‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 254 sur 366 · Planude, Vie (TÉAopey ap, Jugler, De nundin, servorum · texte numérisé non relu

Planude, Vie (TÉAopey ap, Jugler, De nundin, servorum

202 LIVUE 1. CHAPITRE Vil.

la preuve, et montrons à quelles différentes sortes d'esclaves on les peut rapporter.

La valeur des esclaves variait selon l'usage auquel ils étaient bons : les hommes occupés aux travaux des moulins ou des mines étaient ceux aussi qui se payaient le moins cher; puis venaient ceux qui étaient capables d'une certaine industrie et entin les esclaves de luxe ou de plaisir.

Pour les esclaves de travail, le prix devait naturellement se régler sur le produit qu'on en pouvait retirer. Ces deux termes sont unis par un rapport qui de l'un doit conduire à l'autre et peut servir à les contrôler mutuellement. Ainsi les esclaves loués aux exploitants de Laurium produisaient net 1 obole par jour à leurs maîtres ou 500 oboles par an*; et encore les entrepreneurs supportaient-ils les chances des maladies accidentelles ou de la fuite, puisqu'ils devaient, à l'expiration du contrat, les rendre tout aussi nombreux qu'ils les avaient reçus. A 12 pour 100, inlérôt ordinaire de l'argent à Athènes, ce revenu représenterait un capital de 3000 oboles ou 5 mines (454 fr. 72 cent.). Mais le produit de Tesclave est de la nature des rentes viagères. 11 ne doit pas seulement servir l'intérêt du prix d'achat, il doit encore, dans un temps donné, rembourser le capital, puisque ce capital placé sur la tôle de Tesclave s'éteint avec lui. Pour y trouver des bénéfices dignes d'être recherchés par l'Etat, les maîtres devaient donc en retirer un intérêt

I. C'est ie produit des mille esclî^ves de Nicias, des six cents d'Ilipponicus, des trois cents de Phiionide, et des esclaves loués pour le ni^me usage au temps de Xénophon. (Comparez dans Xénophon, Z)m reienus, iv, les jSji 14 et 15, où le produit est compté par jour, et les îiîi 25 et "21, où il est compté par année, à raison de trois cent soixante jours.)

double de l'intérêt d'usage. Ce produit, qui n'a rien d'exagéré pour le commun des esclaves, à une époque où l'argent se plaçait sans trop d'usure à 18 pour 100, où c'était même un taux légal S ne peut pas être considéré comme trop élevé pour les esclaves des mines. On sait combien la vie de l'ouvrier s'usait vite à ce travail dans des lieux malsains*; et personne ne pensera que la clause qui imposait à Tentreprcneur l'obligation de rendre le même nombre d'esclaves à la fin du bail ait pu constituer, au profit du maître, une rente vraiment perpétuelle (îrpéwSov diévvacv). Si les accidents étaient aux dépens du premier, nul doute que le renouvellement périodique du contrat ne fit retomber à la charge du second les corps usés ou affaiblis. Au taux de 24 pour 100, les 560 oboles de produit annuel représenteront une valeur de 250 drachmes ou 2 mines 1/2 par esclaves (217 fr. 35 cent.); el, pour peu que le rapport du produit au capital s'élevât davantage (Je 25 à 30 pour 100, par exemple), le prix devait tomber à un chiffre un peu inférieur. C'est ce qui parait résuller du texte de Xénophon. Après avoir cité l'exemple de Mcias et des autres qui louaient leurs esclaves à raison de 1 obole par jour, l'auteur, proposant à l'État le même

1. Bœckh, Êcon, poliL I, 22 (p. 219-220). C'était à ce taux qu'un homme, se séparant de sa femme sans lui rendre immédiatement sa dot, devait lui en payer Tintérêt. L'auteur montre qu'il était aussi fort usité dans les transactions ordinaires. (Dém. c. Néœra. p. 1362, 1. 9; c. Aphobus, p. 818, 1. 6, 27; Escli. c. Tim,, p. 121; Isce, Sur la succession (TAgnias, p. 293 ; Lysias, fragm, (Vun discours contre Eschine le socratique ^ p. 4).

