LXXVI INTRODUCTION
choses à attendre des hommes ; et il ne faut guère espérer les retenir par le mariage, quand le mariage leur impose les devoirs de l'époux sans. leur conférer les droits du père. Aussi le concubinage est-il l'état ordinaire du nègre *, et le mariage, selon un document officiel, n'offre parmi eux de garantie de stabilité que quand il vient consacrer une longue habitude'. Disons-le, le désordre s'est à demi voilé, comme se couvrent à demi ces corps apportés nus des rivages africains ; le mal commence à se comprendre, mais ne s'en commet pas moins, et la promiscuité, pour avoir changé de lieu, n'a guère changé de nature.
Le nègre, dans cet état d'esclavage, répugne donc à ces liens qui l'attacheraient à la famille *. Y prend-il davantage ces habitudes de travail qui le fixeraient au sol? Il travaille, sans doute, sous la loi de la contrainte, mais on trouve qu'il travaille mal*, et Ton
1. M. Schœlcher, Colonies françaises^ p. 22-78; M. Tabbé Castelli, de r Esclavage ^eic,, p. 122; H. Tabbé Dugoujon, p. 28 ; Duc de Broglie, Rapportyf, 134-138, et les documents officiels dont il s*appuie. M. l'abbé Dugoujon (p. 91) cite une habitation modèle où sur deux cent cinquante nègres il n*y a pas une seule union légitime. H. de la Gliarrière, dans Touvrage cité (ch. v), dit que ces associations durent généralement un an à peine.
2. Avis des Conseils coloniaux^ etc., p. 225 (Guyane). — Encore le nombre de ces unions n*est-il pas fort considérable. H. de Tocqueville a dit à la Chambre des Députés (séance du 30 mars 1845) qu'en 1842 il y avait eu cent trente mariages pour toute la masse des esclaves.
3. H. Petit de Baroncourt (p. 147) croit justifier le maintien de l'esclavage en citant des mères esclaves qui abandonnent leurs enfants nouveau-nés !