XLVI INTRODUCTION
Le progrès du bonheur d'un peuple, a dit M. Charles Dupin, se prouve par raccroissement de la durée moyenne de la vie. Sous Louis XIV, elle était pour les Français libres d'Europe, de vingt-trois ans ; sous Louis XV et Louis XVI, de vingt-huit ans : pour nos esclaves, aujourd'hui elle est de trente-deux ans ^ — La conclusion est facile à tirer.
J'ai grand'peur qu'on ne la tire contre le système ; et pour ce qu'il y a de vrai dans le rapprochement que nous avons fait, M. de Rémusat avait déjà noblement répondu dans son remarquable rapport : « Le bonheur même n'absoudrait point l'esclavage : ceux qui ignorent cela n'ont point l'idée du droit. Il ne suffit pas à l'humanité que la vie et la santé de l'esclave soient ménagées ; cardes animaux pourraient en obtenir autant. L'humanité veut qu'on n'oublie pas que l'homme a une intelligence, un cœur, une conscience. L'esclavage est fondé sur l'oubli de tout cela*. »
Il y a en effet une compensation à toutes ces douceurs de l'esclavage, compensation telle, qu'elle fait oublier toutes les misères de la liberté. C'est que l'esclave est ainsi traité sous la réserve de n'être plus qu'une brute. Cette condition, que l'on vante tant, c'est comme M. le comte d'Harcourt Ta exprimé.avec sa verve habituelle, celle du bœuf à Tétable'. C'est aussi celle du bœuf au travail. Le même signe