‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 106 sur 196 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

DOCTRINE DES PÈRES DE l'ÉGUSE SUR l'eSCLA^AGE : DE l'eSCU- VAGE PARMI L£S CHRÉTIENS ; EFFORTS DES PÈRES POUR LE MO- DIFIER.

Les maximes établies par l'Évangile, en fayeur des esclaves, n'avaient point attendu Tavènemenl du christianisme comme religion de l'empire, pour se révéler au monde romain; et nous avons pu signaler comme un reflet de leur influence jusque dans les régions les plus éloignées de rËglise : dans la philosophie qui en dédaignait les principes, dans le droit qui en condamnait l'application. Elles se pratiquaient dans la vie obscure des premiers chrétiens, parmi les rigueurs de cette persécution qui les frappait, libres et esclaves; elles y trouvaient plus d'une occasion de se proclamer au tribunal des juges; elles eurent d'autres moyens de se poser au grand jour et de se répandre, par les écrits destinés à mieux faire connaître la loi proscrite au pouvoir aveuglé. C'était, sans contredit, un terrain où la religion^ la philosophie et le droit pouvaient se rapprocher et devaient s'entendre. En attendant que le temps pût accomplir cet accord, les premiers défenseurs de la foi suivirent absolument la route marquée par les apôtres.

Us proclamaient Tégalité des hommes. Saint Justin, au

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début de sa seconde Apologie, rappelait courageusement aux Romains ces principes oubliés de la fraternité universelle, devant les supplices des martyrs qu'il devait partager bientôt 9 comme pour sceller son témoignage de son propre sang^ Minutius Félix, TertuUien et tous ceux qui ont écrit dans cette période où l'Église a surtout souffert, invoquent de même cette communauté de nature, celle communauté de patrie dans la république du monde, en un langage familier à la philosophie, mais qui trouvait parmi les chrétiens, avec une sanction plus haute et un sens plus complet, une application plus sérieuse*. Devant ce droit commun des hommes, fondé sur le droit divin, le prétendu droit des gens n'était plus qu'une monstrueuse injustice : « Dieu a-t-il donc mis des âmes au monde, s écrie Arnobe, pour prendre et détruire les cités ou les opprimer et les enchaîner au joug de la servitude, pour donner à l'homme pouvoir sur l'homme par un renversement des lois de naissance'? » Les dernières ombres de

1. Justin. Apolog. II, i, p. 88 (Paris, 1742). Nous nous servirons en général, pour les Pères de TÉglise, des éditions des Bénédictins.

â. a Omnes tamen pari sorte nascimur, soia virtute distinguimur. » (Miaut. Félix, OctaviiUy p. 343.) — t Unam omnium rempublicani

• agnoscimus mundum... Fratres autem vestri sumus jure uatura;,

• matris unius, etsi vos parum homines, quia mali fratres, etc. > (Tertull. Apolog. adv. GenUê, c. 38 et 39, p. 30-32, Paris, 1675.) Si Ton fait une différence entre les maîtres et les esclaves, elle tourne à la confusion des premiers : t Otcz aux femmes leurs ornements, aux maîtres leurs esclaves, en quoi difl'éreront-ils des esclaves achetés, quand ils en ont la démarche, les dehors et le langage? Ils en diffèrent pourtant en ce point qu'ils sont plus faibles que leurs esclaves et que Téducation a énervé leur constitution. > (Clem. Alex. Pœdag. 111, 6, t. 1, p. 374, 1. 3. Oxford.)

