‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 353 sur 366 · HoXX&i çu-][^ovTe; ^eaîroTa;, èXeuOspoi · texte numérisé non relu

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(Eubule, ap. Stob. Flon'l, LXII, 32.)

INFLUENCE DE L'ESGLAYAGE. 433

Et maintenant, à quel degré et dans quelle catégorie des classes ser\iles trouvera-t-on la trace des bienfaits de Tesclavage? L'esclavage frappait, soit les Grecs, soit les barbares. Pour les Grecs, on soutiendrait difOciiemenl qu'ils aient pu y gagner quelque chose; et, pour les autres, la question n'a peut-être pas une solution diffé* rente. Quelles étaient, en effet, ces contrées barbares où se recrutait l'esclavage? Le Nord dont on vantait ThumeUr belliqueuse ; et l'Asie, remarquable par son aptitude aux beaux-arts. Aristote ne revendiquait pour le Grec, sur ces deux régions, que le seul avantage de réunir les qualités particulières à chacune d'elles ^ Or quelle influence heureuse l'esclavage pouvait-il produire sur les pays ou sur les hommes ? Les pays, on ne leur importait rien, on leur enlevait des bras. Et ces hommes emmenés ou vendus en servitude, à quel prix et dans quelle mesure l'esclavage pouvait-il les élever à la civilisation des vainqueurs? La civilisation résulte du progrès des mœurs et des idées ; elle comprend ces vertus sociales, ces vcr^ tus de famille, ces vertus privées, qui font les mœurs d*une nation ; et dans le travail d'un peuple, elle compte en première ligne le travail de l'esprit appliqué au beau, au vrai ou à l'utile, les lettres, les sciences et les arts. Or comment le barbare aurait-il pu améliorer ses mœurs, comment aurait-il pu acquérir ces vertus qui les règlent, privé de la patrie, de la famille, de sa propre personna-

l. Arist. Po/. 1Y(7), VI, i.

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litë? Et comment, sans les mœurs, eût-il pu s'élever aux idées des races libres, surtout quand Torgueil de ces races lui limnait le domaine de rinteliigence, pour le rejeter dans celui des sens. Condamné à un travail abrutissant, on plongé dans les dangereuses faveurs du service domestique, il prenait de la civilisation ce qui allait à sa nature mal préparée ou déjà corrompue, l'amour du luxe et des plus gros^ers plaisirs ; et il se dégradait ainsi par Teffet même d'une condition qui, en échange des droits les plus nécessaires de l'homme, lui donnai! la furtivc jouissance de biens dont il ne pouvait user sans péril.

Voilà quelle fut Tinfluence de l'esclavage, et elle oe fut que ce qu'elle devait être. L'esclavage détruisait daos Thommc la personnalité : c'est un mauvais moyen pour le façonner à la civilisation, que de lui Ater tout d'abord le principe de la moralité même. Quelques honorables exceptions se rencontraient, sans doute, car la nature ne perd jamais ses droits. De jeunes esclaves, élevés par une faveur honnête dans les habitudes des hommes libres, pouvaient en contracter les mœurs ; des Grecs, tombés en servitude, savaient parfois, quoi qu'en dise Homère, rotenir, par Ténergie de leur nature, toute la force de leur intelligence et Theurcuse empreinte de ^enseign^ ment libre qui l'avait formée. Mais des barbares, on n'en cite guère ; et toute cette prétendue éducation de l'esclavage n'aboutit jamais qu'à faire une sorte d'hommes, des affranchis. Or, si rafTranchissement pouvait favoriser les plus honnêtes des esclaves, et, à ce titre, introduire les exceptions respectables que nous signalions parmi eux jusque dans celle classe supérieure, il n'en est pas moins vrai qu'en général la masse des affranchis ne valait guère mieux que la masse des esclaves. Quelle dignité attendre

d'un homme qui portait inscrit, sur le front quelquefois, et toujours, au moins, sur le dos, en longues cicatrices, le titre de son ancien état? Les vices, qui régnaient dans Tesclavage par l'influence des principes dont il relève, survivaient par la force de l'habitude jusque dans Taffranchissement. Les esclaves rustiques, les esclaves ouvriers, trouvaient moins souvent l'occasion de se racheter de leurs maîtres : les plus habiles étaient trop précieux; et, pour les autres, s'ils échappaient au joug, ils apportaient, parmi les hommes libres, beaucoup moins l'habitude du travail que celle de toutes les passions mauvaises, développées en leur âme par les rigueurs de leur première condition. L'affranchissement était bien plutôt pour les esclaves du service domestique, pour les esclaves de luxe ou de plaisir; et ceux-là, désaccoutumés du travail par l'esclavage lui-même, quel métier honnête pouvaient-ils essayer dans la liberté? Us recouraient à leur ancienne industrie. Les Daves, les Pseudoles, les Épidiques, mettaient en louage leur fourberie émérite. Ils devenaient l'Homme aux trois deniers du Trinummtis^. D'autres, vendus jadis, se faisaient à leur tour marchands d'es^ claves* ; ils avaient amassé, parmi les souillures de leurs premières années et les turpitudes de leur vie, assez de corruption, de lâcheté et de bassesse, pour faire un digne prostitueur'. Les femmes, qui, élevées dès l'enfance dans

i. Cette pièce de Plaute était imitée du Trésor de Philémon. Nous prenons ces personnages à la comédie comme plus connus ; il y en avait bien d'autres dans Thistoire, témoin ce Nicomaque dont parle Lysias, c. Nicom. p. 847-848, etc.

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