Ibid. II, 21. — 5. Ibid. II, 27. — 6. lïêrod. I
52 LIVRE 1. CUAPITRE I.
déesse Mylitla, se livrer à la prostitution ^ Après cela faut-il s'étonner du sort réservé aux femmes esclaves : les danseuses et les joueuses de flûte dressées par troupe pour les plaisirs du maître, et les plus belles offertes à l'hôte que l'on voulait honorer'?
Les peuples de Tlran (Bactriens, Mèdes, Perses), qui prévalurent plus tard sur les Assyriens, laissent moins voir, dés leur origine, l'institution de Tesclavage. Le Zendavesta, le plus ancien monument de l'histoire de ces contrées, en parle à peine. Comme la loi de Hanou, il reconnaît qualre classes : prêtres, guerriers, cultivateurs, artisans. Ce sont, on le voit, les divisions indiennes avec dédoublement de la troisième et suppression de la d'^rnière : car la loi de Zoroastre n'admet pas celte proscription hérédilaire où vil le soudra. Ses classes n*ont rien de fatal, rien d'oppressif; ce sont des condilions diverses où peuvent librement se partager les membres de la famille d'Ormuzd, sans cesser d'être saints et purs. Mais, en dehors de ces conditions, n'y a-t-il point d'esclavage? Sans doule, la trace en est si rare et si peu marquée dans le livre de Zoroastre, qu'on a bien pu la méconnaitre. Il est question, au Vendidad Sad(\ de maître et de servante' ; et
l.llérod. I, 191».
2. Nicolas Damasc, fr. 10, dans l'histoire de l^arsondas. (Fragnié histor, Grœc.y III, 359 et suiv. Coll. Didot.)
3. • Si un maître de maison vient à mourir, on fera, pendant six mois, une Tois par mois, la prière du Dahman, ce qui répond à douze péchés qui seront remis à la servante et au fds de la servante. it(yen^ didad, Fargard xn, t. I, part, ii, p. 575 de la traduction d'Anquetil Duperron.)
d'autres passages S où il est parlé de Thumanité des maîtres pour leurs serviteurs, peuvent aussi s'entendre non point tant de l'esclave que du serviteur gagé. Toutefois, le silence du livre, quand il serait certain, n'aurait rien de décisif. Nous n'avons, en effet, dans le Zend-avesia qu'un formulaire de prières, une sorte de rituel où pouvaient bien ne pas trouver place les usages civils de la nation; et la loi de Zoroasire elle-même, autant que nous la connaissons, n'est pas une loi civile, mais une loi religieuse, une rémininiscencc de l'âge d'or où régnait Esemchid, et comme un idéal où il conviait son peuple '. Il ne serait donc pas étonnant qu'il n'eût pas compris dans ce cadre sacré une condition qui aurait souillé les fils de la lumière. Mais, bien loin de supprimer Pesclavage, il semble en établir le droit et en accepter les conséquences par cette distinction des deux principes, transportée du ciel sur la terre, et partageant le monde, hommes et choses, en deux règnes ennemis. Les infidèles, les fils des ténèbres, voués à la guerre, étaient sans doute livrés à Tesclavage par la captivité.
Si le défaut de documents historiques laisse la question insoluble pour les anciens Bactriens, nous voyons au moins cette coulume coexister avec la loi de Zoroastre chez les peuples qui ont successivement embrassé la religion des mages, lesMèdes et les Perses.
Les Hèdes, devenus indépendants, adoptèrent le despotisme oriental avec le cortège d'esclaves dont il s'environne. Les maisons des grands, comme le palais des rois, étaient
i , Anquetil Duperron, t. Il, p. 43, et p. 276. 2. Voyez Heeren, Idées sur la politique et le commerce des ancieni^ 1. 1, p. 477, 479 et 492 de la traduction.
Réclamés pour la garde des femmes que les Perses réunissaient en si grand nombre dans leurs harems^ , ils partageaient, pour d'autres soins encore, la conflance de leurs maîtres: « car leur fidélité, dit Hérodote, les rend, chez les barbares, plus précieux que les autres hommes '. » La guerre, par le droit que s'arrogeait la vicloîre et que perpétuait la conquête, et, en temps de paix, le commerce, contribuaient également à renouveler cette classe stérile de malheureux. Ainsi la satrapie de Bubylonc et du pays des Assyriens fournissait annuellement aux Perses cinq cents jeunes eunuques. Dans les expéditions militaires, notamment lors de la réduction de Tlonie, les plus beaux enfants étaient voués à cette condition ; et avant comme après l'asservissement, des marchands grecs spéculaient sur ces odieux besoins qui payaient bien cher leur infamie : témoin Panionius de Chio, qui achetait les jeunes garçons les mieux faits, pour les revendre mutilés avec la prime assurée à celle industrie sacrilège. Il y en avait à Êphèse un marché très fameux'.
En de pareilles circonstances, Tesclave put quelquefois toucher a la faveur, mais sans sortir de la dégradation, ni échapper toujours à ces rigueurs auxquelles la foule restait exposée ; et ainsi la condition générale fut difficile et rude, comme il arrivç lorsque les esclaves n'ont de contact avec
1 . Tous les auteurs s*accordent sur Texagératioii et Tabus de la polygamie chez les Perses. (Hérod. I, 135; Strabon, Justin, Amm. Marcellin, etc.) C'est assez dire que la femme n'est qu'une esclave; mais elle est associée îi Tinfluence comme h la servitude des eunuques.
2. Ilérod. Vill, 105; et, au même chapitre, la haute faveur où parvint Hermotime. Il parle, en plusieurs passages, d'eunuques comme occupant la première place dans la domesticité des grands. (Cf. IV, 43.)
3. Hérod. 111, 92; VI, 32; VIII, 105; et, au chapitre suivant, Thorrible vengeance qu'en tira Uermotime, une de ses victimes.
en Chypre, comme à Babylone dans le sanctuaire de rim*» pm^ Mylilla * ?
Pastorales, agricoles ou guerrières avant la conqut^te, toutes les tribus des Perses ne renoncèrent point dès loi-s à leur manière de vivre, el, quand elles entrèrent dans le cadre des lois de Zoroastre, les deux classes inférieures des artisans et des agriculteurs durent encore réunir le gros de la nation : car la caste des prêtres appartenait à une race étrangère, et celle des guerriers devait se borner aux nobles chez un peuple où tout homme était soldat au besoin (4). Mais les suites de la conquête avaient dû corrompre la nation. Dans le palais des rois s'était introduit le cérémonial des cours asiastiques, le faste des Lydiens, des Mèdes, des Assyriens : exemple qui se propagea rapidement parmi les grands et les gouverneurs des provinces. On y retrouvait tout l'appareil de l'esclavage* : des légions de cuisiniers qui, par la division du travail, portaient leur art aux derniers degrés de raffinement', des joueuses de flûte *, des échansons, des valets de table, des porteurs, des baigneurs. Parmi eux, le premier rang appartenait aux eunuques.
1. Strabon, XI, p. 532-533, et XII, p. 558, 559 ; XIII, p. 627, et XVI, p. 745; Hérod. 1, 199 ; Lucien, la Déeue de SyriCy 6 ; Athén. XII, p. 516 ; Élien, Hist. ta r., IV, 1.