2. « Il n'y a personne, dit Plularque dans la comparaison de Nicias et de Crassus, qui puisse approuver le travail que Nicias faisait faire dans ses mines, où l'on n'emploie ordinairement que des scélérats ou (les barbares, dont la plupart sont enchaînés et périssent tôt ou tard dans ces cavernes souterraines, où l'air est toujours malsain. >

plan d'opérations : « Si Ton réunissait douze cents esclaves, dit-il, en cinq ou six ans leur seul revenu n'en donnerait pas moins de six mille V » Admettons, comme le montre assez la suite du passage, que l'État possède déjà ou achète de ses propres fonds les douze cents premiers esclaves, et que leur produit soit employé, dès la fin de la première année, à en acquérir de nouveaux : ce produit s'accroissant chaque année, et, dans la même proportion, le nombre des esclaves nchetés, on en aura réuni six mille en cinq ans, si Tesclave coûte 122 à 123 drachmes, en six ans, s'il coule 193 à 194 drachmes*. Comme Xénophon doit être porté à montrer dans Tavenir le plus prochain la réalisation possible de son système, on peut bien regarder comme le plus près de la vérité le terme le plus reculé qu'il indique, soit six années, ce qui suppose 194 drachmes par esclave; el, pour peu que l'auteur, cédant, presque à son insu, à la môme influence, ait encore réduit le prix d'usage pour le faire entrer dans la mesure de son calcul, on le voit, la valeur réelle de l'esclave ira bien à 200 drachmes ou 2 mines (173 fr. 89 cent.) (18).

Les deux valeurs assez rapprochées que nous avons déduites, l'une du produit commun d'un assez grand nombre d'esclaves, l'autre de la valeur totale d'un plus grand nombre encore, sont nécessairement des prix moyens. C'est dire que les prix individuels pourront être inférieurs ou supérieurs à ce terme. Et en effet il y avait en réalité dans celle masse d'hommes plusieurs degrés d'in-

-jivioôat. (Xén. Des Revenus, iv, 25.)

2. Au prix de 195 drachmes, après six années accomplies, on aurait six mille qualre-vingt-deux esclaves.

dustrie, depuis Tesclave occupé à creuser les puits ou les tranchées, pour extraire le minerai du (ilon, jusqu'à celui qui, dans les forges, travaillait ces matières brutes et en dégageait l'argent pur. Il y avait donc aussi des différences marijuées dans leur produit et dans leur valeur, différences qui pouvaient se compenser et se confondre quand on calculait, sur une grande échelle, le prix de louage ou d'achat, mais qui devaient reparaître dans des transactions moins générales. Un discours de Démoslhène, où Bœckh a cru trouver l'indication d'une valeur moins élevée pour ce genre d'esclaves, me paraîtrait leur donner, au contraire, un prix supérieur. Pour qu'on prononce en connaissance de cause, exposons le cas dont il s*agit.

Panténôle a changé Mnésiclés de lui acheter une forge, dans la région des mines de Maronée, avec ti'ente esclaves employés à la forgea Mais il doit,- sur cette acquisition, 105 mines* qui lui sont avancées par Évergus et Nicobule. La forge et les trente esclaves doivent être le gage de leur créance, et, pour que ce gage leur soit mieux assuré, Panténète fait passer le contrat de vente en leur nom. Seulement, par un acte séparé, ils conviennent de lui en laisser l'exploitation, à raison de l'intérêt ordinaire de 1 drachme par mois ou 12 pour 100 par année; et ils fixent l'époque ou Panlénète en reprendra la propriété entière en remboursant l'emprunt*.

Par la suite du discours, on voit que la forge était le

1. Démosthéne contre Panténèle, p. 967: K«i -]fip iûwiro txiîvo; (MvxaiXAYi;) aura tout» rapà TyjXeaaxco to5 irporepcv xtxnnutvou,

^. 2'jvÉêotivt ^î TcÛTov oçeXiî/ Mvr<ai»Xft {tàv KcXuTTtî raXavrov, ^iX^a S^ KX£U<7tvitt> xal nXc(<J7cpi TTÉvTi xai Tt—ajaxovTflt pi;. (Ibid. 1.19.)

