‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 308 sur 366 · Thuc. VIII, 40. — 2. Alhén. VI, p · texte numérisé non relu

Thuc. VIII, 40. — 2. Alhén. VI, p

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la fuite réglée par les formes de la justice, le maraudage légitimé et acceptant lui-même des limites de la loi. Par un étrange renversement de fortune, le maître travaillait pour Tesclave et lui rendait compte des produits de son travail. Sa redevance n'était pas même fixée comme l'était celle de l'hilote : l'esclave prenait connaissance des récoltes et prélevait ce qui lui semblait équitable ; puis le sceau de Drimacus, imprimé sur la ferme, la préservait de toute autre contribution. Lui-même, obéi comme un maître et plus qu'un maitrc parmi les siens, redouté des hommes libres, ses tributaires, il allait, aux jours de fête, dans les campagnes, comme un seigneur, recevant les offrandes, le vin et les victimes, déjouant les mauvaises pensées et punissant les conspirations formées contre lui. On finit pourtant par s'indigner à Chio de cette longue et humiliante domination. Mais l'on ne sut y mettre fin que par une lâcheté: la tête de Drimacus fut mise à prix; et lui, déjà vieux, soit fatigue de la vie, soit défiance de ses esclaves, il se la fit couper par un jeune homme à qui il voulait du bien. Les Ghiotes payèrent avec joie, mais il n'eurent pas lieu de s'en applaudir longtemps. Drimacus, en effet, n'était pas la seule force de la révolte, et seul il en était le frein. Lès esclaves ne furent pas réduits et ne furent plus contenus. Les fuites continuèrent, mais sans contrôle, et les pillages, sans poids ni mesure. Dans cette aggravation de misères, les habitants de Chio recoururent à celui qu'ils avaient proscrit et lui élevèrent un autel : au héros bienfaisantes

êiMxvif ^oiripi<|rtt ir^^ robe ^wn6rai, ( Athén. VI, p. 265, e.) — ' Voir la note 33 à la fin du volume.

i. fiptto^ f&fuvfiûç. (Athén. VI, p. 266.] Il resta entouré de la vénération des fugitifs et des maîtres : des fugitifs, qui lui portaient les prémices du butin; des maîtres, qui disaient être encore avertis, par ses révéla-

C2 LIVUE I. CHAPITRE IX.

Ce ne fut pas la fin des tribulations de Chio ; ce peupk qui avait inaugure le trafic des eiiclaves périt par reaclavage et dans resclavage. Livré à ses propres esclaves, et liai» f6ré en Colchide par Mithridaie vainqueur, il ne resta pbi que dans le proverbe comme un grand eiemple de la justice réparatrice : « Chio a acheté son maître, » Xfbç iiowk^

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En présence de ces suites funestes et presque nécessaires de la rigueur, on devait mieux comprendre la sagesse de la modération. Cest, nous l'avons dit» ce que pratiquait ' Athènes, c'est également, nous le verrons, oequ'enseignaieat les philosophes : Platon, avec le vif sentiment des dangn de Tesclavuge ; Xénophon, avec une exagération dans laquelle perce l'influence de Sparte, où l'esclave craint k maître, et une sorte de pitié pour les nécessites déroocntiques qui vous font craindre vos serviteurs ; Aristole enfin, avec cette mesure qui est la force de ce grand génie*. Et dans l'opinion comme dansl'usnge, dans la théorie comme dans la loi, il y avait, il le faut dire, beaucoup moins d'ha*

iïons, des pièges de leurs esclaves : c'était, pour eux, presque le sevi moyen de les prévenir.

1. Nicolaûs le péripatéticien, Posidonius et le poète Eupolîs, ly* AUién. ibid. p. 267. Une ancienne révolte des esclaves de Samos contre leurs maîtres, suivie d'une transaction, donna lieu à la fondation dtphèse, si Ton en peut croire Malacus, dans ses Annaleê des Stpknùm» Ap. Athén. ibid,

2. Platon, Lois, VI, p. 777 ; Xénoph. Rép. Aihén. i, ii ; Arist. JÎM. I, 5 Voyez ci-apn>s, au chapitre xi. En d'autres villes encore les eh claves éuient admis par les donateurs, avec les hommes libres, aux diitributions d'huile, soit dans les bains, soit dans les gymnases. (Lebas, Votj. archéoL en Grèce, 2" partie, n*' 120 et 243.)

