Bœckh, Êcon. poL l, 7, t. l, p
3. tntre autres Kruse, Hellas, et Otfr. Mûller, dans Fart. Attika de rEncyolopédie allemande de Ersch et Gruber.
306 LIVRE L GHÀPITEK VIII.
8anle depuis que la France a porté en Grèce, comme jadis en Egypte, ces lumières de la science qui accompagnent partout nos soldats. La grande carte exécutée par Aldenhoven (1838), sur les observations et les mesures des officiers attachés à rétat-ms^or de Texpédition de Hoiée, a réformé, on peut le dire, la géographie de ce paji célèbre. Il fallait donc refaire les anciens calculs, et nous n'avons pas reculé devant les longueurs de cette opération. La première chose était de déterminer exactement la frontière continentale de l'Altique. Du côté de la Mégaride, elle était fixée aux monts Kérata (rocher Terkeri)^ et suivait, sans doute, de ce i*ocher au Cythëron (mont Élaieia)^ la ligne de hauteurs qui détermine le parU^ des eaux entre les deux contrées. Du côté de la Béotio, c^était autrefois, comme aujourd'hui encore, celte chafait de montagnes qui, du Cylhéron au Parnès (mont Oseia), sépare les petites vallées de TAtlique des vallées indinéei vers TAsope (26). Au delà du Parnès, elle se repliait au nord-ouest pour descendre elle-même vers ce fleuve et louchait au pays d'Oropc, situé à l'endroit où il se jette à la mer : pays longtemps disputé entre les deux peuples auxquels il confinait. La ville d'Orope, que Thucydide rangeait dans la dépendance des Athéniens au temps de la guerre du Péloponnèse, traversa, pendant le siècle qui suivit, bien des vicissitudes. Tantôt libre et tantôt alliée ou sujette, soit de Thèbes, soit d'Athènes, elle fut enlevée à la demi nation de cette dernière par Thémison, tyran d'Êréfrie (366 av. J.-C); et les Thébains, pris pour arbitres de ce différend, reçurent la ville en dépôt et la gardèrent (27). Après la bataille de Chéronée, elle fut rendue par Philippe aux Athéniens; après la mort d*Aloxandre, affranchie pir Polysperchon. Prise ensuite par Gassandre et délivrée
presque aussitôt parPtoIémée, général d*Ântigone (en 312), elle obéit sans doute dès lors aux intérêts de position qui la rattacliaient à TAttique* : aussi est-ce à cette contrée qu'elle est rapportée communément*. Dicéarque appelle les habitants d'Orope des Béotiens Athéniens, de même que ceux de Platée^. Strabon, qui la place d'abord entre les deux pays, la comprend plus loin dans la description de la Béotie^ mais Tilelive l'attribue à TAtlique', et Pausanias dit formelleraent qu'elle finit par lui rester ^ Ainsi elle peut être rangée avec son territoire dans la circonscription générale de cette contrée. Mai<, comme elle n'en faisait point partie à l'époque où Démostliène, dans son discours contre Leptine, supputait les importations de blé de TAttique (vers 555), nous ne Ty comprendrons point dans nos calculs. De cette limite au Cyt héron, on trouve» sur toute la ligne que nous avons tracée, une suite de ruines, derniers vestiges des forteresses qui protégeaient la frontière et commandaient les passages. Il y en a près d'Orope. Et, pour nous borner à celles qui retiennent quelque ancien souvenir, ou retrouve à Bigla- Turrij au sud, les ruines de Phylé; à l'ouest, celles d'Œnoé, beaucoup plus considérables, et enfin, un peu plus à l'ouest, des ruines fort importantes à Gifto-Castro.
i. Diod. XIX, 77 et 78. Quand il est dit que Ptolémée la rendit aux Béotiens, on peut Tentendre des indigènes par opposition à la garnison de C.'issandre qu'il chassa. On le voit, en effet, marcher ensuite sur Thèbes, alliée de Cassandre, et s*emparer de la Cadmée.
!2. Scylax, dont les notions se rapportent généfiilemcnt au règne de Philippe, compte, pour le périple de TÂttique, du cap Sunium aux frontières des Béotiens, 650 stades ; et, quand il reprend le périple de la Béotie, il nomme, comme première place, Delium, et ne donne au rivage que 250 stades jusqu^à la Locride. (Scylax, n** 58 et 60.)
