‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 49 sur 196 · Pline, Ep. UI · texte numérisé non relu

Pline, Ep. UI

3. • Apparet autem de eo nos colono diccre, qui ad pecuniam nu- « meratam conduxit, alioquin partiarius colonus, quasi societatis jure, « et damnum et lucrum cum domino fundi partitur. » (L. 25, § 6 (Gaîus), XIX, n, Locati conductiJ) Ces petits cultivateurs libres étaient souvent bien misérables. L*âne d'Apulée, acheté par un pauvre jardinier qui remploie à transporter ses légumes, ne trouvait pas même une litière sous son toit, et le jardinier n*avait pas mieux Thiver : • Quippe quum meus dominus prae nimia pauperlale ne sibi quidem, nedum mihi, posset stramen aliquod, vel exiguum, parare; sed frondoso casutae contentus umbraculo degeret... Mihi et ipsi domino cœoapar ac similis sed oppido tenuis aderat. (Apulée, Metanu lib., IX, p. 828 éd. 1604.)

i. Hnioire de la cml'milion en France, ii* leçon, (. 1, p. 52 (184ii).

perdre de vue. Nous avons retrouvé le travail libre aux origines de Rome, non pas seulement dans les soins de Tagriculture, dont s'honorait le patriciat, mais jusque dans les méliers de la ville, parmi ces étrangers et ces clients qui devinrent les plébéiens. Nous l'avons suivi, faible et souffrant, devant la concurrence de l'esclavage, à travers cette période éclatante où Rome épuisa sa propre race pour conquérir l'univers; et maintenant, vers le deuxième siècle de l'empire, il semble prendre un nouvel essor.... Quelles furent l'étendue et la portée réelle de cette révolution dont l'illustre historien décrivait les conséquences, laissant à d'aulres le soin d'en marquer le principe et les causes? quelles furent ces causes? C'est dans la situation nouvelle de l'empire qu'il les faut chercher.

Les révolutions de Rome à l'intcricur et au dehors avaient modifié les rapports des classes serviles et des classes libres. L'époque où l'esclavage se développa le plus chez les Romains est celle où leur domination s'établit dans le monde; mais l'esclavage, accru par les victoires, trouvait moins d'aliment dans les suites de la conquête. La guerre avait donné des captifs ; la conquête, en étendant le gouvernement de Rome sur les pays d'où on les avait tirés, finit, après bien des violences, sans doute, de la part des gouverneurs et des publicains, par les retrancher des sources ordinaires de Pesclavage, et ces sources devaient se tarir quand on allait trop loin. En effet, les frontières romaines ne confinaient plus seulement à des puys.où l'homme, lixc au sol, se prend avec les villes

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qu'il habile et les campagnes qu'il cultive. Paiiout où elles ne touchaient point à la mer, elles atteignirent aux sables ou aux désertSf ou du moins aux confins de peuples encore nomades et qui se faisaient plus craindre par leurs incursions rapides qu'ils n'avaient à redouter Rome, dans cette vie de perpétuel mouvement. Bienldl, il est vrai, ils vinrent à leur tour braver Rome jusque dans ses provinces; et, sous les habiles généraux qui, au troisième siècle, arrivèrent à lempire, Claude, Aurélien, Probus, l'empire put gagner, avec la victoire, les fruits ordinaires des batailles, et faire des esclaves parmi eux. Les auteurs de l'histoire Auguste en parlent avec une emphase pardonnable à la pauvreté de leur temps. A en croire Treb. Pollion, les provinces, sous le divin Claude, se remplissaient de prisonniers barbares; le Goth devenait, au service de Rome, ce que le Romain, depuis la république, ne savait plus être, soldat et colon ; et il n'y avait pas un pays qui n'eût un esclave de celte race, comme un signe vivant du triomphe ^ Au dire de Probus ou de son historien, tous les barbares n'étaient plus occupés qu'à labourer et à semer pour Rome ; leurs bœufs mûmes venaient remplacer les bœufs indigènes dans la cullure des champs

1. • Impletae barbaris servis senibusque cuUorlbus romanae pro- « vinciœ. Faclus miles barbarus et f^olonusex Golho. Nec ulla fuit regio « quse Gothum servum, triumpbali quodam servilio, non liaberet. » (Treb. Poil. D. Claud. 9. Cf. ibid. 8.) — L'enrôlement des barbares, qui eût fait honte aux vieux Romains, est chanté, par l*emphatiqiic Glaudien, comme une victoire à la louange d*Uonorius (De lVcon$. Uonor. 484) :

