‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 350 sur 366 · Arist. PoW. I, V, 6 el H · texte numérisé non relu

Arist. PoW. I, V, 6 el H

426 LIYRE I. CHAPITRE XH.

les larmes, les prières, tout Timportune ; il comiDande, le marché à la main ; il faut que le jeune maître obéisse en aveugle et ssms mot dire, et quand sa présence le gène, il renvoie promener sans plus de façons ^ Quelques personnages de Piaule allaient bien plus loin encore. Dans YAnnairej imitée de VOnagos de Démophile, les deux esclaves, dont le jeune Argyrippe a besoin pour acheter sa maltresse, veulent se faire payer, avant tout, Tai^f qu'ils lui apportent : Tun exige que Philénie lui baise les genoux et veuille bien se laisser embrasser en présence de Tamant, qui le soufTre; Tautre, qu'il se courbe à terre et le porte comme un cheval sur son dos* : et, après avoir ravalé le jeune maitre au niveau de la brute, il leur plait de se faire traiter, eux esclaves, comme des dieux; ils veulent qu'il leur rende des honneurs divins, comme au Salut et à la Fortune. Cette impudence qui s'imposait, en quelque sorte, argent comptant, savait également se conlinucr au delà du service rendu ; il restait toujours un lien secret de dépendance qui, malgi-é l'omnipotence du maître, le tenait enchaîné à ses serviteurs, et ils le lui faisaienl senlir par le sarcasme et le mépris : justes représailles de l'esclavage sur des hommes qui prétendaient étit maîtres par le droit de l'intelligence, et qui, se plongeant dans le vice, étaient forcés de recourir à l'intelligence de lesclave pour réussir.

1. Térence, Ueaui. Il, n, 535 ; III, m, 586. tS. Ut tu incedis!

Demam, Uercle, jam deordeo, tolutim ui badizas.

{Asin. III, III, G85.)

ni

Celte familiarité du vice, comme elle ne venait point d'un attachement sincère, ne faisait pas non plus Taffection. Les esclaves, le plus souvent, servaient le maitre, parce qu'il fallait bien qu'ils acceptassent généralement la position qui leur était faite. Ils étaient les membres de ce corps; et s'ils ne jouissaient pas toujours de ses joies, ils souffraient ordinairement de ses peines. Il fallait partager ses misères, il fallait le suivre dans l'exil et mener avec lui la vie d'aventures : c'est ce qui fait le tourment de Carion dans le Plutus ^ 11 y avait pourtant des exemples de fidélité et de dévouement chez les esclaves, comme de douceur, de confiance et de bonté chez les maîtres. Même sous lempire de cette condition abrutissante, quand on semait le bien parmi ces âmes, on pouvait recueillir, dans les natures les plus heureuses, des fruits d'amour et de vertu; et le théâtre reproduisait encore ici le fait réel. La tragédie, nous l'avons vu, dans ses peintures idéales des temps héroïques, a fait plus d'une fois figurer ces vieux serviteurs qui avaient reçu leur jeune maître au berceau, dirigé ses premiers pas et

1. c Par Jupiter et par les dieux ! quel triste sort d'être esclave d*uu insensé! L*esclaTe eût-il donné les meilleurs conseils, s'il plait au maitre de ne point les suivre, il faut que le serviteur en partage avec lui les suites funestes ; car ce corps, qui est pourtant bien à lui, la fatalité ne lui en laisse pas même la disposition ; elJele livre à celui qui Ta acheté. Mais cela est comme cela, i (Aristoph. PltUtu, init,) C'est ce que dit aussi Philémon, ap, Stob. Flor. LXII, 29 :

Koxcv tort ^o6X<» ^tmtôvnç irparr«iv xaxû;* Meri^iiv ÔNXfKn TÛv xoxûv '^àp 'Yipir». •

t» LITRE L CHAPITRE lU.

qui k sûfaieat arec on inaltérable attacftemeni, dans tonles les TÎdssîliides de la vie ' ; et elle résumait foui TeaseîpKflieot de leur exemple dans quelques belles paroles de lësignalian proposées à Timilalion de luus : m Rfôioiif donc fôdaTe, puisque là m'a placé ma naissance, pooiTo que je sois compté parmi les bons serviteurs, e( qu'a dê£iiil du nom, j*aie les soitimcnts de Thomme libre. 0!a ne Tanl-il pas mieux que de porter un double joug, comme fiMit ceux qui joignent à la domination du mailre le despotisme de leurs Tiœs*? » La comédie ne pouvait pas manquer de s'assoder à de pareilles maximes. Parmi ces esdarcs fripons, elle entremêlait quelque fidèle senritear, au langage honnête ^ et elle faisait sentir aux maities le prix dont il était pour eux : c Quand on rencontre un esclave bienveillant, disait Ménandre, c'est le plus prédeui trésor de la vie*. » Les maîtres aussi cherchaient à s'attacher de teb serviteurs, à propager leur exemple en leur témoignant des égards pendant la vie, en les honorant, à la mort, d'un tombeau : des inscriptions, on Ta vu, en consacraient le souvenir. On avait alors, jusqu^à un cerlain point, le droit de prêter à l'esclave ce langage d'un véritable dévouement et d'une fidélité éternelle : a Si la vieiUcsse te conduit un jour vers nous, je suis à toi, ô mon niaitre, jusque dans le royaume de Hadés' »; conomeon

1. Eurip. Médée, 55 et suiv. — 2. Euhp. Hélène^ v. 726-753; cf. Slob. Floril. LXU, 2.

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