‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 333 sur 366 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

2. « Chacune de ces deux argumentations contraires est en soi également faible et fausse ; car elles feraient croire toutes deux, prises séparément, que le droit de commander en maître n'appartient pas à in supériorité du mérite. Il y a donc quelques gens qui, frappés de ce qu'ils croient un droit, et une loi a bien toujours quelque apparence de droit, avancent, sans toutefois raffinmer d'une manière al)solae,

incliner vers l'opinion de ceux qui « appliquant le nom d'esclaves aux barbares, ont grand soin de le répudier pour eux-mêmes*. » Mais celte transaction n'élait point acceptée, et encore eût-elle élé impuissante ; or, si la guerre frappe aveuglément les nobles intelligences comme les corps barbares, et si, môme en supposant qu'elle classe convenablement les maîtres et les esclaves, la naissance n'est pas un sûr moyen de perpétuer en eux les qualités naturelles de l'obéissance et du commandement, que dire de la constilution de l'esclavage qui repose pourtant tout entière sur ces bases vicieuses? « Cela revient à chercher, dil Aristote, ce que c'est que l'esclavage naturel*. » Philosophe, il se rejette dans cette facile hypothèse d'un esclavage i'^naginaire ; politique, il le prend comme un fait, et asseoit, sans plus de scrupule, sur ces fondements, l'édifice de sa république'.

que resclavagc est juste quand il résulte du fait de la gueire ; mais le principe de la guerre elle-même peut être injuste, et Ton n'appellera jamais esclave celui qui ne mérite pas de Têtre ; autrement, les hommes qui semblent les mieux nés pourraient devenir esclaves, et même être vendus comme esclaves, parce qu'ils auraient été faits prisonniers à la guerre. » (Polit. I, n, 18-19.)

1 . Ibid. On le voit par cet autre passage : Aïo çaoïv ci iroiriTai* «

Bx^€âç(i)v ^' £XXr«va; apx'^'' lîxo;*

«»;i*Otô çûofi patp6«pcv xv.l ^oOXcv ov. (Ibid. I, i, 5.)

2. KaÎTci OTXv TOÛTO Xé^waiv, oùôàv àUo ÇyjT&ucri"» r\ ro «puas» ^oûXov, ojrip i; àpxT; ii*T&(A.tv. (Ibid. n, 18.)

5. Ces embarras de la pensée d'Aristote se retrouvent, d'une manière frappante, dans la continuation des textes que nous avons cités : « Il faut, de toute nécessité, convenir que certains hommes seraient partout esclaves, et que d'autres ne sauraient l'être nulle part. Il en est de même pour la noblesse. Cette opinion revient à fonder sur la supériorité et l'infériorité naturelles toute la différence de l'homme libre et de Tesclave, de la noblesse et de la roture. C'est croire que de parents distingués sortent des fils distingués, de même qu'un homme produit un homme, c( qu'un animal produit un animal ; il est vrai que bieii

386 LIYRE L CHAPITRE XI.

Par ces simples rapprochements, on peut saisir toute la pensée d'Aristote sur Tesclavage, la raison de son système et la cause de ses erreurs. L'esclayage» selon lui, est nécessaire et naturel. 11 le trouve dans la constiluUon présente de l'État et de la famille» il le maintient dans ridée qu'il se Forme des principes mômes de leur organisation; parce qu'il ne les conçoit pas autrement, il suppose que ce n'est pas autrement qu'ils sont réglés par la nature, et il en cherche la confirmation jusque dans le fond même de l'homme. Si, en efTet, c'est la nalure qui a fait de Tesclavage la base de la famille et de l'État, elle a dû faire des hommes pour Tesclavage ou pour le commandement. Le philosophe définit théoriquement l'esclave et le maître, et il veut montrer que ces distinctions théoriques se retrouvent dans la réalité. Voilà sa pensée, voilà tout son système, et l'on voit sous quelle influence il est conçu. 11 semble suivre la méthode de l'expérience et fonder sa théorie sur l'observation ; il part du faiL mais du fait tel qu'il le trouve dans la société, tel qu'il le suppose dans la nature, et, au fond, ses conclusions reposent sur une hypothèse dont il révèle la faiblesse par

souvent la nalure le veut sans le pouvoir. On peul donc évideminenl soutenir, avec quelque raison, qu'il y a des esclaves et des hommes libres par le fait de la nature, et que cette distinction subsiste toutes les fois qu'il est également juste et utile pour Tun d'obéir, pour faulre de commander, suivant son droit naturel, c'est-à-dire de régner en maître, ce qui n'empêche pas que Fabus de ce pouvoir ne puisse être funeste à tous deux. L'intérêt de la partie est celui du tout, Tintér^tdj corps est celui de l'âme ; l'esclave est une partie du maître, c'est une partie de son corps, vivante quoique séparée. Entre le maître et l'esclave, quand c'est la nature qui les fait tous deux, il existe un intén'l commun, une bienveillance réciproque ; il en est tout difiereramenl quand c'est la loi ou la force qui les a faits l'un et Tautre. » (PolU. I. II, i9-2i.)

ses hésitations mêmes, et dont on peut montrer les vices par le plus simple examen.

Non, rhomme n'est pas naturellement esclave; non, l'esclavage n'est pas un élément nécessaire de la famille et de l'État naturellement organisés. — L'esclave, dit-on, est nécessaire à la famille, à la société, c'est-à-dire nécessaire à l'homme dans son état naturel de société et de famille. Mais, si l'esclave est un homme, il y a contradiction dans le principe ; on fait un serviteur de celui qui veut être servi, et la constitution même que l'on suppose à la famille et à l'État viole les droits que l'on prétend établir. Pour qu'elle soit en effet, avec cet élément essentiel de servitude, dans les conditions de la nature, il faut que l'esclave lui-même soit en dehors du droit commun de l'humanité ; il faut qu'il y ait dans le genre humain deux espèces organisées, l'une pour commander, l'autre pour servir, de telle sorte que ce soit leur fin dernière et leur intérêt le plus légitime et le plus vrai *. Ces espèces existent-elles? Il y a sans doute des différences parmi les hommes, et Aristotc les a fort judicieusement rapportées à deux principes : l'homme est double, âme et corps ; et les hommes, pris individuellement, peuvent tenir plus ou moins des qualités du corps ou de l'âme. Mais la nature, qui a mis au fond de leur être ces deux éléments, ne les a jamais séparés ; et si grande que soit la prédominance de l'un ou de l'autre dans les cas particuliers, elle ne va jamais jusqu'à constituer une distinction générique, qui ne puisse s'effacer dans la personne même, qui doive se transmettre à la postérité : et c'est là ce qu'exige l'esclavage. Car l'esclave, qu'on le remarque bien, ce n'est pas

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