nom d'operarii dans la vigne de Caton, Golumelle dit qu'on les prenait le plus souvent parmi les esclaves à la chsdne : Idecquevinetaplarinuim per alUgatos excoluntar ^.

Si ce nombre de i,5oo,ooo ouvriers est trop fort pour les esclaves occupés aux travaux' dont nous avons parlé, peut-être, d'autre part, est-il trop faible pour l'ensemble de la famille rustique.

' Golum. I, IX, 4. Varron témoigne assez que les operarii étaient généralement esclaves, alors qu il parle de leur pécule, et qu'il conseille dy ajouter. (I, xvii, 6 et 7.) Horace (5a^II, vii, fin) donne le môme sens au mot opéra, dans un passage qui nous montre en même temps le nombre des travailleurs de sa terre sabine : Acccdes opéra agro nona sabiuo.

La cultare de la terre, de Tolivier, de la vigne, ou la préparation de leurs produits, le soin du bétail dépendant de la ferme, ne composaient pas tout le travail de la campagne. Aux travailleurs rustiques, il faut joindre ces artiftans, forgerons, foulons, etc., qu'on louait lorsqu'on était à la proximité d'une ville (et c'étaient généralement encore des esclaves entretenus à cet usage) , mais qu'on avait sur le fonds même, quand on ne pouvait les faire venir d'ailleurs , sans trop de dérangement et sans péril pour l'exploitation principale^. Aux bergers de ferme, il faut joindre ces pâtres de clairières et de montagnes, qui conduisaient leurs nombreux troupeaux dans les prairies naturelles de l'Apennin^, population à part, et dont le nombre s'accrut si considérablement, aux dépens de la race agricole, quand l'Italie, habituée à vivre des tributs du monde , crut pouvoir cesser de produire et changea en pâturage ses terres de labour. Il fallait y joindre encore tout le personnel employé à l'entretien de la famille même ; et enfin des femmes et des enfants.

Dans ces fermes de Caton, prises pour base de nos calculs, on ne compte qu'une femme, Isivillica, et un ou deux enfants, choisis parmi les plus grands et les plus forts, le gardeur de porcs et le gardeur de moutons [subulcas, opilio). Or les femmes, sans approcher du nombre des hommes, ne devaient pas être dans une proportion si res-

* Varron, I, xvi, 4.

' Varron, II, x, i-4. On conseillait d'avoir un pâtre pour 80 ou 100 brebis, pour les troupeaux de 700 à 800 têtes; pour les troupeaux plus considérables , le nombre des pâtres pouvait ne pas suivre rigoureusement cette proportion. (IbiiL 10 et 11.)

freinte. Varron ne voyait pas d'inconvénient à donner aux bei^rs de la ferme une compagne d'esclavage; et quant aux pâtres des montagnes , il y trouvait un avantage : elles les servaient à la.garde des troupeaux, leur préparaient la nourriture , et pouvaient aussi fixer leurs amours vagabondes^ ; mais il fallait de ces robustes femmes capables de porter des fardeaux avec leurs enfaints, des femmes conmie celles dlilyrie, qui, aux premières douleurs de l'enfantement , s'écartent un peu de leur ouvrage, et bientôt rapportent leur nouveau-né comme si elles Tavaient non mis au monde, mais trouvé là ^. Varron et Columelle, après lui, conseillaient aussi de donner des femmes en particulier aux chefs de travaux pour les rattacher plus étroitement au domaine par ces liens de la £unille^. Us distinguent parmi les hommes ceux qu'il convenait surtout de marier, mais non point parmi les femmes : toutes se trouvaient comprises dans ces unions, durables ou passagères; et Columelle voulait qu'on récompensât, parla suspension du travail et par la liberté même, les mères de plusieurs enfants \ Enfin, même chez Caton, l'empêchement qu'il mettait aux rapports habitueb des deux sexes, et le prix auquel il les autorisait, prouvent qu'il y avait

* « Quod ad fœturam humanam pertinet pastoram , qui in fundo (iperpctiio manent, facile est quod habeant conservam in villa. Nec « hKC venus pastoralis longius quid quasiit. Qui autem sunt in saltif bus et silvestribus locis pascunt, et non villa sed casis repentinis «imbres vitant : bis muiieres adjungere, quaB sequantur grèges, ac- «cibaria pastoribus eipediant, eosque assiduiores faciant, utile arbi- «Irali multi, etc.» (Varron, II, x, 6-8.)

* Varron, II, x, 9. — * Ihiâ. I, xvit» 5;C«>lum. f, viii, 5, et XII, I. — * Golum. I, vin, 18.

dans la villa d'autres femmes que la femme du fermier ^; et le profit quHl tirait de cette étrange spéculation ne diminuait sans doute pas celui qu'il attendait de la fécondité de ces esclaves : ces unions fortuites ou temporaires , comme les unions plus continues, donnaient au père de iamille leurs produits ordinaires, leurs « fruits printaniers» (venm)^. Avec ces femmes et leurs enfants, avec ces esclaves que l'âge retirait des travaux et qui restaient bien quelque part, malgré le précepte donné par Gaton de les vendre, on atteindra facilement au chiffre de 2 millions pour la famille rustique. Mais ce nombre ne dut pas se maintenir. La culture baissa dans les campagnes , abandonnée tout entière à des mains moins habiles, inquiétée par la guerre que Rome , victorieuse du monde , reporta dans son sein; et, avec la culture dont l'étendue a servi de base à nos évaluations , se réduisit nécessairement le nombre des esclaves de travail : une seule classe s'était accrue aux dépens des autres, celle des pâtres, qui promenèrent dès lors leurs troupeaux sans obstacles dans ces champs abandonnés du laboureur.

La famille rustique, toute nombreuse qu'elle fût, était limitée pour la nature même de ses fonctions : elle n'ira point au delà de ce que comporte l'état du sol; et, si le

* Plut Cat. maj. ai.

' Nous avons d^à fait observer que le titre de verna était assez commun dans les inscriptions tumulaires d^esclaves ou même d'affiranchis. La génération des esclaves , sans être considérée comme un moyen spécial , est pourtant regardée par la loi comme une des sources de Taccroissement des patrimoines. {Inst II, xxii, 2. Cf. i. 37 (Uip.) » D., V, III, De hmred, petit.)

nombre s'en est accru , c'est que celui des maîtres a diminué, et que les esclaves ont été appelés peu à peu à prendre la place de la population libre à la campagne. La famille urbaine était, au contraire, comme un rejeton parasite au sein de la cité; et, à la voir multiplier avec tant d'exubérance ses ramifications, on croirait, au premier coup d'œil, que là est passée toute la sève de l'esclavage.