3. Kai TiO^aîd» a'jvôxKo; iv ai; ii rt p.i<i6ci>oiç h -fi-ypotjxfAim xat Xwi; roùrti irap' •h^fMt itri^t pyjTÔ xp®^*?* (^bid.j p. 967, 1. 27.)

ms LIVRE I. CHAPITRE VII.

gage spécial d'Évergus, créancier pour ! talent, et les trente esclaves le gage de Nicobule pour la créance de 45 mines*. L'abbé Auger en a conclu que ces 45 mines représentent la valeur des esclaves, et Bceckh, suivant la môme opinion, fixe à \ mine et 1/2 (150 fr. 41 cent.) le prix de chacun: mais ce prix est-il bien réel? Cela, du moins, ne résulte pas nécessairement de la nature de la transaction. Sous la double apparence d'une vente et d'une location, en effet, ces contrais n'étaient pas autre chose qu'une constitution d'hypothéqué. Si le premier donnait aux préteurs la propriété légale, le second, par ses clauses resiriclives, laissait à Panténèle les droits réels de la propriété. A cet égard, prèleur et emprunteur pouvaient en parler comme de leur bien*, mais ils étaient liés l'un envers l'autre ; et, de môme que Panténète ne peut disposer des esclaves sans que Nicobule se dessaisisse de son titre, de môme Nicobule, qui ne les a achetés qu'en présence et du consentement de Panténèle, se garde bien de les vendre sans son autorisation"'. Il n'y a donc point là de venle complète, et le prix porté au contrat peut bien u'ôtre pas complet non plus. 11 se peut que l'argent avance par les préteurs ait servi non à payer la valeur totale de la forge et des esclaves, mais à parfaire la somme dont

1. Oùx&O/ w; ^èv àiv^jce p,6 TravTwv, on i-^tscu.r,'* twv àvc^pairot^uv rpaTr.p, ii^iSv.lx. (Ibid., p. 97*2, 1. 21.)

2. Kat àrrc^ojxevc; to Èp-^aarYipiov to cptov kxi to.; ctXEta; îrapi t»; (Tjvôxjca; à; eûsTo rpo; e'(i.s, dil Panténèle (ians Tacle d'accusation ; Nicobule réplique : Èu.ia6w(Tau.£v twv to'xwv t<ov ■]^iv&{x£v(i)v T&ÛTw rà T^ixsTEpa T.taî; /.xl àXXo cù^Ev. (Ibid.f p. 975, 1. A.)

^ 5. npaTTp uÈv -yàp é M^tauXr,; rptlv i^ty^^n tcÛtgu Trapavro; x»i x£âeO',vt&; • p.£Tà raijTx 8i rôv aOrov rpcnov r.atî; érspci; iTrc^ctuôx, ta*' ciTHEp aÙTOî È7rpiây.s6a , cù {xo'vcv xeXe'Jcvto; iti tcjtG'j , àX>.à xal ixi-

TEu&vTo;. (/^k/., p. 975,1. il. Cf. 971.) IVicobule aurait pu alors se refuser à vendre, parce que le terme marqué n'était pas venu.

Panténèle restait redevable envers ceux qu'il avait mis eu avant pour celte acquisilion. Il est dit, en effet, plus bas, que la valeur des objels en litige était de beaucoup supérieure à la somme dont ils étaient les gages*. Et cela se confirme par un fait que le défendeur cite et ne conteste pas. Panténèle, après avoir recouvré la propriété des esclaves et de la forge, les revendit au prix de 3 talents et 2 600 drachmes (en tout 206 mines)' ; c'est h peu pi es le double de la créance des deux préteurs (105 mines). Et, en supposant, entre ce prix nouveau de la forge et celui des esclaves, la proportion qui nous est donnée par le premier contrat, où Tune était engagée pour 1 talent, les autres pour 45 mines, la forge et la partie de mines correspondante vaudront environ 2 talents , et les trente esclaves un peu moins de 90 mines, soit 5 mines (260 francs) chacun'.

Ce prix moyen de 2 à 2 mines 1/2 était également celui des esclaves employés aux fonctions les plus vulgaires, soit dans la ville, soit aux champs. Deux esclaves, évalués à 2 mines 1/2 (217 fr. 35 c.) dans le discours conlreNicostrate, étaient loués, le premier pour quelque travail au dehors, le second pour la moisson, les vendanges et autres soins agricoles*. On peut donc dire qu'en général c'était le

(/^iV/., p. 971,1. 3.)

2. A '^Ci^ "hiUii rs'vre xai SxxtÔv avwv itûvr-pieda, tcOÔ' u<TT£pov Tpiwv TotXavTwv xal ^wxiXiwv xai é^axcaiwv àire^çu <rj (Ibid.^p, 975, 1. 21. Cf. p. 981, 1. 7.)

5. Cette valeur de la forge, qui, selon Bœckh lui-même, supposait une concession particulière de mines, n'a rien d'exagéré. Le même Panténète en a une seconde de la vnleur de 90 mines ou 1 talent 1/2, et, dans un autre discours de Dëmosihéne, il est question d'une concession de la valeur de 3 talenls, dans laquelle l'adversaire de Phénippe est entré pour un tiers. (Déni. c. Phénippe, p. 1049, I. 20.)

