Platon, Rffp, Il p. 368, d
comme dans l'individu, la région de rintclligenoe, celle de la force et des instincts énergiques et aveugles ; mais Id est en lui le sentiment de la liberté naturelle de rhomme ainsi défini, qu'il résistera, quant à Fesclavage, aux se* ductions de son propre système. Ce n'est point rintdligeut ni le fort, qui, au titre d'une supériorité naturelle» s'appropriera les êtres où domine le seul instinct, et ibn^ dera, comme par un di*oit de nature, la société avec soi double principe de commandement et d'obéissance : h première associalion naturelle est formée par le concours volontaire des hommes» égaux à l'origine, qui mettent eo commun leurs capacités diverses pour le service de besoins communs. Ainsi la première société est libre et fondée sur le travail; point de nobles, point de peuple, point de maître, ^point d'esclave dans cette associatioa d'èlres, qui sont divers pourtant, malgré leur égalité. On n'y trouve encore que le laboureur, l'architecte, le tisse* rand ; puis ceux qui leur fabriqueront leurs instruments de travail, qui transporteront leurs produits ou en feront rechange avec les produits étrangers. C'est là, pour Platon, « rÉtat \éri!able, celui dont la constitution est sainc^ ■ Mais, quand Thomme ne se contente point de ce qui lui est nécessaire, quand il y joint les mille besoins factices qu'enfante une imagination déréglée, TÉtat aussi se corrompt et se charge, en quelque sorte, d'humeurs; et alors apparaît, avec tout le cortège des métiers parasites, la foule des serviteurs que la société primitive et pure encore^ n'avait point connus. Dès ce moment commenee aussi, en présence de ces dispositions nouvelles, contraires
i. Ihid. p. 560-373 : ft |i.ïv cuv «Xr.Ojvr. roXi; ^.y.îî uoi iTvxi y.v ^u>xX»ôa;x&v, Manip l-yi.'; Ti;.
à celles qui portaient les hommes à se rapprocher spontanément, la mission du législateur ^
C'est en effet dans les conditions d'une nalure déjà corrompue, c'est dans l'élat présent des choses, qu'il prend la société. IjCS seuls besoins de la société ne seront plus alors, comme au premier âge, les besoins ordinaires de la vie, le pain, le couvert, le vêtement, et ces détails accessoires où se partageait, sans lutte et sans effort, le travail de la communauté. L'Etat s'est accru, et, dans ses tendances à l'agrandissement, il entre en contact avec des sociétés voisines et rivales; ses rapports se sont multipliés au dehors comme à l'intérieur, et, parmi les premières conditions de son existence, se placent le soin de le défendre et de le conduire. 11 faudra donc dégager et coordonner dans cette pensée les forces diverses que la simplicité des premiers temps retenait facilement confondues dans une harmonie naturelle; et Platon, laissant à la foule ces fonctions de la vie matérielle qui suffisaient jadis aux nécessités sociales, élève les hommes de cœur à la défense, les hommes d'intelligence au gouvernement de l'État •.
Telle est la double forme sous laquelle se présente à Platon l'idéal des sociétés humaines. D'abord la société naturelle : elle a pour raison la communauté des besoins, pour condition le travail, et pour droit la liberté. Puis une société dont les rapports sont altérés déjà par le fait des passions de l'homme, et où, à défaut de l'égalité naturelle, règne, entre les classes diverses, l'équilibre sous l'action de la loi. Dans le premier état, il n'y a point d'esclaves ; dans le second, des serviteurs peuvent être affectés
1. Platon, Rép. Il, p. 375. —2. Ibid. p. 374 et suiv.; III, patiim.
aux besoins du luxe. Mais le philosophe* qui partit les tolérer, puisqu'il y fait allusion en un ou deux passagesS ne les réclaii;e point pour son œuvre, et ne les lait point entrer, comme élément nécessaire, dans la conslitulion de sa république. Tout est compris dans ces trois daases : les conseillers qui gouvernent TÉtat, les guerriers qui le défendent, les agriculteurs et les artisans, maîtres absobn des terres et des métiers et payant aux deux premières classes, par les fruits de leur travail, la direction et la tutelle qui leur sont assurées K Dans toutes les classes il respecte la liberté, jusqu'aux derniers degrés de la hiérarchie sociale, jusqu'aux hommes de peine, « gens pea dignes de faire partie de TËtat, mais dans le corps robusle est à répreuve de la fatigue'. »
Mais la servitude, qui purait étrangère à sa république, ne menace-t-cUe point de reparaître sous une autre forme? Ces classes, investies de fonctions et de droits si divers, ne sont-elles point de vraies castes? et que devicat la liberté naturelle, si, par Thérédité, elles forment comme autant de générations distinctes? Platon, loin de prévenii cette distinction comme un danger, la recherche comme un avantage ; et, au lieu de favoriser le progrès et le mélange des citoyens de classes dilTérentes, il voudrait, par la permanence de leur état, faire tourner en quelque sorte leur profession en nature et avoir des races mômes d'agriculteurs, d'artisans, de guerriers, de gouvernants. U voudrait surtout séparer profondément les classes infé-