Comme les domaines rustiques, la maison de ville du maître eut son intendant [dispensator]^^ et, au-dessous de lui , divers préposés au mobilier, aux vêtements , à l'argenterie et à toute cette vaisselle d'apparat resplendissante d'or ou de pierres précieuses^.

Puis venaient les sections diverses du service : Le service de la maison. Autrefois un marteau attaché à la porte suffisait pour avertir le maître de l'approche d'un étranger^ ; puis on mit à l'entrée un chien enchaîné : on le remplaça par un esclave, ce qui n'empêchait pas de l'enchaîner aussi more majoram'^. Ensuite, les gardiens de l'atrium [atrienses), les huissiers [atriarii)^^ les introduc-

* L. 16, D., XI, III, De servo comipto. Cf. Orelli, Inscr, n. 378a.

' i A supellectili, vascularîi, caelatores, etc.; vestiarii, a veste; prae- «posîti auFo gemmato, escario; argento scenico.w Pignori et Popma, dans lears ouvrages d^à cités.

' Plut. De cariosit 3 , p. 5 1 6.

^ « Âtque etiam ostiarius veteri more in catena fuisse. • (Suét. De claris rhetor, 3.) Cf Colum. l^prœj. 10 et les poètes. On y employait aussi souvent de vieilles femmes (Plante, Curcul. I, i, 76) : Anus heic solet cubitare custos, janitrix; Nomen ei est lenae mullibiba aique mcrobiba.

^ Orelli, n. 2783 et 278A.

teurs {admissionales) ^ ceux qui soulevaient devant le visiteur le voile des portes {velarii), et toute la troupe des valets intérieurs (cuhicularii , diœtarii)^.

Le service des bains, depuis les chauffeurs jusqu'aux baigneurs, dont la fonction était de frotter, d'oindre et de parfumer le corps selon Tusage des contrées du nudi^.

Le service hygiénique. Les Romains, qui primitivement bornaient Tart de la médecine aux plus grossières pratiques, voulurent avoir des médecins^; et la Grèce captive dut cultiver à leur service cette science dont elle faisait jadis le privilège des hommes libres, et qui mettait à ses pieds les chefs des nations : art servile alors , réduit à subordonner ses moyens au bon plaisir du maître^.

* tCui provincia erat admittere volentes dominum convenire. • (Macr. 5af. I, 7, init)

Cf. Pétrone , 5at^r. 3o, p. 1 14; et Juvén. X, ai5 :

Clamore opus est nt sentiat anris Qttem dicat venisse puer, quot nuntiet horas.

' L. ao3 injin, (Alfënus), D. , L, xvi, D« verhor. signif,'

^ u Fomicaiores , halneatores» aliptœ, unctores, etc.* Voy. 1. i3, S 1,

et 1. là (Paul), 1. 17 [Marcien], D., XXXIII, vu, De instr, et instr.

leg. Cf. Orelli, n. 2791.

* On sait combien Caton s'en déGait encore. ( Plut. Cat maj. 23 et Pline, XIX, yii, 1.) Mais l'usage en devint général, et toute maison un peu riche eut ses médecins. Sén^ue, De henef. III, 24; Suét. Cal. 8 et Ner. 2 ; Apulée, Met. IX , init. et Âpolog. p. 38 (Deux-Ponts). Cf. l. i6,S 1 , D., XXXIV, I, De alim.; 1. 4i , S 6, D., XL, v, De fideic. lihert. Voy. de plus la note ad\. 1 , S 1; C. J., VII, 7, De comm,servomm manam., et Orelli, Inscr. n. 2792.

^ ■ Ut fere domestici et familiares medici , aegris corporibus non «qua optimum ac celerrimum estmedeniur, sed qua licet. » (Sénëque» 1)« const. sap. 1,1.)

Le service de la table. Quand Rome gardait son antique frugalité , Tesclave employé à préparer le repas était le dernier des esclaves; plus tard encore* lorsque déjà Finfluence grecque eut pénétré dans Rome, s'il fallait recevoir avec un peu plus d'appareil , on allait prendre le cuisinier, avec les provisions, au marcbé^: usage que Plaute pouvait emprunter à la pratique de Rome en son temps, conmie aux exemples de la Grèce ^. Mais depuis, on avait acheté des esclaves ; et, dans ces maisons organisées comme des républiques, le service de la table était toute une administration.

Il comptait le maître d'hôtel ( condm promus^ ) , les sommeliers [cellarii], les pourvoyeurs [penarii) et toute la hiérarchie de la cuisine : cuisiniers-chefs {archimagiri), cuisiniers [coci) et aides de cuisine [vicarii supra cocos )^;

^ « Nec coquos vero habebant in servitiis , eosque ex macello con- «ducebant.» (Pline, XVIII, xxviii, i.)

* Aulul II, IV, 236; cf.III,ietii;P5«ud.I,ii,i6i-i65.Cf.M.dc Pastoret, Du commerce et da luxe chez les Romains, Mém. Acad. des inscript, nouv. série , t. III , p. 3do. Dans ce mémoire et dans trois ou quatre autres consacrés au même sujet , l'auteur a touché à presque tous les détails de la vie privée des Romains, un peu trop confusément peut-être.

' Dans une maison moins complète, ïecondas promus remplissait les (onctions d'intendant général (Plaute, II, ii, SgS) :

Condus promus sum , procarator peni. — Quasi le. dicas atrienscm. — Imo atriensi ego impero. — •Quid tu serves ne es an Uber ? — Nunc quidem etiam servie.

