‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 347 sur 366 · PluUu, 45-51 et · texte numérisé non relu

PluUu, 45-51 et

4. • Vite, vite, du vin, ma maîtresse ; il faut que lu en boives aussi; c'est, du reste, ce que tu fais très-volontiers. » (Aristoph. Plutus, 644.) « En moins de temps, ma chère maîtresse, que tu n'en mettrais à boire dix cotyles de vin, Plutus recouvre la vue. » (Ibid, 707, trad. de M. ArUud.)

5. « Après avoir éteint les lampes, le ministre du dieu nous dit de dormir, et nous enjoint, si Ton entend du bruit, de faire silence. Tous se couchent tranquillement. Moi, je ne pouvais dormir : certain plat de bouillie, placé au chevet d'une vieille, excitait ma convoitise, et je désirais ardemment me glisser jusque-là. Je lève la lète, je vois le prêtre enlever les gâteaux et les figues sèches de la table sacrée ; puis il fait le tour de l'autel, et tous les gâteaux qui restaient, il les mettait saintement dans un sac l'un après l'autre. Moi, convaincu de la grande sainteté de Faction, je saute sur le plat de bouillie. — Misérable, ne craignais-tu pas le dieu? — Oui, sans doute, je craignais qu'avec sa couronne il ne (ût avant moi au plat de bouillie. » (P/uh», 665 et suiv. trad. de M. Artaud.)

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hommes, dès que le vice les rabaisse à son niveau^ Celte amëre dérision de l'homme libre qui se fait Tëgal, el pour mieux dire l'inférieur de l'esclave en se faisant vicieux, ce mépris du châliment, cet orgueil du mal, qui est son excellence, se produisent avec une verve singulière de bouffonnerie, de grossièreté et de sarcasme, dans le Xanthias des Grenouilles^ ce digne fràre de Canon. Tout se résume en une scène où Éaque (qui ne siège point encore parmi les juges des enfers à cAté de Minos) admire ce héros d'impudence et veut rivaliser avec lui : « Comment ne t'a-l-il pas battu lorsqu'il t'a convaincu de mensonge, toi qui, simple esclave, te donnais pour le maître? — D s'en serait repenti ! — C'est parler en bon esclave ; j'aime a en faire autant. — Tu aimes cela, dis4u? — H me semble être au comble de la félicité quand je maudis mon maître en cachette. — Et quand tu grognes en allant à la porte après qu'il l'a roué de coups? — Alors encore j'ai du plaisir. — Et quand tu te mêles de ce qui ne te regarde pas? — Je ne sais rien de plus divertissant. — 0 Jupiter! et lorsque tu écoutes ce que disent tes maîtres? — Alors c'est à eu devenir fou. — El quand lu vas le redire aux voisins? — Pour le coup, je suis au plus vif de la jouissance. — 0 Apollon I donne-moi la main que je l'embrasse, etc.*. » Ces personnages, rares encore dans Aristophane, deviennent, dans la comédie postérieure, des personnages nécessaires. Ce sont, en général, les mêmes vices avec d'autres nuances, mais avec un trait qui domine tous les

1. • Quand (u dérobais quelque chose à ton maîlre, j'avais bien soin qu'il n'en sût rion. — Oui, atln d'avoir ta part, grand voleur; il l'en revenait un bon gâteau. — Que tu mangeais tout seul. — Tu ne par* tiigeais pas les coups quand j'étais pris sur le fait. • (Ibid, 1140-1147, même Irad.)

'2. Grenouilles, 751-768, trad. de M. Artaud.

autres, le génie de la fraude, Tespril de vol et de ruse. C'est particulièrement avec ce caractère que Tcsclave devint un des types consacrés du théâtre de ^énandre :

Dum fallax servus, durus pater, improba lena Vivent, dum meretrix blanda, Henandros erit ^

Et parmi ces types qu'Ovide définit en un mot, c'est à bon droit qu'il tient le premier rang. Non pas que la comédie se soit ainsi brusquement rejetée de la peinture de Fhomme libre vers celle de l'esclave, qu'elle lui ait demandé toutes ses inspirations, et consacré ses sujets. L'esclave y conserve la place qu'il a dans la société; et, tout en le faisant Pâme de la pièce, le poète veut qu'il soit encore, selon l'usage et la philosophie, l'instrument d'un intérêt supérieur. Mais il n'en est pas moins le principal agent de l'intrigue, et, si ce n'est pas à lui que tout se rapporte, c est de lui que tout vient. Dans VAndrienne^ où se résumaient deux pièces de Ménandre, c'est Dave qui évente le stratagème du vieillard Chrêmes et dirige son jeune maître, par tous les détours et les embarras mêmes de ses ruses, jusqu'à l'issue qu'il désirait. Dans Vlleautordimorumenos^ pris tout entier, y compris le titre, au même auteur, Tesclave Syrus joue le même personnage avec plus d'ascendant encore. Dans le Phormion^ imité d'ApoUodore, Géta, préposé à la garde de deux jeunes gens, a voulu les contenir et s'est fait battre. Il a cédé, mais le vieillard revient, et il faut qu'à ses risques et périls il trouve le moyen de cacher le mal ou de le réparer : et c'est là le nœud même de la pièce. Le Syrus des Addphes,

i. Ovide, Amoi', l, xv,17. Galien y fait allusion, De< facultés nat.ly 17 : • Semblablement à ces esclaves introduits par notre excellent Ménandre dans ses comédies, les Daves, les Géta, qui ne croient pas s*étre ennoblis parmi les leurs, s*ils n'ont trompé trois fois leurs maîtres... •

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emprunté à Ménandre, offre les mêmes traits de caractère avec une moindre part à Faction. Si nous pouvions, avec la même assurance, demander à l'imitation de Plaute des peintures de la Grèce, nous y trouverions des modèles bien plus saillants encore. Pour nous borner aux pièces qui, positivement rapportées à une source grecque, ont dû en reproduire la forme générale et les péripéties, c'est l'esclave Liban avec son acolyte Léonidas qui, dans VAtinaire^ prépare et dirige les stratagèmes ; c'est Palestrion, qui, habilement secondé par la finesse d'une jeune femme amoureuse, se joue de l'outrecuidance^ du mUUaire fanfaron. C'est encore Chrysale dans les deux Bacchis, ce seraient surtout ces grands maîtres de' fourberie. Épidique, Tranion, Pseudolus, qui, sous leur forme romaine, ont toujours un fond grec, marqué souvent par des allusions directes : Concenturio in corde sycophantias^ dit Pseudolus^ Par ces deux mots se caractérise la double nature de la comédie de Plaute : il rassemble, à la manière romaine, des ruses dont l'origine est grecque.

Ces ruses, dont le maître lirait bon parti, se faisaient aussi à ses dépens et au profil de l'esclave. L'esclave, mis au service de la sensualité du maître, comme s'il n'avait pas lui-môme de sens à satisfaire, comme si sa vie tout entière n'élait pas en quelque sorte bornée à leurs impressions, aimait, autant que lui, le repos, le luxe, la bonne chère, le plaisir. On lui refusait tout, pourtant, jusqu'aux débris de ces festins, si magnifiquement servis : « Les restes mêmes de la table sont interdits à l'esclave, comme disent les femmes ; si l'un de nous boit un seul congé de vin, c'est un ventre (Yaorpiv); s'il avale le moindre mor-

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