Hom. Odijss, XVH, 322; cf. Tlaton, Lois, VI, p. 777, a
du paganisme ne prouvent contre l'unité de Dieu. Toutefois, hâtons-nous de le dire, une opinion d'une telle portée ne prit point si entièrement possession des âmes. On put accepter le fait de l'esclaTage, s'incliner devant la nécessité, et cependant s'élever contre les prétendus droits qu'on lui voulait reconnaître. Les poètes, ceux do théâtre surtout, plus rapprochés de la nature humaine par l'habitude d'en étudier sans système les instincts et d'en peindre les idées et les mœurs, firent entendre» plus d'une fois, d'éloquentes et dignes paroles : « Quand on serait esclave, n'a-t-on pas la même chair? Nul n'est créé esclaTC par la nature ; c'est la fortune qui asservit le corps ^ » Etks philosophes aussi, lorsque, rentrant en eux-mêmes, ilscontemplaient les vraies destinées de l'homme, s'associèrenl à ces protestations. « II en est, dit Âristote, qui regardent le pouvoir du maître comme conire nature. C'est la loi, disent-ils et non la nature, qui dislingue l'homme libre et l'esclave. Aussi l'esclavage est-il injuste, car il est violent*. »
Cependant, il faut le dire, ces protestations furent bien rares au théûlre et dans la philosophie. Le théâtre exprimait généralement la pensée du peuple, et les philosophes, trop souvent, cédèrent eux-mêmes à l'opinion qui dominait leur époque. Il n'est pas sans intérêt de rechercher comment se comportèrent, en présence d'un au«si grave sujet, les plus illustres génies de la Grèce,
1, Kàv ^oôXc; r, t.; a/cxx tt.* aÙTYjv lyn *
H ^ au Tyy.Yi tô aco / a x*t£^co> waaTO.
(IMiiléiiion, Fragm. ôU op. Mcineke, Com. nov. I. IV, p. 47.)
2. Toî; ^è rapà ^ûonv («îcxel) -.h 5'£<Tno![6iv • voy.w •^fà^ tov pièv ^cûX-.y ivtv.
{Polit. I, 11,3.)
OPIlNIONS et systèmes sur L'ESCLAVAGE. 563
quels furenl leurs préjuges el leurs systèmes, leurs inspirations et leurs raisonnements, leurs affirmations, leurs dputes et leurs aveux. A ce travail incertain et heurté de leur démonstration, on sent que, tout en voulant persuader les autres, ils auraienl besoin de se convaincre eux-mêmes ; et ces efforts sont un nouvel hommage rendu aux lois sacrées de la nature, à ce droit inviolable de Thomme à la liberté.
Platon nous a laissé deux grands systèmes d'organisation sociale : la République et les Lois ; l'un, où il a voulu retracer l'idée même de l'État ; l'autre, dans une région moyenne entre le monde des idées et le monde des faits, où les règles de sa République sont rapprochées de Tapplication, et les institutions d'Athènes élevées à l'idéal. C'est assez dire que, d'un côlé, sa pensée fléchira sous rinfluence des nécessités politiques ; tandis que, de l'aulre, elle se produira entière, dégagée de tout alliage étranger. II est, là, homme d'État ; ici, philosophe. Quel est donc d'abord pour le philosophe, c'est-à-dire pour la raison pure, la place de l'esclavage dans l'Etat?
L'État, dans la République, c*est l'homme agrandi, l'homme élevé à la suprême puissance. La constitution naturelle de l'État n'est donc pas autre pour le philosophe que la constitution naturelle de l'homme ; et cela est si vrai que, voulant trouver pour l'homme la définition de la justice, il la cherche dans l'État comme dans un exemplaire où elle se doit lire en caractères plus grands et plus faciles à discernera II marquera donc dans l'État,