‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 226 sur 366 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DES SOURCES DE l'eSGLAVAGE EN GRÈGE

De nos jours ceux qui voulaient maintenir l'esclavage aux colonies, se posant vis-à-vis des philanthropes en défenseurs de rtiumanité, le réclamaient comme un moyen d'associer la race nègre aux destinées plus hautes de la race blanche et de lui communiquer, par cette éducation forcée, une civilisation dont — par elle-même — elle n'aurait jamais senti le besoin. Pour Tantiquité, ces apparences n'étaient même pas appelées à couvrir le principe de vio- Icnce et la raison d'intérêt qui, partout et toujours, furent les causes de l'esclavage. C'est parmi les races les plus civilisées que les Grecs et, après eux, les Romains, prirent d*abord leurs esclaves ; ils estimaient beaucoup moins les véritables barbares, et ne s'y réduisirent que quand les autres firent défaut.

Les esclaves déjà possédés étaient une première source où se renouvelait l'esclavage par la génération : et c'était là une des conséquences des principes établis. La loi qui ravissait à l'homme la possession de lui-même n'élait point disposée à lui laisser davantage celle de ses enfants

Il vivait pour son maiire, il travaillait, il acquérait pour lui, et celte existence mutilée et déchue passait à sa postérité avec les rcsirictions qu'on y avait faites. L'homme avait dit : c'était à la nature d'obéir. Toutefois celte origine, qui semble la plus naturelle, n'était pas la plus commune. 11 en était de l'antiquité comme des peuples modernes, tant que la traite demeura sans entraves : les hommes étaient bien plus nombreux que les femmes dans l'esclavage ; la femme, moins forte au travail, n'était guère propre qu'aux soins intérieurs. Pour cetle première raison les rapports des deux sexes étaient donc limités, et, dans ces limites, ils n'avaient pas ordinairement la forme d'associations régulières : les maîtres, quand ils permettaient le mariage, en faisaient plutôt une faveur pour les bons esclaves qu'un moyen de spéculation^ 11 en était ainsi principalement de ces villes plus commerçantes qu'agricoles où l'on trouvait beaucoup plus d'avantages dans les produits d'une industrie sans rivale que dans ces produits naturels, si faciles à acquérir par voie d'échange. A part certaines maisons puissantes où l'esclavage, mieux assorti, étant plus productif, les enfants pouvaient être élevés ensemble à peu de frais', il en coûtait moins généralement d'acheter l'esclave grand et fort que de courir là chance de l'élever depuis les premières années jusqu'à l'âge du travail\ Ajoutez que ces esclaves, si chèrement ob-

i. Xénopli., Écon,, ix, 5.

2. Comme dans une anecdote tirée de Sérénus, au. Slobée, Florileq. LXII, 48.

3. C'est encore ce que pensaient naguère les colons. Le conseil colonial de la Guadeloupe soutenait qu'un noir de douze ans avait coulé à son propriétaire cinq fois plus qu'il ne valait et le double environ de ce qu'il devait valoir à vingt-cinq ans, s'il réunissait toutes les qualités désirables. Cette opinion, inadmissible dans les conditions d'alors,

tenus, n'étaient pas les plus estimés pour l'ouvrage ; mais ils pouvaient avoir d'autres titres à la confiance ou à la faveur des maîtres : dans les actes d'affranchissement sous forme de vente à la divinité, actes de rachat dont nous verrons plus loin les conditions, les effets et les formes, ils figurent eu fort grand nombre sous le nom général de né à la maison {oaoYsv1f)(;)^ Toutefois, il le faut bien dire, on n était plus aux temps héroïques décrits par Homère, quand les enfants de l'esclave, élevés au sein de la famille, étaient, en quelque sorte adoptés parmi ses membres. Depuis qu'un plus grand intervalle séparait le maitre des serviteurs, depuis que le caractère de ces derniers, par une réaction naturelle, s'était rabaissé au niveau de leur rang, nourri dans cette corruption de l'esclavage, l'esclave né à la maison n'était que trop souvent le plus chétif et le plus inutile : un des noms qui le désignaient (oixoTpt^Yjç) se prenait figurément comme l'expression du dernier mépris*.

L'esclavage se recrulait donc en grande partie parmi les classes libres, et il avait des sources diverses dans la Grèce comme au dehors.

La coutume tolérait généralement la vente des enfants,

quand Tabolition de la traite ne laissait pas d*autres sources à l'escla-» vage, pouvait être vraie en supposant la libre importation des esclaves, et c'était le cas de Tantiquité. (Voyez le rapport du duc de Broglie, p. 338.)

1 . On en compte soixante-dix environ contre deux cents d'origine étrangère sur quatre-cent-trente-cinq inscriptions publiées par MM. Wescher et Foucart, Inscriptions recueillies à Delphes (Paris^ 1863)4 Un certain nombre peuvent se trouver compris encore parmi ceux qui n'ont aucune indication d*origine.

S.Démosth., Gouv.de la RépubL, p. 172. Selon les grammairiens, c'est à eux que se rapportait aussi le nom de <nrj*î;, verna (Phérécr. ap, ÂthéUi Vf, p. 263) :

Où •yàp iv tôt' c5ti Mavv); outi oyjxiç cû^ivl ^

excepté en Âttique, où une loi de Selon la réduisit aui filles qui se seraient laissé séduire^ Elle souflrait aussi qu'on les exposât, excepté à Thèbesi où, en pareil cas, la loi, au contraire, les faisait vendre, devant le magistrat et par acte authentique, au premier citoyen qui en offrait un prixv si faible qu'il fût'. Partout ailleurs on s'en tenait à l'exposition, abus odieux, qui, pour ne point les livrer de plein droit à l'esclavage, ne les plaçait pas moins dans la fatale alternative de la mort ou d'une servitude, souvent pire que la mort ; et il faut que l'exemple en ait été bien commun dans la réalité pour qu'il ait pu servir aussi souvent aux dénouements de la comédie'. La misère, qui parfois faisait vendre ou exposer les enfants, contraignit aussi l'homme libre à se vendre lui-même^. Indépendamment de cette double source, dérivée de la famille, resclavage pouvait résulter de l'aciion même de la loi. Avant Solon, la liberté du débiteur répondait de la dette'; depuis, les étrangers, à Athènes, les métèques, encouraient toujours la peine de l'esclavage quand ils manquaient aux obligations

i. Plut., So/., 25.

2. Al ^è ffapaXaêcûaai (tô Tîai^iov) àirc^i^cvTaiTOppSttc; tû ti[«.t.v tXaxicry.v Çr.ôiv fx.Eiv ^cOXov, yj ^&'JXxv,6ptrTT.pia aÙTCÛ tt.v OTïr.fcoixv Xaaêâvcvra. (Elicil,

Hisi. var,, II, 7.) GeUe loi est remarquable; il faut descendre jusqu*au droit chrétien de TEmpire pour en retrou?er une semblable chez les Romains.

5. Cette place qu*il tient dans la comédie peut faire rapporter à la Grèce les exemples qu'on en trouve dans Plaute et dans Térence : c'est le fond même des pièces qu'ils ont imitées. (Voy. Plaute, CistelL, I, ii, 125 ; Térence, Hecyra, III, ni, 400; Heautont,, IV, i, 640.) Dans ce passage le père se plaint que sa fille ait été non tuée, selon ses ordres, mais exposée, et, par cet abandon, h?rée peut-être à resclavage et à l'infamie :

Vel uti qua^stum faceret vel uti veniret palam.

4. Posidonius le Stoïcien, ap, Âthén. VI, p. 263. Plut., Sol., 13.

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