‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 164 sur 366 · Lois de ManoUf X, 124 et l*2ô · texte numérisé non relu

Lois de ManoUf X, 124 et l*2ô

2. f Une obéissance aveu^'le aux ordres des brahmanes versés dans la connaissance des saints livres, maîtres de maison et renommés pour leurs vertus, est le principal devoir d'un soudra, et lui procure le bonheur (après la mort). Un soudra pur (d'esprit et de corps), soumis aux volontés des classes supérieures, doux en son langage, exempt d'arrogance, cl s'atlachant principalement aux brahmanes, obtient une naissance plus élevée. » (Ibid., IX, 334-336. Cf. ibid., X, 127-129).

3. c Un dwidja qui a tué (àdesseni) un chat, une mangouste, un geai bleu, une grenouille, un chien, un crocodile, un hibou ou une corneille, doit faire la pénitence prescrite pour le meurtre d'un soudra. • (Ibid., XI, 151.)

un batelier, tel, enfin, un corroyeur*. Les plus vils étaient les rejetons de la mésalliance la plus criante, les fils du soudra et de la femme brahmane, les tchandalas, ou les enfants qui pouvaient naître d'eux par une semblable profanation des rangs ; ils étaient au-dessous de Tesclave. isolés au sein de la société par ces mesures cruelles et bizarres que le moyen âge retrouva contre les lépreux : « La demeure des tchandalas et des swapacas (nés d*un kchatrya et d'une ougra) doit être hors du village ; ils ne peuvent pas avoir de vases entiers, et ne doivent posséder pour tout bien que des chiens et des ânes : qu'ils aient pour vêtements les habits des morts ; pour plats, des pots brisés, et pour parure, du fer; qu'ils aillent sans cesse d'une place à une autre, qu'aucun homme fidèle à ses devoirs n'ait de rapport avec eux; que la nourriture qu'ils reçoivent des autres ne leur soit donnée que dans des tessons (et par l'intermédiaire d'un valet), et qu'ils ne circulent pas la nuit dans les villages et dans les villes*. » Ainsi l'esclavage n'était pas seulement un fait; il y avait pour les maîtres eux-mêmes droit et devoir de le maintenir. Cette religion profane, adoptant les distinctions établies par la violence et la conquête, en avait fait tout un système revêtu des formes les plus sacrées, et imposé aux croyants comme la fidèle image des lois éternelles de la création. L'ordre du monde, l'harmonie divine de Brahma semblait s'évanouir, si le soudra manquait à son rang; et, dans cette misérable condition, le législateur avait su coordonner encore toute une hiérarchie de misères jusqu'au tchandala, au-dessous duquel il n'y a rien parmi les êtres animés.

t . Lois de Manou, X. 33-56. — 2. Ibid., X, .M-5r».

3s I.IVRF I. CHAPITRE I.

L*esclavage existe sous le régime des castes» qu'il soit compris ou non dans leur organisation : TÉgypte et Tlnde viennent de nous en donner la preuve. 11 existe également en ces deux régions de l'Asie qui furent aussi, dans des conditions différentes, le siège de plusieurs grands empires : TAsie occidentale, avec la succession des Assyriens, des Mùdes et des Perses; l'Asie orientale, avec l'empire chinois.

La simplicité des besoins, avec tant de moyens d'y satisfaire, paraît avoir relardé en Chine le développement de Tesclavage. Sous les trois premières dynasties, la terre, dit-on, partagée entre tous, et les métiers exercés par le grand nombre, sans déchéance ni dégradation, suffisaient aux nécessités de la vie. Quoi qu'il en soit de l'origine de l'esclavage chez ce peuple, le signe nou^ qui veut dire esclave, se retrouve, pour la première fois, sous les Tcheou, au XII* siècle avant notre ère, et encore ne désigne-t-il que la servitude publique*.

Elle comprenait les condamnés et les captifs : les captifs, quelle que fût leur origine ; les condamnés, s'ils n'étaient dignitaires ou âgés de plus de soixanle-dix ans. C'était la peine la plus commune de la révolte : elle s'étendait aux fils, qui furent souvent destinés à recruter la classe des eunuques, classe influente d'ailleurs sous plusieurs dynasties ; elle s'étendait aussi à leurs familles, quelquefois m^me à des provinces entières, comme il arriva sous

1 . Nous avons emprunté presque tous les faits relatifs à la Chine au long et savant mémoire de M. Éd. Biot, Sur la condition de$ esclaves et det serviteurs gagés en Chine (Journal asiatique, mars 1857, 3* série, t. m, p. 246). L'auteur, également versé dans la langue et les antiquités de ce peuple, srmblo avoir épuisé la question sur ce sujet.

King-ty, 168 ans avant J.-C, et, à plusieurs époques, on compta jusqu'à cent et trois cent mille de ces malheureux dans les métairies impériales. Mais celle richesse pouvait être un embarras ; car ceux qui travaillaient dans les domaines de l'empereur devaient vivre des revenus qu'il en tirait : plus d'une fois, en temps de famine, on les affranchit. Quand l'esclavage existe dans TÉtat, il est difficile qu'il ne pénètre pas aussi dans les usages privés. Là, comme en l'autre cas, il se recrulait soit à l'étranger, soit au sein du pays même : à l'étranger, par la guerre, dont le butin, hommes ou choses, élait quelquefois distribué aux principaux ofticicrs ou vendu au profit de l'État; dans le pays, par la misère qui forçait le pauvre à se vendre luimême ou à vendre ses enfants. De ces deux sources, la première était encore de beaucoup la moins abondante ; avec son innombrable population agricole, la Chine confinait partout à la vie nomade, et perdait plus qu'elle ne pouvait gagner au contact de ces insaisissables tribus du désert. L'esclavage ^'accrut donc assez rarement par ces guerres; il devait davantage aux guerres intérieures, quand le pays était partagé, aux révolutions, aux troubles civils. Plus d'une fois alors de pauvres cultivaleurs, réfugiés sur la terre d'un homme puissant, échangèrent rhospitalitc contre la servitude ; on leur donne, dans l'appendice ^de Ma-touan-lin, le nom expressif de /hmî/fes usurpées^.

Aux familles violemment asservies se joignaient les esclaves achetés. La loi, qui défendait en général la vente de l'homme libre*, l'infligeait, en un cas particulier,

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