-i. Dém. c. Niroslrate, p. 1252-1*253. L'orateur rappelle la valeur

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prix des esclaves en qui Ton payait surtout la forée corporelle.

Ceux dont le travail demandait plus d'intelligeitoe s^élevaient à un prix supérieur. Plusieurs textes de Démosthènet d'Eschinc, et d'autres orateurs encore, nous donnent, pour un certain nombre d'ateliers de ce genre, le prix total et le produit net, ou par an ou par jour. Mais il y a dans ces évaluations des causes d'erreur qui tiennent, soit au caractère de Torateur , soit à la nature même des choses exprimées. Ainsi Torateur est avocat et par conséquent porté à élever ou à réduire son appréciation selon les besoins de la plaidoirie; et, d'autre part, en ne lui supposant aucun intérêt à déguiser la vérité, les nombres qu'il reproduit peuvent quelquefois représenter plus ou moins que la valeur des esclaves. Un seul exemple de Démosthène doit éclaircir et justifier ces réserves.

Dans la succession de son père se trouvaient deux manufactures. Tune d*armes, contenant trente-deux ou trentetrois esclaves et estimée 100 mines (16,519 fr. 40 c); l'autre de lits, contenant vingt esclaves et engagée pour 40 mines (3477 fr. 77 c), soit 230 mines pour les cinquante-deux ou cinquante-trois esclaves qui se trouvaient chez lui le jour où son tuteur reçut l'administration de ses biens ^ Quand ce dernier en rendit comple, quatorze des

de ces esclaves avec des paroles de mépris j « Si jejes dénonçais pour des esclaves qui ne valent pas plus de 2 mines et 1/2 d'après l'estimation de la partie adverse » (p. 1246).

I. O -yàp Trarrip JtaTeXiTifi ^ûo tp")faaTT.pia, ti^vx; ow ."-ixpat; ixaTipiv. u.'xX*ipc-irci&ù; [i.£v TpiaKovra, xxî Sùo ri Tpeî;, roo; ptiv àvà ire'vTt piv*; ^ xat 'il, Tcù; ^' GÙK tXârrovc; -n rpiàv pwv àÇîw;, àç' wv rpiouccvra pkv«; aTfXst; èÂâu.Cave tcû iviauTO'j tt.v Trpc'ao^Gv * xXtv&TTCicù; 8i tix&ot tov àpiOpLOv , TirrapâxcvTat p-vô» {»7:cxciu.svc'j; , et ^û<^txx [i.v«; àriXtl; aÙT^ 7rpc<T£- «pipcv. (C. Àphob.f p. 816.)

mêmes esclaves avec une somme de 30 mines et une maison de même valeur, forment un total de 70 mines, soit iO mines (870 fr.) pour les quatorze esclaves*. Un commentateur de Démosthène attribue cette dépréciation à la vieillesse, au dépérissement, etc. : croyons que le calcul de Toraieur n*y a pas moins contribué. Mais ces valeurs, attribuées aux deux aleliers (190 et 40 mines), en les supposant exactes, pourront-elles servir seules à la détermination du prix des esclaves? 11 semblerait que, d'après le premier nombre, on dût fixera 6 mines environ (521 fr.67 c.) celui des armuriers, et à 2 mines (173 fr. 89 c.) celui des ouvriers en lits. 11 n'en est rien pourtant. Car les derniers ont été non pas achetés^ mais engagés au nombre de vingt pour une créance de 40 mines, et il arrive communément que le gage surpasse en valeur la somme dont il fait la garantie. Cette évalualion, qui donne 2 mines par tête, peut donc être au-dessous de la réalité. Dans l'autre cas, au contraire, la somme de 190 mines, pour tout Tatelier, est bien au-dessus du prix des seuls esclaves; car Démosthène nous dit lui-même que ces esclaves valaient les uns 3 mines au moins, les autres de 5 à C mines, et, selon la conjecture de Reiske, on les devrait distinguer ainsi : trente du prix de 3 mines au moins, et deux ou trois du prix de 5 a 6 mines*. Comptons 105 mines pour les trente premiers à raison de 3 mines et 1/2 chacun, et 15 mines pour les deux ou trois autres : ils feront ensemble 120 mines (10,453 fr. 31 c.) ;

1 . Ibid. p. 815. Il ne peut y avoir erreur sur le nombre de 70 mines, car ce nombre, plusieurs fois répété dans le premier plaidoyer, se rc^ trouve aussi dans le second, p. 840, 1. 18.

