‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 175 sur 366 · HÉROÏQUES · texte numérisé non relu

HÉROÏQUES

Niillo part |)eut-éli*c, d'une manière plus éclatante que {\\\\\H In (inVc, au sein de la civilisation la plus avancée, IVm^laviigo n*npparut avec son action dégradante et meur- W\\^v\>. Il y nbuisse les races les plus illustres, il engloutit doM ^(Nm^nitions de peuples et de héros. Un peuple, qui se nioiilro n\i commencement de son histoire, disparait sans liiUnor do traco visible, si ce n'est aux extrémités du monde ^roo. LoA piHMniéros tribus helléniques qui l'avaient remjilariS tombant, à leur tour, et se confondent avec lui sous v\^ (MMumun niveau do Tesclavâge ; et, dansTâge historique, Ti^tirlaNaKO continue dejoindœ aux populations barbares du iionK a\i\ populations civilisées de TAsie, les Grecs des

1 11 !^ «^ nur ro;(cl»VA>io en (ii\Ve un ouvrage allemand, composé au airi )o ilmiMor \m' HcitomoÙT. mnrage pou étendu et médiocrement lum I, MMo )»iAu*)iurt^ tlo M. Saint-l\iul qui traite aussi de la période ro» Mi'iMMM^^' ^^ ^vHêlîliélum *lt Vft^'hu^tge en Occident): il ne faut point la JMit Hiitift |oiiutkMM*>»tUMiH dont olloaété Tobjet de la part de M. Naudct d»MU lit hmiml (^c« N4|inih/«« l>\iutres ouvrages moins spéciaux ofhmil t:tt|iitnil(iMl ))liu do MVours« connue les Doriens d'Olfried Mûller, (iiiMi' U bit| vitudo doM tiitotes. Nous les citerons en leur lieu.

ESCLAVAGE EN IIUÈCE. 03

plus illustres villes, à la faveur de ces guerres d'ambition qui se continueront entre elles jusqu'à la fin. Aussi n'étaitce pas sans raison que Saturne élait le dieu des esclaves : non pas seulement ce débonnaire Saturne qui, détrôné du ciel et fugitif, faisait régner l'égalité parmi les hommes, mais Saturne fort, Saturne régnant, comme le faisait la tradition de Tàge des Ouranides, pour la ruine de sa race.

Plusieurs peuples de la Grèce, aux temps historiques, eurent la réputation d'avoir inventé Tesclavage : les Spartiates, pour ce servage si durement organisé en Laconie ; les habitants de Chio, pour ce trafic d'esclaves dont leur ile fut un des premiers marchés. Mais, si Ton veut retrouver la première origine de Tesclavage parmi les Grecs, il faut évidemment remonter à leurs plus anciennes traditions, et la critique peut le supposer là où elle n'a pas le moyen de le démontrer encore.

Les premières peuplades de la Grèce, originaires d'Asie, ne différaient probablement pas de ces nations orientales où l'abus de la puissance paternelle et du droit de la force enfanta la servitude au sein même de la famille et de la tribu. Aux esclaves de môme race durent se joindre aussi des esclaves d'origine étrangère : caî*, à ces époques primitives où l'isolement est presque nécessaire, et dans un pays dont la constitution naturelle l'imposa comme une forme permanente aux sociétés, ces petits peuples ne vécurent pas sans doute en meilleure intelligence que les républiques plus récentes; et la guerre, en ces temps de barbarie, n'eut pas non plus moins de rigueur. Esclavage des per*^ sonnes, asservissement des peuples, telle est la double forme que prend alors la condition des vaincus^ selon qu'ils sont destinés individuellement à l'usage des vain«

queurs, oir, en masse, au service de la. communauté : telle nous la retrouverons aussi parmi les Grecs.

On sait peu de chose des Pélasges, race Tamcusc dont le nom domine les temps les plus anciens de la Grèce ; mais ils ne s'élevèrent point sans doute à la prépondérance, parmi les autres peuplades de celte conlrée^ sans des révolutions analogues à celles qui se produisirent plus tard pour élablir les Hellènes à leurs dépens. Ce caractère de violence et de conquête se retrouve dans presque toutes les traditions où figure, au nom du peuple des Pélasges, quelque ancien Pelasgus; et, dans le silence de Thisloire, ces monuments massifs, que réfonnemcnt et Teffroi des âges postérieurs appela cyclopéens, témoignent hautement d'un régime de despotisme et de servage. Si l'on connaît si peu les circonstances de leur établissement, on n'ignore pas moins les conditions de leur vie intérieure. Il semble seulement qu'ils îiient partout accommodé leur manière de vivre à la nature des pays : agriculteurs dans les plaines, pasteurs dans les montagnes et pirates sur la mer. Mais, là aussi, quelques inductions sont légitimes; la culture des terres, le soin des troupeaux, demandent ou acceptent volontiers le secours de l'esclavage quand l'oppression ou la guerre a créé cette condition, et la piraterie fait des esclaves, alors même qu'elle ne les retient pas au banc des rameurs*.

Entre les Pélasges et les Hellènes, la différence parut si gronde, que la tradition n'y mit pas moins qu'un déluge et un renouvellement du genre humain : le déluge de Deucalion, père d'IIellen. Avec lui commence l'histoire avouée de la Grèce; mais ces origines de la nation, personnifiée en

i. Slrabon VII, p. 327; Ilérod. Vlll, i4.

