L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES (1847). LXXXIII
Qui eût pensé que la société de Voltaire ait porté jusque-là l'agiotage dans le prosélytisme et l'intolérance dans la foi * ? Laissons donc là les pieux motifs; il y a beaucoup plus de fondement dans ces raisons que Montesquieu résumait avec tant de vei've dans sa mordante ironie :
a Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique, pour s'en servir à défricher tant de terres. — Le sucre serait trop cher, si l'on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves. — Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tèle, et ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre. On ne peut se mettre dans l'espril que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout
plusieurs ordres obtenus et surpris à la religion du lieutenant général de police, au moyen desquels plusieurs particuliers ont fait constituer prisonniers leurs nègres ; en sorte que resclavage, si vous n'y remédiez promptement, reprendra bientôt ses droits en France, contre les saines maxinjes de ce royaume, qui n'admettent aucun esclave en France. i> (Ordonnances du duc de Penthièvre, amiral de France, 31 mars et 5 avril 4762; Code noir, p. 435.)
1. Dans la précédente édition je disais que Voltaire était invoqué, avec quelque raison, par les défenseurs de resclavage, comme ayant dit d'un intérêt qu'il avait pris dans une compagnie de traite : a J'ai fait une bonne affaire et une bonne action. I J'avais cité ce mot sur la foi de M. V. Schœlcher, qui assurément n'est pas suspect de l'avoir inventé. Mais je dois dire que, depuis, je l'ai cherché vainement soit dans la correspondance, soit dans les traités divers du philosophe. S'il n'est que traditionnel, il perd toute autorité.