Iliade, XXIU
jeune fille, dans la fleur de Tâge, avait été achetée par Laërte au prix de vingt bœufs, et ce n*était pas un prix d'afTection : jamais il n'en fit sa compagne, « craignant son épouse * ». Achille avait vendu, pour cent bœufs, dans l ile de Lemnos, le jeune Lycaon, fils de Priam * ; mais, s*il fallait donner quelque sens précis à ce passage, évidemment l'espoir d'une rançon plus forte aurait seul pu élever le prix aussi haut.
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Ce que nous avons dit des principales sources de Tes-
clavage aux temps héroïques, des obligations des esclaves
envers leurs maiti*es, et des travaux où ils se confondaient
avec eux, peut aussi permettre quelques conjectures sur la
manière d'agir des maîtres à leur égard. L'esclavage n'épargnait personne ; il étendait son niveau sur les plus
humbles tètes et sur les fronts couronnés. Ilécube, qui
avait vieilli dans le palais des rois, voyait, au seuil de la
tombe, le jour de la servitude :
Beaucoup pouvaient s'écrier avec Polyxène :
Je vais mourir esclave, et mon père était libre * !
et plusieurs pouvaient dire encore avec elle : « J'étais souveraine parmi les femmes, belle entre toutes les jeunes filles, égale aux déesses, moins l'immortalité, et maintenant je suis esclave l Ah! ce nom inaccoutumé commence
i. Od., I, 430-434» — 2. Iliade, XXI, 79. — 5. Eurip., Hécube, 55.
(Eurip., Bécuhe, 417.)
ESCLAVAGE EN GRÈGE. iC>
à me faire aimer la morl. Ne pourrais-je point tomber aux mains d'un maftre qui, m'achetant à prix d'argent, moi, la sœur d'Hector et de tant d'autres princes, m'imposerait la nécessité de lui préparer son pain dans sa demeure, de balayer sa maison, de m'asseoir au métier, de traîner, enfin, des jours pleins d'amertume? Et peut-être un vil esclave viendrait profaner ma couche, naguère enviée par des roisi Non, je ferme les yeux à la libre lumière et j'abandonne volontiers mon corps à Pluton*.. » Mais (outes ne devaient point mourir. Elles suivaient le vainqueur et devaient désormais se mêler à ses afflictions comme à ses joies : ainsi les captives d'Achille gémissaient sur le corps de Patrocle. Elles gémissaient, dit le poète, mais, tout en paraissant pleurer Patrocle, c'est sur elles-mêmes qu'elles pleuraient'.
Euripide s'est particulièrement attaché à reproduire sur la scène ces vives émotions. Dans plusieurs de ses pièces, les chœurs se composent de captives'; leurs poétiques plaintes sont en harmonie avec le sentiment qui domine le dialogue, dans les Troyennes, dans Hécube; et, dans Àndromaque^ le chœur des femmes libres de Plithie relève encore, par des paroles de compassion craintive, la grande et noble infortune à laquelle ce drame est consacré\
ruvai^l, TroipOsvci; àiroêXtirroç p.iTXy fan ôtoÎ9i, trXiiv ro xarOxviîv {aovov * IVûv ^ %ltu $wkn, etc.
(Eurip., Hécube, 353-560.)
(Iliade, \\\,ZOi.)
3. Hécttbe, Iphigénie en Taurùle, les Phémciennee, les Troyenneê,
Hélène.