L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES (1847). XLV
la santé et de la force le travail peut lui manquer, et que devient-il lorsque ses bras se refusent au travail? La famille, qui a été si longtemps pour lui un embarras, ne lui sera pas souvent un secours.
Mettez en regard le sort de l'esclave. Le nègre redoute peu la réduction du travail; il bénirait la concurrence, il bénirait les machines, si elles pouvaient avoir ces effets. Pour lui, l'ordinaire est grossier, mais suffisant ; le travail, réglé, mais également (la loi le veut du moins) la suspensiou du travail ; sa famille peut croître sans embarras : c'est la richesse de la maison; et encore se passe-t-il volontiers de famille : nulle nécessité présente, nul souci de l'avenir. C'est en quelque sorte la réalité de celte fabuleuse époque, idéalisée par les poètes : négrillons se jouant parmi les friandises et les caresses, danses sauvages au milieu des champs, bals à la ville, vie assurée, fantaisies permises, libres amours, et dans la vieillesse repos et sécurité*. Ce bonheur, dont nous empruntons l'image aux rêves de la poésie, sera, s'il est nécessaire, démontré par les mathématiques.
de Brighton, cite par H. Buret, De la misère des classes laborieuses en France et en Angleterre y ouvrage plein de curieuses et tristes révélations, et qui fait tant regretter la mort de l'auteur, si tôt ravi à ses sérieuses études.
\ . Rapport fait au Conseil colonial de la Martinique (Avis des Conseils coloniaux^ etc., p. 78). — Voyage aux Antilles, passim. H. Schœlcher, que son antipathie pour l'esclavage préservait des poétiques influences du pays, a reconnu lui-même qu'il y avait du vrai dans ces conditions de bien-être matériel assurées quelquefois à lesclave. (Col, françaises^ p. 1-22.)