^ t Âdspice culinas nostros et concursantes inter tôt ignés coquos « nostros : unum videri putas ventrem oui (anto tumultu comparatur -«clbus. » (Sén. Ep. cxiv, 24) Cf. xxxvii, 6.

ceux qui entretenaient le feu [focarii], les boulangers et mille artistes en pâtisseries ^ ; car ces fonctions , jadis inconnues ou méprisées, étaient devenues un art que Ton payait sans regarder au prix^: dès le temps de Marius on traitait de sordide celui qui ne mettait pas plus d'argent à un chef de cuisine qu'à un chef de ferme ^. Venaient ensuite les esclaves chargés des invitations ( invitator, vocator)^, le chef de salle (tricUniarcha) ^ ceux qui dressaient les lits {leçtistemiatores) t qui préparaient la table, édifiaient le festin [straciores); le découpeur (scùsor)^, important personnage : Tanatomie culinaire avait à Rome ses docteurs "^ ; et ceux qui distribuaient le pain ou les viandes [dirihitores, carptores), ceux qui goûtaient les mets avant de les offrir aux convives {prcegustatores) ^; de jeunes esclaves

* 9iPistores,placentarii, offarii, libarii, honitarii, crastularii, dulciatirii,* Voy. Sén. Ep. lyi, 3, etc.

' ■ Nec pistons nomen erat nisi ejus qui ruri far pinsebat. » ( Varron, I, De vita popul. rom, ap. Non. v. pinsere.) Cf. Festus, v. cocus. — « Tum coquus , vilissimum antiquis mancipium, et aestimatione et usa «in pretio esse , et quod ministerium fuerat, ars haberi cœpta. » ( T. Liv. XXXIX, 6.) — « Pistrinanim operibus et caslaturis,» dit Pline, XIX, XIX, 4.

* Sali. Jug. 85.

^ Plante appelle calaior Tesclave chargé de fonctions analogues. (Rudens, II, m, aSa.)

* Orelli, Insc. n, 2884. Cf. Pétrone, Satyr. aa , p. 76.

* Pétrone , Satyr. 36, p. i53. Cf. Juvén. V, i23 :

Nec minime sane discrimine refert Que gestu lepores et que gallina sccctur.

' Discipulus Typheri doctoris, etc.

{/fcid. XI, 187.)

* C'est une attention que le rat de ville n a garde d oublier parmi

assis aux pieds du maître [ad pedes) pour accomplir ses ordres ou Famuser de leur badinage : les Égyptiens , les enfants nés dans la corruption d'Alexandrie, étaient. surtout recherchés pour leurs agaceries et leur babil^; et cette troupe choisie de jeunes serviteurs beaux de leur âge et de cet éclat où Tart se joint à la nature , couverts jusqu'aux épaules des boucles de leurs cheveux , jusqu'au genou d'une blanche et légère tunique dont les plis se jouaient mollement sur une lâche ceinture^ : distribués en plusieurs groupes selon leur âge, leur taille et leur couleur*, ils venaient verser le vin dans les coupes, ou répandre l'eau de neige sur les mains, et les parfîuns sur la tête des convives ^. Jadis on n'allait pas chercher

les politesses qui] fait au rat des champs, dans la fable racontée par Horace (Sat. II , vi, 108) :

Nec non vemaliter ipsis Fimgitur officiis , pralambens omne quod affert.

Il y avait encore des œnoptes ou inspecteurs du vin, chargés de veiller à ce quon en fit bon et copieux usage, selon l'interprétation d*Athénée (X, p. 425). Lucullus, au contraire, avait donné à l'un de ses esclaves le soin de Tempêcher de manger avec excès. (Pline, XXVIII, XIV, 4.)

' Pharia de puppe loquaces

Delicias.

(SUee, Syîv.V.i, 66. Cf. II, i, 7s.)

* ^tdxovot o^païot, Lucien, Gall. 11. pueri glabri. Inscr. Mus. Strozii, n. 2167, cité par Gori; crinîtus puer, Sén. Ep, cxix, S i5; capillati pueri, Pétrone, 70, p. 348.

^ «Transeo examina cxoletorum per nationes coloresque descripta, «ut eadem omnibus laevitas sit, eadem primae mensura lanuginis, ea- «dem species capillorum, etc.» (Sén. Ep, xcv, i4-)

* Ad cyatknmy pocillator, a lagena, etc.» (Pétrone, 3i , p. 119, et

bien loin les serviteurs de cette espèce : quelque en&nt de campagne, que sa jeunesse rendait moins nécessaire aux travaux, le fils du pâtre ou du bouvier, suivait le maître à la ville, et, dans les réunions d'amis, servait à boire; et Juvénal invitait encore à ces simples habitudes ^ Mais alors on faisait de ce service comme une décoration de la salie, et Ton demandait à toutes les contrées du monde les esclaves les plus rares : le noir Gétule , le Maure apprivoisé, comme les lions de Baccbus, les plus belles générations de laLyde, de la Phrygie ou de la Grèce^, pauvres enfants , qui , sous ce joug doré , trouvaient tant de misères et d'outrages'; et, pour ajoutera l'ivresse

70, p. 349.) — Vëras, après le festin , les donnait avec les plats aux convives. (J. Capitol. Ver. 5. )

' Plebeios calices et paucis assibus empto*

Porriget incultus puer atque a frigore tutus Non Phryx aut Lycius, non a mangone petitus Quisquam erit et magno. . . .

Pastoris duri hic est filius, iUe bubuld. Suspirat iongo non visam tèmpore matrem. Et casulam, et notos tristis desiderat hœdos.

(Juvën. XI, i45.)

^ Tibi pocula cursor

Gaetulus dabit, aut nigri manus ossea Mauri. . . . Flos Âsiœ ante ipsum , pretio majore paratus , Quam fiiit et Tulli census pugnads, et Ânci. . . . quodquumitasit, tuGaetulum Ganymedem Respice , quum sities. Nescit tôt millibus emptus Pauperibus miscere puer . . .

Maxima quœque domus servis est plena superbis. (JuT^n. V, 5a-65.)

Cf. Martial, IV, lxvi, 9, X, xcviii, 8. ' Sën. Ep, xcv, 24.

du festin, le^ chants ou les danses des jeunes filles de Gadès : car déjà la voluptueuse Andalousie 8*>était feit un renom, rival de l'éclat des contrées les plus fameuses par le culte de Vénus ^. A ces écoles {pmdagogia) composées avec tant de soin , formées par tant de raffinements pour les délices du maître {delioati) \ à cette brillante compagnie, polie par tous les arts et*comime vernie d'élégance*, le goât 'blasé de l'empire joignit les nains, les monstres, çtles farceurs grotesques*, pauvres hères qui excitaôctat plus de plaisanteries qu'ils n'en faisaient.

* T. Live, XXXIX, 6; Martial, I, xlii, 12. Cf. Jnfén. XI, 16a, et les usages de la Toscane. (Athén. lY, p. i53, <2.)

