CHAPITRE X
DE l'AgraAifflmammwT
Dante a défini l'enfer, quand il a écrit au frontispice du vestibule où il est introduit par Virgile :
Laissez toute espérance, vous q[ui entret ici.
C'était aussi comme l'essence et le fond de toutes les misères de l'esclavage. Servir sans espoir, servir sans fiii« servir dans sa personne, dans sa race, à toutes les générations, tel était le droit : hérédité, perpétuité. Biais c'est principalement cette partie du droit, la plus rigoureuse sans doute, qui i^éclamait un adoucissement dans la cou* dition de Tesclavc. Les peines qu'il y trouvait, eussentelles été universellement tempérées dans le sens des lois les plus favorables d'Athènes, c'était toujours Tenfer, tant qu'elles restaient nécessairement sans fin. On y laissa entrer la vague espérance. Dans cette perpétuelle révolution des choses du monde, l'esclave, relégué au dernier degré de la fortune, devait avoir autant d'espoir que ie riche de terreur : « 11 n'y a, ô mon ami, lui disait le poète, il n'y a nulle part de ville d'esclaves; mais la fortune entraîne tous les êtres )iors de leur lieu. Beaucoup
sont aujourd'hui privés de la liberté, qui, demain, seront inscrits au déme de Sunium et dans trois jours auront place à Vcigora ; car le destin tourne pour chacun de nous le gouvernail de la vie*. »
L'esclave pouvait acquérir la liberté à titre onéreux ou à titre gratuit, par rachat ou par affranchissement.
D'abord il pouvait âe racheter de son pécule. C'était, nous Tavons dit, un encouragement au travail, une récompense de la bonne conduite; et le maître après tout n'y perdait guère. Après avoir levé tant de contributions sur l'épargne de l'esclave, il en retrouvait encore la valeur tout entière, en échange de la liberté. Mais l'esclave avait-il le droit de forcer son maitre à cet échange? Samuel Petit l'a inféré, à tort, d'un passage de Plante*, et, avec plus d'apparence, d'un texte de Dion Chrysostome, dans un discours sur la liberté. Le rhéteur, s'adressant à l'esclave : « Eh quoi! insensé, s'écrie-t-il, est-ce qu'on ne peut devenir libre sans être affranchi par son maitre? » Il cite plusieurs cas d'affranchissement de ce genre, avec ou sans le concours de l'État, en face d'un grand danger ou après une défaite, et continuant : <c Mais ne puis-je
i. Anaxandride, ap. Alhén. VI, p. 263, b. Sur ce proverbe : « Il n y a pas de ville d'esclaves, p.Ti ivi ^ouXotv ttoXiç, Etienne de Byzance rapporte que, selon Uécatée, il y avait en Libye une ville appelée AcOXcav ffoXi( et que si un esclave y apportait une pierre il devenait libre, fût-il étranger. (Etienne de Byzance, $. v. ou Uécatée, fr. 118 Fragm. Hist, grœc.yéd. Didot). Cette ville est reléguée assez loin poiir qu*on la puisse croire fabuleuse.
S. Quid? si tu nolis filiusque etiam tous,
Vobis invitis aique amborum ingratiis, Una libella liber possum Ûeri.
(Plaute, Catina, II, ▼. i06.)
L*esclave parle de sa maltresse et du fils de la maison ; mais il sousentend, comme Ta remarqué M. Naudet, le consentement de son maitre, dont il sert la cause.
r>5G LIVRE 1. CHAPITRE X.
iiraiTraiichir inoi-mème, en trouvant de Taisent pour inc racheter^? » Cependant l'autorilé de Di(in n*est point assex forte pour faire modifier le di*oit général sur un point si grave, dans le silence de tous les anciens auteurs. Peutêtre fait-il allusion à celle vente forcée de l'esclave, en cas de Irailemint inique : comme il pouvait être acheté par un autre, il pouvait se faire racheler lui-même, s'il avait de l'argent. Peut-être même s'agit-il d'un rachat purement volontaire; car Tauleur marque simplement qu'on peut devenir libre sans être affranchi par son maître (jatj î/à Ts: liZT.c'0'j (zçeOs'ç), et le I achat, c'est-à-dire la liberté recouvrée à titre onéreux, n'est point, à proprement parler, Taffranchissement .
L'affranchissement proprement dit se faisait, soit par le maître, soit par TËiat, avec des formes souvent analogues et des effets quelquefois divers.
Quand le maître laissait en mourant la liberté à son esclave, son testament lui servait de garantie : et nous en avons rencontré plusieurs exemples dans Diogènc Laërce. Quand il la lui donnait de son vivant, il r< cherchait quelque autre moyen de publicité. L*annonce en était faite dans les lieux divers où se rassemblait le peuple, au théAIre, par exemple*; et le peuple entendait avec une assez juste impatience la proclamation du héraut interrompre ou couvrir la voix de l'acteur : aussi défendit-on de troubler désormais son plnisir par cet usage. La déclaration s'en faisait aussi dans les tribunaux, où elle était
CaX/.a; zfo ^lanôiTi, tojto'v (pr.ai tov t.o;;'//. (Uioil ChrysOSt. \V, p. î2iO-tîil.) *2. \'/J'j'. ^i Tivt; :où; aÙTwv oùîra; à^iàiiv àiTEXijôsp'^o;, aâsTupa; t%; im/.tjôjp a; toù; KX'.r.va; roicûfxev.i. (Ksch. c. Ctésiph. p. 454, cité par l'etil et par M. Curtins, Anecdola dclphicay p. i^.)
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mieux à sa place*; dans les fêtes, dans les temples : comme on Ta inféré d'un passage où Suidas rapporte que Cratès, montant sur un autel, s*écria : c< Cratès affranchit Cratés » ; c'était probablement une des formes de Taffranchissement ordinaire qu'il empruntait pour s'affranchir solennellement de son propre joug *. Enfin l'affranchissement pouvait être constaté encore soit par quelque monu* ment particulier comme cette pierre trouvée à Cos où des esclaves et leurs enfants sont affranchis à la condition d'accomplir certaines cérémonies religieuses en l'honneur d'IIercule% soit par l'inscription sur les registres publics^ comme nous serons amené à le conclure de l'état des affranchis à Atliènes : formalité qui se constatait aussi par une mention spéciale gravée sur la pierre, comme lo prouvent plusieurs monuments découverts en Thessalie\ On y donne presque toujours décharge de la somme que les affranchis ont payée à la cité, comme pour acquitter un droit d'enregistrement (34).
Ce genre de garantie nous mène à une autre forme d'affranchissement, à titre gratuit ou à titre onéreux, que nous avions déjà pu tirer du recueil d'inscriptions de Bœckh, mais que M. Curtius a mis en plus grande lumière par des inscriptions nouvelles et par le savant traité dont il'
i. Plaute, dans le Persan, IV, m, 480. On pourrait se défier ici d0 Piaule, qui, ordinairement, substitue aux données grecques les nomâ des magistrats comme les formes de procédure des Romains; maid M. Curtius en a cité un autre exemple emprunté à Denys d'EaUcar« nasse (Isée, p. 310. Orat. grecs de Reiske.) : £î(Î6>; àcpf.(Mvcv £v tû i'»
2. Suidas, o. Xpârvi;, et v, ^tù^Loç, ap. Gurlius, ibid» Cf. deux simples mentions d'affranchissement dans un temple (Un tel affranchit un tel), (Lebas, Voy. archéol. en Grèce, 2* partie, n*' 309 et 510.)