‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 168 sur 366 · Éd. Biot, Mém. cité, p · texte numérisé non relu

Éd. Biot, Mém. cité, p

champs, ni dans les occupations des \illes, les fonctions de servileurs à gages sont encore recherchées avec empressement. Tous les besoins du riche se trouvent ainsi prévenus par ce concours de misères. Ajoutons que ce service, non moins sûr que l'esclavage, coûte moins cher aussi. L'esclave représente un capital qui exige de nouveaux frais pour devenir productif, et le salaire du serviteur gagé ne s'élève pas communément au niveau de ces dépenses, surtout quand il se trouve sous l'empire d'une concun^ence qui le force à se réduire aux plus extrêmes limites du nécessaire.

L'esclavage, combattu par la difficulté de se recruter au dehors, par les facultés et les avantages du travail libre, est donc fort peu entré dans les habitudes des Chinois, grâce au bon sens pratique dont cette race est éminemment douée. Plus fréquent aux époques de violence et d'anarchie, il se réduisait, commode lui-même, aux temps de calme où la population libre suivait le cours de son développement naturel ; et les lois impériales y aidaient au besoin. Aussi n'est-il guère resté que comme une partie du cérémonial et un souvenir de la conquête dans les usages des Mandchoux. II a même fallu un édit de l'empereur pour contraindre l'homme en charge à conserver des esclaves ; et, au rapport des voyageurs, il n'est pas d'édit plus mal observé *.

Les empires de TAsie occidentale, dès les temps les plus reculés, nous présentent un tout autre spectacle. C'est là

I. Éd. Biut, Mém. cHé. p. 291», el Mém, sur les Chinois, t. Il, p. 408-413.

M\ LIVKt I. ClIAMTRE 1.

surtout qu'on voit le mouvement des invasions renouveler la servitude politique, et raviver les sources du véritable esclavage parmi les vaincus.

Les monuments de Ninive, récemment mis au jour, avec leurs nombreuses représentations de combat, remettcTit sous nos yeux toutes les conséquences de la guerre. On y voit les vaincus torturés, décapités, empalés par la poitrine ou écorchés vifs^ ; d'autres épargnés, mais subissant la loi du vainqueur. Us sont conduits au roi qui leur met le pied sur le cou, ainsi que firent aux rois de Chanaan les chefs des tribus d'Israël par ordre de Josué*. On voit des populations entières, hommes, femmes et enfants, emmenés en esclavage, les hommes ayant le plus souvent des menottes aux mains et même des entraves aux pieds ; les femmes portant ce qu'on peut croire leurs provisions de voyage, un sac sur l'épaule, et une outre ou un petit seau à la main^ Quelques-unes tiennent ou portent leui*s

1. Botta etFlandin, Monuments de iYmtfe, pi. 55, 120. Laprd, Nine^ veli and Us remains (2 vol. in-8, 1849), t. II, p. 569; Nineveh and Bahylon (1 vol. in-8, 1855), p. 457, 458; iheMonum. of Nineveh, 2* série, pi. 45, 47. Ces supplices frappaient surtout les rebelles. Ainsi, quand Darius reprit Babylone, trois cents des principaux habitants furent empalés (Hérod. 111, 159).

2. Layard, the Monuments, pi. 82; Nineveh and ils remains, 11, 575 ; of Josue,\, 24. Ailleurs on voit les captifs amenés devant le roi (Botta, pi. 1(3, ir* 21 et suiv., et pi. 80, n^' 8 et suiv.,pl. 81, 82, \\$\ Mon, of. Aïn., pi. 24; 2' série, pi. 36, 48); les femmes agenouillées, pi. 67.

5. Boita, pi. 52, n" 24; pi. 68, 69, 70, 80, n" 8, 9 et 10; pi. 81, 82, 92, 116, »•• 17, 18 et 19; pi. 119 bis; Layard, Mon. of Mneveh, pi. 68, 78, et 2* série, pi. 18, 19, 21, 22, 23, 27, 51, .34, 55, 46. Les scènes des planches 21 et 22 sont rapportées à la ville de Lachis, prise par Sennachérib. Nineveh and its remains, t. II, p. 572, 575, 374, 576 ; G. Rawlinson, Thefive gréai monarchies of Ihe easternworld (1862), 1. 11, 91, et m, 450. Les menottes sont une courte chaîne formée de trois anneaux, les entraves une barre de fer percée à ses deux extrémités pt engagée dans les anneaux qui serrent les pieds.

