Isée, SurVhériL deCiron, p
3. Ainsi Démosthène avait dans ses ateliers trois esclaves de Thérippide, qui touchait leur salaire. (Dém. c. Aphobui, p. 819, I. 26.)
250 LIYKE 1. CHAPITRE Vllf.
grande cité, le ressort qui tenait la production au niveau des besoins; leur usage prouve qu'on s'arrangeait de manière à n'avoir pas trop d'esclaves; il ne prouve pas qu'il n'y en ait eu beaucoup. Dans nos colonies mêmes, où la population servile était si considérable comparatÎTeinent à la race libre, on trouvait des esclaves de louage ot de petits propriétaires vivant uniquement de leur produit*.
Il serait trop hasardeux de proposer un nombre particulier pour chacune des sections diverses de celte grande industrie où se distribuaient les esclaves ; mais nous croyons qu'à les prendre dans leur ensemble on n'en peut pas compter moins de trois pour chaque Athénien oii mélèque en Age de les employer. Qu'on se reporte aux exemples particuliers cités plus haut, et qu'on se rappelle combien était général, dans toutes les possessions, Tusage de les exploiter ainsi: un citoyen qui recevait l'aumAne de l'État donnait pour preuve de son absolu dënûmeot qu'il n'avait pas même un esclave pour l'associer à son travail*. En prenant pour base le nombre des citoyens et
I.M. Rouvellat de "Cussac, Situation des esclaves (1845), p. 79 el passim. Beaucoup de citoyens, soit par l'attrait du gain, soit par Tiiifluence de la loi qui défendait d'entretenir des esclaves oisifs (Ulpian. in Midian, p. 56/)), les louaient ainsi à un prix qui s'élevait naturellemenl en raison des jours de chônuige qu'il fallait supporter. Mais ces chances étaient moindres pour eux (juc pour les chefs d'exploitation, qui, dans Irs cas urj;ents, recouraient à leur assistance; car, n'ayant aucune industrie spéciale, ils portaient tour à tour leurs esclaves, au moins comme manœuvres, vers les services divers qui en avaient besoin. Ajoutons qu'Athènes n'avait pas seulement des esclaves à louer, elle en avait à vendre : c'était, nous l'avons vu, un des principaux marchés de la Grèce. Peut-être un certain nombre d'esclaves de ce genn» doit-il être compris dans cette section réservée au commerce el à l'industrie.
des métèques portés au recensement, ou environ 30 000, on aurait donc 90 000 esclaves pour toutes les branches de l'industrie et du commerce, pour tous les services de la marine, soit dans le port d'Alhènes, soit dans les voyages aux ports étrangers.
Ainsi nous pouvons rendre compte de 1 75 000 esclaves en âge de servir, de 12 à 70 ans, par exemple. Il y faut joindre les enfants et les vieillards; mais remarquons d'abord que la loi de la population ne peut pas s'appliquer également dans ces deux cas à la classe servile. L'esclavage ne se perpétuait pas seulement par les naissances, il se recrutait surtout par les achats. C'est un fait dhistoire parfaitement d'accord avec cet autre fait, que les hommes, bien plus que les femmes, étaient l'objet de ce trafic. Toutefois, il ne faudrait pas trop s'exagérer la disparité des deux sexes, et, en conséquence de la rareté des mariages, le petit nombre des enfants. Si les femmes étaient peu employées aux travaux de l'industrie, elles l'étaient beaucoup plus que les hommes, au contraire, nous croyons l'avoir prouvé, dans les occupations du ménage. Comptonsen une pour cette partie du service, par chaque famille d'Athénien ou de métèque, ou 30 000, et 10000 seulement pour les soins divers des fermes, des fabriques ou du petit commerce : ce ne seront pas 40 000 mariages sans doute, car les maiires, on le voit par Xénophon luimême, trouvaient plus d'inconvénients que d'avantages à
nûç ip'YolllGfxai, Tcv ^la^cÇo'fAivGv ^' ccùtiqv witiù ^vapiai xmioavÔAt. (Lysias, 'Ki^l à^uv., p. 743-744.) On ne donnait, en général, celte aumône qu*à ceux qui avaient moins de 3 mines : c*est le prix d'un esclave. Voyez aussi cette femme d*Àthénes, quœ dolore et miseria tabescit (Adelph, IV, m, 604); elle vit avec sa fllle, la femme qui Ta nourrie, et un esclave dont 1h travail soutient toute la famille : alit Hla$, solus omnem fami- Ham gîuteniat, (Ihid, III, iv, 480.)
