L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES (1847). CLIII
Liberté aux générations nouvelles ou aux générations vieillies; et aux autres aide et protection de rÉtat pour les rendre capables d'y arriver : tel serait le résumé de ce système. Il offrirait aux plus timides l'avantage de trancher la question de l'émancipation, dès à présent, sans engager l'État au delà des bornes de la plus sévère prudence : le terme en est placé dans un délai non pas fixe, mais certain ; délai que Ton peut toujours modifier dans les limites où il est renfermé par la nature, en activant ou ralentissant, selon les circonstances, les progrès de l'émancipation partielle. Il n'a rien d'injuste pour les maîtres. On ne leur reconnaît plus, il est vrai, de propriété sur les enfants à naître : chaque enfant qui naît dans l'esclavage est ravi à la liberté, et c'est un rapt dont l'État ne peut pas se rendre plus longtemps complice ; mais pour ceux donl ils ont acquis la possession, on ne leur en reprend pas un seul sans le payer : nous avons répondu a leurs arguments contre l'emploi du pécule de l'esclave. Pour les esclaves ce système est aussi juste que peut l'être un moyen de transaction : aux uns il reconnaît leur droit de nature ; et quant aux autres, il le leur rend ou les aide à le reconquérir par un ensemble de mesures appropriées à leur position personnelle. II rachète ceux que l'âge n'a point encore soumis à l'influence de l'esclavage, ou ceux que la maladie et la vieillesse ont déjà libé-
naitre celte exagération de prix, le prix des esclaves vendus par autorité de justice dans les partages de famille et à la requête des créanciers. Chambre des députés, séance du 15 mai 1846.
CLIY INTRODUCTION.
rés des devoirs de leur élat. Dans l'âge intermédiaire il les associe à l'œuvre de l'affranchissement, en y prêtant un concours libéral; et de tous les moyens préparatoires nul ne saurait être plus efficace que ce concours habilement calculé. Il pourrait répandre parmi eux les habitudes d'ordre, d'économie, de bonne conduite par des encouragements au mariage, des récompenses à l'assiduité, des primes aux plus fortes épargnes; il exciterait leur émulation, soutiendrait leur confiance, non pas seulement en complétant ce qui manquerait à leur rachat, mais en procurant même la libération des esclaves signalés par les magistrats comme les plus dignes : de telle sorte qu'il n'y ait point de degré si bas dans l'esclavage, d'où l'on ne puisse, avec du travail et du zèle, arriver d'une manière sûre et prompte à la liberté. — En attendant, la loi du 18 juillet 1845, exécutée selon son esprit, leur en assurerait tous les droits, hors celui de se refuser absolument au travail*. Ce système, tout en prenant ses éléments divers à
i. Si la loi du 18 juillet fait véritablement, comme on le dit, de Tesclave une personne, il serait bon de défendre, par un simple arrêté de police, de le mettre en vente, comme on le fait encore aujourd'hui, péle-mèle avec les meubles, non pas seulement dans les annonces (M. Schœlcher en cite, pour 1846, de toutes semblables à celles que nous lui avions déjà empruntées), mais sur le marché public, où il est donné au plus offrant et dernier enchérisseur. C'est une mesure dont l'exemple nous a été donné par le Danemark. Sur cette malheureuse question de Tesclavage les exemples nous viennent de partout. (Voyez M. Schœlcher, Histoire de l'Esclavage dans les deux dernières années, p. 437.)