3. Dicéarque, des villes Grecques, §6 : Frag. hist. Grœc, t. Il, p. 256. — 4. Strab. IX, p. 399. Cf. p. 403. — 5. T. Live, XLV, 27. — 6. Pausan. I, xxiiv, 1.
268 LIVRE I. ClIAPlTRfi VIII.
Barbie du Bocage croyait y retrouver Ëleuthères. 0}fr. Mûiier a montré que celte enceinte assez vaste, cette tour solide encore, qui domine le défilé, devait ' appartenir à une place plus importante dans l'histoire des guerres d'Athènes : il y voit Panacton. Éleuthères, dont les habitants, sans figurer parmi les bourgs de TAttique, s'étaient rangés sous la protection d'Athènes et en partageaient les droits et les sacrifices, était située dans la plaine ou vers les premières pentes du Cythéron, sur la route d'Eleusis et de Mégare à Thèbes, peut-être vers Kondura (28).
Ces différents points fixés, nous avons pris pour fondement de l'opération un triangle dont la base s'étend dn cap Sunium au mont Cythéron, sur une longueur de 48 milles géographiques (de 60 au degré) -^^ et dont le sommet se trouve à 46 milles du premier, et à 42 milles ^ du second de ces deux points. La mesure de ce triangle et des parties qui doivent s'y ajouter ou s'en retrancheTi pour donner exactement les surfaces cherchées, nous a conduit aux résultats suivants :
Milles géogr, carrés.
Stades olymp. e
L'Attique. 700,48
Salamine. 33,66
Hélène. . 6,02
Total. . 740,16 = 74,016
Ou, si l'on veut en faire Tévaluation dans nos mesures modernes, le mille géographique étant au kilomètre dans le rapport de 60 à 111, et les carrés dans le rapport des carrés de ces nombres, on aura pour 740 miu«8 géogr. orr. 2,532 ^^'^•^^', 65 = 255,265 hectares i.
1. Le pays d'Orope, qui est compris dans les limites de rAttiqoe actuelle, a, d'après nos calculs, 21 «niiics géogr. carr.jO; et> selon toute
Si nous passons au second terme du premier rapport, c'est-à-dire de retendue de TAttique à l'étendue de la terre de Phénippe, nous y trouverons une difficulté d'un autre genre. Le client de Démosthëne, qui veut se décharger d'un devoir public aux dépens de Phénippe, lui offre l'échange. L'objet principal de cet échange est une terre qu'il est allé visiter et reconnaître tout à Tentour, et qui n'a pas moins de 40 stades : — de circonférence ou de surface? Le texte n*a paru douteux ni à Bœckh ni à Letronne. Ils se sont prononcés, sans hésiter, l'un pour la superficie, Tautre pour le contour. Le stade étant le plus souvent employé comme mesure de longueur, on est tout d'abord tenté de se prononcer pour la circonférence; et la forme de la phrase y a même généralement déterminé les traducteurs ^ Mais une autre ponctuation (et c'est celle de Reiske) conduit au sens opposé*, et des
apparence, Athènes, qui avait laissé les Tliébains se saisir de la place, ne leur en abandonna jamais le territoire tout entier. Pour le temps de ranliquité où ce pays était dans la dépendance d^Athènes. il faudrait donc ajouter ceUe surface à la surface calculée plus haut, soit en tout 761 milles géogr. carr., 86, c'est-à-dire, en ne comptant que 760 milles carrés, 260,110 hectares. Pour TAttique d'aujourd'hui il y faudrait joindre la Mégaride.
1 . Le plèthre, qu*on emploie communément pour exprimer les super- Hcies, parce que les surfaces mesurées dans les auteurs anciens sont le plus généralement petites, n*était aussi qu'une mesuré de longueur, la sixième partie du stade ou 100 pieds. Strabon, par exemple, remploie pour mesurer la distance la plus petite de la fiéotie à TEubée (IX, p. 400). Le sens de la phrase indiquait seul s'il s'agissait de longueur ou d'étendue, si le nombre exprimé était simple ou carré. C'est ce qui fait ici l'équivoque.
