LVI INTRODUCTION
et ils savent que leurs paroles sont comptées*. Le
patronage, dans ces conditions, a donc plus compromis les esclaves qu'il ne les a protégés ; il a plus affermi qu'ébranlé la tyrannie contre laquelle il était dirigé, et depuis 1840 on a pu signaler les premiers symptômes d'une réaction funeste *. Les cangues, les carcans, les autres instruments de supplice qui restaient suspendus dans l'appareil de Tatelier cessent d'être un simple épouvantail. Quel que soit le voile dont on se couvre, certains faits transpirent, et l'on cite plus d'une mort peu naturelle'. On rencontre quelquefois, dans les colonies, des enfants ou autres,
1. « M. le procureur du roi de Fort-Royal ne trouva aucun de ces nègres disposé à braver les barbares traitements auxquels les aurait exposés la moindre révélation sur les actes du géreur. (Idem, p. 127.) — Cf. p. 43, i42, etc.
2. M. Tabbé Dugoujon, p. 81. M. de Tocqueville a avancé de même que si Tesclavage était devenu plus doux sur certains points, ailleurs il est plus dur que par le passé. (Séance du 50 mai 1845).
5. M. Rouvellat de Cussac, p. 85 eipasèim. « Quant aux autres supplices, disait le vénérable abbé Lamache à Tabbé Dugoujon, ils assurent qu'ils ne les emploient plus. Je sais que cela est vrai pour quelques-uns; mais je sais aussi que la grande majorité ne se contente pas du fouet. » 11 cite un acte de cruauté et la mort assez mystérieuse d*un esclave. On sut d*un autre nègre que depuis plusieurs joui*s cet esclave recevait un quatrepiquets tous les matins; la gangrène s*était mise à ses blessures et il était mort dans le cachot. « Voilà encore un meurtre qui fera du bruit dans les tribunaux et dans les feuilles publiques,» dit quelqu'un; « il est plus probable au contraire, répliqua M. Lamache, qu*il sera étouffé comme beaucoup d'autres. Il faut que Ton soit forcé par la publicité pour poursuivre un crime de cette nature. » (M. Fabbé Dugoujon, Lettres, p. 15. — Cf, p. 88 et H. Rouvellat de Cussac, p. 43.)
L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES (1847). LVil
le visage couvert d'un masque de fer-blanc, espèce d'instrument de torture au moyen duquel l'habitant veut les empêcher, dit-il, de manger de la terre, et de périr ainsi par consomption\ C'est à cette cause que l'on attribue beaucoup de morts de cette sorte. Les malheureux, usés dans la pourriture des cachots, meurent du mal d'estomac. En 1842, un p6tit propriétaire avait haché son nègre à coups de fouet : il fut enterré à la hâte; mais, sur la dénonciation d'un chasseur des montagnes, la justice s'en mêla, on exhuma le cadavre, on en fit l'autopsie: ... était mort du mal d'estomac * !
Mais qu'est-il besoin de témoignages ou d'inductions? l'opinion publique ne s'est-elle point émue de ces scandales révélés, donnés aussi, par des procès récents? Je n'en citerai que trois, où l'on vit un géreur avide, un homme de couleur parvenu, un grand propriétaire créole offrir l'exemple des plus révoltantes atrocités: les affaires Fourrier, à Gayenne, AméNoëlel DouillardrMahaudièrey à la Guadeloupe'.