‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 138 sur 366 · CLIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CLIII INTRODUCTION

noirs de l'inertie dans un mouvement peu souhaité des maîtres, rendent aux maîtres des espérances que, depuis le rapport de M. de Broglie, on devait croire évanouies. Ainsi, par là, loin de rapprocher du but, il en éloigne; loin d'aplanir, il multiplie les obstacles, il encourage les résistances. La défense de l'esclavage, non comme principe (qu'importe?),, mais comme fait, trouve des organes jusque dans la presse de Paris; et dès 1845 on a pu dire à la Chambre des Pairs : « Autrefois il y avait une sorte de courage à émettre uneo[)inion contraire à l'émancipation, mais aujourd'hui le bon sens public a fait des progrès*. » C'est au public à montrer clairement s'il veut qu'on loue le progrès de son bon sens, ou qu'on accuse son indifférence. La question est posée, il faut qu'elle soit résolue. Si l'on veut l'ajournement jusqu'à la morallsatiou des noirs, qu'on supprime de l'ordre du jour, qu'on retire même de l'étude tout projet d'abolition de l'esclavage : bien des siècles doivent s'écouler, avant qu'il vienne en temps utile. Mais, si Ton comprend enfin que c'est là un cercle vicieux, il faul en sortir par un acte significatif. C'est à ce titre, et pour prendre les choses au point où elles sont, sans les pousser brusquement hors des voies où l'on s'est engagé, que nous sollicitons en faveur des enfants à naître cette simple déclaration d'état. C'est l'émancipation dans

1. M. le prince de la Moskowa, Chambre des pairs, séance du 4 avril 1845.

L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES (1847). CLXflI

des proportions assurément bien modestes, mais enfin c'est l'émancipation non plus seulement en principe, mais en fait, Témancipation dans un. délai qu'il n'est plus donné à l'homme de reculer selon son caprice. Dès lors l'affranchissement général n'est plus qu'une question de temps; cette question môme, depuis la loi du 19 juillet, n'est plus qu'une affaire d'argent, et combien elle se résoudrait vite, si nos législateurs demandaient leurs inspirations je ne dis pas au droit chrétien, mais seulement à la jurisprudence romaine de l'Empire, qui dictait à Ulpien cette règle : « Il ne serait pas humain qu'une question d'argent fît ajourner la liberté ! »... neque humanum fuerit ob rei pecuniariœ qiixsthnem libertali moram fieri * /

L'antiquité, quoique bien dépassée, sans doute, par le progrès de notre temps, a donc encore plus d'un enseignement à nous donner sur la question de l'esclavage. C'est le motif qui nous a conduit à y reprendre l'histoire de cette institution; et les conclusions posées dans les pages qu'on vient de lire auront ainsi un supplément de preuves dans les trois volumes que nous y avons consacrés. Ce livre, du reste, n'est pas un plaidoyer, mais une histoire. Sans bannir la question moderne de notre pensée,

1. L. 37 D., XL, V. De fideic. libert. — Nous n'avons pas besoin de dire que, pour rester fidèle à la pensée delà loi du 19 juillet 1845, il faudrait ne pas s'en tenir au chiffre qu'elle avait improvisé en quelque sorte, bien loin de le réduire conune on le fait dans le projet de budget pour Tannée 1848.

a\IV INTRODICTION*

sons sommes resté en présence du f«nit anciejî;el noire aversion pour Tesclavage, en tous les temps, ne nous a point porté (nous croyons qu'on nous rendra ce témoignage) à en exagérer les rigueurs, ou à voiler les côtés de la question qui peuvent lui être favorables. Nous n'avons pas oublié, d'ailleurs, que le rôle de l'historien est celui non de Tavocat, mais du juge; et nous nous sommes rappelé le devoir que le juge impose au témoin sur la foi duquel il fonde son arrêt. Avec cette règle, on doit peu craindre le résultat quand on défend la liberté contre Tesclavage. Une bonne cause gagne moins devant le public à tout l'éclat de la défense qu'aux simples considérants du jugement.

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