Obvia quid mirum vinci, quum barbarus ultro

Jam cupiat servira tibi? lua Sarmata discors

Sacrainenla petit; projecta pelle Gelonus

Militât; in Latios ritus transistis, Alani I

Cf. Eunienius, Pan. Conitanlio Cœs. 0; Pacat. Pan, Thewi. 22.

gauloise On voit du reste que les marchands de Galalie, de Cappadoce, continuaient de faire leur profit de ces produits de la guerre', et ils trouvaient de nouvelles sources à leur commerce dans leurs rapports avec les peuples germaniques. Ils en tiraient des hommes de celle race même, devenus esclaves par les suites du jeu ou par l'excès de la misère' ; ils en tiraient de la race des Scythes, récemment subjugués par les Germains : tristes serviteurs, qui, dans ce déclin de Tesclavage, remplissaient presque seuls les maisons des grands et devaient suffire à tous les usages du luxe (23). Mais le progrès de ta conquête barbare atteignait les Romains à leur tour. A ces bulletins, à ces panégyriques des derniers jours de Tempire, il suffit d'opposer ces titres si remplis du Code et du Digeste sur le droit ou sur la condition de ceux qui parvenaient à sortir de la captivité \

i. « Omnesjam barbari vobis arant, vobis serunt... Âraulurgalli- « cana rnra barbaris bobus. > ^Lettre de Probus au sénar, après sa guerre de Germanie. (Vopisc. Prob. 15.)

2. Amm. Marc. lîll, 7, p. 305. Cf. Spart. Adr. 13. Claudien, in Etttrop. }, 59.

3. Ces rigoureuses nécessités, rappelées par Tacite à propos des Frisons {Ann. IV, 72), durent se reproduire souvent; et Âmmien Marcellin en a conservé un mémorable exemple parmi les Goths, lorsque, afTamés par les chefs romains, ib achetaient à tout prix la plus vile nourriture, donnant pour un chien un esclave, et quelquefois leurs en&nts. (Amm. Marc. XXXI, 4, p. 625.)

4. D., XFJX, XV, De capUvis et po9tliminio revente^ et G. J,, VIII, u, De posUiminio reverm, — Les panégyristes eux-mêmes révèlent ce triste état de Tempire, par leur empressement à célébrer des succès d*un jour :

Asseritur ferro captivum vuleus et omnes Divers» vocis populi, quos traxerat hostis Servitio, tandem dominorum strage redempti. Quis tibi nunc, Alarice, dolor, qiium Marte périrent Divitiœ spoliisque diu qusesita supellex, Pulsarelque tuas ululatus conjugis aares, Conjugis, invicto qusc dudum fréta marito,

Les sources de l'esclavage légitime, au point de vue du droit de la guerre, avaient donc diminué ; les sources intérieures et coupables s'étaient d'abord accrues : mais, depuis l'établissement de Pempire, le rapt de l'homme libre, plus audacieux, peut-être, comme acte de brigandage, quoique plus rigoureusement menacé \ semble plus rarement l'eflet des exactions; et, si les tyrannies de tout genre vont se mulliplier à la faveur de la décadence du pouvoir, la loi même, en tolérant leurs usurpalions, en modifiera les effets. De plus, la jurisprudence, en général, se montrait, nous l'avons vu, peu favorable à l'asservissement légal du citoyen. Elle avait supprime ou transformé le droit du père, elle avait supprimé le droit du créancier, et les princes essayèi'ent de prévenir les causes qui entraînaient l'exposition ou la vente des enfants, en venant en aide à la détresse des familles. Ti*ajan, à l'exemple d'Auguste, avait fait ajouter aux tables frumenlaires de Rome les noms de cinq mille enfants'; et, dans quelques villes d'Italie, à défaut de ressources de

Démens Âusonidum gemmata monilia matrum, Romanasque elta famulas cervice petebat?

Scilicet Argolicaê Ephyreiadasqxie puellas Cœpcrat et pulchras ^am foiUdire Lacœna»! [Claudien, De hello Gtt, 616. (Cf. tu Euirop, II» 194 et suiv.)

1 . Voyei les lois citées plus haut. Les brigands qui, par la grâce du prince, échappaient à la mort, étaient réduits en esclavage; et, par une sorte de représailles, on refusait à leurs descendants la faveur de jamais revenir à la liberté. (L. 2 (Diocl.), C. J., VII, xvni, Quibus ad libert,) Proculus, un des usurpateurs de Tempire, descendait d*unc famille de brigands. 11 avait, disait-on, 2000 esclaves à ses ordres quand il prit la pourpre. (Vopisc. Proc, 12.)

