‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 13 sur 196 · Sén. Ep. Tii · texte numérisé non relu

Sén. Ep. Tii

4. Ep, xcv, 33. Il décrit avec une énergie singulière , dans la lettre que nous citions plus haut, ces luttes des meridianiy placées, par maniére de passe-temps, entre les combats réguliers du matin, bétes ou gladiateurs, et les scènes des mimes qui finissaient la journée : «Quid- « quid nnte pugnatum est , misericordia fuit. Nunc , omissis nugis, « homicidia sunt; nihil habent quo tegantur;... omnia ista mortis « moTx sunt. Hane leonibus et ursis homines, meridie spectatoribus « suis objiciuntur . . . ; victorem in aliam detinent caedem. Exitus « pugnantium mors est; ferro et igue res geritur : hsec fiunt dura « vacat arena ... « Occide, verbera, ure ! Quare tam timide incurrit in « ferrum? quare parum audacter occidit? quare parum libenter mo- « ritur? Plagis agitur in vulnera,ut mutuos ictus nudis et obviis pec- « toribus excipiant. — Intermissum est spectaculum : intérim jugulen- « tur homines, ne nihil agatur. » (Ibid. 3-5.) C'est le même sentiment qui lui inspire ses réflexions sur les combats d'éléphants, introduits par Pompée .'^(Dc brevU, nUe, xiii, 6.)

maître : le maître le contesfaif, prétendant qu*un esclave ne pouvait faire que son devoir^ Sénèque le réclame au nom de la loi naturelle, qui ne refuse à personne la vertu ; il le réclame au nom du bon sens contre la logique du droit écrit' ; il le réclame au nom de l'intérêt du maître : refuser la bienfaisance à Tesclave, ne serait-ce point le renfermer dans le cercle étroit de son ministère? et parce que sa vie, comme ses œuvres, appartient à son maître, le dévouement, qui lui fait braver pour le salut de ce maître et les supplices et la mort même, ne serait-il que le strict accomplissement d'un devoir? a Prenez garde, d dit le philosophe, « qu il n*y ait dans ce bienfait d'autant plus de grandeur que l'exemple de la vertu est plus rare chez un esclave; d'autant plus de mérite que, malgré l'odieux du commandement et l'insupportable poids de la contrainte, Tamour du maître a pu vaincre, en une âme, cette haine commune de l'esclavage '. »

En maintenantà Tesclave le droit commun de bien faire, il imposait au maître le devoir de la reconnaissance. En toute circonstance d'ailleurs il lui défend la dureté et lui commande la clémence ; il lui parle au nom de sa dignité.

i. • BeneOcium, id est quod quis dédit, quum illi liceret et non « dare ; servus aulem non habel negandi potestatem ; ita non praestat, M sed paret; nec id se fecisse jactat, quod non facere non potuit. t (De benef. lU, 19.)

2. • Scrvos qui negat dare nliquando beneficium, ignarus est juris

• humani : referteniin cujus animi sit non cujus stalus. NuUi praeclusa

• virtus. Si non dat beneficium servus dom'no, nec régi quisquam

• suo, nec duci suo miles .... Potest serrus justus esse, potest forlis, <i polest magnanimus ; ergo et beneficium dare potest. • (De benef. III, 18.) c Quandiu praestatur quod a servis exigi solet, ministerium est : < ubi plus quam quod S(3rvo necesse est , beneficium. « {Ihid. 31 ; cf. VU. 4.)

S. \m. m, 19 ; cf. 22.

id LIVRE III. CHAPITRE I.

de son intérêt mémc^ ; il lui parle au nom de la justice et de riiumanilë : « Il est beau de commander avec modération aux esclaves et d'observer à leur égard la mesure, non de ce qu'ils peuvent impunément souffrir, mais de ce que permet l'essence même du juste et du bien.... Quoique tout soit permis contre les esclaves, il y a dans Thomme une limite posée par le droit comnDun des êtres doués de vie ; » et il voue à l'exécration publique la cruauté si connue de VédiusPoUion*.

Les raisons d'humanité qui le font pencher vers un traitement plus doux et plus familier dos esclaves, se produisent avec une remarquable énergie d'expression dans cette belle leltrc où il félicite Lucilius de sa conduite à l'égard des siens : « J'ai appris volontiers, » dit-il, ce par ceux qui me viennent de toi la familiarité dans la juelle tu vis avec tes esclaves. Cela est digne de ta sagesse et de ton instruction. Sont-ce des esclaves? Non, mais des hommes. Des esclaves? Non, mais des compagnons dévie. Des esclaves? Non, mais d'humbles amis. Des esclaves? Dis plutôt des frères en servitude, si tu réfléchis que la fortune a le même empire sur eux et sur toi'. » La question ainsi posée dès le

i. « Cum pare contendere ancepsest; cum superiore, furiosum; • cum inferiore, sordidum. » (De ira, II, 54.) « Iracundus dorainus « qiiosdam in fugam servos egit, quosdam in mortem : quanto plus « irascendo, quam id erat propter quod irascebatur, amisit. t (De ira^ III, 5;cf. I, 15;n, 25;m, 35.)

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