Ibid. p
5. L. 1 (Constance, 360), C. Th. Xt, xxif, De patroc. vicorum; 1. 3 (Valens, 368), eod.
274 LIVRE 111. GIIAPITRB Vil.
Libanius, furent renouvelées, avec aggravation de peine, par Arcadius : il menace et les patrons et les propriétaires qui cherchent une semblable défense, et prononce la confiscation de leurs biens^
Ce patronage qui, en certains pays, surtout en Egypte, put alarmer le pouvoir', ne suffisait point, d'ailleurs, généralement à la défense des faibles. Le secours était trop i loigné ; ils se trouvaient mal protégés, tant qu'ils restaient chez eux. Ils se réfugiaient sur les terres mêmes des grands, et Libanius signale encore cette tendance'. Ils venaient leur offrir leur propriété, leur travail , pour acheter, à ce prix, l'hospitalité de leurs demeures; ils y trouvèrent Vergaslulum : ce sont les origines libres du servage sous le nom romain de colonat. Salvien, dans ses éloquentes lamentations contre la tyrannie des magistrats, nous en retrace un tableau où il est impossible de ne pas le reconnaître. Il prend le fait dès le principe, et suit, pour ainsi dire, pas à pas, cette double déchéance du citoyen, dépouillé de la propriété d'abord, puis de la liberté :
(c Us se mettent sous la tutelle et la protection des grands ; ils se livrent à la merci des riches {dedititios) et passent en leur puissance et sous leur commandement. Mais ce qu'il y
i. « Ut si qais agricolis vel vicanis propria possidenlibus palroci- {{ nium repertus fuerit ministrare, propriis facultatibus exuatur. Ilis « quoque agricolis terrarum suarum dispendio feriendis.... • (L. 5 (399), G. Th., X[, xxiv.) Théodose le Jeune fait aussi allusion k des propriétaires « ... Ut patronorum nomen extinctum penitus judioetur. « Possessiones autem adhuc in suo statu constitutae pênes priores pos- « sessores residebunt. • (L. 6 (415), eod,)
2. Quoscunque autem vicos aut defensionis potentia aut multiladine « sua fretos publicis muneribus constitcrit obviari ...» (L. 3, eod,)
3. Kai ')fàp U Tûv dEXXuv àfpcâv ci; i^hi ou« (n t« TOiaiiTa û6pt^ '^OLuuu; xaroLXiirovTt; oùx ^Xt'yoi xal tsxvx, ^tpcvrxi irp^; t&6; îe^^^'*'^** UtUwÇf x^ç TWîWTouç icup-you; . . . (Liban. De pair oc, vicor. p. 512.)
a de dur et d'amer, c'est que les riches semblent ne défendre les pauvres que pour les dépouiller ; ils ne protègent leur infortune que pour y ajouter, parleur protection, plus de miséi^es. Tous ces prétendus protégés doivent faire à leurs protecteurs abandon de leurs biens, avant d'obtenir leur appui : et ainsi la tutelle, recherchée par les pères, dépouille les fils de l'héritage ; le secours donné aux parents réduit les enfants à la mendicité. Et ce qui est absolument insupportable, monstrueux, inconcevable* inouï, c'est que la plupart de ces malheureux, dépouillés de leur faible avoir, chassés de leur petit patrimoine, après avoir tout perdu, payent encore le tribut pour ce dont ils sont privés ; ils n*ont plus la possession et gardent la capitalion. Qui pourrait sonder Tablme de cette infortune? Des usurpateurs ont envahi leurs champs, et ils payent l'impôt pour ces usurpateurs. Aussi plusieurs, mieux avisés ou instruits par le malheur même, quand ils ont dû abandonner leur demeure, leur patrimoine, à l'usurpation du riche, aux exigences du collecteur, vont se réfugier sur les domaines des grands et se font les colons d'un maître plus fortuné. Et à l'exemple de ceux qui, chassés par la crainte de l'ennemi, se renferment dans les châteaux, ou qui, privés de la sauvegarde de l'ingénuité, vont chercher quelque asile à leur désespoir, exclus du rang et de la dignité de leur naissance, il vont se soumettre au joug humiliant de YinquilincU, Dans cette dure extrémité, ce n'est pas seulement leur fortune qu'ils ont perdue, c'est leur condition..., dépossédés de leurs biens et comme de leur propre personne, pci*dant tout avec elle, et la propriété et les droits mêmes de la liberté. Mais enfin, puisqu'une malheureuse destinée l'ordonne, ils auraient encore supporté cette condition, tout extrême qu'elle fûf, s'il n'y avait quelque