* Il est question de ces padagogia en maint endroit des auteurs que nous avons cités et du Digeste. Cf. aussi Spartien (âdr. 9) , parlant de Trajan. Ces enfants s'appelaient (^elicuB (Stace, iSylv. Y, Y, 66) , ou delicinm (Fabretti, Inscr, cl. I, p. 43-44) t ou encore (2«/ica/a5. Citons entre autres cette inscription :

EDTYCHETI. PCERO. | DEUGATO. B. M. | L. FCFIDIDS. 8P0RUS. | DOMI- ,

NOS. FECiT. I BREVis. YOLDPTAs. :| FUTT. (Oréïï , Intcript tl. 28o3.) Cf. n. 2804, 28o5 et 465o :

TYCHE DELICATÀ

HACHC MOTCIKHC METEXOTCA.

^ «Omnium deliciarum atque omnium artium puerulos,ex tôt ele- « gantissimis familiis lectos. » (Cic. II , pro Roscio Amer., 4 1 • ) — Cf. les puerisymphoniaci dont Cicéron parle encore, in Pison, 34 * et II in Verrem, II, 3 1 et III, 44.

^ Suétone dit de César : « Servitia recentiora politioraque immenso « pretio et cajus ipsum etiara puderet, sic ut rationibus quoque vetaret «inferri» (Cœs. 47); et d'Auguste : . . . .«modo taiis aut ocellatis nu- «cibus ludebat cum pueris minutis, quos facieet garrulitate amabiles «undique conquirebat, praecipue Mauros etSyros ; nam pumîlos atque « distortos et omnes generis ejusdem, ut ludibria natune malique omi-

Puis venait le service du dehors : cette foule d*esclaves qui faisaient cortège au maître, marchant devant, marchant derrière {atnteamialones , pedisequi), si peu solennelle que fût la sortie^; ou qui, le soir, venaient à sa rencontre et lui servaient d'escorte portant des flambeaux (îf8ov;^oi,Xw;tiwvx<>0^î ®^ c®* autres esclaves , instruments de corruption et de brigue, dont il se pourvoyait pour aller dans la foule , répandant Tor par leur entremise (distribvAor, tesserarius) , ou , à moins de frais encore , les salutations familières : Thabile serviteur soufBait au candidat les noms de ceux qu'il rencontrait {nomenclator,fartor) '. On

■ nis abhorrebat.» (Aug. 83.) Mais cette triste espèce n'en était pas moins recherchée de la société de ce temps-ià (Plut. De curios. lo, p. Sao) ; Pline, VIT , xvi, 3 : t minimus homo duospedes et palmum in «deliciis Juliae neptxs cjus fuit;w et, pour les bouffons , Lucien ( Convie. i8). Du reste, ces jeux innocents d'Auguste ne Tèmpêchaient pas d'introduire lui-même dans ses festins les histrions et les bouffons : «aut acroamata et bistriones, ant etiam triviales ex circo ludios inter- «ponebat, ac frequentius aretalogos.» (Ibid. 74.) Les acteurs (scenici artifices)^ les chœurs satyriques (aœrvpKrra} x^'P^'O ®^ ^^ bouffons [archimimi) avaient aussi leur place aux funérailles. (Suét. Cas. 84, et Vespas, 19; etDenys d'Halic. VIT, 72.)

^ Ce qu'il désapprouvait, c'est qu'il faille que des esclaves précèdent leurs maîtres, les avertissent de regarder à leurs pieds quand ils doivent monter ou descendre, et les fassent ressouvenir qu'ils marchent. (Lucien, Nigrinus, 34. Cf. i3, t. 1, p. 33 et 48 de la trad.) Paul parie aussi de cvrsores, parmi les vemœ, comme d'une fonction spéciale. (L. 99, S 5, D., XXXII, I, De légat.)

* Non rediit hac nocle e cœna iEschinus,

Neque servolorum quisquam qui advorsum ieraot.

[léT.Adt\pk.\,l, 1.)

M.. 7, S 5 , D. , XXXVIII , 1, De oper. Ubert. Cf Cic. ad Att, IV. 1, et

louait, du reste, « des troupeaux d'amis^, » et ron avait un esclave pour en tenir registre ^.

La femme aussi avait ses esclaves à elle. Ce n'était pas seulement son esclave réservé^, son esclave dotal, inviolable comme la dot, et qui allait souvent, dans la confiance de la fenmae , plus avant que le mari^. C'était toute une maison dans la maison : Bôttiger a consacré un ouvrage entier à la décrire^. L'appartement des femmes avait aussi ses portières et ses gardiens; des eunuques, gardiens souvent suspects :

surtout Pro Marena, 36; Sén. De benef. 1,3, etc. Les plus ridicules sont ceux qui, pour saluer les personnes, emploient la voix d^un autre homme, et veulent qu'on se contente d'avoir obtenu d'eux un simple regard. [Lucien, Nigrinus, 21, t. I, p. 38.) Ceci rappelle fort l'étiquette moderne , qui prescrit à chacun de faire distribuer des cartes dans le cercle de ses connaissances, au jour de l'an.

' . * .amicos et grèges tc^tomm.

(Martial , Epigr. II , lxxit, 6. )

Cf. ibid. LVii, 5, et Juvén. X, 44:

Hinc praecedentia longi Agminis officia et niveos ad firena Quintes , Defossa in loculis quos sportula fecit amicos.

* Kalendaria anùcorum. (Pignori, De servis), - ■ ^ Receptitius. (Âul. Gell. XVII, 6.) C'était un esclave qui ne tombait pas dans la propriété, ni même dans l'administration du mari. Dotalem servom Sauream uxor tua Adduxit , quoi plus in manu sit quam tibi.

(Plant. Asin, I, i, 70.)

Cf. Âpul. X, p. 227.