i5i LIVRE I. CHAPITRE VIII.
ces associations et ne les permettaient point sans réserve*. Mais, dans cette corruption générale des mœurs païennes, dans cette licence particulière de Tesclavage athénien*, au milieu de cette foule d^hommes exclus des droits de h nature, que pouvaient de simples femmes à qui on refusait la vertu, comme un privilège de la liberté? Les enfants des esclaves n'étaient donc pas si peu nombreux qu'on le pourrait croire : témoin le testament de Lycoa, et partico* lièrement celui d'Aristote dont nous avons cité les dispositions; et, pour généraliser, il ne nous parait pas que, dans les limites où nous avons réduit les femmes, ils dussent être de beaucoup inférieurs en nombre aux enfants nés dans la liberté. Quel peut en être à peu près le chiffre? En France, la loi de population, calculée sur 10 000 000 d'àmes', donne, pour 7 127 606 personnes de 12 à 70 ans, 2562237 au-dessous du premier âge. Si Ton pouvait appliquer celte proportion à TÂttique, pour les 4OO00 femmes on aurait un peu plus de 29 000 enfants, de moins do 12 ans. Mais accordons que les obstacles apportés aux unions, que Tinfluence ordinaire de l'esclavage et des dès* ordres qu'il entraine, réduisent ce nombre d'un tiers*, et nous aurons encore 20000 enfants à joindre aux 175000 esclaves déjà trouvés; en tout 195 000 au-dessous de 70 ans. Pour les plus vieux, la loi de la population nous montre qu'ils sont aux autres dans le rapport de 310 157 à
1. Xén. Écon. ix, 5. — 2. Xén. Rép. Aih. i, H. — 5. Annuaire du Bureau det longitudes pour 18i2.
4. A Paris le nombre des enfants qui naissent hors mariage est le tiers environ du nombre lotal des naissances. Les enfants qui naissaient aux esclaves, avec ou sans l'autorisation des maîtres, ne devaient pas être moins des 2/5 du nombre des enfants qu'ils auraient eus eu étal de liberté.
DU iNOMfiHE DES ESCLAVES EN GRÈGE. 253
9 689 843, ou d'environ 1 à 32, c'est-à-dire d'un peu plus de 6000.
Nous trouvons donc en récapitulant :
Esclaves domestiques 40,000
Esclaves agricoles 35,000
Esclaves des mines. , 10,000
Esclaves employés dans Tindustrie, le
commerce et la navigation 90,000
Enfants au-dessous de 12 ans pour
40 000 femmes '20,000
Vieillards au-dessus de 70 ans 6,000
Total 201,000
Mon compris les esclaves publics, parmi lesquels 1200 archers scylhes*. A quoi il faut joindre la population libre :
Athéniens , 67,000
Métèques 40,000
En tout, de 308 000 à 310 000 habitants, ou environ 122 par kilomètre carré'.
Mais ce nombre, auquel il nous parait nécessaire d'élever la population de l'Attiqne, d'après des conjectures fondées sur les témoignages des anciens, doit-il être repoussé par des raisons tirées de la nature même du pays? Letronne, réfutant le texte d'Athénée, lui oppose la double impossibilité de garder en temps de guerre un si grand nombre d'esclaves, et, en temps ordinaire, de les nourrir.