DE l\ COKDITlOiN DES ESCLAVES. 521

niaiiité que de prudence, moinsde compassion pour l'esclave que de sollicitude pour les citoyens. A ce point de vue seul, on trouvait déjà dans un traitement éqnilable et une conduite modérée, non seulement un grand intérêt politique, mais un intérêt moral. Dans toute violence, en effet, dans tout abus du pouvoir, il n'y a pas seulement Tesclavc qui subit Toutrage, il y a l'homme libre qui le comm«'t. L'esclave soulfre dans son corps, le maître pèche dans son âme; aussi Platon ne battait-il point le serviteur qui lui avait manqué... il le faisait battre*. C'était un peu la pensée de la loi quand elle protégeait la pudeur de l'esclave contre les attentats do I homme libre ; et Eschine, dans son discours contre Timarque, ne prend pus la peine de le cacher*. C'était en faveur de l'homme libre que, par un privilège plus étrange, elle défendait à Tesclave d'infâmes usages* ; c'était peutêtre encore en partie son but, lorqu'elle punissait la mort de Tesclave, et qu'elle donnait action contre ceux qui l'avaient insulté* : elle pouvait craindre que, sur ces formes humaines, on ne prit trop facilement l'habitude du meurtre, des violences ou de l'outrage. Au moins pour la loi d'outrage, proclamée par Démosthène,à la face de tous les barbares, comme un admirable exemple de l'humanité de la Grèce, qui, après tant d'insultes, dépouillant une haine héréditaire, veut bien les asservir sans les maltrai-

1 . Par son neveu. (Plularqiie, Comment il faut élever les enfanis.H, p. il.) — Ou bien encore ii tenait longtemps lebàlon levé sur lui, pour cliàtier, disait-il, sa propre colère. (Phitarque, De la tardive vengeance des dieux, 5, p. 55t.)

2. où -yàp OîTip Twv cucTÛv taTcourîatxEv à vojxoOéTyj;, iXkk pcoXoaivo; infA«; èOîaat roXl» XTzijiv* tâç tû»v iXtuOipcov uêpeco;, 7Çpoos-^p*i|»i pir,^' ei; tgù; ^ouXou; oêptîjtiv. (Escli. c, Tim, p. 43.)

5. Plut, de l'Amour, 4, g H, p. 751. — 4. Démosth. c. MidiaSy p. 529 et 550.

ter S Xénophon, en cherchait plus méchamment et plus simplement la raison dans la crainte qu'on ne frappât on citoyen, en croyant ne battre qu'un esclave *.

Si la pensée de la loi pouvait ëlre obscuret une des formes delà procédurealhénienne suffirait pour rèclaircir. L'esdaïe n'était point une personne, el par conséquent n'avait point action devant les tribunaux. Dans le seul cas où son maître ne pouvait comparaître en sa place, celui d'une contestation légitime entre Tun et l'autre au sujet de la liberté, la loi lui donnait un cura/et/r((rjvf4YGpo<;) qui plaidait sa cause'. Mais,s*U n'y pouvait figurer comme partie principale, il était quelquefois nécessaire de l'y appeler subsidiairemenl. L'esclave, associé partout aux hommes libres et témoin ordinaire des actes de leur vie privée, était souvent le seul qui pût en déposer devant les juges \ Or la loi, qui ne lui reconnaissait point le caractère de Thomme, poussait la logique jus* qu'à ne point croire à sa conscience. On suspectait son témoignage libre, on ne l'interrogeait que par la torture, comme s'il fallait les entraves et la génc pour le rappeler à sa vraie nature et en tirer la vérité. Cet usage seperpélua avec une constance qui n'était point dans les habitudes d'Athènes, et l'on en trouve, non pas seulement la trace dans tous les procès, mais l'éloge dans tous les orateurs. Lysias, Antiphon, Isocrate, Isée, Démosthène, Lycurgue,

1. Ibid, p. 529-530... 5p.ci>; où^* 5oû>v âv njiîix xaroAivTtç, ^ouXeocxTiattvTfti, cù^8 TCÛTouç Oêpi![eiv à^ioOaiv.

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