*i. Hymne à Dionysos, 6. Cl. le Cydope d'Euripide.

une famille, perdent en certitude ce qu'elle prétendent gagner en précision. Le fait a disparu sous cette forme de convention qui, dès lors, a pris possession de Thisloire, et la critique vient trop tard lui disputer une place où il est si difGcile de faire revivre la réalité. C'est pourtant du sein de ces obscurités que se dégagent les premières lueurs de la civilisation hellénique ; c'est Taurore d'un nouvel âge, inèlé de vérités et de fables, âge des demi-dieux et des liéros. La guerre de Troie nous en présente, en quelque sorte, le dénoûment ; et c'est aussi le Icmps dont il nous est resté la plus fidèle image dans les poèmes d'Homère : image exacte et vraie, car les Muses sont filles de Mémoire {Mnémosyné) , et dans ces premiers temps, fidèles à leur origine, elles puisent aux traditions nationales le sujet de leurs chants*. Mais, quelles que soient la réalité des personnages et raulhenticité des faits, il y a dans les poèmes d'Homère une vérité de mœurs qu'on ne peut méconnaître sous ces formes idéales et celte parure de merveilleux. Or, à ce point de vue, j'oserai dire : la poésie n'est pas un guide moins sûr que l'histoire, car, si eUe néglige la suile des événements, eUe en exprime la pensée et la vie ; et le fait qu'elle invente dérive de cet ensemble d'idées qui font le caractère d'une époque. Dans sa forme particulière, c'est déjà un fuit général; les faits de l'histoire ne peuvent pas toujours se réunir en assez grand nombre pour avoir la même valeur. Homère nous offre donc tout un âge de civilisation que la société grecque a traversé. Voyons quelle fut, dans les conditions d'existence qu'il lui attribue, la part de l'esclavage.

Cet âge, brillant de poésie, n'est plus l'âge d'or qu'ont

i. Nous ne pouvons rien dire sur Homère et sur Tanciennc épopée, sans nous rappeler les excellentes leçons que M. Guigniaut faisait.

rêvé les poêles, quand les hommes vivaient comme les dieux, exempts d'inquiétude, de travaux et de souffrance ; lorsque la terre féconde produisait d'elle-même de riches et abondantes moissons, et qu'eux, libres et paisibles, en partageaient les trésors au sein de l'amitié*. La fiction s'est évanouie : cette génération heureuse s'est (ransformée en génies bienfaisants qui planent encore et veillent sur le monde ; et l'âge héroïque, décrit par Homère, n'est que le quatrième dans cette dégradation des âges racontée par Hésiode*, âge de combats et d'oppression. Que le poète nous représente des batailles ou qu'il décrive les scènes de la vie intérieure, l'esclavage tient toujours le fond du tableau. Il y parait comme un fait ancien, consacré par la coutume, et se perpétuant par les divers modes en usage parmi les peuples d'Orient.

La source principale d'où il dérive est la guerre, et le nom général des esclaves le rappelle (Sfi-wi;, Bijlwtq, de i\>dta ou 8a[i.i(i), dompter). La fille du prêtre Chrysès et la belle Briséis, qui deviennent la cause de la retraite d'Achille, sont tombées par le sort des armes aux mains des vainqueurs ; Agamemnon, Achille et la plupart des chefs ont leur tente remplie de captives enlevées aux rivages d'alentour dans ces courses et ces actes de brigandage qui faisaient vivre les Grecs au siège de Troie'. Le massacre des hommes, l'incendie des maisons, la captivité des enfants et des femmes, telle était la coutume, tel semblait êlre le droit commun à la prise des villes :

comme maître de conférences, à TÉcoIe normale, dont il était en même temps directeur.

i. Hésiode, Œuvres et Jours, 109-120. — 2. Ibid., 155. — 3. Bomère, Iliade, U, 226; IX, 664-669; XI, 625, elc*; I, 125 et 366. CfiThuc.,1, li.

ESCLAVAGE EN GRÈCE. g7

Maux réservés à ceux dont la ville succombe :

Kv^s Sa ôvOpÛTroia'i ni\u tûv âoru akeâii^ etc. ^.

(7est la pensée qui poursuit Hector quand il revoit pour la dernière fois Andromaquc, et sa mort va la réveiller bien plus amère et plus vive dans Tâme de cette infortunée. Elle peut voir de plus près déjà ces tristes destinées dont les tragiques ont chanté les douleurs : « Tu es mort, s'écrie- t-elle, gardien vigilant qui seul me défendais, qui protégeais tant d'épouses vénérées et de jeunes cnfanis. Ah ! bientôt les flancs du navire vont les emporter loin de ces bords et moi-même avec elles*. » Et la muse d'Euripide, répondant à ces plaintes inspirées : « 0 vent, vent de la mer qui pousses la caréné du vaisseau voyageur sur le sein troublé de Tabime, où vas-tu me porter, malheureuse? Quel mailre, esclave infortunée, dois-jc accompagner dans sa demeure? Irai-je aux ports des Doriens ou bien aux rivages de Phthie^... ? »

L'esclavage n'était pas seulement la conséquence de la guerre, il en fut souvent la cause; car cette coutume qu'<xi a voulu légitimer comme un progrés dans la barbarie et un adoucissement au droit liomicide du vainqueur a bien moins épargné de vies qu'elle n'en a coûté. Aux temps d'Homère, comme de nos jours dans les pays où se recrute l'esclavage, on envahissait les campagnes, on atta

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