270 LIVRE m. CUAPITRE Vil.
chose de plus extrême encore. On les rcçoîl cumme ëlrangei*S| et ils deviennent, par le préjudice de leur séjour, comme indigènes; à l'exemple de cette puissante enchanteresse qui changeait les hommes en bêles, ceux qui sont accueillis sur le domaine des riches se voient comme transformés par un breuvage de Circé... Malgré les droits reconnus de leur ingénuité, ils se tournent en esclaves. Et nous, nous étonnons que les barbares nous entraînent en captivité, quand nous-mêmes faisons nos frères captifs'! »
Mais à ces misères de l'oppression intérieure, qui chassaient en détail ces tristes restes des petits cultivateurs libres dans les domaines des grands, s'ajoutaient les calamités des guerres du dehoi*s, guerres intérieures alors : rinvasion barbare venait y précipiter des populations tout entières. Les plaintes de Salvien, tout énergiques et véhémentes qu'elles soient, paraissent au-dessous de la réalité que la loi elle-même nous révèle dans ses vains efforts à y porter remède. La cupidité des riches épiait ces exilés et allait jusqu'à en réclamer la propriété légale, comme vagabonds ou fugitifs : « L'attente d'une invasion barbare dans les régions de l'Illyrie ayant forcé une foule nombreuse d'habitants à chercher une demeure étrangère, l'infatigable avidité des solliciteurs veut se jeter sur leur ingénuité et leur imposer injustement le joug de la servi-
1. SaW. De gubem. Dei, Y, 8 et 9, p 110-lil Saint Grégoire le Tliaumaturge fulmine contre le même abus : « On nous a rapporté comme arrivée dans votre pays une chose incroyable, même si elle venait des infidèles ou des impies et de ceux qui ne connaissent pas même le nom du Seigneur : c'est que plusieurs en sont venus à ce point d^inhumanité et de cjiiauté qu'ils retiennent de force des captifs qui se sont échappés. Envoyez des roes&igers dans la contrée de peur que la foudre no tombe sur ceux qui agissent ainsi. » (Grég. le Thaumat. Ep. canon. c. VI, ap. Labb. Conc. 1. 1. p. 839.)
tude*. » C'était peu encore : ceux qui éciiappaient à l'impatience des grands en tombant entre les mains de l'ennemi, leur revenaient par une autre voie. On les attendait au retour*, ou bien on les rachetait : on les tirait de la captivité pour les retenir en servitude. La loi encore nous fait connaître ce désordre ; et elle-même, tout en le condamnant sévèrement, n'y donnait-elle point un commencement d'exécution, lorsqu'elle obligeait ces captifs délivrés à un servage de cinq ans, pour compenser, par leur travail, le prix de leur libération'? mesure inspirée par une pensée humaine, sans doute, et qui n'aurait rien eu d'exagéré, si, dans les circonstances présentes, elle n'eût offert des facilités plus grandes à l'usurpation .de la liberté.
Cette usurpation de la liberté, que le iv' et le v* siècle
1. c Quum per Ulyricî partes barbaricus speraretur incursus, nu- « merosa încolarum manus sedes qua)sîvit extemas, in cujus ingenui- « latem adsidua solet libido grassari eique in licite jugum servitutis c imponere. • (L. S5 (408), G. Th., X, x, De petilion.) — Ciaudien témoigne de la désolation permanente de ces contrées, en rapportant à Stilicon l'honneur bien douteux, bien éphémère au moins, d*y avoir niis un terme :
Inque sucs tandem fines redeunte colono» niyricis iterum ditabitur aula tributis.
(De laud. Siilick. U, 206.)
2. c Diversarum homines provinciarum , cujusiibet sexus, condi- < tien», «taiis, quos barbarica feritàs captiva necessitate transvexerat,
• invites nemo retineat, sed ad propria redire cupientibus libéra ait
• faculUs. • (L. 3 (409), C. Th., V, v, De poilHminio.)
