‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 20 sur 366 · Ménandre, ap.^ Stobée, Fîorileg. LXII, 3i · texte numérisé non relu

Ménandre, ap.^ Stobée, Fîorileg. LXII, 3i

XXVI lNTROnUCTIO>'.

la société païenne? on le peut facilement deviner : l'esclave ne fut pas seulement un agent de travail, mais un instrument de fraude ou de plaisir, et il dut avec la même docilité se prêter à toute exigence, bonne ou mauvaise. Mais, quoi qu'on voulût faire, il gardait toujours en soi un principe d'action, et, quand une si douteuse autorité le retenait vers le bien, comment ne serait-il point allé au mal avec toute l'impétuosité d'une nature rejetée dans le domaine des sens ? Enfermé dans ce cercle fatal de la sensualité, il y accommoda sa vie ; et, dans ces conditions, le contact d'une société brillante ne pouvait donner que plus d'aliments à ses vices, plus de raffinement et d'éclat à sa perversité. Telles sont les mœurs du théâtre, et telles étaient celles de la vie réelle, comme le prouvera le rapprochement des comiques et des orateurs chez les Grecs comme chez les Romains.

Ainsi l'esclavage ne conservait l'homme que pour détruire en lui la meilleure partie de l'homme : l'homme moral, l'homme véritable. Égaré, dans les situations les plus enviées, par les séductions d'un régime qui ne s'adressait point à son esprit, sans autre guide que le caprice d'un maître, sans autre inspiration que les sens, il y puisa les germes d'une corruption dont il porta les traces jusque hors de l'esclavage ; car l'affranchissement n'a jamais suffi à régénérer entièrement celte nature viciée. « Nous nous servons, dit M. Granier deCassagnac, nous nous servons des mots de race libre et de race esclave, quoique l'espèce humaine sorte évidemment du même lit.

L'ESCLAVAGE I>iO(S LES COLONIES (1847). XXYll

parce qu'une fois saisis par l^esclavage, les serviteurs ont réellement vécu et multiplié a part, marqués parmi chaque nation d'un sceau indélébile et qui a résisté à toutes les réhabilitations. Toujours, partout, non seulement les affranchis, mais encore les anoblis eux-mêmes ont été montrés et moqués *. > — Qu'on parle donc de l'éducation de l'esclavage, si, au lieu d'élever au même niveau deux races profondément distinctes, il a su créer, dans la même famille, deux races à jamais séparées par l'indélébile flétrissure de celle qu'il a touchée !

Mais cette dépravation morale devait réagir sur le physique, et les fausses conditions où l'on plaçait l'esclave ne permettaient même pas de perfectionner ces êtres, dont on prétendait faire les instruments d'une civilisation plus avancée. Partout, en effet, chez les peuples anciens et chez les peuples modernes, au moins tant que l'esclavage ne fut pas modifié, partout ces corps succombent sous la double influence d'un travail abrutissant ou d'une énervante oisiveté. La race dégénère et s'éteint par la disparité des sexes et l'infécondité des unions vagabondes; et il faut que les marchés ravivent perpétuellement cette population placée hors des voies delà nature; il faut que la guerre, la piraterie jettent sans cesse de nouvelles races libres dans cette rapide consommation : car l'esclavage, semblable à Saturne, dévore ses enfants. Et cette image appliquée avec tant d'éloquence aux

1. H. Granier de Cassagnac, Classes ouvrières, etc., p. 95-96.

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