‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 66 sur 366 · L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES (1847). LXXIII · texte numérisé non relu

L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES (1847). LXXIII

tresse qui le tolère : ceci est « de la police des habitations ^ » De même qu'il leur parle de Cham , c'est de l'histoire sacrée; qu'il leur parle même de Gain, car on remonterait volontiere au delà du déluge et jusqu'à Caïn, pour trouver l'origine de celte race maudite*. Mais qu'il s'arrôte à la malédiction; pas un seul mot de l'unité et de la fraternité du genre humain : c'est de la politique, et sa mission ne va pas jusque-là. Comment un prêtre catholique accepte-t-il tant d'entraves? L'inamovibilité est-elle donc nécessaire à son indépendance? — Elle Test forcément à son apostolat. Un ordre d'embarquement peut le venir prendre dans sa chaire et mettre fin à ses discours. Beaucoup, au reste, en épargnent la peine au gouverneur, et, découragés de la stérilité de leurs efforts, sollicitent, de leur propre mouvement, leur congé : témoin M. l'abbé Dugoujon lui-même. D'autres demeurent parce que l'Église ne peut pas délaisser les esclaves; et quelques-uns ont conquis le droit de faire entendre des vérités utiles : leur ancien confrère s'est fait un devoir d'en rendre témoignage. Mais un plus grand nombre, il a dû l'avouer, finissent par se laisser aller à l'influence des colons, ou, pour mieux dire, de la colonie : car enfin les colons sont entraînés eux-mêmes. — Quel attrait peut avoir pour les nègres la prédication évangélique ainsi comprimée? Beaucoup accourent pour entendre le

{. M. l'abbé Dugoujon, ibid., p. 102.

2. Bergier, Dictionnaire théologique, au mot Nègre, cité par M. Fabbé Dugoujon, ibid., p. 24.

LXXIY INTRODUCTION.

nouveau prédicateur, peu reviennent le dimanche suivant : « Nous n'avons pas besoin d'aller à l'église, disaient-ils une fois, pour savoir qu'il faut travailler et obéir, on nous l'apprend assez sur l'habitation, et le commandeur, avec son fouet, nous empêche de l'oublier. » Le maire qui racontait au préfet apostolique cette anecdote ajoutait: « Quelle folie de songer à instruire de pareilles gens* ! »

Prêché dans de pareilles conditions et contenu dans ces bornes, le christianisme ne pouvait pas produire parmi les nègres des fruits bien abondants. Il y a, je le reconnais, des différences entre le nègre de traite et le nègre créole; différence dans les formes, différence môme dans la valeur > où le nègre de traite valait 200 fr., le nègre créole pourrait en valoir 1200. Qu'est-ce à dire? Il vaut mieux comme instrument, sans doute : il a été dressé au travail; il vaut mieux comme animal : il s'est acclimaté ; mais vaut-il mieux comme homme? Les anciens ne croyaient guère à cette influence morale de l'esclavage. Un homme qui avait passé une seule année dans l'esclavage était réputé vétéran (veleralor)^ et si on le donnait comme nouveau {novitius)^ il y avait contre le vendeur action rédhibitoire : il semblait trop difficile de réformer les mœurs d'un esclave vieux d'un an'! Si les modernes n'ont point em-

i. M. l'abbé Dugoujon, ibid., p. 65, 100 et 114; M. Scliœlcher, Colonies étrangères, l\^ p. 418445; M. Rouvellat de Cussac, p. 169-170 ; M. Tabbé Dugoujon, iWc/., p. 59.

Page 1