‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 142 sur 196 · Theodoret. HisL eccles, V · texte numérisé non relu

Theodoret. HisL eccles, V

6. Par exemple, tenir taverne (xxnuXGf, caupo) ; Tévéque doit rejeter les offrandes de Thomme tenant taverne (Gonst. apost., IV, 6, t. 1, p. 294), et cependant saint Théodote, depuis évêque d'Ancyre, en usait comme un prêtre de son apostolat : c ... Industria utens, cogitabat f quomodo caupona sua fieret portus salutis persecutionem patienti-» « bus. • (Acta martyr,, p. 355 et 356.} En honorant les métiers, les

devaient s'humilier devant ces élus de la grâce, sortis des rangs les plus obscurs ; et l'ouvrier supportait avec plus d'espérance ces misères, d'où l'on pouvait s'élever si haut'.

L'Église ne se renferma donc point dans sa Ihèorie de la liberté et de l'esclavage. Il ne lui suffit pas de prêcher la clémence aux maîtres, la résignation aux esclaves, et de faire tant d'efforts pour ramener aux conditions normaies de la fraternité chrétienne celle association contre nature, ou l'homme n'est plus qu'une chose entre les mains d'un homme semblable à lui. Elle travailla activement à la libération des esclaves; elle entreprit d^en supprimer les catégories les plus funestes à la vie de l'âme et du corps, d'en réduire le nombre, de le ramener à des proportions où il fût plus facile de rétablir les rapports d'une honnête familiarité, d'une salutaire influence, entre les maîtres et les serviteurs ; et, en même temps qu'elle voulait resserrer le champ de l'esclavage, elle cherchait à en tarir les sources par le rachat des captifs, par la libération des débiteurs, par tous ces secours de la charilé qui sauvaient les familles des trisles extrémités où la servitude venait les saisir à la suite de l'usure. Mais le plus

Pères ne laissaient pas de flétrir les fraudes qui trop souvent les honoraient. (Voy. Âug., Enarr. in psalm,<t lxx, t. IV, p. 1043-1043.) 1, Les patrons que les corps de métiers prenaient parmi les saints étaient généralement sortis de ces métiers mômes. — Saint Paolin parle avec vénération d'un jeune serviteur que lui avait envoyé Sulpice Sévère : « Servivil ergo mihi, servi vit, inquam ; et vn mihi miseroquod « passus sum ! servivit et peccatori qui non serviebat peccalo ; et ego «( indignusa servo justitiae ministrabar... Ipse vero quoiidie non solum « pedes meos lavare, sed et calceamenta, si paterer, tergere cupiebat, « avarus dominationis inlernse et idcirco corpore» servituiis impiger.., « £t ego Dominum Je^um in fratre Victore veneratus, quia ornni^ fl anima 6delis ex Deo est, et humilis corde cor Cbristi est. • (Paulin. Ep. uni, p. 122-i!25.)

L'EGLISE ET LA LIBERTE. ù^l

sûr moyen de ruiner Tesclavage, c'était d*assurer et d'étendre les ressources de la liberté. 11 fallait relever les classes inférieures, en leur rendant le travail avec la considération dont l'état servile l'avait dépouillé. Les rappeler au travail, c'était assurément l'intérêt suprême de l'empire ; et le pouvoir impérial avait paru consacrer tous ses efforts à cette fin. Il avait accepté parmi elles toutes les associations ; il s'en était saisi ; il les avait rendues obligatoires, héréditaires. Pour mieux les tenir à leurs fonctions, il en faisait une servitude : il les frappait du mal dont il les fallait guérir, si on les voulait faire vivre et prospérer. Le christianisme procédait autrement. 11 affranchit, il ennoblit lé travail : loi de servitude sous l'Ancien Testament, le travail fut une loi de charité et d'amour, depuis que le Christ l'avait voulu subir, depuis que les apôtres l'avaient voulu joindre aux travaux de leur mission. Le travail fut, à côté de la prière et inséparable d'elle, la perfection de la vie chrétienne; et, malgré toutes ses misères, la foi lui communiqua une force de ressort qui devait le faire dominer dans le monde, lorsque les servitudes de l'empire auraient cessé.

Ainsi, du moment où le christianisme eut révélé sa doctrine, la cause de la liberté avait vaincu. Le jour du triomphe devait se faire attendi^e, il est vrai; et déjà le signe du salut dominait dans le monde, qu'on l'attendait encore. Hais pendant ces retards forcés l'Église n'oublia point les esclaves; et, en même temps qu'elle leur préparait des ressources désormais honorables après l'aifranchissement, elle prétendait leur faire donner une place au foyer domestique, dans 1 éducation de la famille, dans l'estime publique ; elle réclamait pour eux tous les droits et les traitements de l'homme libre, sauf le droit de dis-

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poser de soi, que rhomme libre d'ailleurs cessa bientôt presque généralement d'avoir lui-même. — Cette position leur fut-elle réellement assurée? On a eu la preuve du contraire : et, en efTet, au point de vue des mailres, toute tentative de réforme est une usurpation : on y résiste ou on se range pour la laisser passer. Les maîtres proGtèrenl donc de la permission de conserver leurs esclaves : ib en usèrent souvent, sans s'inquiéter davantage des conditions mises à leur pouvoir; et ainsi, à lombre du christianisme, c'est l'esclavage ancien qui se continuait avec tous ses vices, avec son influence, funeste aux deux classes en même temps... N'eût-il pas mieux valu déchirer ce voile trompeur et renoncer à transformer un état si rebelle à toute réforme? Nul aujourd'hui n'hésiterait à répondre. Mais c'était peut-être soulever les esclaves, c'était le signal d'une lutte sanglante entre ces passions assez énergiques pour avoir résisté à tous les eflbrts de l'Église qui demandait, au nom de la foi, des concessions mutuelles. Les Pèi*es craignirent de jeter le monde dans cette confusion ; ils aimèrent mieux le conduire à la même fin, avec moins de péril et par un plus long détour : ils auraient crainl 4e désespérer de la grâce. Us attendirent donc, prêchant toujours la dignité de l'homme, la charité, l'humilité, la

douceur, la patience Que celui-là leur jette la première

pierre, qui estime avoir fait plus qu'eux pour la liberté ! Nous avons dit ^les efforts de l'Église pour améliorer, parmi les chrétiens, les rapports de maitre à esclave. Mais les empereurs étaient chrétiens et leurs résolutions faisaient la loi de l'empire. Un coup d'œil jeté sur le droit impérial, dans celte période, nous montrera quelle influence y exerça l'Église, et quelles furent les destinées de l'esclavage jusqu'au dernier âge du droit romain.

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