2. Reiske, dans le texte cité, place une virgule enire rpiaxovTa et X9.1 ^uc i Tpfiî;, distinguant ainsi les deux catégories d^esclaves dont les prix suivent. Les trois esclaves de 5 à 6 mines seraient sans doute les chefs de travaux.

et les 70 mines restant (6,086 fr. 10 c.) devront représenter la valeur de rétablissement et des instruments de travail.

Le texte de Démosthëne nous donne directement 3 et 6 mines pour le prix d'esclaves forgerons : 3 mines pour les ouvriers, 6 vraisemblablement pour les conducteurs des travaux. Un texte d'Eschine nous permet d'arriver, par voie indirecte, à un résultat fort rapproché. Il nous dit que le père de Timarque avait neuf ou dix ouvriers corroyeurs, rapportant 2 oboles par jour, et le chef d'atelier o oboles^ Combien donnaient-ils par an? Car c'est de ce produit annuel qu'on remonte au capital par un rapport connu. En d'autres termes, combien l'année avait-elle pour le maître de journées productives? Cela dépendait, en général, des conditions où l'esclave était placé. S'il est loué à l'année, le prix de son travail est réparti entre tous les jours, à raison de trois cent soixante par an, comme le montre Xénophon dans son calcul ; sinon les seuls jours productifs seront les jours de travail, et on ne peut guère en compter plus de trois cents (19). C'était là probablement le cas des ouvriers de Timarque : leur produit annuel était donc de 600 oboles pour les ouvriers, et de 750 pour le chef d'atelier ; et, en admettant entre ce revenu et le capital le rapport ordinaire de 25 pour 100, les ouvriers vaudront 400 drachmes ou 4 mines (347 fr. 78 c), Tinlendant 6 mines (521 fr. 67 c.) (20).

Si donc on peut évaluer à 2 mines ou 2 mines et 1/2 le prix ordinaire des esclaves employés à Textraclion de l'argent ou aux plus durs travaux de la campagne, il semble

1. Eschine c. Tim.y p. 118. Il n'est pas dit, mais tous les commentateurs enfondent que c'est le produit net (iTtXifiç), comme dans les ateliers de Démosthène.

que la moyenne de Tesclave ouvrier doive'êlre plus élevée : de 3 à 4 mines, par exemple (de 260 fr. 83 c. à 347 fr. 78 c.), et une moitié en sus, de 5 à 6 mines (de 434 fr. 72 c. à 521 fr. 67 c), pour les chefs d'atelier. L'intendant que Nicias avait payé 1 talent (60 mines, 5,216 fr. 66 c.) est un cas tout exceptionnel, et ne peut entrer dans l'évaluation du prix moyen.

Les esclaves domestiques présentaient une série de valeurs correspondant à celles des esclaves de travail, selon qu'ils étaient relégués aux usages les plus ordinaires ou qu'ils s'élevaient à des services plus intelligents ou plus intimes. Démostliéne compte dans la succession de Spudias un esclave du prix de 2 mines (173 fr. 89 c), mais sans en spécifier remploie Dans le discours contre Théocrinés, une femme esclave est évaluée 5 mines (434 fr. 72 cent.), mais cette valeur, résultant d'une estimation judiciaire, pourrait être regardée ici comme un maximum*. Le prix de 5 mines était assez commun quand l'esclave apportait quelque talent au service de son maître. Dans Planude, on trouve vendus, avec Ésope, un chanteur pour 1,000 oboles (166 drachmes, ou 1 mine2/3=144fr. 90 cent.) et un grammairien pour 3,000 oboles ou 5 mines (434 fr. 72 cent.)', chiffres qui, du reste, à les prendre pour authentiques, donneraient une assez mince idée de la voix du chanteur et de la science du grammairien : l'un ne vaudrait pas un

i. Dém. c. Spud.y p. 1030.

2. Dém. c. Théocr., p. 1327-1328. Le père de Théocrinés avait été condamné pour renlèvement de celle esclave, et devait encore au trésor, à titre d'amende, 5 mines ou la moitié de la taxation judiciaire (Tiamaa). L'autre moitié, assignée à la partie gagnante, à titre de dédommagement, devait, selon Bœckh^ représenter la valeur de Tesclave. (Écon, polit. I, 13, t. I, p. 119.)

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