‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 104 sur 366 · L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES (1847). CXV · texte numérisé non relu

L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES (1847). CXV

traire seul pourrait avoir une funeste influence sur la conduite de Tesclave. En lui refusant le droit de se racheter, on ôterait tout stimulant à son activité, tout principe de progrès à son travail : on le retiendrait à Télat de brute, vivant au jour le jour, et faisant de son pécule le seul usage qui ne lui en fût point refusé, un moyen de satisfaire sa sensualité et de s'abrutir encore davantage ^ Le prix est sérieux, et réel, et dès lors le maître a-t-il le droit de l'accepter ou de le refuser selon sa convenance? Il le peut, quand il s'agit de lui acheter son esclave, car dans ces transactions l'esclave est une chose ; il ne le peut plus quand on veut le racheter, car l'esclave est une personne, un homme ravi à la liberté, quelle que soit son origine : ce Si le captif, a dit M. Odilon Barrot, a toujours le droit de se racheter, pourquoi l'esclave, plus malheureux, en ce que la loi de la guerre s'est perpétuée en lui, ne l'aurait-il pas de même? Et à ce sujet qu'on nous permette un mot encore sur la véritable fin de l'esclavage. 11 est si vrai qu'il n'est pas une édmation^ mais une spéculation^ que le grand

reste répondu en montrant que le rachat forcé, pratiqué à Porto-Rico, a toujours été sans inconvénient (Voyage aux Antilles^ n, p. 193-195). Ajoutons, comme on Va rappelé à la Chambre des députés dans le cours de cette discussion (51 mai 1845), que les colons, effrayés de l*exemple des colonies anglaises, avaient d*eux-raémes, par manière de concession, de^ mandé rétablissement du pécule légal et du rachat forcé.

1. M. Agénor de Gasparin : Esclavage et Traite, p. 178 et suiv* U voudrait que Tesclave pût se racheter en détail, en rachetant successivement chaque jour de la semaine.

CXYl INTRODUCTION.

argument des maîtres contre le rachat forcé, c'est qu'il aurait pour résultat de leur enlever les esclaves les plus habiles, ceux dont l'éducation est faite. On les veut retenir, peut-être pour aider à l'éducation des autres !

L'esclave devrait donc acquérir, avec une instruction plus régulière et sous une discipline qui promet d'être plus digne, qui sera sans doute mieux surveillée, un commencement d'état civil : la famille consacrée par le mariage, la propriété étendue jusqu'au droit de se racheter lui-même et de se posséder pleinement. Alors il cesserait d'être chose; et, en pratiquant ces premiers droits de l'homme, il comprendrait mieux la dignité et les devoirs de la liberté. 11 sortirait de cette indifférence machinale qui est le principal effet de l'esclavage, il sentirait le prix du travail qui devrait achever sa réhabilitation ; et ainsi il pourrait contiacter des l'esclavage les bonnes habitudes de la vie libre ; car la liberté serait dès lors avec lui par l'espérance.

Telle est la loi du 18 juillet 1845, tel le but qu'elle se propose ; et pourtant elle a déplu aux partisans et aux adversaires du régime colonial ; aux premiers, parce qu'elle est un pas décisif hors du statu quo; aux seconds, parce qu'elle ajourne une solution qui semblait devoir être immédiate et définitive ; et, pour tout résumer en deux mots, les uns y voient une transition, les autres une transaction. S'il y a du vrai dans ces deux opinions, la dernière, il faut en convenir, est par-dessus tout vraisemblable ; car, si la

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