‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 219 sur 366 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DU TBAVAIL LIBRE EM GUÈGE ET PARTIGULIÈREMENT A ATHÈNES

Le travail, qui, aux temps héroïques, se relevait encore dans la vie des champs par Tassocialion du maître aux fonctions des esclaves, et dans les occupations industrielles par le prix de ses œuvres et la rareté de l'ouvrier, avait perJu de sa considération à mesure que Tart devenait plus vulgaire et que se répandaient davantage l'humeur belliqueuse et les habitudes aristocratiques des peuples conque* ranls. S'il n'élait point toujours tombé en des mains serviles, il ne se trouvait plus guère hors des classes inférieures ; mais là, du moins, il était libre, et il devait d'abord, par la force même des choses, élever ces familles méprisées auxquelles il était abandonné comme leur part dans l'Étal.

Parmi les villes qui grandirent dans ces conditions nouvelles, Athènes occup'3 le premier rang, comme Sparte onirc les villes exclusivement guerrières. De bonne heure le Iravail y eut une place assurée. La constitution rapporlée à Thésée, tout en maintenant l'ancienne distribution des habitants de l'Attique en quatre tribus, établissait trois classes parmi les citoyens: les Eupatrides, les géomores et les démiurges ; les Eupatrides^ nobles par droit de naissance

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métier, ceux qui, par pauvreté, dilPoIlux, accomplissaient des travaux ser viles moyennant salaire S sont rangés dans la quatrième classe qui a sa part au vole et même à l'application des lois dans l'assemblée et dans les tribunaux publics. Qu'ils s'élèvent d*un seul degré par la fortune, ils pourront participer à l'administration et aux magistratures, et ne seront distingués des plus riches que pour contribuer, dans une moindre proportion, aux charges de FÊtat. Le travail, loin d'être un titre d'exclusion, était un moyen d'arriver au pouvoir ; il était comme le lien commun de tous les ordres, et devenait particulièrement, pour les classes pauvres, une cause d'émulation louable, et, pour l'Étal, une garantie d'ordre et de paix intérieure. Aussi Solon s'ap- I>liqua-t-il surtout à l'étendre, en proscrivant l'oisiveté. Une loi ordonnait que chaque citoyen eût un métier; elle voulait que le père en apprit un à ses enfants, et le privait des aliments qu'il avait droit d'attendre dans sa vieillesse, s'il manquait à ce devoir*.

I/C travail n'était pas seulement, pour les Athéniens, un moyeu légitime d'arriver au pouvoir dans la cité, il fut encore le principe de la puissance extérieure d'Athènes. C'est sur la solide base d'une population laborieuse et active (|uc Thémislocle, créateur de sa marine, l'avait voulu fonder : « Kn même temps qu'il augmentait le nombre de î<es vaisseaux, il persuada au peuple d'affranchir de tout impôt les locataires des maisons et les artisans, pour attirer do tous ccMés des habitants dans Athènes et y réunir le

1. IhXârxi 8i xa.i ôtîti; tXrjôsptùv ioilv évo'aar* ^li ircvîxv ttr* ip-pst» '^cj/.tj'jvTov. (Poil., O/iom., 111, 82. Voyez aussi les définitions dWpoHonius ri de Photius, s. v,) Ils sont comparés aux pénestes et à ces classes qui >i> aient dans la servitude, sans avoir entièrement perdu la liberté.

iî. Plut., Sohn, 22.

plus grand nombre possible de professions et de métiers, deux moyens qu'il jugeait, avec raison, les plus propres à favoriser Taccroissement des forces maritimes de l'État^ » Le travail, soutenu et encouragé à ces degrés inférieurs, devait se développer davantage dans les positions plus élevées. Après la chute des trente tyrans, on comptait à peine cinq mille citoyens qui n'eussent point un fonds de terre* : les autres avaient donc quelque intérêt au moins dans ce genre d'exploitation; et Xénophon, dans ses Économiques, nous montre assez Timportance qu*on y attachait encore, par ses préceptes nombreux sur la disposition et r entretien de la ferme, sur le rôle du maitre et de la maitresse, sur les fonctions des esclaves et les soins divers qui occupent Thomme des champs'. Plus la nature des lieux offrait de résistances*, plus l'Athénien se montra ingénieux et habile à les surmonter. Mais si le territoire de l'Attique, par sa stérilité même, commandait Tindustrie, combien ne devaient point inviter au commerce tant d'avantages réunis dans cette petite contrée de la Grèce, l'heureuse situation de ses rivages et la commodité de ses porls ! Cetle puissance maritime, soutenue par le commerce, contribuait à son tour à l'étendre; et la domination politique qu'elle donnait aux Athéniens y ajoutait encore en faisant de leur ville le centre des affaires et des intérêts de mille cités alliées ou sujettes. Périclès, après Thémistocle, aida plus que personne à ces progrès de la république. Le mouvement con* sidérable d'étrangers qu'attiraient les résolutions de ses assemblées et la juridiction de ses tribunaux vivifiait toutes

i . Diod. XI, 43. — 2. Denys d^Ualic, Lys., 32, p. 526 (Éd. Reiske), ap. Bœckh, Écon, polit, des Athéniens, Vf, 3. — 3. Xénoph., Écon,, passim. Cf. Lysias, p. Polysir., p. 693. — 4. Plut., SoL, 22.

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les branches de l'industrie et du commerce^; et les monuments élevés par lui des deniers de la Grèce à la gloire de sa patrie, en appelant le concours de tous les aris, les faisaient fleurir jusque dans leurs ramifications les plus éloignées. Ainsi donc il y avait du travail pour tous les bras et de l'aisance pour tous ceux qui voulaient accepter du

travail •.

Cependant l'équilibre ne sut pas se maintenir partout et

toujours. Le progrès continua dans la sphère supérieure du travail. Les sciences pratiques, comme les beaux-arts, ne cessèrent pas de jouir d'une considération méritée, et se perfectionnèrent au sein de la classe libre, par les avantages dont les payait la faveur publique*. Les cités prenaicnt des médecins à leur solde, comme on disait qu'Athènes le fit pour llippocrate (13) ; les grands artistes étaient pour ainsi dire à la solde de tous les peuples de nom grec qui se disputaient leurs chefs-d'œuvre ; et les arts de plaisir n'étaient pas moins largement payés : Amébéus, chanteur de l'ancienne Athènes, recevait un talent chaque fois qu'il paraissait en public*. L'enseignement des arts suivit le sort des arts eux-mêmes. On enseignait la médecine au temps de Socrate comme on enseignait les lettres,

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