XXX INTRODUCTION
Devant cette puissante industrie, qui avait les grandes fortunes pour force motrice et l'esclavage pour instrument, le travail libre s'appauvrit, se dégrada ; et il ne resta aux classes ouvrières que la triste ressource de trafiquer du pouvoir pour la ruine de leur patrie. C'est l'esclavage qui jetait sur les places publiques ces hommes libres ou anciens affranchis, repoussés ou dégoûtés du travail, tout prêts à vendre leur témoignage dans les procès, leurs votes dans les élections, et leurs droits de citoyens et les intérêts de l'État. Aristocraties et démocraties portèrent donc la peine de cette institution coupable : les premières supprimaient, les secondes avaient trop peu garanti cette classe libre de travailleurs qui est la véritable essence de la force publique ; et elles finirent, les unes par épuisement, les autres par corruption.
Rome donne à ces vérités une nouvelle confirmation. Forte et puissante tant qu'elle vécut du travail libre et qu'elle sut l'honorer des plus hautes charges de l'État, elle se corrompit en même temps qu'elle laissa une plus grande place au travail des esclaves. Elle se maintint longtemps encore par la solidité de sa constitution et l'étendue de ses ressources ; mais partout la race libre s'est énervée. Vainement, quand le travail des esclaves manquera à son tour et que les ressources extérieures seront épuisées, le prince fera-t-il appel au travail libre ; vainement s'efforcerat-il de lutter contre la désorganisation sociale, en fixant chacun en son lieu par une contrainte héréditaire: les générations s'épuisent et se dissolvent