^ Sabine, ou la Matinée dane dame romaine. Cf. M. de Pastoret , Mémoires cités, p. 367 et passim

Quis custodiet ipsos Custodes ' ?

des silentiaires^ ( c'était pour faire régner le silence au dehors); tout ce que réclamaient la naissance et les premiers soins des enfants: sage-femme (ohstetrix) , garde (ois^^^ùr), nourrice [nuirix] , berceurs (cunarii) , porteurs {hajuli,gerali), nourriciers {nutritores,nutricii)... On voit quel succès avait obtenu dans les nouveaux gynécées le conseil adressé par le philosophe Favonius à une noble matrone, de nourrir et d'élever ses enfants^ ! Puis venaient les femmes employées aux soins intérieurs ; et le vieillard de Plante leur marquait la besogne : « filer , moudre , fendre le bois , faire la tâche, donner du balai et. . . recevoir du bâton ^.» Il y avait toujours, dans les appartements des femmes, des esclaves occupées à filer (quasillariœ) , à tisser [texlrices)^ à coudre [sarcinatrices] ; et les dames romaines présidaient encore à ces occupations : Plante en témoigne dans ses comédies; Virgile, dans ses comparaisons poétiques ou dans ses descriptions champêtres^. Mais un nouvel esprit y dominait, et il attirait tout ce travail au service des besoins qu'il avait fait naître. C'étaient des femmes employées aux vêtements [vestiplicœ), sous la direction d'une inspectrice de la garde-robe (vestispica)^;

* Juvén. VI, 347. — * Sénèqucy fait indirectement allusion. [Ep. xLVii, 2.)--*Aul. Gell. XII,i.

* ... JEdeis verrat , vapulel.

(Plaute, Merc, II , m , 390.)

^ Plaut. Menœchm. V, 11, 708; Virg. ACiieid. VÎJI, 4io, el Geoiy. I, 390. — •* Quinlil. Declam, cccLXXiii, et Piaule, Trin, II, i, 32 4.

d'autres qui se partageaient entre les détails infinis de la toilette : la coifiure , le talent de teindre les cheveux et de souffler sur leurs boucles une fine pluie de parfums [ciniflones)^; tous les mystères de cet art si ingénieux

A réparer des ans Tirréparable outrage ,

rendre au visage le poli et l'éclat, peindre les sourcils au naturel, poser les dents (une esclave les rangeait chaque soir dans leur écrin)^ ajuster la parure*; et mille autres petits services de tous les instants : agiter l'éventail , tendre l'ombrelle ou porter les sandales^; on a l'inscription d'une esclave chargée du soin de la petite chienne de Livie^. Les femmes faisaient élever aussi des troupes de jeunes esclaves: enfants, elles aimaient à les voir se jouer nus autour de leur table, égayant le repas de leur babillage^; plus grands, elles les réservaient à l'appareil de leur sortie. Le vieillard de Plante, que nous citions plus

* Le mot se trouve dans Horace, Sat. I , ii, 97 , et Tinterprétation dans Bôttiger, Sabina.

^ « Les deux tiers de la personne restent pendant la nuit dans une boite,» dît Martial, cité par Bôttiger [Sahina], Martial disait davantage ( Ep. IX, XXXVIII , 3 ) :

Nec dentés aliter, quam serica, nocte reponas ; Et jaceas, centum condita pyxidibns.

^ Omatrices, Ce titre de fonction figure dans les inscriptions. (Orelli, n* 2878, etc.) ^ Flahelliferœ , umbelliferœ , sandaligemlœ.

^ OSSA I AURE^iliE LIVIiE AU6. | SER. A CUR. CATELLiE | AURELIUS

ERGS I osTïAR. (Grutcr, p. 578 , n" 5.) '

^ TlouSiov Tf TÔv ^td^poùv, oïa al yvvouxes yvftvà ws tsXi^dei âB^povaeu rpé^ovfftv, (Dion Cass. XLYTII, 44, p. 56o , U 62.)

haut, cherchait, pour escorte , à la mère de famille, uiie brave et laide filte, une virago da pays des hommes de peine (la Syrie, TÉgypte), occupée d'ordinaire aux gros ouvrages : la beauté avait des scandales dont il ne voulait pas ^. Mais les matrones voulaient bien moins encore de ces vilaines figures à leur suite. Déjà s'était bien accrue parmi elles cette envie die briller qui avait &it, contre la loi Oppia, une émeute de femmes, et triamphé du sévère Caton. Ce qui» peutétre, au tenq)s de Plante, n'était encore qu'un vœu ou qu'un essai ^, devint, en peu de temps, un usage de tous les jours et de presque toutes les grandes fispnilles^. Une sortie était poitr les matrones la meilleure occasion d'étaler en public la magnificence de leur maison et la délicatesse de leur goût. Le cortège se composait donc de l'élite des esclaves : courriers et valets de pied féminins {aiUeambulatrices, pediseq^œl, messagers, émissaires de courtoisie (salutig-eruli, paeri internuAciï), de beaux jeunes geus, aux cheveux él^aiument

* ... Ego emero matn tu»

/VnciUam viraginem aliquam non malam , forma mala , Ut matrem addecet &milias. aut Syram aut ^gyptiam. Ea molet, conficiet pensum., pinsetur flagro, neque Propter eam quidquam eveniet nostris foribus flagitii.

{ Plante , Menai, II , m , ^07 et suiv. )

' Ënim mihi quidem aequom *8t purpuram atque aurum dari,

Ancillas. muios, muHones, pedisequos, Salutigerulos pueros, véhicula qui vehar.

(Piaule, i4a/a^ III, ▼, 456. }

^ * Quoties occurril domus splendida , cohors culla scrvorum , lec ntica formosis imposita caionihus. » (Sén. Ep. ex, 16.]

bouclés et frisés, comme gardes d'honneur (asseclœ calamisirati, cincinnatali) , et un choix parmi tant de cochers ou de porteurs afiFectés aux divers modes de véhicules : chaises et litières, chars et carrosses, mules et attelages de toutes sortes^. Le général d'armée, au jour du triomphe, traînait, après son char, les captifs de la nation vaincue;— toutes les races du monde figuraient auprès de la litière de la matrone : comme porteurs, des Cappadociens ou des Syriens robustes^, et même des Mèdes^; plus tard , des barbares du Danube et du Rhin; à côté, des Liburniens, tenant des marchepieds, et par devant, comme courriers, des Numides, des Mazyques, à la peau d*ébène> dont le noir mat faisait mieux ressortir ces plaques d'argent suspendues sur leur poitrine et marquées sans doute au nom et aux insignes delà maîtresse qui les possédait^. Quelquefois, pour firapper parle nombre, elles y entraînaient la maison entière, une armée, dit Juvénal^: car rien ne coûtait à leur manie de briller; et, dans leurs jours de domination, elles attiraient à elles toute la fortune du

' MuUones, junetores, caihedraUtii , Ucticarii, rhedarii, carrucam, hasternarii

* . , . . . genus qaod patientissimum 'st.

