‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 363 sur 366 · Ibid. M IV · texte numérisé non relu

Ibid. M IV

5. f Toutes les occupations peuvent se distinguer en libérales et serviles (iveXcuôi'pwv). La jeunesse apprendra, parmi les choses utiles, celles qui ne tendront pas à faire des artisans. On appelle occupations d'artisans (^xvxuocv), art ou science, toutes les occupations qui sont inutiles à former le corps, Tàme ou Tesprit d'un homme libre aux actes et à la pratique de la vertu. On donne aussi le même nom à tous les métiers qui peuvent déformer le corps, et à tous les labeurs dont un salaire

est le prix : ÂoxoXcv ^àp «oioùai t^v ^lavciav Kxt ramiviîv. i (PoliL V (8).

dégradée où la vertu n^a rien à voir ^ ; ils sonf déjà esclaves par Tâme et ils ne vivent libres que parce que TÉtat n'est pas assez riche pour les remplacer par des esclaves^, ou assez fort pour les réduire à cette condition , comme Diophante l'avait un jour proposé'.

Quelles furent les conséquences de tous les faits qui précèdent? A Sparte, la seule ville où se soit maintenue cette séparation absolue du travail et de la vie publique, nous en avons suivi le progrès rapide. La population libre disparut au milieu des populations dégradées ou asservies qui vivaient de Tindustrie et de Tagriculture, comme une plante, venue sur le roc, sèche et périt étouffée parmi les ronces qu'une terre plus généreuse a produites et nourries alentour. A Athènes et dans les villes qui se développèrent d*abord par le travail, comme elle, l'agriculture,

i. Ibid. Vn (6), n, 7. Cf. IV (7), vni, 5 ; c Quant à rarlisan, il n'a pas de droits politiques, non plus que toute autre classe étrangère aux nobles occupations de la vertu : c*est une conséquence évidente de nos principes. Le bonheur réside exclusivement dans la vertu; et, pour dire d'une cité qu*elle est heureuse, il faut tenir compte, non pas de quelques-uns de ses membres, mais de tous sans exception, i

2. c Certaines fonctions sont serviles, et on les confio à des esclaves quand TEtat est assez riche pour les payer. » (Ibid. VI (4), xn, 3.) • Travailler pour la personne dun individu, c'est être esclave; travailler pour le public, c*est être ouvrier et mercenaire (Pxvocuaoi %%\ H" Tt;). » (Ihid, m, ni, 2 et 3.) Entre l'ouvrier et l'esclave, on le voit, il ne reconnaît qu'une distinction tout extérieure.

3. Ihid. II, IV, 13. Aristote, évidemment, incline vers ce parti. On le voit encore par le texte suivant, où il range parmi les esclaves les manœuvres, et parmi les manœuvres les artisans : « Les espèces d'esclaves (^ouXou ^'it^Yi) sont aussi nombreuses que le sont leurs métiers divers. On pourrait bien ranger encore parmi eux les manœuvres (xipvTTi;), qui, comme leur nom l'indique, vivent du travail de leurs mains. Parmi les manœuvres on doit comprendre aussi tous les ouvriers des professions mécaniques (iv et; i pavauacc rtxvtTr.ç iaû), et voilà pourquoi, dans quelques Etats, on a exclu les ouvriers des fonctions publiques, qu'ils n'ont pu atteindre qu'au milieu des excès de la démocratie. » (Polit, 10, ii, 8.)

499 LITIK L CIIFITIK UL

rindostrie et le commerce, ne tombèrent jamms ainsi dam le mépris. Ds grandirent, an contraire, dans la considération puUique. Mais, au lien d*entrainer dans le mèoie monrement TouTrier, premier agent de leur prospérité, ik le ravalèrent d'autant plus qu*ib s'élerèrent daTanlage. A mesure qu*ib s'éleraient en effet, il se fit naturellemeDi ce partage, que nous avons signalé, entre la diredîoo d*une grande industrie ou de ses relations au dehors, et le détail de la fabrication ou de la vente sur le marcbè public. La première de ces deux parts attirail le noble et le riche réunis dans la même classe par la fortune; nuûs k seconde ne resta point exclusivement aux pauvres, et, de même que ce commerce supérieur s*enoblissait pir h participation des grandes familles, le travail se dégrada par le contact de l'esclavage (36». Ce fut pour la classe libre un coup mortel. Les pauvres qui devaient vivre des œuvres de leurs mains avaient à soutenir la concurrenee des esclaves, avec cetle défaveur qu'elle faisait rejaillir sur leur coadstion. Et comment seuls pouvaient-ils lutter, sous cette influence de ropinion, contre l'association de la fortune du riche et des bras des esclaves? Beaucoup cédèrent en effet : et les uns. contraints par la nécessité, ailèrent demander au riche une place à cùté de ses esclaves, dans ces ateliers où ils trouvaient, avec plus de moyens de vivre, plus de déconsidération encore^: les autres, fuyant le mépris, cherchèrent leur vie hors du travail, louant leur industrie à des œuvres bien plus dégradantes au fond : parasites à la table des riches , débitant , moyennant pitance, ces bons mots qui faisaient tout leur avoir', cl

1 . Tofei ct-des^lls, au ch. ir. Dm irtmil libre. :i. I^ns le Firmm de Plante, le parasite promet à sa fille de lui ooo* stiluer en di4 600 de e«^ mots, tous attiqnes, pas un de Sicile.

prêtant à rire beaucoup moins par leurs saillies que par leur triste figure de plaisants affamés ^ ; sycophantes, sur la place publique, et rivalisant avec les affranchis pour se prêter, moyennant salaire, aux rôles divers de Timposture*; ou bien encore, mercenaires d'une autre sorte, allant loin de la ville se mettre au service de quelque prince asiatique', avec la chance d'y revenir, gorgés d'or et de forfanterie, sans avoir rien perdu de leur sottise et de leur lâcheté : c'est le bagage ordinaire du soldat de comédie, du militaire fanfaron (37).

Quant à la masse du peuple qui resta aux métiers, elle ne fut pas moins gâtée par ces pernicieuses influences. Dégradés dans leur vie intérieure sans cesser d'être maîtres dans la vie publique, les pauvres se vengèrent du mépris par les vexations, et des souffrances du travail libre par les dilapidations du trésor ou les confiscations des patrimoines. Ainsi, au lieu d'un peuple vivant du travail et vivant estimé, comme Selon aurait voulu le fonder, et tous les hommes d'État, le garder, jusqu'à Périclës, on eut une populace travaillant par nécessité, oisive par in^

i. Epicharme, un des premiers, avait mis en scène le parasite; Antiphane, Antiphon, Eubule, Axionicus, avaient, à leur tour, égayé leurs pièces de ce personnage, si connu 'par les imitations de Piaule et de Térence. (Voyez Atliénée, VI, p. 236-240, 340-245.) Dans son Banquet, Athénée devait à ses sophistes quelques échantillons de ces bons mots de parasites. (Voy. p. 245-216.)

Page 1