‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 12 sur 366 · L'ESCLAVAGE 0A1ÏS LES COLONIES (1847). XV · texte numérisé non relu

L'ESCLAVAGE 0A1ÏS LES COLONIES (1847). XV

Ce qui forme l'essence même des relations du mailre et de l'esclave, c'est l'hérédité et la perpétuité des droits de l'un, des devoirs de l'autre, en deux lignes profondément séparées. Du père au fils, au contraire, il y a comme une succession naturelle de devoirs et de droits qui alternent et se perpétuent dans la même série de générations. L'esclavage n'a pour avenir que l'esclavage; le filS| au milieu des plus grandes rigueurs de l'autorité paternelle, a du moins pour héritage la liberté et le commandement» Pour qu'il devienne esclave, il faut que cet ordre naturel soit arbitrairement suspendu, le père cédant à un étranger les droits qu'il tient de la nature; mais, qu'on le remarque bien, l'enfant vendu par son père ne change point de maître, il change d'état; et ce premier acte qui constitue l'esclavage, loin de se fonder sur la nature, en viole les droits les plus saints. En effet, le père n'est point le maître absolu de l'existence qui vient de lui ; la vie est un dépôt sacré qu'il doit transmettre comme il l'a reçu, et le principe de l'autorité tutélaire qu'il exerce sur ses enfants, c'est aussi à eux qu*il le doit laisser, comme le principe même de la reproduction et de la vie. La puissance d'être père, la puissance paternelle sont donc deux choses inséparablement unies par la nature; et l'on ne peut, par une délégation arbitraire de ses droits, en ravir l'héritage à sa postérité, sans aller contre l'ordre même de la création, dont les lois doivent se perpétuer inaltérables dans toute la succession des êtres. Ainsi l'esclavage n'a point son

XVI Introduction.

principe dans les relations de la famille, il faut les rompre pour qu'il en puisse sortir; et si, par un oubli sacrilège de tous les devoirs, il a pu se préparer au foyer domestique, il ne s'est accompli qu'au seuil de la maison, quand le père livra son enfant aux mains de l'étranger.

Ce qui est vrai de l'aliénation des enfants est vrai aussi de l'aliénation volontaire. On peut se soumettre à la puissance d'un autre : c'est un acte libre qui donne force à ce contrat de servitude; mais on ne peut convertir cette servitude en esclavage, c'est-àdire en un droit perpétuel, dont le principe, accepté librement, s'impose ensuite par une contrainte héréditaire à toute une postérité, parce qu'on ne peut pas plus détruire ou modifier en soi qu'en ses propres enfants les lois de la génération et de la vie. Enfin, l'esclavage n'est pas mieux fondé quand il repose sur la volonté d'au trui. Le droit civil, qui y condamne le débiteur, le droit des gens, qui y livre le vaincu, n'ont pas de meilleurs titres que le rapt ou la violence; car l'homme n'est point une chose qui, en droit naturel, s'estime à prix d'argent, et le droit de tuer un ennemi dans le combat, ne tenant qu'à la nécessité de se défendre, ne peut se transformer en un droit d'asservissement qui altère les conditions de l'existence de génération en génération*.

1, c II est faux qu*il soit permis de tuer dans la guerre autrement que dans le cas de nécessité ; mais dés qu*un homme en a fait un autre esclave, on ne peut pas dire qu'il ait été dans la nécessité de le tuer, puisqu'il ne l'a pas fait. » (Montesquieu»

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