(Plante, Trin. II, it, 499, «^0

Cf. Péiron.Safyr. 63, p. Siy, Martial, IX,xxm, g, et Juvén. VI, 35o : . . . quœ longorum vehitur cervice Syrorum.

' Juvén. VIT, i32.

* Sén. Ep. Lxxxvii, 8; cf. cxxiii, 6; Lucain, IV, 68 1 ; Pétrone, 28 , p 1 00 ; et Bôttiger, Sahina.

^ Balnea nocte petit , couchas et ca.stra moveri

Nocte jubet.

(Juvén. VI, Ug.)

mari, tout son dcfmestique, de pleines chambrées d'esclaves :

.... pueros omnes, ergastula tota ^ .

L'influence de la richesse avait sufli pour étendre et multiplier à ce point ces branches diverses du service privé; l'influence particulière de la Grèce fit naître d'autres fantaisies ou d'autres besoins. On voulut être lettré, on eut des secrétaires ; et il y eut, dans les grandes maisons, des bibliothèques et tout le personnel que réclamaient le rangement, la conservation , la confection des livres : gardes, annotateurs, écrivains, copistes 2, avec d'autres esclaves en sous-œuvre, les colleurs, batteurs, polisseurs, pour préparer le papyrus ou le parchemin'. De plus, il fallait se mettre en état de tirer parti de ces

^ Juvén. VI, 149; cf. Sén. Ep. xxxi, 9. Dans Tescorte que Milon emmenait avec sa femme à sa villa, il y avait des musiciens et des troupes de suivantes (paeros symphoniacos nxoris et ancUlaram grèges). Il devait y avoir aussi un certain nombre d^hommes robustes, comme le prouva Tissue de la rencontre avec Glodius. (Gic. pro Milone, ai.)

* Bïblioihecœ, mmgnostœ, amanuenses,scriptore8, notarii, Uhrarii. Voy Gomél. Népos, Pomp, Au. i3, etc. Gicéron parie de ce bibliothécaire infidèle , coupable d'un double vol en se dérobant à son maître avec une partie des livres qui lui étaient confiés. (Aà Div, XIII, 77.] Les inscriptions mentionnent fréquemment les esclaves de cet ordre : LiBRARius (Orelli , n. 3878); librarius ad bianum [ibid. n. 2874);

LITTERATUS GR^CIS ET. LATINIS LIBRARIUS PARTES DIXIT CGC. ( Ihid.

n. 2872.) Gette dernière circonstance doit faire conjecturer qu'il s*agit d'un affranchi.

' Glatinatores , malleatores , pumicatores. Nous ne donnons que des noms ; on trouvera des détails intéressants sur tout ce qui regarde la confection des livres dans la lettre lxxxix de Rome aa sihle d'Augnsie, par M. Dezobry, t. III, p. 4io et suiv.

richesses. A la simple et mâle éducation de la famille, on substitua Téducation étrangère : pédagogues, précepteurs et niai très de toute sorte s^emparèrent de lenfant, maîtres de nom, mais vraiment esclaves; et leur9 élèves le leur faisaient bien voir. Du reste, quand on avait mal profité de ces leçons, si mal reçues, on pouvait acheter de l'érudition toute faite : comme on avait des secrétairesi, on eut aussi des savants en propre^. Le riche Sabinusqui, sans savoir même retenir les noms d'Achille , d'Ulysse et de Priam, prétendait à l'érudition, avait imaginé d'y pourvoir par des esclaves dont la science fut à lui conune toute autre partie de leur pécule. Il en acheta donc à grand prix, l'un qui savait Homère, l'autre Hésiode, et neuf autres qui se partageaient les neuf lyriques. Il les paya très-cher, et cela n'a rien d'étonnant : il ne s'en trouvait pas» de rencontre; on dut les £adre sur comioande (non invenerat, faciendos loeavit). Ainsi pourvu, il les tenait à ses pieds, près de la table , et se faisait souffler des vers qu'il jetait, à tout propos, à ses convives, fort maladroitement , comme on le devine, et le plus souvent estropiés. Un plaisant lui conseillait d'avoir aussi dés grammairiens analectes (qui recueillent les fragments); et, comme il disait que ses esclaves lui avaient coûté un million. — «Que n'as-tu acheté, lui dit un autre» autant de boites à livres? » Mais notre amphitryon avait

* Paeri litteratissind (Corn. Nép. Att. i3); servi litterati, à qui Serv. Galba dictait d'ordinaire (Cic. Bratas, 2a), et ce fameux Tiron «quo « . . . . adminiculatore et quasi administro in studiia iitterarum Gicero «IU5US est.» (Âulu-Gelle, VJI, 3> p. 378.) — Mais il appartient à la classe des afifranchis où nous le retrouverons plus tard.

la conviction intime qull possédait réellement tout ce qu'on savait dans sa maison^.

Les femme» aussi se piquaient de cette science, chère, mais &cile. Elles achetaient ou louaient un philosophe, comme une sorte de livre parlant qui dispensait de lire , se faisaient faire quelque dissertation morale, non sans l'interrompre parfois pour répondre à un billet galant, et prenaient le moraliste, avec leur nain et leur singe, dans la voiture qui les menait à quelque rendez- vous ^.

n en fut de même des beaux-arts : les premiers qui en dérobèrent le secret à la Grèce se firent admirer de Rome ; et, parmi eux, on compta des noms des plus illustres familles, un Fabius qui peignit le temple du Salut,

' • nie tamen in ea opinione erat ut putaret se scire quod quis- • quain in domo sua sciret.» Sén. Ep, xxvii, 4, seq. Un autre plaisant lui conseillait de s occuper aussi de la lutte. — fEh, le puis-je? A peine ai-je un souffle de vie. — Quelle excuse! n*avezvous pas là une foule de robustes esclaves ? »

' • Elles croient que rien ne relève plus leurs attraits que de s*entendre dire qu^elles sont érudites et philosophes , que leurs vers et leurs chansons le cèdent de bien peu aux vers de Sapho. En conséquence , elles promènent partout la troupe mercenaire qu^elles tiennent à leurs gages, et leur cortège n*est composé que de rhéteurs, de grammairiens et de philosophes. Ce qu*il y a de plaisant , c'est qu*elle8 ne prennent de leçons quau moment de la toilette, pendant qa*on tresse leur chevelure : le reste de la journée, elles n*auraient pas assez de loisir., Souvent, tandis que le philosophe traite à fond quelque question de morale, survient une jeune esclave qui s*approche de sa maîtresse et lui remet un billet de la part de quelque galant. Les discours sur la sagesse demeurent suspendus, et ce nest qu après avoir fait réponse à son amant quelle revient les entendre, etc.» (Lucien, De merc, cond. 36 , t. Il, p. 181 de la trad. Cf. 34, etc.)