3. ..•€ Idcirco animas misit, ut... expugnarent atque everterent civi-

• tates, servitutis opprimèrent et manciparent se jugo, et ad ultimum < fierentalterius altéra potestatis,nalalium conditionemutata.a(Arnob., Adv. gentes, H, p. 70. Lugd. Batav. 1051.)

de TAncien Testament s'effacent à la lumière de rÉyangile. Le droit de suprématie donné aux deux races privilégiées sur la race de Chanaan, d'où l'on a prétendu, même de nos jours, contre les lois de l'histoire, de la physiologie et du bon sens, induire, au profit des blancs, le droit d'asservir les noirs, est révoqué, quel qu'il soit, par le Testament Nouveau qui appelle toutes les races à Thèrilage commun du Christs Les noces de Jacob, père des tribus juives, image grossière du Sauveur, offrent à Justin le symbole de celte fraternité commune qui efface les litres mêmes de la naissance, et élève au même rang les fils de la femme libre et les enfants de l'esclave*; et il semble que le saint martyr ait Voulu poui*suivre, jusque dans leurs derniers détours, les sophismes de notre temps, lorsque, continuant la comparaison des servitudes de Jacob et du Christ, il ajoute : a Jacob servit encore Laban pour ces troupeaux tachetés el de diverse couleur; et le Christ aussi subit la servitude, jusqu'au plus vil supplice, pour toutes les formes et toutes les variétés de la race humaine, les rachetant de son sang divin, par le mystère de la Croix'.» Aussi, devant le proconsul, les martyrs échangeaient-ils de grand cœur les titres de leur condition sociale; l'homme libre se disait esclave, et l'esclave libre : esclave de Jésus-Christ, affranchi de Jésus-Christ\

i. Justin. DiùL cum Tryphoney 159 p. 230. Cf. 154, p. S26.

toxM^, nftvTtc ulol mX 6fA0Ti{ici iipvaot. (Ihid, 154, p. 226. Cf. 140, p. 250.)

3. É^ouXtuoty loxoiS tm Aâ6av dnip tûv pxvr&v xai icoXufAopf «v ttpip- {naTMv* J^ouXtuai xai ttiV p>^xP^ oraup'^ ^ouXttav é Xpioi^;, dictp Tâv I» ««vtô;

xTDos(fctvo; «ÙToûc. (Ihid,)

4. S. Maxime disait de lui-même: ilngenuus natus, servus vero Cbristi »,

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L'Église ne parla point un autre langage, lorsque la religion, publiquement adoptée par les princes, éleva les fidèles des misères de la persécution aux honneurs du pouvoir. Saint Jérôme, commentant les psaumes, rappelait la condition commune de tous les hommes^ ; saint Ambroise, leur fraternité et l'amour qui doit les unir, comme des enfants portés dans le même sein *• Grégoire de Nazianxe, révélant ses sentiments chrétiens des formes de Tancienne poésie morale, répétait que, dans la grande famille humaine, formée de la même matière et par le môme auteur, la tyrannie et non la nature avait voulu faire deux races *. Saint Basile exaltait cette dignité de rhomme fait à l'image de Dieu ^ ; et saint Grégoire de Nysse disait que ce sceau divin, marqué au front de notre premier père, se perpétuait jusqu'au dernier

et S. Evelpiste : « Servus quidem Gœsaris sum» sed chrisUanus a Christo ipso libertate donatus. » (Acta mariyrum tincera (D. Ruinart), p. 157 et 59.) Yoyez : Edm. Le Blant, Irucr. chrétiennes de la Gaule, t. I, p. i18 suiv.

1. c DqualUer omnes nascimur, et imperatores et pauperes ; asqua- « liter et morimur omnes : sequaiis enim conditio est. » (Hieron. m Pi. Lxni, § 4, t. Il, P. n, p. 353.)

S. € Eadem enim nature omnium mater est hominum; et ideo fra- « très sumus omnes una atque eadem matre geniti, cognationisque « eodem jure devincti. > (Ambr. De Noe et arca, xxvi, § 94, t. I, p. S67.) Après un passage semblable, il ijoute : < Et ideo quum simus « rationabiiis natur» soboles, tanquam uterini nos diiigere debemus « amore mutuo, non impugnare et persequi, • etc. (De Abraham, H, § i8, 1. 1, p. 324.)

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