XVIII INTRODUCTION
ordre social fût essentiellement contre le droit de la nature. Il nous semblait, au contraire, que cet ordre n'était bon qu'autant qu'il se conformait aux règles qu'elle a tracées; il nous semblait que le droit n'était vraiment sacré que s'il était, non pas seulement reconnu par la loi politique, mais avoué par la raison, et que la conscience n'était pas une si équivoque autorité. Les partisans de l'esclavage, à ce qu'il paraît, pensent tout le contraire. Entre eux et nous, qui décidera? 11 n'y a pas de tribunal qui nous juge, et nous ne voulons pas, comme on le dit, en appeler à la force brutale. Nous nous bornerons à en laisser le jugement à la conscience et à la raison du lecteur.
La nature de l'esclavage ne répugne-t-clle pas à ces origines? et quoi qu'il en soit des causes qui l'ont produit, faudra-t-il au moins en bénir les effets? Faut-il admettre qu'il ait été un principe actif de conservation au milieu des guerres perpétuelles des races barbares*? Faut-il lui reconnaître
i . La critique n*accepte plus aujourd*tiui, cette étymologie rattachée par tes Institutes (I, m, 3) aux origines de l'esclavage : servus quasi servatus. Servus ne vient pas du mot qui veut dire a conserver », mais du mot qui veut dire tier : en grec "Epu, irpw, et en latin sero; necto, serrer en français (voy. Creuzer dans les Mémoires de Vacad, des Inscriptions^ nouv. série t. XIV, 2« partie, p. 5).
L*ESCLâYâGE dams les colonies (1847). XIX
un caraclère si éminemment tutélaire et une si puissante vertu d'éducation? Faut- il lui laisser enfin ce grand rôle qu'on lui prête dans le développement du genre humain? Serait-il vrai que c le critiquer, c'est critiquer la marche même de l'humanité, et que le lui reprocher, c'est lui reprocher d'être progres-
sive*. »
Si l'on pose la question sous cette forme : Est-il mieux de conserver le vaincu pour le travail que de le tuer? la réponse ne sera pas douteuse. Mais si vous faites de l'homme ainsi gardé une propriété, alors je n'oserai plus répondre : car dès ce moment l'homme n'est plus un travailleur, c'est un instrument; ce n'est plus un homme, c'est une chose qu'on exploite, dont on trafique; et de là nait un intérêt, non pas seulement de conserver, mais de multiplier cette marchandise. L'homme était devenu esclave par une conséquence de la guerre : on fera la guerre uniquement pouracquérir des captifs; et dans le coursphis continu de ces agressions, sans parler des prisonniers, plus d'hommes perdront la vie qu'il n'en eût péri sans doute dans une guerre sans merci et sans esclavage. C'est ce que prouve l'histoire des pirates et des trafiquants de chair humaine dans tous les temps. L'humanité, au fond, n'a jamais rien gagné u ces prétendus adoucissements des coutumes bar-
i. De V affranchissement des esclaves dans les colonies françaises, par M. André de la Gharrière, propriétaire, président de la Cour royale et membre du conseil colonial de la Guadeloupe (1856).