2. Il ne s'agit que du placement de la virgule; c^est une question de vie ou de mort pour 100,000 habitants. Voici le texte : Kaî irpûrcv jaèv
'jTipia-ya'Ywv T^v iax*Tiàv itXsov ri arxJiwv cuaav TtTrapâx&vra, /.6x).(o f^ii^a xxl ^up.sprjpgéu.riv tvavTÎcv 4>aivîivT:cu, on cO^tlç goo; firtanv Jnl r^ JoxaTiâ.
(C. Phénippe, p 1040, 1. 13.) Reiske ponctue avant xuxXm ; Âuger, après; Bekkcr nulle part.
570 LIVRE I. CIIAPITRB VIII.
considérations tirées soit du discours, soit des faits généraux qui s'y rattachent, semblent conGrmer cette inler prétation.
Nous avons dit, d'après Bœckh, que les propriétés étaient singulièrement divisées en Attique; et, si plusieurs s'étendaient davantage, surtout sur les frontières où le domaine de Phénippe était situé (Ir/aTti), encore ne dépassaient-elles point certaines bornes. Les prix sont de 20 à 50 mines pour le commun des patrimoines, de 1, 2 et 5 talents pour les plus grands. Il en est un qui coûta un peu moins de 5 talents : c'est le seul dont il soit donné en même temps la mesure; et quelle est-elle? Un peu plus de 300 plèthres (28 »»«<^«*«%58) *, ce qui porte h valeur du plèthre à 90 draclimes environ. Or la terre de Phénippe, en ne lui supposant que 40 stades carrés, en aurait déjà 1440 (137 »'«^^^,17). Donnez-lui 40 stades de tour, et supposez avec Letronne (ce qui est le calcul le plus modéré) qu'elle ait 15 stades de long sur 5 de large, elle aura 75 stades ou 2700 plèthres de surface (257 hccurc8^20), et elle vaudrait, proporlionnellement au prix trouvé plus haut, 40 talents 1/2 ; mais admettons que ce prix soitexagéré cl puisse se réduire, dans le cas présent, à 60 drachmes leplèlhre: elle vaudra encore 27 talents. Et comment, avec un tel gage, le client de Démosthène vient-il user d'habilelé et d'adresse pour surprendre cette propriété avec tous les produits qu'elle contient * ? A quoi bon ces plaintes sur la ruplure des scellés, sur l'enlèvement des récoltes''? Pourquoi met-il pour condition à l'échange de sa fortune de 12 talent*, de ses mines
\. Lysias, Des biens (VArisloph.^ p. 655 el 042, cité par Bœckh, I, 11. 2. Démoslh. c. Phénippe, p. 1040, 1. 9. — 5. Ibid.^ p. 1039. — 4. /Wr/.,p. 1045, 1. 17.
épuisées, contre cet immense et riche domaine, la restitution intégrale du blé, du vin et de tous les eiîels qui en ont été soustraits*? Celte terre nue n'aurait-elle pas été déjà une des grandes fortunes d'Athènes? D'un autre côté, comment avec un pareil bien Phénippe n'eût-il eu à subir aucune des charges publiques? Comment, et ceci résulte du fait même du procès, comment n'était-il pas au nombre des 300 citoyens qui devaient d'abord les supporter'?
Tout porte à croire que, même dans l'interprétation la plus restreinte, il faut encore faire une grande part d'exagération à l'intérêt de la cause et aux habitudes de l'avocat. Nous en avons d'ailleurs une preuve directe et pércmptoire. Cette terre de Phénippe, qui ne produisait, dil-on, que du vin et du blé (et la vigne se cultivait à travers l'orge ou le long des arbres'), cette terre, qui se trouvait ainsi d:ms les conditions les plus favorables au rapport qu'on veut établir, donne 1000 médimncs de grain. Admettez qu'elle ait 75 stades de superficie, ce qui fait 257 *'«'^»"e%20, vous aurez 250 hectares, par exemple, produisant 1000 médimnes ou 520 heeioiin^^gS : c'est 2 hectolitres Qg paj. hcctarc, précisément ce que Ton trouve dans le S. E. de la France dont nous avons déjà rapproché TAttique, non comme produit, mais comme semence ordinaire de l'hectare*. Supposez que le tiers seulement (25 stades carrés ou 85**«*^**"^%73) soit consacré a cette culture, vous n'aurez encore que 6 hectolitres 06, c'est-à-dire une quantité inférieure à la production du plus stérile et du moins cultivé de nos départements, le Lot, qui donne