‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 3)Chapitre 5 sur 196 · Colon. I · texte numérisé non relu

Colon. I

A. Les Esséniens aussi , parmi les Juifs, n'avaient point d'esclaves, mais ils n^avaient point de femmes non plus, ils n'avaient point de famille. Si nombreux qu'ils fussent, ce n'était point un peuple, c'était

Mais ce précepte était nécessairement exceptionnel, et la même doctrine, qui élevait Tesclave du rang de ces choses à vendre au rang du maître lui-même, ouvrait des voies plus larges et plus communes à sa libération. Saint Paul en avait donné l'exemple dans une épitre qui est restée parmi les Saintes Lettres, comme pour montrer aux ministres de rÉvangile ce qu'ils devaient tenter, et aux maîtres, ce qu'ils devaient soufTrir en faveur de la liberté. Le christianisme déjà, par Tapôtre des Gentils, accomplit dans la réalité cette œuvre d'affranchissement : il reçoit l'esclave fugitif ; il l'engendre à la foi et le rend à son maître, non plus comme un esclave , mais comme un frère, comme un égal selon le monde et selon Dieu. Ces privilèges, l'Apêtre les réclame au nom des fers qu'il a portés pour l'Évangile, esclave du Christ et esclave enchaîné, vinctuê Chriêii. Il transmet au fugitif ses propres droits, il prend sur lui toutes ses dettes, il se fait comme une même chose avec lui : c'est comme son sang et ses propres entrailles, c'est le fils qu'il a engendré dans les liens ; et il parle à un maître qui, chrétien, se doit tout entier à lui, comme régénéré par sa parole. 11 le prie, quand il peut commander, parce que, au lieu d'exiger un sacrifice de sa soumission, il aime mieux obtenir une faveur de sa bienveillance; et la lettre de l'Apôtre finit, de même qu'elle a commencé, par le souvenir de ces chaînes qu'il porte au nom du Christ, comme pour en arfranchir désormais l'esclavage : Salutat te Epaphras concaptivus meus in Christo Je8u\

une congrégation. Or, ce n'était point dans la retraite , c*élait dans la vie commune qu'il importait que l'esclavage fût aboli. Voyez sur eux, Jos. Ant Jud. XVIII, i, 5, et De helL Jud. U, vm, 4-6. i . « Obsecro te pro meo fîlio, quem genui in vinculis, Onesimo —

ÉY^kMGILE ET PHILOSOPHIE. 9

Mais c^ëtait peu que d'affranchir les esclaves, si on ne leur assurait des moyens de vivre; el les mêmes sentiments qui poussaient à leur libération devaient leur en offrir. L'esclave était le frère de son maître; il ne Tétait pas moins, affranchi, sous ce joug commun du Seigneur ^ Le travail qu*il parlageait peut-être avec son patron, qu'il parlagcait au moins avec l'Apôtre, avec Jésus-Christ luimême, n'avait plus rien de flétrissant. Il y trouvait une ressource honorable, sous la garantie des préceptes qui consacraient le salaire* ; et si, par quelque raison indépendante de sa volonté, elle lui faisait défunt, il en trouvait une autre dans ces trésors de charité qui faisaient le patrimoine commun des fidèles' : charité qui soulage le pauvre sans le dégrader, quand elle ne se borne point à une pièce d'or, jetée par la pitié à sa misère, mais quand elle fait qu'on se donne soi-même à lui par amour, comme

« ... ut roea viscera suscipe ! — Quem ego volueram mecum detinere a Ut pro te milii minislraret in vinculis Evangelii; — Sine consilio « aulem tuo nihil volui facere, ut ne valut ex necessitate bonum tuum H esset, sed voluntarium . . . . — Jam non ut servum, sed pro servo chak rissimum fratrem , maxime milii : quanto autem magis tibi, et in <i carae et in Ik>mino' — Si ergo habes me socium, suscipe illum sicut « me; — Si autem aiiquid nocuit tibi aut débet : hoc mihi imputa. — 4 Ego Paulus scripsi mea manu : ego reddam, ut non dicam tibi, quod

• el te ipsum mihi debes, etc. » (Philemon. i, iO et suiv.) Saint Jean Clirj'sostome a fait, en trois homélies, sur cette épitre un commentaire phin de sentiment.

i. Les textes donnés ci-dessus (Rom. xvi, 5-5» etc.) s'appliquent, sans aucun doute, autant aux alTranchis qu'aux esclaves.

2. Dignus est operarius cibo suo. » (Matth. x, 10.) — • Scriptum est « in lege Moysi : Non alh'gabis os bovi Irituranti. Numquid de bobus

• cura esl Deo, — An propter nos utique hoc dicit? Nam propter nos i scripta sunt : quoniam débet in spe, qui arat, arare, el qui triturât, « in spe fnictus percipiendi. » (I, Corinth. n, 9.)

5. Matth. T, 6, xtz, 2i, x, 42, etc. Marc, xii, 51; Luc. xi, 41, xn> 55; le denier de la veuve, xxi, 2; et la pantbole du mauvais riche, xvb ii>-5l ; Joann. ?, 29, etc.; Il, Corinth, ix, etc.

10 LIVRE III. GIIAPITRE I.

Jésus-Christ nous a aimés*; et c'était Jésus-Christ lui-même que la foi révélait dans ces malheureux à secourir*.

Tels furent les dogmes de TÉglise naissante et sa règle de conduite. Elle pose le principe immuable de Tégalité, de la liberté sur les bases mêmes de la foi ; elle IVnvironne de tous les moyens d'influence qui peuvent le féconder, et allend que, la foi elle-même, avec leur concours, en développe la bicnrnisanic action dans les âmes. Mais son attente n'estpoinl passive. Comme le Christ, avant sa résurrection, descendait vers Us limbes pour consoler les âmes saintes et captives qu'il allait introduire avec lui dans le ciel, TÉglise descendit vers Tesclavage pour soulager ses misères jusqu'à rhcure de la délivrance. Elle relevait les espérances et soutenait Ks courages, elle effiiçait li\ trace des flétrissures, elle était leur amertume aux humiliations. Dans celte tête demi-rasée du laboureur enchaîné au travail, elle voyait le Christ, et la trouvait assez belle, ainsi marquée du sceau divin'. Elle-même, d'ailleui*s, ne partageai l-clle pas les mêmes souffrances aux jours de la persécution? C'étaient les supplices des esclaves qu enduraient les martyrs* à l'exemple de Celui qui était mort sur la croix.

Quand ce signe de l'esclavage fut marqué sur les éten* dards de l'empire comme un signe d'honneur, ce ne fut

i. Ephes, IV. 53. « Gharissimi, sic Deus dilexit nos et nos debe, « mus altenitram diligere. (Joann. Ep. i, il, et le fameui passage, I Corinth, xiii, 5 et suiv.)

2. < Esurivi, et dedislis mihi manducare . . . — Quamdiu fecistis « uni ex lus fratribus meis minirois, mihi fecistis, etc. • (Matth. xxv, 35-40.)

3. • Semitonsi capitis capillus horrescit : sed quum sit caput viri f Christ us, qualecuiuque illud caput deceat necesse est, quod ob Do- « mini nomen insigne est. • (S. Cyprian. mart. EpUt. Lxxvn.)

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