‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 103 sur 366 · CXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXIV INTRODUCTION

cipation sans indemnité. Je ne sais si l'on y peut voir l'émancipation; mais, si peu qu'elle y soit, elle y est, à coup sûr, sans aucun voile; elle y est avec l'indemnité bien et dûment payée. Vainement dira-t-on que le pécule est la chose du maître. Depuis longtemps l'usage repoussait la fiction qui le lui attribuait au même titre que l'esclave lui-même : car, si l'esclave l'amasse, c'est dans l'assurance de le garder; et comment d'ailleurs l'amasse-t-il généralement? La terre qu'on lui a donnée à cultiver et le temps qu'on lui laisse, c'est l'équivalent de sa nourriture ; son épargne est donc prise sur ses besoins, ventre fraudatOy c'est sa propre substance : quelle plus légitime rançon de sa liberté*? Ajoutons, contre le dire des colonies^ qu'il n'en est pas de plus morale' ; le con-

i . Peculium suum quod comparaverunt ventre fratulato pro capite numerant, disait Sénèque avec éloge {Ep. lxxx, 5). « Pour admettre en principe le rachat forcé, disent les Colonies, il faut dénier que la liberté doive être la rémunération de la bonne conduite. » (Rapport fait au Conseil de la Martinique (1838), p. 71.) On prétend que l'esclave sera poussé au vol par l'attrait de la liberté. Hais n'y a-t-il que celle légitime passion qui puisse conduire au mal, et Tusage public qu*il doit faire de cet afgent sous le contrôle de la commission n'est-il pas une suffisante garantie pour le maitre? — On a d'ailleurs exagéré beaucoup cette propension des nègres au vol. « Nous laissons tout à l'abandon, sans précaution d'aucune espèce, disait un colon fort considéré, et cependant nous ne sommes jamais volés. Tout ce qu'on peut leur reprocher, c'est de dérober quelques cannes i sucre, quelques ignames, quelques bananes. » M. Tabbé Dugoujon (Lettres, p. 57) et H. Rouvellat de Cussac (p. 250) ont établi qu'on ne signalait pas plus de vols pour les pays où le rachat forcé était en usage.

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