124 PARTIE II, CHAPiTRE III.

Tan àbo de la ville (3o3 avant J. C] , et fut surnommé Pictor, Mais, quand la Grèce vaincue laissa tomber dans Tesclavage tant de maîtres plus habiles que les maîtres de Rome, ce travail déchut aussi dans la considération publique ^ On laissa l'art, on prit l'artiste: l'architecte pour élever l'édifice , le peintre et le sculpteur pour l'embeUir et l'orner de leurs œuvres.

Aux esclaves consacrés à ces besoins plus ou moins réels, plus ou moins sérieux, il faut joindre les esclaves employés aux affaires : les procurateurs et agents désignés par la nature même de leur mandat^; ceux qui tenaient les comptes, qui prêtaient sur gages ou sur caution'; les esclaves chaînés de tel ou tel négoce, marchands de bœufs, de chevaux, etc.*; les patrons de bateaux [exercitores) ; les colporteurs [circitores) ; les commis de boutique (iratitores) : et qui pourrait faire le partage des esclaves et des hommes libres dans l'exercice de tant d'arts et de professions usuelles, depuis ces industries étrangères, importées de la Grèce avec leurs ouvriers, et dont Plante nous fait déjà le tableau^, jusqu'aux soins les plus vulgaires,

* Pline, Hist. nat XXXV, vu, 1-2.

* Procurator, actor — omamentorum, villaram, insularis,

^ Ratiocinator, calcuîator, argentarias , pignorius, mensœ prœpositas. Voy. l. 4o . S 8 (Scœvola) , D. , XL , vu , De statuUb.; 1. 1 2 , S 9 (Uip.) , D. , XXXIII, VII, De instr. vel instram. ; Colum. I, vu, 7 ; Pétrone. 95, p. 456. On trouve aussi ces noms fréquemment dans les inscrip tions : un esclave nPAFMATETS érige une statue à son maître. (Bœckh, Corp. inscr, n. 368o.] Quelques-uns étaient affranchis , mais beaucoup aussi restaient esclaves.

* Negociatores boarii, pullarii, etc.

^ « A présent , il n*y a pas de maison de ville où Ton ne trouve plus

jusqu'à ce barbier qui d'esclave devint chevalier par la faveur de sa maîtresse ^? Enfin ceux dont on louait, selon Tusage de la Grèce, le talent ou le savoir-faire, esclaves artisans ^ et aussi esclaves de luxe ; quelquefois ce brillant

de chariots qu'il n y en a dans celles des champs. Mais ce train est fort modeste encore , en comparaison des autres dépenses. Vous avez le foulon , le hrodeur, le bijoutier, le lainier, toutes sortes de marchands, le fabricant de bordures pailletées, le faiseur de tuniques intérieures, les teinturiers en couleur de feu, en violet, en jaune de cire, les tailleurs de robes à manches, les parfumeurs de chaussures, les revendeurs, les lingers, les cordonniers de toute espèce pour les souliers de ville, pour les souliers de table, pour les souliers fleur de mauve. Il faut donner aux dégraisseurs, il faut donner aux raccommodeurs , il faut donner aux faiseurs de gorgerettes , aux couturiers. Vous croyez en être quitte; d autres leur succèdent. Nouvelle légion de demandeurs assiégeant votre porte; ce sont des tisserands, des bordeurs de robes , des tabletiers. Vous les payez. Pour le coup , vous êtes délivré. Viennent les teinturiers en safran, ou quelque autre engeance maudite, qui ne cesse de demander.» ( Plante, ilalaiar. III, V, 46 1 , trad. de M. Naudet. Cf. Trinamm, II, iv, 364. Pour les divers détails du commerce et de l'industrie à Rome , voir les mémoires de M. de Pastoret, et particulièrement le troisième (itf^m. Acad, des inscriptions, nouv. série, t. V, p. 92 et suiv.).

* Qui tonsor fueras tota notissimus urbe ,

Et post hœc , dominae manere, factus eques.

( Martial , Epigr. VII , lxiv , i . )

* Varron , I , xi , 4* H est fait allusion à ces esclaves de louage dans Plaute, Asin, II, iv, 424 (mais c'est peut-être ici un emprunt du grec) et dans les lois de l'empire : « Servum vero artc fabrica peritum, qui «annuam mercedem praestabat, instrumento villae non contineri. » (L. 19, S i,D*, XXXIII, VII, De instr, et instram, leg,) , et dans la loi 1 2, S 8, eod. : • Servi , si aliqua parte anni per eos ager colitur, aliqua parte «in mercedem mittuntur, nihilominus instrumento continentur. » Une

126 PARTIE II, CHAPITR^MII.

cortège, qui donnait à la vaniteuse* i|»MÎQÇrité les dehors de Topulence ^ , et cet appareil que récxfpxiaient extmordinairement ies banquets ou les fêtes dans les maisons de 3^ ordre : des cuisiniers , des chœurs de musique et de danse ^. Joignez-y ce trafic infâme dont vivait un consulaire, un Mamercu&'^Scaurus^ : ces jeunes filles qui finirent par être déda^ées*; enfin deux ou trois genres d'esclaves consacrés aux fêtes puUiques : les acteurs , les pantomimes, et, ce qui fut propre à Rome, les gladiateurs.

Ni la tragédie, ni la comédie, ne furent nationales à Rome, pas même cette sorte de comédie qui, prenant son sujet au peuple même, en fut nommée togata. C'était toujours une imitation plus ou moins rapprochée de Fart grec, une importation étrangère qui dut prendre au dehors ses moyens de représentation : on les demandait à

inscription rapportée par Orelli (n** 5o42) nous montre deux esclaves d^un certain Poilion loués, comme ouvriers, à un G. Domitius Rufus.

' Ut spectet iudos conducit Ogolnia vestem ;

Conducit comités , sdlam , cervical y arnicas , Nutricem et flavam, cui det mandata, pue&am,

(Juv«ln.VI,353.)

^ Postquam obsonavit herus et conduxit cocos

Tibicinascpe hts apud iornm.