3. « Exoeptis iis quos, barbaris vendenlibus, emptos esse dooebitur, « a quibus status sui pretium, propter utilitatem publicam, emptori-
• bus sequum est redhiberi, » etc. {Ihid,) S. Jérôme flétrit la conduite d'un gouverneur romain d'Afrique qui recueillit les familles cliassées de Rome par la conquête d'Alaric, et trafiquait du mariage de leurs filles. (Hieron. Ep, xclyii, ad Demetr. De virg. eervanda, t. V,
V% LITRE lil. CUAPITRE VII.
nous dévoilent dans tous leurs monuments, n'est pas un fait nouveau dont la responsabilité appartienne à cette seule époque de Tempire. Le colonat apparaît tout constitué avec son caractère d'obligation et de contrainte dès les premières lois du Code Thëodo$ien^ C*cst un droit qui commence à s'écrire : ce n'est pas un fait qui commence. Les Bagaudesi ces ancêtres de nos Jacques, étaient des hommes libres, déjà réduits à cette condition de dépendance, dès le règne de Dioctétien, et sans doute bien avant lui*. Le mal datait de loiui en effet. Ces terres que les grands enlevaient au travail du petit colon attiraient peu la classe moyenne ; car, dans le déclin de la culture, une telle possession, toi]ùours enviée de la vanité qui n'en voulait rien faire, répondait mal aux vœux de ceux qui prétendaient tirer parti de leur argent. Alexandi^e Sévère a^iit même donné de l'argent à ceux qui n'en avaient pas pour leur faire acheter des terres dont le revenu devait seul servir au remboursement de cette avance' ; mais Pertinax avait offert des biens en toute propriété, dans l'Italie et dans les provinces, à la seule condition de les faire valoir*! et Aurélien prenait, à l'occasion des terres aban-
1. « Àpud quemcunque colonus juris alieni fuerit inventus, is non « solum eumdem orijpni su» restituât, verum super eodem capitalionem « temporis agnoscat. Ipsos etiam colonos, qui fugam meditanUir, in « servilem conditionem ferro ligari oonveniet, ut officia, qus liberis
congruunt, merito servilis condemnationis oompellantur implere. • (L. i (35S), C. Th., V, IX, ùe fugit colonit.)
S. c De Bacaudis nunc mihi sermo est, qui per malos judices et « cnientos spoliati, afOicti , necati, postquam jus roman» liberlatis
• amiserant, efiam honorem romani nominis perdiderunt. > (Salv. De 9ifà.M,V, 6, p.105.)
5. • ... Ut pauperibus plerisque sine usuris pecunias dederit ad
• agros emendos, reddendas de fructibus. ■ (Lampr. ÀUx. Sffer. SO.) Voir la note 74, à la un du volume.
A, kfn^Tw Tt KOI varrohroioiv W9%t fl^^v. (Uérodien, H, 4, § IS.)
données, des mesures que Conslantin lui-môme dut modifiera
Ce n'était donc pas Targent, c'étaient encore bien moins les terres, c'étaient les bras qui manquaient pour les mettre en culture ; et les princes avaient de bonne heure essayé d'y pourvoir. Vespasien faisait venir des habitants des montagnes de l'Ombrie et de la Sabine vers la cam-* pagne de Rome plus désolée'; et, les provinces ne suffis sant pas au recrutement des provinces, déjà Marc-Aurèlc profitait de la soumission des Marcomans pour les établir, non pas seulement dans ces contrées riveraines du Danube et du Rhin, où Tusage en était régulièrement suivi depuis Auguste (75), mais au cœur même de ritalie'. Après lui, Aurélien envoyait des barbares dans les champs depuis si . longtemps désolés de la Toscane^; Valentinien encore repeuplait les rives du Pô de tous les Allemands qu'il avait pris, par une nouvelle application du droit de la guerre, qui vouait les ennemis captifs aux rigueurs delà propriété*^! Les terres les plus fertiles, les plus enviées de Tancienne
i. • Quum divus Aurelianus parens noster civitatum ordines pro « desertis possessionibus jusserit convenir! , et pro his fundis qm invec nire dominai non poiuerunt .,. » (L. i (Constantin), G. J., XI, Lvin, De omni agro déserta,)
1 Suét. Yeipas.i.
3. c... Plurimis in Italiam traductis. b (J. Capitol. M. Aur. 22^ Cf. Dion Cass. LXXI, ii, p. 1185.)