2. f Ut jam inde ab infantia parentera publicum munere educalionis « ezperirentur, crescerent de tuo qui crescerent tibi, alimentisque tuis « ad stipendia tua pervenirent. » (Pline, Paneg, 26.) t Paulo minus « quinque millia ingenuorum fuerunt, quae liberalitas principis nosiri « conquisivit, invenit, adscivit. » (Ibid. 28.)

ESCLAVAGE ET TRAVAIL LIOHE. lil

ce genrCy on avait créé par forme d'hypothèque prise sur des biens-fonds, une sorte de rente perpétuelle dont le produit se distribuait, chaque mois, aux familles, jusqu'à la major ilé des jeunes bénéficiaires (24.) Nerva, Trajan, Adrien, Antonin, Marc-Aurèle, avaient établi des fondations de ce genre ^ : bienfait toujours limité, disons-le, et souvent éludé dans son application par la connivence des magistrats et de ceux qui devaient ces arrérages '• Aussi en revenait-on encore à ces tristes extrémités ; mais, au moins, étaient-elles condamnées par la loi. Le fisc même, bien que, par ses rigueurs, il pût réduire les familles à la nécessité de servir', se montrait plus disposé à permettre la libération de l'esclave qu*à demander Tâsservissement de l'homme libre ; et, pour les cas où la loi le maintenait en esclavage, par une sorte de talion, elle lui laissait encore, à des conditions équitables, le moyen de revenir à la liberté'.

Quels que soient donc les nombres auxquels on fasse monter encore les familles d'esclaves (et ces nombres

i. L. 14, § 1 (Dlp.), D.,XXX1V, I, De alim. vel cibar. legatis; J. Capitol. Anton, P. 8, If. AureL 7, et Lampr. Diadum, 2, cités par M. Naudet, Des secourt publics, etc., p. 78.

2. n y avait déjà, au temps de Pertinax, un arriéré de neuf ans. Le prince voulut le payer; mais l*histoire ne nous dit rien de semblable de ceux qui le suivirent. (J. Capitol. Perlin. 9, et M. Naudet, ibid, p. 78.)

3. < Mihi est maritus qui, fiscalis debiti gratia, suspensus est et t flagellatus, ac, pœnis omnibus cruciatus, servatus in carcere. Très « autem nobis filii fuerunt qui pro ejusdem debiti necessilale distracti ■ sunt. • (S. Jérôme, VUa Paphnutii, cité par H. Troplong, De Pinfluence du diristianismCf etc., p. 270.) Le père, on le voit, est détenu, mais non Tendu comme esclave ; les enfants sont vendus probablement par le droit du père, pour soulager la misère de la famille, droit que Dioctétien supprima, et que Constantin réduisit à ne plus être qu'une sorte d'engagement provisoire.

i. Voyez au chapitre précédent.

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vont s'accroissant avec la misère de l'empire : bienlôl Bélisaire sera dit avoir douze mille serviteurs M), on peut, sans trop discuter les récits pleins d'exagération de celte époque, les regarder au moins comme des exceptions. Âmmien Harcellin, qui témoigne de ces habitudes de luxe parmi les riches de son temps ', habitudes que les Pères de rÉglise reprocheront aux chrétiens eux-mêmes, Ammien donne pourtant encore une étrange idée de ces escortes dont ils s'environnaient dans une sortie fastueuse : en tète* devant le char, tout Tatelier des tisserands^ puis la phalange noircie de la cuisine, ensuite la foule confuse des autres serviteurs grossie des plébéiens oisifs du voisinage (loués sans doute pour cet emploi, puisqu'on leur donne un rang) ; et enfin, comme la réserve et l'élite de ce bataillon si bizarrement composé, la hideuse compagnie des eunuques, rangés selon leur âge, avec l'empmnle de leur dégradation dans les traits déformés de leur livide figure'. Ou n'a plus une si grande idée de ces princes de la fortune, quand on les voit réduits à mettre toute une maison dans la rue, pour se faire un cortège qui soutienne leur nom et leur dignité !

I^s sources externes de Tesclavage ont diminué, et le

i. M. Blair (Inquiry into the ttaUj etc.), en citant ce passage, suppose qu*il faut comprendre dans le nombre donné les esclayes du camp. C'est sauver, par une ingénieuse interprétation, Tautorité fort douteuse de Thistorien.

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