DE LtSCLAVAGE E> ORIENT. il

enfants ; plusieurs expriment, par leurs gestes, la douleur dont elles sont accablées ' . Dans quelques bas-reliefs les femmes sont placées sur des chariols traînés par des bœufs*; ailleurs c'est une véritable chaîne de captifs : les malheureux sont rattachés à une corde au moyen d*an* neaux passés par leurs narines ou par leurs lèvres*, et tout cela s'accomplit sous l'œil d'une administration scrupuleusement exacte. Des scribes, comme dans les bas-reliefs égyptiens, enregistrent le nombre des tètes que Ton apporte ou des prisonniers que Ton amène^. Des inscriptions, dont le déchiffrement est la gloire de l'érudition moderne, ajoutent pour la Chaldée et TAssyrie aux renseignements que nous offrent les monuments figurés. Des tablettes bilingues, tirées des archives du palais d*Assur-bani-l{abal,nous fournissent avec leur interprétation dans la langue nouvelle des formules juridiques qui remontent à l'époque Sumérienne, aux plus anciens temps du pays, et il y est parlé d'esclaves fugitifs, de vente et de rachat d'esclaves*. On y trouve même ce fragment curieux des lois Sumériennes :

1. Botta, /. /. Layard, the Monum,, pi. 20, 85; jShieveh and ils remain», p. 372, 375.

2. Layard, Nineveli and iU retnains, II, 396; .Von., 2* série, pi. 22, ^o; G.Rawlinson, Ttie five gréai monarchies of Uie ancient eastern world, I, 305.

3. Dans plusieurs bas-reliefs de Khorsabad, le roi tieut ainsi par une corde plusieurs captifs (Botta, pi. 83, 118. Voy. aussi Layard, Ninet^*e^, II, 376; Rawlinson, /. /., 304, et III, 436 (monument qui parait appartenir au premier empire chaldêen). Cette scène rappelle la menace clu prophète Isaie à Sennachérib i « Ponam itaque circulum in naribus tuis et camum in iabiis tuis, et rcducam te in viam per quam venisti. • (IV Reg.^ xix, 28, ou /<., xxxvu, 29.)

4. Botta, pi. 54. Layard, Nineveh, II, 184, et 466, 469; Ihe MonwiL, pl. 22 ; 2* série, pi. 26, 29, 37.

5. J. Oppert et J. Menant, Documents juridiques de IWssyrie et de la C/raWée(1877), p. 14,i5et 22;

i8 LIVRE l. GHAFITUE I.

« Si rintcndant laisse fuir un esclave, s'il meurt (l'esciave), s'il devient inflrme, si par suite des mauvais traitements il devient malade, il (rintendanl) payera un demihin de blé par jour ^ »

Pour le temps du second Empire (contemporain du royaume d'Israël), d'assez nombreux contrats inscrits sur deslableltes d'argile de même provenance, avec l'empreinte des cachets des contractants, ou des ongles de ceux qui n'avaient pas de cachels%ont pour objet des ventes qui nous donnent en même temps le prix des esclaves : une femme, à une époque voisine de Teglalh-Phalasar, est vendue dix mines et demie (2362 fr. 50) ' : c'est un prix tout à fait extraordinaire; sous Teglatli-Phalasar, un homme est vendu 20 drachmes (1/5 de mine : 75 fr.)^ Un peu plus lard (708 av. J.-C.) trois esclaves (deux hommes et une femme), trois mines (675 fr.)*; sept autres (en 680), et dans le nombre quatre (illes, sans doute enfants, coûtent le même prix*; un esclave seul, 1 m. 8 dr. (255 fr.)" ; une femme, 1 m. 1/2 (337 fr. 50)*; un esclave ouvrier, 1 mine (225 fr.)'*; une jeune fille qui doit être donnée pour femme au fils de l'acheteur, 16 dr. (60 fr.)*®. Un trait remarquable dans ces contrats, c'est que, la vente étant déclarée consommée, on admet le cas de résiliation, mais à une condi-

1. Oppert et Menant, p. 58 el 61. Cf. Fr. Lenormant, Choix de texUi cunéiformes y w"* V6, et la Magie chez les Chaldéens, p. 310, note.

2. Manière de signer analogue à Tusage dts croix pour ceux qui ne savent pas écrire.

5. Ibid., p. 149. La mine forte d'argent, suivant M, Oppert, valait, en nombre rond, 225 francs.

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