(Plante, Auhl.ll, iv, a36.}

€f. Hor. Od, III , XIV , 2 1 , etc., Lucien , De mercede conductis, 1 8. Des inscriptions consacrentie souvenir de plusieurs musiciennes et joueuses de flûte, PSALTRU (Orelli, n" 2638 ); choraule (n* 2610 et 261 1 ). ' Sén. Defceiie/.VI,3i.

* . , .lenone suas jam dimittente paellas.

(Juvfin. VI. 137.)

Tesclavage^ Des esclaves étaient dressés paar tes principaux rôles. Parmi les mmes du moade ancien s'est conservé le tomfoeao d'tm comique de théâtre, et Tinscription ite lui ménage point son titre : stdpidus gregis^. Il y en . avait des troupes assorties (y compris le souflBeur*) , qui se veodaient ensemMe , et qui se rendaient de même , si l'action rédhibitoire pouvait s'appliquer à l'un d'eux *. Les maiires les conduisaient de ville en ville, s'entendaut avec les édiles ou les magistrats, ou avec les aspirants aux magistratures , pour organiser les spectacles ; et ils trouvaient toujours dans le lieu même , parmi les esclaves à louer, de quoi remplir îes r(Aes inférieurs^. C'est donc un esclave qui servait d'interprèle aux noisles inspirations de la tragédie, aux lîbres traits de la verve comique : contraste étrange, que la fiction faisait accepter, et où le moraliste . re*rouvait «une image trop commune de la vie réelle ^. Le

' Un -seul ^nre devint national , et put 6tre r^résenté par des ci- • toyens : les Atelîanes; mais aussi en excluait-on les esclaves: fQuod «genus ludorum abOspisexceptum tenuit juventus nec ab histrionibus «pollui passa est : eo institutum manet, ut adores AtellaDanmi nec t tribu moveantur, et stipendia, tanquam expertes Indicraeartis, faciant. » (Tite-Live,VII.2.)

* Orelli, Inscr. n** 2645.

' Enuntiator a scena GRiECA. On a aussi entendu, par ces mots, celui qui expliquait brièvement en latin la scène grecque. (Orelli, n. 261 4)

* «Quum ejusdem generis plures res simul veneant, veluti comœdi • vel chorus.» (L. 34, D., XXI, 1, De œdii edicto.)

* mibi atque voIhs res vortat bene

Gregique et dominis atque conductoribus.

(PlaatOt Afin. prol. a , et la note de M. Naudet.)

* Sén. Ep. Lxxx, 6-7.

poète lui-même se faisait un malin plaisir de soulever le voile de ces ornements, et de montrer Tesclave dans ce maître si hautain , la fille à vendre dans cette fenune pudique ^, et, en somme, sous les dehors de ces magnifiques personnages, une troupe d'êtires taillables à merci ^ (au sens colonial) . Ils riaient : et pourtant, à les regarder de plus près, on les aurait vus, sous ce masque empreint de la gaieté comique, jouer, selon la parole de Lucien, un tragédie pleine de tristesse et de douleur^.

La tragédie, trop idéale, pâlit toujours à Rome devant les scènes plus populaires de la comédie; mais la comédie elle-même ne sut pas captiver longtemps Tesprit romain. Ni les saillies de Plante, ni les grâces de Térence, ne soutinrent la lutte contre cet art nouveau, dont la muette et expressive pantomime parlait au^ yeux le langage des sens ^. On sait avec quel irrésistible entraînement le peuple se portait à ces représentations , dès le commencement de l'empire, et quelle prodigieuse fortune firent, au temps

' neque quidquam stupri ,

Faciet profecto in hac quidem comœdia.

Mox , Herde , vero post , transacta fabula , Argentum si quis dederit , ut ego subspicor , IJltro ibit nubtum , non manebit auspices.

(Plaut. CcuiR. fin da prologue.)

' Nemo exibit : omnis intus con£cient negotium.

Ubi id erit factum, ornamenta ponent : postidea loci , (}ui deliquit , vapulabit ; qui non deliquit , bibet.

(Plante, Cûfel. V, i, 5io.)

^ Kd vitoxptvà^uifov Ikap^ xai Kcofuxœ ^poodnstfi ftofXa isrepiasradTjf tivol Kcû ^évdovs yéftovtrav Tpa-yepSiav, (Lucien, Calumn. 24* )

* Il y a plusieurs inscriptions de mimes: verna hetologo. (Orelli, n' 2616. Cf. 2623, etc.)

d'Auguste, Balhylle et Pylade. Richesse, liberté, dignités même, la faveur du peuple ne refusait rien à ses protégés. Mais n'eut-elle point aussi ses victimes P On connaît f inscription de ce jeune enfant du Nord , qui « parât , âgé de douze ans, sur le théâtre d*Antihes, dansa deux jours et sut plaire^ . . . » Quel sort fatal le ravit si tôt et si loin de sa patrie, sous un ciel qui le conviait à vivre par tous les charmes d'un climat plus doux ? « /Z dansa deux jours et sut plaire. * Ces deux jours lui tinrent lieu d'une longue vie : ils ont donné l'immortalité à sa gloire et à son malheur. Des jeux. tout autrement meurtriers, et qui furent sans rivaux dans la faveur des Romains , ce sont les combats de gladiateurs. Ces jeux sanglants furent d'abord des jeux funèbres. Vers le commencement des guerres puniques, des Brutus les introduisirent pour la première fois à Rome , aux funérailles de leur père; et la nature se révolta, diton, contre cette profanation de la mort : une de ces pestes, si communes à Rome, fut rapportée au courroux des dieux, et le peuple chercha dans des cérémonies religieuses l'expiation du sacrilège 2. L'expiation faite, les jetix reparurent; la soif du sang avait éteint la superstition, ou plutôt elle la* transforma. On trouva facilement des dieux pour prendre sous leur patronage ces plaisirs du

' D. M. I PUERI SEPTENTRI | ONIS ANNOAUH XII QUI | ANTIPOLI IN THBATRO I BIDUO SALTATIT ET PLA | CUIT. (Gruter, p. 332, n* 4. Cf.

ihid.n'' 1.)

> «Nam gladiatoriam monus primum Romae datum in foro boario, «Âpp. C)aa<lio,M. Fulviocoss. dederuntM. et D. Bruti, funebri tne- «moria patrîs cineres honorando. • (Val. Maxim. H, iv, 7. Cf. saint Augastîn , De civitate Dei, IIT , 17.)

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